CLASSIFICATION
de Gordon
Méningocoques
Type I Type II
Types I et III Types II et IV
Paraméningocoque a
CARACTERES COMMUNS A TOUS LES MENINGOCOQUES Jô
Telle est dans son ensemble l'histoire de Fétiologie microbienne de l'infection méningococcique : il s'agit maintenant d'étudier en détails les différents germes qui peuvent la provoquer.
ÉTUDE DES MÉNINGOCOQUES
Des caractères morphologiques, biologiques et autres, que présentent les méningocoques, les uns sont communs à toutes les variétés, les autres
nt spéciaux à chacune d'elle.
Morphologie.
Aspect microscopique. — Les méningocoques doivent être étudiés dans les produits pathologiques et les cultures.
Dans le pus céphalo-rachidien recueilli pendant la vie ou sur le cadavre, ils se présentent sous la forme de cocci isolés, sphériques, ou bien sous
10. — Liquide céphalo-rachidieti dans la méningite cérébro-spinale méningococcique (coloration parle Gram et fuchsine diluée). Leucocytes pyoïdes ; Méningocoques intra- ^cellulaires n'ayant pas pris le Gram,
5pect de diplocoques, dont chaque élément revêtant la forme d'un lin de café est aplati sur la face qui regarde l'élément opposé. Parfois, se disposent en tétrades, mais jamais en chaînettes.
Les méningocoques se trouvent le plus souvent inclus dans les éléments cellulaires (fig. 10). Ceux-ci peuvent, en certains cas, en être littérale-
Fig. 11. — Liquide céphalo-racllidien de méningite cérébro-spinale grave. (Germes du type B extracellulaires).
Fig. 12. — Méningocoque. Culture sur gélose-ascite Agée de vingt-quitre heures. Première génération.
ment bourrés, et l'aspect microscopique des préparations rappelle trait pour trait celui des lames de pus blcnnorragique. En général cependant, ils ne sont pas très nombreux, et contrairement aux figures
S classiques qui les montrent en grande abondance, c'est à peine si, dans un champ de préparation, on peut déceler un ou deux globules pyoïdes contenant deux à trois éléments microbiens ; souvent, même, on est obligé de parcourir plusieurs champs avant d'en trouver de semblables.
Dans les cellules de pus, ces cocci sont parfois entourés d'une auréole incolore ; ce n'est pas une capsule, mais simplement une auréole de digestion due à la phagocytose.
Dans un certain nombre de cas, ils sont perceptibles non seulement dans l'intérieur de globules de pus, mais encore dans leur intervalle ; parfois même (il s'agit alors le plus souvent de cas graves), ils sont exclusivement extracellulaires (fig. 11).
Dans le mucus rhino-pharyngé, on observe les mêmes particularités concernant l'aspect morphologique et la situation intracellulaire.
Dans les cultures de première génération, obtenues par l'ensemencement direct du liquide céphalo-rachidien, les méningocoques présentent, dans la même colonie, des variations morphologiques importantes. A côté de cocci isolés, de diplocoques et de tétrades assez nombreux, présentant des dimensions moyennes, il existe de véritables formes géantes (fig. 12), attribuées à des formes d'involution et retenant la coloration plus fortement que les précédentes.
Les cultures ayant subi plusieurs passages devenant plus résistantes, les cocci, diplocoques, etc., présentent alors des dimensions plus égales entre elles.
Colorabilité. — Les méningocoques se colorent bien par toutes les couleurs d'aniline ; le bleu phéniqué, la thionine phéniquée sont les colorants de choix, surtout dans, les produits pathologiques. Ils ne prennent pas le Gram. Les auteurs qui ont émis un avis opposé ne se sont certainement pas trouvés en face de méningocoques ; ils les ont confondus avec le Diplococcus crassus (Fseudo-méningocoque de Jaeger).
Cultures.
^■Aérobie strict, le méningocoque éprouve certaines diflicultés à cultiver ^Bins les milieux artificiels, surtout quand il est récemment issu de l'organisme. 11 exige, au moins dans les premières générations, des milieux additionnés d'albumine, et de préférence d'albumine humaine. On emploie dans ce but le sérum de bœuf, de mouton, l'albumine d'œuf, mais mieux les Hquides d'ascite et de pleurésie.
Après plusieurs passages dans le liquide albumineux, le méningocoque
I'iacclimate assez aisément aux milieux usuels. |Telles étaient les notionâ acquises par l'expérience. Elles ont trouvé ces pnées dernières leur application dans le résultat des recherches de poyd (1). Cet auteur a montré en effet que le méningocoque a besoin pour In développement de protéines digérées et de vitamines en concentration tesez élevée dans le miheu qu'on lui impose. Ces conditions se trouvent
(1) D, J. Lloyd, Sur les facteurs chimiques qui interviennent dans le développement du méningocoque [British Médical Journal, 1916, T. II, p. 143).
remplies d'une part par l'additioii de sang, de sérum, de lait, d'albumine d'œuf, d'autre part, par l'addition de végétaux, sous la forme, par exemple, d'extrait de pois ou d'amidon.
Dans les cas où, exceptionnellement, le méningocoque peut pulluler d'emblée sur les milieux ordinaires, mais où les ensemencements massifs sont alors nécessaires, il faut admettre que la culture s'effectue à la faveur des vitamines provenant de la lyse des germes ensemencés.
Toutefois, d'après Lloyd, les vitamines ne seraient pas indispensables mais le germe doit alors avoir à sa disposition une assez grande quantité d'acides aminés libres, qui constitueraient l'élément fondamental, les vitamines contribuant seulement à accélérer la culture.
La preuve de l'influence des vitamines, contenues dans l'extrait de pois, par exemple, est démontrée par la disparition de son action favorisante si l'extrait est chauffé à plus de lOC^.
La température optima de culture = 38® ; en général, ces germes ne commencent à pousser qu'à partir de 31® ; à moins de 24^ ils succombent ; il en est de même à 41°, température cependant très voisine de la température optima.
Les conditions de culture sont donc très restreintes.
Bouillon-ascite. — En bouillon-ascite (3 parties de bouillon ordinaire pour 1 partie d'ascite), les méningocoques ne commencent à troubler le milieu que vers le cinquième ou sixième jour ; à la surface, se forme un voile mince, fragile, qui tombe au fond du tube.
En bouillon ordinaire, les cultures acclimatées présentent les mêmes caractères.
Bouillon à l'œuf (Besredka et Jupille). — En bouillon à l'œuf, les cultures sont riches et abondantes ; le trouble du miUeu est rapide (vingt-quatre à quarante-huit heures) ; de plus la vitalité se conserve cinquante à soixante jours.
Ce milieu doit être préparé en tenant compte des proportions suivantes :
Blanc d'œuf (solution à 1/10) 4 parties
Jaune d'œuf (solution à 1/10) 1 —
Bouillon ordinaire 5 —
Voici sa préparation :
Le blanc d'œuf est battu avec 1 0 volumes d'eau distillée. Le liquide opalescent contient en suspension de petits flocons blancs. Filtrer sur un tamis recouvert d'une mince couche de coton hydrophile.
Chauffer à 100° pour activer la précipitation. Filtrer sur papier Chardin. Répartir en ballons ou en tubes et stériliser k 115^ pendant vingt minutes.
Le jaune d'œuf est délayé dans 10 volumes d'eau distillée. Additionner de solution normale de soude pour clarifier. Pour cela : à 100 centimètres cubes d'émulsion, ajouter 1 centimètre cube de solution de soude normale. Observer les progrès de la clarification qui ne doit pas être complète : on doit obtenir une légère opacité, surtout en couche épaisse.
Porter à 100°. Filtrer sur papier Chardin ; répartir en ballons ou en tubes. Stériliser à 115° pendant vingt minutes.
Le bouillon ordinaire est préparé avec de la viande de bœuf ou de veau (500 à 750 grammes de viande hachée pour 1 litre d'eau) et la peptone Martin.
Porter à l'ébullition, à petit feu, pendant trente minutes. Filtrer, alcaliniser franchement, puis chauffer à 120° pour activer la formation du précipité. Ca dernier étant ensuite retenu par du papier double, répartir en ballons. Stériliser à 115° pendant vingt-cinq minutes.
