‹ L'infection meningococciqueChapitre 20 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

^n a vu plus haut toutes les vicissitudes par lesquelles est passée la question de la spécificité du germe découvert en 1887 par Weichselbaum (1) et désigné sous le nom de « méningocoque », spécificité qui ne lui a été reconnue qu'en 1903 (2), après de multiples discussions.

Depuis lors ce caractère ne lui a pas été contesté, mais, ainsi qu'il a été dit, de multiples recherches poursuivies en vue de déterminer ses caractères et de le différencier des germes similaires ont abouti à cette notion nouvelle de la plus haute importance, à savoir qu'il existe non pas un, mais plusieurs méningocoques capables de provoquer l'ensemble des accidents infectieux connus sous le vocable de « méningococcie ».

Quelques mots d'historique sont nécessaires pour faire saisir la genèse de la dissociation qui a été opérée dans le groupe des méningocoques.

Au cours de leurs recherches sur les germes provenant de l'épidémie ^ de méningite cérébro-spinale de 1905-06 auxEtats-Unis,Elser et Hunton(3) IV aient observé entre eux des différences d'agglutinabilité, et ils avaient pensé qu'il devait exister plusieurs races de méningocoques.

En ce qui me concerne, au cours des innombrables examens de mucus rhino-pharyngé que j'avais dû pratiquer pour assurer la prophylaxie de la méningite cérébro-spinale épidémique, et sans connaître les recherches d'Elser et Hunton, j'avais été frappé par la présence, chez certains sujets sains, d'une certaine catégorie de germes ressemblant étrangement au méningocoque par leurs caractères morphologiques, culturaux et par leurs fermentations sucrées ; mais ils s'en séparaient totalement par V absence d'agglutination avec le sérum antiméningococcique. En raison de leurs propriétés fermentatives, ils ne pouvaient être rangés dans le groupe des

(1) Weichselbaum, Fortschr. der Medizin, 1887, n^s 18 et 19.

(2) Weichselbaum, Centralblattfur Bakteriologie, 20 mars 1903.

AlbrechtcI Ghon, Wiener mediz. Wochensch., 1901, n° 41 et Centralblalt /. Bakteriologie, 20 mars 1903.

(3) ELSERet Hunton, The Journal of Med. Research, t. XX, 1909.

pseudo-méningocoques. Aussi avais-je conclu, dès cette époque (en 19C9), qu'ils devaient rentrer dans une classe spéciale intermédiaire entre le coccus de Weichselbaum et les bactéries similaires déjà connues ; j'avais proposé de les nommer « paraméningocoques » (1).

J'avais émis la pensée que ces microbes spéciaux, rencontrés dans le rhino-pharynx au même titre que le méningocoque, pourraient à l'occasion, comme ce dernier, franchir cette première étape rhino-pharyngée, et fuser dans la circulation sanguine et lymphatique pour engendrer, des septicémies et même des méningites.

Les événements sont venus confirmer cette hypothèse. Depuis ma première communication, l'attention a été attirée sur ces germes particuliers, et l'on se mit à étudier plus rigoureusement les cocci en grains de café dans le liquide céphalo-rachidien et la circulation :

En 1910, P. Carnot et P.-L. Marie (2) publièrent l'intéressante observation d'un malade atteint de purpura fulminans, chez lequel l'hémoculture révéla l'existence du paraméningocoque. Ménétrier (3) rapporta un cas de méningite cérébro-spinale provoquée par un germe identique. Entre temps, je pouvais réunir, en quelques mois, sept observations de méningites cérébro-spinales, dues au même germe pathogène (4).Méry (5) fit des constatations analogues. MM. Barrai, Coulomb et Couton (6) observaient un enfant atteint d'une septicémie paraméningococcique sur laquelle était venue se greffer un épisode méningé assez passager. Widal et Weisserbach (7) publiaient bientôt encore une intéressante observation de méningite cérébro-spinale produite par le même germe. Il en fut de même des cas présentés par Chevrel, Salin et Reilly (8), etc.