Faire dans les proportions sus-indiquées le mélange des trois liquides ainii réparés. Répartir en tubes stériles.
Bouillon Martin glucose. — Désigné sous le nom de milieu MM par . Nicolle, Debains et Jouan, ce milieu donne une culture abondante
qui, en vingt-quatre heures, rappelle les cultures de bacille typhiqUe de ême âge en bouillon Martin. Le développement s'y continue pendant
ix jours, et la vie du microbe persiste près de deux semaines.
« On fait digérer pendant sept à huit heures à 50^ des estomacs de porc dégraissés et hachés, comme pour la préparation de la peptone Martin. L'eau st d'abord portée vers 55» ; on ajoute ensuite, par litre, 10 centimètres cubes HGl pur (22° Baume) et, en agitant, 300 grammes de hachis d'estomac. On règl 3 a température vers 50°. Après sept à huit heures, on monte jusqu'à 80 à 90°, afin de détruire la pepsine et d'arrêter la digestion. La peptone ainsi obtenue se conserve sans précaution pendant plusieurs semaines.
Pour fabriquer le milieu MM, on rend la peptone légèrement alcaline (tournesol) et on précipite à 120°. On filtre sur papier mouillé, on ajoute 2 grammes de glucose et on stérilise vers 112° à 115o. » (M. Nicolle, Debains et Jouan.)
Grélose-ascite (gélose à 3 p. 100 : 3 parties; ascite: 1 partie). — Les colonies isolées sont rondes, un peu surélevées, et mesurent, au bout de vingtquatre heures, 1 à 2 millimètres de diamètre ; elles présentent une teinte grisâtre et sont presque transparentes ; vers le troisième jour, elles sont plus opaques, et leur centre est foncé.
D'après Papin, Gandin et Stévenin (1), les colonies de méningocoques
)résenteraient un aspect caractéristique dû à la présence en leur centre
l'un fin pointillé d'abord discret (colonies de vingt-quatre heures),
[ui augmente ensuite pour se montrer constitué par une série de
►etits traits noirs (colonies de quarante-huit heures) ressemblant à des
liguilles cristallines. Des recherches de contrôle faites dans plusieurs
laboratoires, il résulte que cette espèce de « piqueté » n'est pas spécial
aux colonies de méningocoques, et que les colonies d'autres germes
peuvent donner le même aspect, en particulier les pseudo-méningocoques.
'e piqueté ne peut donc servir au diagnostic rapide comme l'ont pensé
les auteurs précédents.
Une parcelle de ces colonies, transportée dans une goutte d'eau, s'émulîionne facilement et d'une façon homogène (caractère qui les distingue [des colonies de certains pseudo-méningocoques).
Quand les colonies sont confluentes, elles forment une strie assez abonlante, grisâtre, sans caractère spécifique.
(1) Papin, GAUDiNet Stévenin, Du diagnostic du méningocoque par l'examen des îultures à faible grossissement (recherche du piqueté caractéristique) {Société médicale Ides Hôpitaux, 23 juin 1916 et Presse médicale, 15 août 1918).
Il n'est pas toujours facile de se procurer de l'ascite stérile. On peut la remplacer par les milieux suivants :
Gélose-sang (Bezançon et Griffon). — En gélose-sang, elles présentent un aspect identique.
Gélose au placenta (Kutscher). — On la prépare comme suit :
On prépare 1 litre de bouillon en faisant macérer du placenta coupé en morceaux (500 grammes pour 1 litre d'eau). On ajoute :
Gélose 2,5 p. 100
Sel marin 0,5 —
Glucose 1 —
Peptone 2 —
A 3 volumes de cette gélose légèrement alcalinisée et stérilisée, on ajoute 1 volume de sérum de bœuf chauffé à 60° pendant une heure quatre jours de suite.
Gélose-albumine d'œuî (Sacquépée et Delater). — Préparation du milieu (1 ) :
1° Verser deux blancs d'œuf dans un verre à pied gradué. En agitant constamment, on ajoute petit à petit trois fois leur volume d'eau distillée. Une fois le mélange obtenu, alcaliniser (0,5 centimètre cube de soude à 1 /lO p. 100 centimètres cubes du mélange). Porter à l'autoclave à 115o pendant 15 minutes (deux blancs d'œuf donnent habituellement 200 à 240 centimètres cubes delasolution).
Le blanc d'œuf ainsi traité ne précipite plus en présence de la gélose ordinaire, à condition que ce dernier milieu soit suffisamment alcalin. Il convient d'autre part d'éviter un excès de soude qui peut être nuisible. Opérer alors comme suit :
20 Préparer la gélose comme à l'ordinaire.
Faire macérer à froid 500 grammes de viande dans 1 litre d'eau ; après vingtquatre heures, porter doucement à l'ébullition ; filtrer. Ajouter 50 grammes de peptone et 5 grammes de sel marin, 'faire dissoudre ; incorporer ensuite 30 grammes de gélose, faire dissoudre.
Neutraliser alors exactement en prenant comme indicateur la teinture de tournesol Kahlbaum très diluée. Ajouter ensuite 9 centimètres cubes de soude à 10 p. 100.
Collage habituel : ajouter un blanc d'œuf dilué à la gélose maintenue à 60^. Stériliser. Filtrer sur papier Chardin.
30 Mélanger la solution de blanc d'œuf et la gélose à raison de une partie de blanc d'œuf pour 5 de gélose. Répartir, stériliser à 112o pendant 15 minutes.
Ce milieu donne des cultures aussi' abondantes et aussi précoces que la gélose-ascite. Les méningocoques s'y acclimatent mieux que sur géloseascite.
Gélose-Sérum-Albumine d'œuî. — Faroy et Chavaillon (2) ont simplifié de la façon suivante la préparation du milieu précédent :
(1) Sacquépée et Delater, Nouveau milieu de culture pour le méningocoque et les germes voisins [Société de Biologie, 27 juin 1914).
(2) Faroy et Chavaillon, Nouveau milieu pour la recherche et la culture du méningocoque [Sociélé de Biologie, 24 juillet 1915).
I AO Vprcp
1° Verser dans un flacon stérile 100 centimètres cubes de sérum de cheval. Ajouter 20 centimètres cubes de blanc d'œuf prélevé directement dans l'œuf luimême avec les précautions rigoureusement aseptiques habituelles.
Agiter le mélange pendant cin^à dix minutes jusqu'à ce que le liquide soit bien homogène.
20 Préparer d'autre part de la gélose à 2 1 /2 p. 100. Neutraliser et ajouter 0 cmc. 2 d'une solution de soude à 10 p. 100 par litre.
3° Mélanger 1 partie du mélange albumine-sérum à 3 parties de gélose fondue et refroidie à 50^. — Répartir.
Gélose trypsinée et vitaminée. — D'après Gordon et Hine (1) le milieu suivant serait le plus favorable à la culture des méningocoques.
Il est constitué par du bouillon trypsiné, gélose à 2 1 /2 p. 100, auquel on ajoute 5 p. 100 d'extrait de farine de pois préparé de la façon suivante :
Farine de pois 20 gr.
Sel marin 10 —
Eau 100 —
Stériliser par deux chauffages à 100°.
Le milieu doit être neutre à la phénolphtaléine.
Gélese Martin-Sérum formolé. — M. Nicolle, Debains et Jouan (2)
utilisent comme milieu d'isolement un mélange constitué par de la
gélose Martin et du sérum formolé (Legroux), destiré à remplacer le liquide d'ascite.
A 500 centimètres cubes de sérum de cheval, ajouter 1 centimètre cube de formol du commerce, mélanger. Après quelques instants, verser 1 centimètre cube d'ammoniaque (22° Baume) pour neutraliser la formaldéhyde.
Etendre de 2 parties d'eau distillée.
Stériliser à l'autoclave à 110° pendant quinze minutes.
Mélanger ce liquide à de la gélose Martin (sérum formolé : 1 /3 ; gélose Mar- ;in:2/3).
Gélose T. — Em.ployée par les mêmes auteurs comnie milieu habituel :
Dissoudre 40 grammes de peptone Chapoteaut, 5 grammes de sel et 2 grammes de glucose dans 1 litre d'eau, chauffée à 80°. Ajouter 20 grammes de gélose ; alcaliniser, filtrer, répartir, stériliser. Puis laisser quelques jours sans capuchonner pour laisser évaporer l'eau de condensation.
Sur ce milieu, les colonies sont arrondies, humides, un peu surélevées, de teinte grisâtre ; quand on les prélève avec un fil de platine, elles prennent une teinte saumonée au contact de l'air.
Sérum coagulé. — Colonies petites, plus opaques que sur gélose-ascite, assez adhérentes au milieu.
(1) H. Gordon et T. Hinr, Elude expérimentale sur la culture de méningocoque. {British Médical Journal, 18 novembre 1916, p. 678).
(2) M. Nicolle, Debains et Jouan, Etudes sur les méningocoques [Annales de Vlnsliiiu Pasteur, avril 1918).
80 BACTÉRIOLOvIE
Gélatine. — Le ménirigocoque ne pousse pas sur gélatine, puisqu'il ne commence à pulluler qu'à une température de Sl^.
Pomme de terre. — Il pousse à peine^ur pomme de terre en formant un minime enduit grisâtre.
Lait. — Le lait n'est pas coagulé.
Siège des méningocoques dans l'organisme humain.
Rhino-pharynx. — Quand ils pénètrent dans l'organisme humain, les méningocoques se logent et se locahsent tout d'abord au niveau du rhino-pharynx où ils déterminent une rhino-pharyngite méningococcique
Fig. 13. — Méningocoques dans le mucus rhino-pharyngé : situation intracellulaire, les autres formes appartiennent à la flore normale.
spécifique. Le mucus rhino-pharyngé est, en pareil cas, au début du moins, riche en méningocoques que l'on décèle facilement par l'examen direct, mais surtout par les cultures en milieux favorables. C'est au niveau de la muqueuse de l'espace sus et sous-choanal qu'ils se cantonnent de préférence.
On trouve ces méningocoques dans le rhino-pharynx au cours des septicémies, des méningites et de toutes les autres localisations connues de la méningococcie. C'est d'ailleurs cette locahsation initiale, en rapport avec le milieu extérieur, qui a permis de comprendre la contagiosité de la méningite cérébro-spinale, et la façon dont s'opère sa propagation des malades à leur entourage (voir page 55).
Notion nouvelle de première importance, non seulement les sujets
âtïeints de méningococcie, mais les sujets sains ayant été en contact avec ces derniers peuvent porter dans leur rhino-pharynx le germe spécifique. Chez eux, la présence du méningocoque est liée à l'existence d'une rhinopharyngite méningococcique, qui évolue seule, sans donner lieu aux complications connues.
Dans les deux cas, la persistance de ces germes est variable ; elle dure en général une quinzaine de jours.
Pus cérébro-méningé. — Le méningocoque est décelable dans le pus qui ntoure la moelle et la substance cérébrale ; on le décèle aussi dans le liquide céphalo-rachidien extrait par ponction lombaire, dans la paroi des ventricules, etc. D'aucuns l'ont rencontré dans les abcès intracérébraux qui prennent parfois naissance ; les foyers d'encéphalite non suppurée, par contre, en sont dépourvus.
Circulation sanguine. — Le méningocoque se retrouve encore dans la circulation sanguine, où on peut le déceler par l'hémoculture. Il provoque ainsi une septicémie méningococcique, qui se révèle en général avant l'éclosion des phénomènes méningés. Elle peut se montrer sans que ces derniers apparaissent ; il s'agit alors de méningococcémie sans méningite (Bovaird, Netter, etc.).
Enfin le méningocoque provoque encore des arthrites^ des pleurésies^ des péricardites^ des endocardites^ des broncho pneumonies, où l'examen bactériologique permet de le mettre en évidence.
Propriétés biologiques.
Vitalité. — Résistance aux agents physiques. — Les variétés connues de méningocoque offrent une résistance très minime à l'influence nocive des milieux extérieurs.
Ces germes sont très sensibles à la chaleur : à 41^ la plupart des échantillons succombent; à 43^ ils meurent tous. Des expériences de Von Lingelsheim, qui a recherché la température mortelle pour les émulsions chauffées au bain-marie, il résulte qu'un chauffage de deux minutes à 80° les tue fatalement ; il en est de même d'un chauffage de cinq minutes à 70®, de 10 minutes à 60^ : il suffit de quinze minutes à bS^ pour les stériliser complètement.
Le froid influe aussi sur la vitahté des méningocoques, mais moins que la chaleur : des émulsions de ces germes résistent au moins pendant deux heures à des températures de — 10^ et de — 20^. D'après Flexner, elles ne sont tuées que cinq jours après une exposition à 2® ; le froid continu est plus nocif que les alternatives de chaleur et de froid : ainsi une émulsion reste encore vivante après cinq jours d'expositions successives à l'étuve à 37^ et au réfrigérateur.
hdidessiccation joue un rôle très funeste sur la vitalité des méningocoques. Ils ne résistent pas plus de six à sept heures à une exposition à 37^ quand ils sont versés sur des étoffes, du papier-filtre ou des matières poreuses ; une exposition dans les mêmes conditions à la température du laboratoire les fait succomber en douze heures. Il est à remarquer d'ailleurs
DoPTER, — L'Infection méningococcique. 6
que pour conserver les cultures de ces germes à l'étuve, les tubes doivent être capuchonnés ; ils peuvent vivre ainsi pendant quinze à vingt jours, sinon ils meurent après cinq à six jours.
Les méningocoques sont également sensibles à la lumière : en été, l'exposition au soleil les tue en quatre à cinq heures : au Portugal, Bettencourt et França ont constaté qu'ils ne résistaient pas plus de deux heures à son action.
RÉSISTANCE AUX AGENTS CHIMIQUES. — D'uue façou générale, les méningocoques offrent peu de résistance aux antiseptiques. Il existe néanmoins des différences suivant les produits employés.
Bettencourt et França, puis Fliigge ont essayé l'action des divers désinfectants sur les émulsions de culture auxquelles ils ajoutaient ces substances en quantité variable : l'acide sulfurique à 1 p. 100 les détruit en deux minutes, le sublimé et la créosote en une minute, l'eau oxygénée à 1 p. 100 en 10 minutes. Résultats sensiblement identiques avec la potasse à 1 p. 100, l'eau de chaux officinale, le nitrate d'argent, l'acide phénique, le lysol, l'alcool à 70<^, le menthol, le formol.
Dans l'espoir de trouver une substance antiseptique capable de détruire les méningocoques dans le rhino-pharynx, j'avais essayé en 1908, avec R. Koch, l'action de diverses substances donnant des vapeurs :
Dans une première série d'expériences, des tubes de gélose étaient ensemencés, et avant de les mettre à l'étuve, on déposait au fond des tubes diverses substances : essence d'eucalyptus (pure ou diluée à 1 /2 ouàl /lO), essence de thym, de bergamote, d'origan, de menthe, de l'éther, du xylol, du goménol, de l'acide phénique en solution alcoolique, du formol. Tous ces produits empêchaient la culture de se développer.
Dans une deuxième série on expérimentait de la même façon, mais sur des cultures ayant déjà poussé sur la gélose (âgées de vingt- quatre heures) ; après vingt-quatre heures de séjour à l'étuve et de contact avec les substances précédentes, les réensemencements pratiqués restaient stériles.
Par contre, avec l'alcool absolu, l'essence de jasmin, de santal, le thigénol, l'eau oxygénée, l'essence de Wintergreen, la créosote, aucune action empêchante n'était observée.
Mêmes résultats, sauf avec l'alcool absolu, quand les antiseptiques étaient versés, non plus au fond des tubes, mais sur un bouchon d'ouate hydrophile déposé à l'orifice du tube.