Les prévisions que j'avais timidement exposées se sont donc réalisées, et il a bien fallu reconnaître l'existence, à côté du méningocoque type, de germes spécifiquement différents, pouvant provoquer chez l'homme des phénomènes semblables à ceux qui relevaient de ce dernier germe.

J'ai poursuivi cette étude sur les divers échantillons de germes qui m'étaient journellement envoyés de côté et d'autre en vue de leur détermination ; les différences de spécificité qu'ils présentaient n'ont pu que s'accuser davantage à l'occasion des épreuves du péritoine (9) et de la veine (10) que j'avais fait connaître antérieurement. Mêmes différences avec l'épreuve des précipitines, surtout quand celles-ci étaient saturées.

Seule la fixation du complément semblait égale, qu'il s'agisse du méningocoque ou du paraméningocoque, vis-à-vis d'un sérum anti-méningococcique ou antiparaméningococcique. 11 pouvait d'ailleurs ne s'agir que d'une cosensibihsatrice car le sérum des malades fournissait la preuve de

(1) DoPTER, Société de Biologie, 10 juillet 1909.

(2) Carnot et P.-L. Marie, Société médicale des Hôpitaux, 1910.

(3) MÉNÉTRIER, Société médicale des Hôpitaux, 1910 et 7 juin 1912.

(4) D OPTER, Société médicale des Hôpitaux, mai 1911 et juin 1912.

(5) MÉRY, in Thèse de Guignard, Paris 1911.

(6) Barral, Coulomb et Couton. Société médicale des Hôpitaux, 14 juin rjl2.

(7) Widal et Weissenbach, Académie de Médecine, 23 juillet 1912.

(8) Salin et Reilly, Société médicale des Hôpitaux, 21 février 1913.

(9) DopTER, Différenciation du méningocoque et des germes similaires par l'épreuve du péritoine [Société de Biologie, décembre 1910).

(10) D OPTER, L'infection paraméningococcique [Paris médical, 12 octobre 1912, p. 465).

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Sstence de sensibilisatrices spécifiques vis-à-vis de chacun des. deux germes. Ces données nouvelles sur le paraméningocoque furent confirmées par Martha Wollstein (1).

Aux points de vue de l'aspect morphologique et des cultures, les divers échantillons de paraméningocoques qui avaient été déterminés comme tels ne présentaient pas de différences appréciables ; il en était de même en ce qui concernait les fermentations sucrées. Par contre j'avais remarqué des différences dans l'agglutination : certains étaient agglutinés par le sérum préparé avec l'un d'eux, mais d'autres ne l'étaient pas ; ces résultats se trouvaient en concordance à cet égard avec ceux que donnait l'épreuve du péritoine.

Ces résultats devaient m' engager à envisager la pluralité (2) des paraméningocoques.

Cette notion devait recevoir ultérieurement pleine confirmation, car avec M. Pauron j'ai pu en démontrer nettement la réahté à l'aide de la saturation des agglutinines (3), puis des bactériolysines (4). D'après ces recherches, il existait au moins trois types spécifiquement différents de paraméningocoques que, en attendant mieux, nous avions dénommés a, p et y.

L'attention était donc attirée sur la pluralité des germes se rattachant à ce groupe méningo-paraméningocoques, quand la guerre éclata.

Dès son début, un assez grand e ombre d'atteintes méringococciques apparurent dans l'armée anglaise. Les échecs de la sérothérapie, d'abord incompris, furent attribués dans la suite à l'existence de germes différents du méningocoque type. Les travaux que ces derniers suscitèrent confirmèrent la notion précédente.

C'est ainsi que Gordon et Murrày (5) obtiennent, grâce à la saturation des agglutinines, les résultats suivants :

Ils étudièrent 32 échantillons qu'ils répartirent en quatre groupes : 19 relevant d'une variété qu'ils distinguèrent sous le nom de type I, 8 du .type II, 4 du type III, et 1 du type IV.