Enfin, dans une autre série d'expériences, des cultures en bouillon étaient placées dans des tubes doubles de Pasteur ; dans l'un des tubes jumeaux on mettait 1 centimètre cube de bouillon ensemencé de méningocoque, dans l'autre 1 centimètre cube de la solution antiseptique. Les tubes étaient scellés à la lampe et mis à l'étuve = Résultats concordants avec les précédents, sauf en ce qui concerne le goménol. A retenir que c'est l'essence d'eucalyptus qui a montré l'action la plus énergique et aux plus faibles doses ; la créosote et l'essence de Wintergreen n'exercent aucune action appréciable sur le développement des cultures liquides ainsi traitées.
Nous avons essayé encore la pyocyanase^ dont lés Allemands avaient vanté le pouvoir antiseptique sur plusieurs agents microbiens : Après Ludwig Jehle, nous avons expérimenté in vitro : des tubes de bouillon étaient ensemencés de méningocoque et contenaient respectivement 2 gouttes,
CARACTÈRES COJiMUNS A TOUS LES MÉNINGOCOQUES 83
5 gouttes, 1 centimètre cube de pyocyanase. Dans le seul premier tube, une culture a été obtenue, montrant ainsi une certain pouvoir inhibiteur. Un complément d'expérimentation nous a fait voir, comme à Raubitschek et Riin, que Faction antiseptique de cette substance ne s'effectuait qu'assez lentement, au bout de une à plusieurs heures.
Autolyse. — Flexner a pensé que la faible vitalité du méningocoque dans les milieux de culture devait être due à un certain degré d' autolyse, celle-ci étant due à la sécrétion de produits solubles qui lui sont nuisibles et qui, en s'accumulant dans les milieux de culture, rendent bientôt ceuxci inaptes à la multiplication des germes.
L'expérience confirme cette hypothèse :
On effectue des émulsions de cultures à des degrés de densité différents dans de l'eau physiologique à 8 p. 1000. Plus la densité est forte, plus la destruction est rapide; avec des émulsions très diluées, celle-ci est beaucoup plus lente. Il doit donc se produire dans ces émulsions une substance nocive qui agit d'autant plus que la masse des microbes est plus considérable. Flexner considère cette substance entraînant l'autolyse comme une diastase, une enzyme intracellulaire qui dissout les cocci morts, mais constitue une sorte de poison pour les microbes vivants.
L'activité autolytique de cette diastase n'est pas entravée par une température de 60^ qui tue les méningocoques ; un chauffage à 65 ou 70*^ tue ces derniers, mais annihile alors la diastase et l'autolyse.
Il convient de remarquer enfin que cette diastase n'est pas nuisible seulement pour le méningocoque ; elle provoque la destruction d'autres germes tels que les colibacilles, le B. typhique, la bactéridie charbonneuse, le pyocyanique, le staphylocoque, etc. quand ils sont en suspension dans l'eau physiologique ; le chauffage à 70^ fait baisser de même le pouvoir autolytique des émulsions méningococciques pour ces diverses bactéries.
Action bactériolytiaue de la bile. —La hile de lapin et la bile de bœuf possèdent sur une émulsion de méningocoques le même pouvoir bactériolytique que sur le pneumocoque (Neufeld, M. Nicolle et Odil-Bey), et le gonocoque (Jungano).
Dans une série de tubes à essai on verse 10 centimètres cubes de bile diluée à des taux différents, et l'on ajoute 2 gouttes d'une émulsion microbienne épaisse (un tube d'agar émulsionné dans 1 centimètre cube d'eau physiologique).
Avec la bile de bœuf à des solutions élevées (solution à 1 /2, 1 /4, 1 /5), on observe au bout de dix à vingt minutes une dissolution rapide qui se traduit, comparativement à l'émulsion témoin, par un éclaircissement total du miheu ; avec une solution à 1 /8 ou à 1 /lO, on constate un léger trouble avec, par conséquent, dissolution partielle ; à 1 /50, pas de dissolution. Cette bactériolyse est confirmée par l'examen microscopique direct.
Avec la bile de lapin, les résultats sont identiques.
Des essais tentés avec le taurocholate de soude ont donné les résultats suivants :
L'expérience étant conduite de la même façon et les dilutions de bile étant remplacées par des solutions de sel bihaire, on observe la même
bactériolyse mais moins accusée : après vingt minutes de contact, le taurocholate de soude entraîne une bactériolyse complète avec une dilution à 1 /4, presque complète à 1 /8 ; la limite maxima =^ 1 /lO ; audessous de ce taux, elle est nulle.
Cette bactériolyse est sensiblement égale avec les variétés A, B et C de méningocoques ; elle est plus faible, mais toujours présente avec les pseudo-méningocoques ; elle est nulle, ou à peine perceptible, avec le Diplococcus crassus.
Fermentations sucrées. — L'action fermentative de la seule variété de méningocoque connue en 1905 a été expérimentée pour la première fois par Von Lingelsheim (1) pendant l'épidémie de méningite cérébro-spinale de Silésie. Il utilisa dans ce but les sucres suivants : lévulose, glucose, galactose, mannite, dulcite, saccharose, maltose, lactose, inuline. Il V observa que tous les échantillons authentiques de méningocoques fermentaient constamment la glucose et la maltose, mais restaient inactifs sur tous les autres sucres. Ces résultats furent confirmés par Kutscher (2) ; cependant les essais tentés, en Angleterre notamment, amenèrent quelques opinions divergentes. C'est ainsi que d'après Buchanan (3), Arkwright (4), Andrewes (5), Gordon (6), les échantillons qu'ils étudièrent fermentaient non seulement la glucose et la maltose, mais aussi la galactose, et parfois même la lévulose.
Entre temps, à l'aide de bouillon sucré au neutralroth, Briickner et Christéanu (7) obtinrent des fermentations parallèles à celles que Von Lingelsheim avait observées.
Avec R. Koch (8), nous avons repris ces expériences à l'aide de milieux tournesolés et au neutralroth (liquides et solides) ; l'action fermentative des méningocoques s'est toujours montrée égale à elle-même ; seuls les milieux glucoses et maltosés subissaient une modification de teinte. Les résultats apportés par James Wilson, Symmers (9), puis Mackensie et Martin (10) se sont montrés identiques.
Les divergences constatées provenaient soit de la quaUté des sucres employés, soit de la présence d'impuretés dans les cultures, soit enfin de ce fait que le germe étudié n'était pas un méningocoque, mais peutêtre^un pseudo-méningocoque ; l'existence de ces derniers germes était encore mal connue en effet à l'époque (1907) où les essais de Gordon et d' Arkwright avaient été réalisés.
(1) Von Lingelsheim, Epidémie de méningite cérébro-spinale en Silésie orientale, léna, 1907.
(2) Kutscher, Méningite cérébro-spinale, in Handbuch der pathol. Mikroorg. de KoLLE et Wassermann, léna, 1907.
(3) Buchanan, Différenciation du méningocoque {The Lancel, 8 juin 1907).
(4) Arkwright, The Journal of Hygiène, avril 1907.
(5) Andrewes, Un cas de septicémie méningococcique aiguë(r/!eLanc(?/,28avril 1906).
(6) Gordon. Report the local government board on the micr. of ep. cer. sp. meningitis and its identification, Londres, 1907.
(7) Bruckner et Christéanu, Société de Biologie, 1907.
(8) D OPTER et R. Koch, Société de Biologie, 24 octobre 1908.
(9) Symmers, Discussion sur la méningite cérébro-spinale [British médical Journal^ 31 octobre 1908).
(10) Magkenzie et Martin, Sérothérapie de la méningite cérébro-spinale {Journal of Pathologie and Bactériologie, 1908, p. 539).
CARACTÈRES COMMUNS A TOUS LES MÉNING OCOQUES 85
Actuellement, il est donc admis par tous que les méningocoques 'a, B, g et D, font fermenter la glucose et la maltose et restent sans action fermentative sur les autres sucres, notamment la lévulose qu'on emploie habituellement comme témoin.
Des germes similaires (notamment les pseudo-méningocoques), les ^ns ne font fermenter aucun de ces sucres,les autres les font tous fermenter ; »eul, le Diplococcus flavus III présente des réactions superposables à
îllesjdes méningocoques.
Action pathogène expérimentale.
Chez l'animal, le pouvoir pathogène des méningocoques est assez limité et très irrégulier dans ses effets. Les animaux les plus sensibles sont le jeune cobaye de 150 à 200 grammes et la souris. Tous les expérimentateurs sont d'accord sur ce point (Kolle et Wassermann, Bettencourt et França, Kutscher, Flexner, etc.).
Cobaye. — U injection sous-cutanée^ même de fortes doses, reste toujours négative ; il se forme parfois un abcès au point d'inoculation, abcès qui guérit spontanément.
En injection intrapéritonéale^ il faut au moins la valeur de 1 à 3 oses pour tuer le jeune cobaye. Ces doses produisent en général une péritonite purulente qui amène la mort en un à deux jours, mais rien n'est variable, en somme, comme la dose capable d'amener la mort. On croit parfois, avec un échantillon bien déterminé, avoir saisi ce qu'on est convenu d'appeller la dose mortelle, quand un essai nouveau fait observer des animaux qui, placés dans des conditions identiques, résistent, sans qu'on en comprenne la raison, à une dose dix fois supérieure à celle précédemment établie.
Cette inoculation provoque tout d'abord chez l'animal un abaissement de température ; puis il parait souffrir, son poil se hérisse, les muscles abdominaux sont durs et tendus ; on constate du météorisme.
Quand la mort est rapide, le pus est séreux, louche, et contient peu de leucocytes, mais fourmille de méningocoques. Si elle tarde, le pus est grisâtre, opaque, contient une foule de leucocytes polynucléaires plus ou moins déformés, et habituellement peu de méningocoques ; ces derniers sont intracellulaires. Le plus souvent, le méningocoque n'envahit pas la circulation; on ne le décèle pas dans les viscères. Si l'animal survit et qu'on le sacrifie après cinq à six jours, on ne trouve plus à l'autopsie d' exsudât péritonéal, mais seulement, à la surface du foie, une sorte de fausse membrane dans laquelle les méningocoques ont disparu.
En raison du petit nombre de germes contenus dans ce pus, on estime en général que l'animal succombe par intoxication plutôt que par infection. U injection intraveineuse tue l'animal, mais sans provoquer de septicémie ; ou bien celle-ci est très passagère ; il succombe aussi par intoxication. Les injections intrarachidiennes ne donnent aucun résultat appréciable ; l'animal succombe, mais sans formation de pus dans les méninges. On ne peut donc déterminer chez le cobaye une maladie analogue à la méningite cérébro-spinale humaine.
Avec R. Koch, en 1909, nous avions expérimenté plusieurs procédés, classiques dans les laboratoires de recherches, pour essayer d'augmenter la virulence des méningocoques et obtenir au moins une race capable, à une dose fixe, de provoquer la mort. Nous avons totalement échoué (1) :
L'action déprimante du froid a été utilisée; des cobayes ont été placés à la glacière pendant une à quatre heures soit avant, soit après l'inoculation microbienne. L'action de ces basses températures a présenté en général une influence favorisante qui a contribué à hâter la mort ; mais elle ne s'est pas montrée suffisamment constante, pour permettre de déterminer une dose minima mortelle.
Il en fut de même d'essais d'association secondaire avec des germes inoffensifs comme le B. prodigiosus ; ou inoculait dans le péritoine une dose faible de méningocoques et 2 oses de B. prodigiosus. Résultats encore très inconstants. A retenir même qu'à deux reprises différentes l'ensesemencement du sang qui, avec le méningocoque seul, est constamment stérile, a révélé l'existence de colonies de prodigiosus ; le résultat obtenu était donc contraire à celui qui avait été cherché : c'était le méningocoque qui avait fait office de microbe favorisant vis-à-vis du B. prodigiosus.
Plus tard, j'ai essayé, toujours sans résultat, l'action d'un sérum leucotoxique, ou d'une substance de même pouvoir, telle que l'acide lactique.
Le procédé des passages en sacs de collodion s'est montré également inefficace.
Bref, le moyen de conférer à un échantillon de méningocoques un pouvoir pathogène expérimental constant et à dose constante, chez le cobaye, est encore à trouver.
Lapin. — Le lapin est encore moins sensible que le cobaye, et les résultats des inoculations sont encore plus variables et décevants.
Souris. — Les résultats sont à peu près semblables à ceux qu'on observe chez le jeune cobaye ; l'injection intrapéritonéale provoque aussi une péritonite suppurée où les méningocoques sont décelables. L'injection intrapleurale produit une pleurésie purulente.
Singes. — L'expérimentation sur les singes est plus intéressante, car elle permet de reproduire la méningite cérébro-spinale telle qu'on l'observe chez l'homme (Von Lingelsheim et Leuchs, Flexner).
Entre les mains de Flexner notamment, les injections intrarachidiennes de cultures vivantes de méningocoques chez les singes macaques ont provoqué des méningites typiques. Quand l'infection se manifeste à l'état aigu, on constate à l'autopsie une congestion intense de l'encéphale et de la moelle, des hémorragies punctiformes au niveau des méninges et la présence d'un exsudât louche, très riche en polynucléaires contenant à leur intérieur des méningocoques ; le Hquide céphalo-rachidien des ventricules est séro-purulent.
l'iexner a pu remarquer, dans ces cas, que la purulence était particulière-
(1) In Thèse de R. Koch, Paris, 1909, p. 58 à 60.
ment abondante au niveau des lobes olfactifs, d'où il a pu la suivre à travers l'ethmoïde jusque dans la muqueuse pituitaire ; observation intéressante car le cheminement des germes est superposable à celui des matières colorantes introduites par Schwalbe, Key et Retzius, dans les espaces sous-arachnoïdiens ; dans les expériences de Flexner, les germes ont donc suivi la même voie, prouvant une fois de plus la communication qui existe entre les espaces sous-arachnoïdiens, la gaine sousarachnoïdienne des filets du nerf olfactif, et les lymphatiques de la pituitaire avec lesquels la gaine neurale s'abouche.
Enfin, par l'injection de doses faibles et successives de cultures, Flexner a pu réaliser une sorte de méningite méningococcique à marche plus lente, pouvant durer plusieurs semaines. L'autopsie montre alors des lésions aiguës, récentes, greffées sur des altérations d'allure chronique; l'exsudat méningé est abondant, riche en méningocoques ; quand le trou de Magendie est oblitéré, on observe, comme chez l'homme, soit de l'hydrocéphalie, soit de la pyocéphalie avec épendymite et dilatation des ventricules. Enfin, dans ces cas chroniques, l'infection suivant encore la voie offerte par le nerf olfactif, l'auteur a pu déceler des méningocoques dans le mucus naso-pharyngé.
Bref, chez les singes inférieurs, Flexner a pu reproduire trait pour trait la méningite cérébro-spinale, telle qu'on l'observe chez l'homme.
Toxine.
Le fait que le cobaye injecté dans le péritoine meurt plutôt d'intoxication que d'infection impHque l'idée que le méningocoque contient une toxine qui diffuse dans l'organisme. On est assez mal renseigné sur la nature de ce poison méningococcique.
On peut le mettre en évidence par les procédés suivants :
1° On racle une culture sur agar en boîte de Roux, âgée de vingt-quatre heures ; on l'émulsionne dans 20 centimètres cubes d'eau distillée. L'émulsion , est abandonnée à la température du laboratoire à l'obscurité, pendant quarante-huit heures, ou bien encore soumise à l'agitation mécanique. On centri- ' fuge pour séparer du liquide les germes en suspension.
Un quart et même un dixième de centimètre cube du liquide injecté dans le péritoine d'un cobaye de 150 à 160 grammes le tue en douze ou vingt- quatre heures.
Kraus et Dœrr, pour assurer davantage la dissolution des microbes, remplacent l'eau distillée par une solution de carbonate de soude à un dixième ; ils ajoutent de plus du toluol, qu'ils évaporent ensuite, pour la stérilisation du liquide.
2° On racle une culture de vingt-quatre heures sur gélose en boîte de Roux ; on dessèche dans le vide.
Triturer dans un mortier de verre stérile 5 milligrammes du produit des séché jusqu'à obtention d'une poudre impalpable.