Peu de temps après, Ellis (6), à l'aide de sérums monovalents, classe les ermes qu'il a isolés en deux types I et IL

Arkwright (7) signale qu'à l'aide de l'agglutination simple, sur 50 échantillons, il put identifier 18 méningocoques et 12 paraméningocoques.

L'examen des résultats obtenus montra que ces quatre types prétentaient des affinités deux à deux, le type III se rapprochant beaucoup u type I, le type LV du type IL

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(1) Martha Wollstein. Paraméningocoque etson sérum {The Journal of Expérimental Medicine, n° 3, 1914).

(2) DoPTER, L'infection paraméningococcique {Paris médical, 12 octobre 1912, p. 465).

(3) DopTER et Pauron, Différenciation des méningocoques entre eux (iSociéfé de biologie, 27 juin 1914).

(4) DoPTER et Pauron, La saturation des bactériolysines appliquée à la différenciation du méningocoque et des paraméningocoques {Société de Biologie, 3 juillet 1914),

(5) Gordon et Murray, Identification du méningocoque {Journal of the Royal Army Médical Corps, mai et octobre 1915).

(6) Ellis, Une classification des méningocoques basée sur leur agglutination par des sérums monovalents {The British Med. Journal, 18 décembre 1915, p. 881).

(7) Arkwright {The British Med. Journal, 18 décembre 1915, p. 885).

BACTERIOLOGIE

Sur 20 échantillons Scott (1) trouve 8 méningocoques et 12 paraméningocoques.

Flack (2), Tulloch (3), Glover (4) classèrent leurs germes suivant la conception de Gordon.

En France il en fut de même : les conditions nouvelles créées par la guerre ayant influé sans doute soit sur la résistance organique, soit sur la virulence des germes, les atteintes paraméningococciques, rares avant 1915, devinrent de plus en plus fréquentes, et finirent par atteindre sensiblement le chiffre des cas où le méningocoque était en cause.

C'est alors que M. Nicolle, Debains et Jouan (5) reprirent cette étude et confirmèrent entièrement la conception que je m'étais faite déjà en 1912 de la pluralité de ces germes. Toutefois, soucieux de correction dans la classification, ils modifièrent les appellations que j'avais données, et les englobant tous sous le même vocable de « méningocoques » ils les désignèrent sous les étiquettes de méningocoques A, B, G et D (6) correspondant :

Le méningocoque A au méningocoque type.

Le méningocoque B au paraméningocoque a,

Le méningocoque G au paraméningocoque (3,

Le méningocoque D au paraméningocoque y.

Ces appellations ont déjà été consacrées par l'usage. Il convient de les maintenir sous peine de troubler à nouveau l'esprit des bactériologistes et des cliniciens. Ce sont celles qui seront adoptées dans la description de ces germes. .

En réalité rien ne fut changé dans ce qui avait été avancé en 1914 ; les désignations sont autres, mais les faits restent acquis. Rien ne permet d'ailleurs d'affirmer que d'autres variétés ne viendront pas un jour s'adjoindre à celles qui sont déjà connues.

(1) Scott, Reports to the local Goçer ne ment, 18 décembre 1915.

(2) Flack, Journal of the Royal Army Médical Corps, janvier 1917.

(3) Tulloch, Journal of the Royal Army Médical Corps, juillet 1917 et janvier 1918.

(4) Glover, Journal of the Royal Army Médical Corps, février 1918.

(5) Nicolle, Debains et Jouan, Sur les méningocoques et les sérums antiméningococciques [Société médicale des Hôpitaux, 20 juillet 1917).

— • Annales de V Institut Pasteur, 1918.

— Conférence à la Croix- Rouge américaine, 16 février 1918.

(6) D'après M. Nicolle, Debains et Jouan : Le type I de Gordon correspond au type A Le type II B, Le type III serait un sous-type du/type I Le type IV — — — II

Le tableau suivant établit les correspondances entre les désignations différentes qu'on trouve décrites dans les divers mémoires français, anglais et américains.

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