Ajouter 0 gr. 08 de sel marin. Triturer à nouveau. Ajouter petit à petit
10 centimètres cubes d'eau distillée stérile, ce qui ramène la solution salée à 8 p. 1000, teneur de l'eau physiologique.
On obtient ainsi une émulsion très épaisse qu'on abandonne pendant vingt quatre heures à la température du laboratoire. Centrifuger jusqu'à ce que le liquide surnageant soit complètement éclairci.
Ce procédé est calqué sur celui que Besredka (1) a fait connaître pour l'obtention des endotoxines. La toxine qu'il donne est très active puisqu'elle tue le cobaye de 150 à 200 grammes en moins de vingt-quatre heures aux doses de 1 /2 et même de 1 /lO de centimètre cube, après injection intrapéritonéale.
3® Gordon (2) a imaginé un procédé se rapprochant beaucoup de ce dernier. \
Il broie dans un mortier d'agate 1 décigramme de corps microbiens desséchés avec un poids égal de sable ; il émulsionne peu à peu dans 5 centimètres cubes d'eau distillée, laisse reposer une nuit à la glacière et centrifuge. Le liquide surnageant est desséché dans le vide.
Le produit ainsi obtenu tue la souris à la dose de 2 à 10 milligrammes.
40 Von Lingelsheim et Leuchs ont décelé la toxine dans les vieilles cultures en bouillon âgées de cinq semaines. Le liquide filtré était injecté sous la peau des souris à la dose d'un centimètre cube en vingt-quatre heures.
Le produit toxique mis en évidence par un des procédés précédents ne semble pas assimilable aux toxines dites solubles, telles que les élaborent les bacilles diphtérique et tétanique. Elles paraissent rentrer davantage dans le cadre des endotoxines dont elles partagent les propriétés générales. .
CARACTÈRES SPÉCIAUX A CHACUNE DES VARIËTÉSZDE MÉNINGOCGQUES
Les variétés actuellement connues des méningocoques présentent des caractères spéciaux, seuls capables de les différencier les unes des autres. Ces caractères consistent dans les réactions spécifiques qu'elles présentent vis-à-vis des antisérums : agglutination, précipitation, bactériolyse, fixation du complément.
L'expérience montre en effet que chacune de ces variétés constitue un antigène, qui se sépare des antigènes voisins par la propriété d'engendrer des anticorps différents, n'agissant spécifiquement que vis-à-vis de l'antigène homologue. C'est d'ailleurg uniquement par la mise en évidence de ces réactions étroitement spécifiques que leur distinction a pu être effectuée (Dopter et Pauron).
(1) Besredka, Des endotoxines solubles (Annales de V Institut Pasteur^ avril 1906).
(2) Gordon, L'endotoxine du méningocoque (The British médical Journal, 26 janvier 1918, p. 110).
Agglutination.
Agglutination des méningocoques en général. — I. Technique. — Dans trois tubes à essai, on verse 1 centimètre cube d'une dilution de sérum antiméningococcique non chauffé à 1 p. 100, 1 centimètre cube de sérum de cheval normal à 1 p. 100 ; enfin 1 centimètre cube d'eau physiologique à 7,5 p. 1.000 ; on émulsionne dans chacun une ose de culture de méningocoque âgée de vingt-quatre heures. On met à l'étuve à 37° et, au bout de quelques heures, on observe : alors que dans des tubes témoins contenant l'un du sérum normal, l'autre de l'eau physiologique, l'émulsion a conservé son trouble homogène, dans le tube en expérience des grumeaux se sont formés et amassés au fond du
F%. 14. — Agglutination des méningocoques. Tube de droite : tube témoin (trouble homogène). Tube de gauche : tube contenant l'anti- . sérum. Le dépôt est constitué par des ajmas microbiens.
Fig. 15. — Agglutination. Les tubes sont lienchés obliquement . pour mieux faire percevoir les amas.
tube (fig. 14) : une légère secousse imprimée à ce dernier les fait percevoir aisément.
Pour rendre l'observation plus facile, il est préférable de pencher les tubes très obliquement (fig. 15) et de regarder vers la partie supérieure d'une fenêtre. Cette technique est très utile pour distinguer les agglutinations vraies des fausses agglutinations, qui se produisent parfois avec les germes similaires. Il arrive que ces derniers, en effet, se déposent seulement au fond du tube, sans s'agglutiner.
Pour rechercher le taux limite de l'agglutination, on verse dans les tubes contenant Fantisérum des dilutions successives de ce dernier de 1 /lOO à 1 /800,ou 1 /lOOO par exemple.
II. Caractères généraux et variations observées dans l agglutination. — D'une façon générale, surtout quand on les compare à des germes qui, comme les bacilles typhiques, paratyphiques, agglutinent à
des taux très élevés avec des antisérums (1 /lOOOOà 1 /100000),lesméningocoques sont peu agglutinables. Encore ce phénomène présente-t-il des variations qu'il importe de bien mettre en évidence.
Elles sont influencées par plusieurs facteurs :
1® Le milieu de culture. — • Il ne semble pas exister de différence entre la gélose-ascite et la gélose ordinaire, quand les méningocoques ont été habitués à cette dernière. La gélose au foie est moins favorable à cette recherche en raison d'un certain degré d'autolyse qui se produit dans ce milieu. M. NicoUe, Debains et Jouan se servent de préférence de la gélose T qui leur aurait donné les meilleurs résultats.
2^ Vâge de la culture. — L'agglutination doit être recherchée avec une culture de vingt à vingt- quatre heures ; une culture de quarante-huit heures est déjà moins favorable pour cette épreuve ; une culture de trois jours s'agglutine encore moins facilement (1).
3^ La température. — Elle influe assurément sur la rapidité du phénomène ; la température de 37^ est la plus favorable.
Cependant, Kutscher a observé que des méningocoques faiblement agglutinables à 37^ l'étaient davantage à 55<^. Si cette propriété était constante, elle exigerait d'être exploitée dans tous les cas, et la recherche ne devrait être effectuée qu'à cette dernière température ; mais certains échantillons se montrent moins agglutinables à 55<^ qu'à 37» (Dopter).
Le procédé de Porges destiné à rendre agglutinables les germes encapsulés comme le pneumocoque, qui le sont peu ou ne le sont pas, ne convient pas au méningocoque (contrairement au gonocoque). Sous son influence, les émulsions méningococciques s'autolysent et deviennent moins agglutinables qu'avant l'épreuve.
40 Le germe lui-même. — Deux facteurs interviennent :
a) Le pouvoir agglutinogène propre à chaque variété de méningocoque, mais aussi à chaque échantillon de chaque variété. Ainsi, d'après M. NicoUe, Debains et Jouan, les types A et C sont, en général, les plus agglutinogènes, le type B l'est moins. (Cette règle n'est pas absolue, car en 1914 j'avais obtenu avec le type B un sérum agglutinant ce dernier germe à 1 /800) .
b) U agglutinahilité qui lui 65i /?ro/>re. M. Nicolle, Debains et Jouan ont signalé l'existence de germes (rares à la vérité) qui agglutinent spontanément avec des sérums de cheval normal. Cette propriété est bien différente du pouvoir agglutinogène, témoin l'un des méningocoques étudiés par eux qui était agglutinable dans ces conditions et ne conférait au cheval qu'un pouvoir agglutinant très réduit, n'agissant guère que sur le germe en question, et nullement sur les autres du même type.
5^ V antisérum. — Sans parler des différences individuelles de pouvoir agglutinant, qu'on observe avec le sérum de tel ou tel animal de la même espèce, et qui sont encore inexplicables, il existe des variations très importantes dans la recherche de l'agglutination suivant que le sérum est chauffé ou non : un sérum chauffé perd en grande partie son pouvoir
(1) On peut observer l'agglutination sur des méningocoques tués par la chaleur (60° pendant trente minutes) ; elle s'effectue au même taux qu'avec des cultures vivantes ; les émulsions tuées conservées à la glacière sont encore agglutinables deux mois après, à condition qu'elles aient été préparées dans l'eau physiologique ; l'eau distillée les bactériolysant empêche la réaction ou la diminue dans des proportions importantes.
agglutinant. Il est à remarquer que contrairement à certains autres sérums possédant le même caractère à cet égard, l'addition d'alexine au sérum chauffé ne le réactive en aucune façon (Dopter et R. Koch).
Le procédé de vaccination de l'animal présente encore une importance incontestable. Il suffit pour cela de comparer l'agglutination d'un seul et même germe avec le sérum d'un animal immunisé par le procédé rapide
>de M. Nicolle, Debains et Jouan (injections intraveineuses consécutives pendant quatre jours de suite et saignée onze jours après la dernière) ou par la méthode lente utilisée avant la guerre (une injection intraveineuse par semaine) :
Dans le premier cas, le taux maximum d'agglutination = 1 /200; il est parfois inférieur à 1 /lOO. Dans le deuxième cas, ce taux oscille entre 1 /600 et 1 /lOOO.
Agglutination spécifique de chaque variété particulière de méningocoques. — C'est là le premier caractère capital qui permet de distinguer entre elles les différentes races de méningocoques (Dopter et Pauron).
L'expérience montre en effet que :
1^ Le méningocoque A et ceux du même type sont agglutinés spécifiquement par un sérum anti-A et ne sont pas agglutinés par les sérums anti-B, anti-C, anti-D.
2^ Le méningocoque B est agglutiné spécifiquement par un sérum anti-B, mais ne possède pas ce caractère quand il est mis en présence de sérum anti A, C et D (même observation pour tous les germes du type B).
3® et 4^ Mêmes remarques en ce qui concerne les méningocoques C et D vis-à-vis de leurs antisérums respectivement homologues et des sérums hétérologues.
Ces résultats s'appliquent également à l'agglutination recherchée avec le sérum des malades atteints d'infection méningococcique :
Le sérum d'un sujet infecté par le méningocoque A est, au bout du premier septénaire, agglutinant uniquement pour le germe qui Ta infecté et les germes du même type ; l'agglutination est nulle, au contraire pour ceux des types voisins.
Telle est la règle générale ; elle est d'une importance de premier ordre pour la détermination et l'identification des différents types de méningocoques, et par conséquent pour le choix de l'antisérum à utiliser en thérapeutique. Les exceptions à cette règle ne sont qu'apparentes ; elles sont dues à la formation assez fréquente, dans les antisérums, de coagglutinines qui n'ont aucun caractère spécifique. Ces dernières ne se produisent qu'avec les sérums expérimentaux ; elles n'existent pas avec les sérums de malades.
Coagglutination. — Les phénomènes de coagglutination, ou d'agglutination dite « de groupe » s'observent avec les méningocoques comme avec certains autres germes : bacille typhique, bacilles paratyphiques, dysentériques, etc.
En effet un sérum anti-A, tout en agglutinant spécifiquement les méningocoques A, agglutine parfois les méningocoques B, C et D. La même remarque s'applique aux sérums anti-B, C ou D.
En général, dans ces cas, ragglutination homologue se révèle à un taux plus élevé et plus rapidement que l'agglutination hétérologue ; ainsi l'agglutination spécifique peut être obtenue à 1 p. 600 ou 1 p. 800, alors que la coagglutination ne se montre qu'à 1 p. 200. Ilpeut arriver cependant que ces deux phénomènes connexes se manifestent à un taux sensiblement égal ne permettant par conséquent aucune différenciation.
De tels faits avaient été signalés par Darré et Dumas (1) et ont été mis nettement en évidence par Dopter et Pauron (2), puis confirmés par Gordon, EUis, M. Nicolle, Debains et Jouan. D'après ces derniers auteurs, cependant, si les sérums anti-A peuvent agglutiner certains B et C, et les anti-C certains A et B, les sérums anti-B peuvent agglutiner certains A, mais jamais le C (cette affirmation comporte cependant de nombreuses exceptions) .
L'épreuve de la saturation des agglutinines permet de définir la véritable nature des unes et des autres et de les séparer pour les besoins de la pratique.
C'est d'ailleurs cette recherche qui nous a permis pour la première fois (Dopter et Pauron) de distinguer les variétés de méningocoques actuellement connues sous la nouvelle dénomination ; dans la suite, Gordon, (3), puis Tulloch (4) ont observé des faits rigoureusement identiques.
La saturation des agglutinines peut être réalisée, d'une part avec les germes homologues, d'autre part avec les germes hétérologues. Les résultats fournis par ces recherches sont intéressants au point de vue théorique comme au point de vue pratique.
Saturation d'un antisérum par les germes homologues. — La technique de cette épreuve est la suivante :
Une boîte de Roux est ensemencée avec un méningocoque A par exemple ; après vingt-quatre heures d'étuve à 37°, on racle la culture et oii l'émulsionne dans 9 centimètres cubes d'eau physiologique. On la verse dans un flacon et on ajoute 1 centimètre cube de sérum anti-A non chauffé, qui agglutine à la fois le type A et les trois autres types de méningocoques. On laisse reposer à la température du laboratoire ; le lendemain toute la culture est agglutinée au fond du vase ; on décante le sérum surnageant (dilué à 1 /lO) et on recherche à nouveau l'agglutination en le faisant agir séparément sur chaque variété de méningocoque.
On répète la même expérience avec les sérums anti-B, anti-C, anti-D, saturés par chacune des variétés de méningocoques.
Voici les résultats qu'on obtient :
^/lOO 1/200
Sérum anti-A,
non
saturé
sur :
(Témoin)
(1) Darré et Dumas, Société de Biologie, 13 juin 1914.
(2) Dopter et Pauron, Diagnostic bactériologique des méningites cérébro-spinales à méningocoques et à paraméningocoques. [Société médicale des Hôpitaux, 26 juin 1914).
(3) Gordon, Loc. cit.
(4) Tulloch, Loc. cit.
Sérum anti-A, saturé par A sur :
IF
ans cette expérience, par conséquent, A a fixé seules les agglutinines homologues correspondantes et a laissé libres les co agglutinines apparteant aux autres types.
En répétant successivement les essais avec les sérums anti-B, G et D, on observe des résultats analogues. B, G et D absorbent, comme A dans l'expérience ci-dessus, les agglutinines spécifiques homologues.
Il résulte de ces faits que : quand un antisérum obtenu par injections
d'une. variété de méningocoque agglutine cette dernière ainsi que ses
congénères, la variété prise comme antigène et utihsée pour la saturation
xe les agglutinines homologues et laisse libres les agglutinines hété-
ologues (1).
Les agglutinines homologues correspondent dès lors à des agglutinines spécifiques, les agglutinines hétérologues à des co agglutinines (non spécifiques) .
Saturation d'un antisérum par les germes hétérologues. — On emploie la même technique, mais en saturant le sérum anti-A par un B, ou un C, le sérum anti-B par un A ou un G ; le sérum anti-G par un A ou un B.
A priori, on pouvait penser que la saturation par un germe hétérologue laisserait hbre les agglutinines homologues, seules spécifiques, et fixerait les agglutinines hétérologues. G'est ce que vérifie l'expérience, mais il était permis de se demander en outre si, après saturation d'un sérum •anti-A par un B, par exemple, ce dernier germe ne dépouillerait pas simultanément ce sérum à la fois de ses agglutinines propres et des agglutinines qu'il contient par le G et le D ; autrement dit, il fallait déterminer si les agglutinines contenues dans le sérum étaient spéciales au type du germe correspondant utihsé ou communes à tous les germes hétérologues.
I Voici, entre toutes, une expérience destinée à résoudre le problème osé :
Sérum anti-A, non saturé, sur :
(Témoin).
Sérum anti-A, saturé par B, sur :
Sérum anti-A, saturé par C, sur :
(1) Ces faits montrent que vis-à-vis de l'épreuve de Castellani, les méningocoques se comportent autrement que les bacilles typhique et paratyphiques, le bacille d'Eberth fixant dans un sérum de typhique qu'il a saturé, non seulement les agglutinines spécifiques, mais aussi les coagglutinines.
L'expérience répétée avec un sérum anti-B saturé par A ou C, avec un sérum anti-C saturé par A ou B donne des résultats respectivement analogues.
Il en résulte donc que : Lors de la saturation d'un antisérum par un germe hétérologue, ce germe fixe exclusivement les coagglutinines qui lui correspondent. Il laisse libres les agglutinines spécifiques, de même aussi les agglutinines correspondant aux germes hétérologues voisins.
Par conséquent, les coagglutinines contenues dans chaque antisérum ne sont nullement communes à tous les germes hétérologues ; elles sont spéciales à chacun d'eux.
Cette donnée, mise en évidence par Dopter et Dujarric de la Rivière (1 \ présente une importance capitale au point de vue de la préparation des sérums agglutinants saturés destinés à l'identification desméningocoques; pour qu'ils soient dénués de tout pouvoir coagglutinant, il est dès lors indispensable de les saturer successivement avec chacun des germes hétérologues pour ne leur laisser que leurs agglutinines spécifiques.
Enfin, au point de vue théorique, elle creuse davantage le fossé qui existe entre chacun des méningocoques au point de vue de la spécificité.
Cette épreuve de la saturation des agglutinines peut servir encore à différencier le méningccoque des pseudo-méningocoques dont certains sont parfois agglutinés par un sérum antiméningococcique. Il s'agit encore, dans ce dernier cas, de coagglutination.
Le même procédé enfin permet de séparer les méningocoques des gonocoques (2) ; la saturation assure encore le départ entre les réactions agglutinantes spécifiques et non spécifiques.
Dans un mémoire récent, M. Nicolle, Debains et Jouan ont fait connaître un autre moyen de différencier ces deux germes par l'agglutination, en utilisant la méthode de Porges.
Cette méthode rend les méningocoques insensibles vis-à-vis de leurs agglutinines spécifiques, tandis qu'elle confère au gonocoque une sensibilité parfaite vis-à-vis de l'agglutinine homologue ; il est à remarquer toutefois que, sous son influence, les méningocoques deviennent plus sensibles à l'agglutinine gonococcique.
Précipitation.
Quand on additionne un extrait autolytique de méningocoque d'une minime quantité de sérum antiméningococcique, il se produit, à la température du laboratoire, un précipité dont l'abondance varie avec la quantité de sérum ajouté (Bruckner et Cristeanu, Dopter et R. Koch, Dopter et Pauron), alors que les témoins (extrait seul, extrait additionné de sérum normal) restent clairs et limpides.
Cette propriété s'obtient en inoculant à l'animal soit des cultures,
(1) Dopter et Dujarric de la Rivière, Société de Biologie, 11 décembre 1920.
(2) Dopter et R. Koch, Sur la coagglutination du méningocoque et du gonocoque {Sociélé de Biologie, 25 juillet 1908).
soit des extraits microbiens. En général, la précipitation est en parallélisme étroit avec l'agglutination.
Elle présente cependant des variations suivant le germe qui a fourni l'extrait ou qui a servi à l'immunisation, suivant aussi le cheval qui a fourni le sérum. Certains méningocoques peu agglutinables peuvent donner des extraits très précipitables et inversement.
Précipitation spécifique. — Il en est de la précipitation comme de l'agglutination.
1^ L'extrait autolytique d'un méningocoque A est précipité spécifiquement par un sérum anti-A. Il ne l'est pas avec les sérums anti-B, C et D.
2^ Les extraits des méningocoques B, C et D, sont spécifiquement précipités par leurs antisérums correspondants, et ne le sont pas par les anti-sérums hétérologues.
L'extrait de chacune des variétés de méningocoques subit donc l'action spécifique du seul anti-sérum correspondant.
Tel est le principe.
Co-précipitation. — Cette règle générale souffre cependant des exceptions ; il n'est pas rare en effet de voir un sérum anti-A précipiter l'extrait d'un A, mais aussi d'un B ou d'un C, et parfois tous simultanément. Il est vrai que la plupart du temps, la précipitation d'un extrait avec le sérum homologue s'effectue à un taux plus élevé que celle des extraits voisins. Voici, à titre d'exemple, un des nombreux essais tentés dans cette voie.
Extrait autolytique Antisérura A
(1/2 ce.) 1 goutte 1/2 g. 1/5 g. 1/10 g. 1/20 g. 1/40 g.
+ + + = précipitation forte.
+ + = — moyenne.
+ = — faible.
Cette particularité, qui se montre également dans les expériences réalisées avec les extraits de pseudo-méningocoques et de gonocoques, est de nature à faire rechercher la nature de ces précipitines diverses.
L'épreuve de la saturation des précipitines renseigne nettement sur ce point. On peut la réahser de la façon suivante :
L'extrait autolytique (10 centimètres cubes) d'un méningocoque A est mélangé dans un tube à 10 centimètres cubes de sérum anti-A. On obtient ainsi immédiatement un précipité massif ; on laisse reposer à la température du laboratoire. Le lendemain on centrifuge et on décante le sérum surnageant. On fait alors agir, dans les conditions précédentes, ce sérum décanté aux mêmes doses (gouttes et fractions de gouttes) sur l'extrait autolytique de A, B, G et D. Voici les résultats :
L'extrait de A ayant fixé les précipitines du sérum anti-A ne précipite
plus SOUS F influence de ce dernier ; il précipite encore avec les sérums anti-B, anti-C, anti-D.
Constatations analogues avec l'extrait de B et le sérum anti-B, etc..
Par conséquent, comme pour le phénomène de l'agglutination, la précipitation de l'extrait d'une variété de méningocoques est spécifique avec le sérum homologue ; il s'agit d'une co-précipitation si le précipité est obtenu avec des sérums hétérologues.
Il est assez curieux en outre de constater qu'un extrait mis en présence des anti-sérums ainsi saturés, fixe et laisse en liberté les agglutinines comme si la saturation avait été effectuée avec les émulsions microbiennes. Inversement, une émulsion microbienne absorbe et conserve les précipipitines comme si la saturation avait été effectuée avec des extraits.
Cette constatation semble prouver l' analogie étroite qui existe entre les agglutinines et les précipitines.
Des faits identiques s'observent avec les extraits de pseudo-méningocoques et de gonocoques.
Bactériolyse.
La bactériolyse des méningocoques peut être mise en évidence par trois procédés : l'épreuve de Bordet-Gengou, l'épreuve du péritoine et l'épreuve de la veine.
Epreuve de Bordet-Gengou (Fixation du complément). — Elle a été utilisée et étudiée par Wassermann et Brûck, Krumbein et Schatiloff, Kraus et Baecher, Vannod, Dopter, enfin par M. Nicolle, Debains et Jouan. Cette réaction peut s'effectuer en prenant comme antigène soit l'extrait autolytique des cultures du méningocoque, soit des émulsions microbiennes vivantes ou tuées (Krumbein et Schatiloff, Dopter) ; M. Nicolle, Debains et Jouan emploient des émulsions plongées préalablement dans l'eau bouillante pendant cinq minutes.
RÉACTION DES MÉNINGOCOQUES EN GÉNÉRAL. TeCHNIQLE. — La
réaction s'opère de la façon suivante :
Préparer une émulsion provenant d'une culture de méningocoques sur gélose âgée de vingt-quatre heures. On pèse 1 centigramme de microbes qu'on émulsionne dans 20 centimètres cubes d'eau physiologique. Répartir à raison de 1 centimètre cube de cette dilution dans des tubes à hémolyse.
Ajouter dans ces derniers, à des taux de moins en moins élevés, des dilutions del'antisérum chauffé à expérimenter sur le germe correspondant (par exemple 1 centimètre cube contenant 0,05, 0,01, 0,005, 0,001, etc., de sérum). Faire des témoins avec du sérum normal et des sérums antityphique, antistreptococcique, etc.
Ajouter 1 centimètre cube d'une dilution à 1 /20 d'alexine titrée préalablement.
Laisser à la température de 37^ pendant deux heures, puis ajouter le système hémoly tique (sérum antimouton et globules lavés de mouton), dans les conditions habituelles de cette recherche. Nouveau séjour à l'étuve pendant une heure. On observe ensuite les résultats. Voici le résultat d'une de ces expériences conçues pour la démonstration de la
fixation du complément par un méningocoque pris comme antigène.