‹ L'infection meningococciqueChapitre 22 sur 75 · signifie : hémolyse nette · texte numérisé non relu

signifie : hémolyse nette

Il découle de la lecture de ce tableau que :

1» La fixation du complément par un méningocoque s'obtient en présence du sérum antiméningococcique.

2^ Elle est nulle quand ce dernier est remplacé par du sérum normal ou des antisérums divers à la préparation desquels le méningocoque est étranger.

D'autres expériences établies sur les .mêmes bases montrent que des germes autres que les méningocoques, même des germes similaires et très voisins comme les pseudo-méningocoques, le gonocoque, etc., sont incapables de fixer le complément en présence du sérum antiméningococique.

La bactériolyse des méningocoques en général, effectuée dans les conditions précédentes, est donc spécifique pour tout le groupe constitué par l'ensemble de ces.germes.

Caractères généraux et variations de la lyse méningococcique. — • Autant les méningocoques se montrent peu agglutinogènes, ils sont en général très lysogènes. En effet, M. Nicolle, Debains et Jouan ont pu obtenir des sérums qui fixent le complément, avec les quantités d'émulsions qu'ils ont employées, à la dose minime de 1 /20CO de centimètre cube et même parfois à 1 /5000, chiffre qu'on n'atteint guère avec les autres bactéries.

Comme pour l'agglutination, il existe des variations dans la production de la bactériolyse : plusieurs facteurs interviennent :

1° Si le milieu n'intervient que faiblement, l'âge de la culture a son importance : il est préférable d'utiliser une culture de vingt-qu atre heures.

2° Toutes les variétés et échantillons de chaque variété ne donnent pas toujours une réaction également intense. Krumbein et Schatiloff ont même remarqué que les échantillons utilisés pour la vaccination des animaux fixaient en général moins le complément que les échantillons appartenant au même type, et restés étrangers à l'immunisation.

3^ Le procédé de vaccination aurait son importance. Nicolle, Debains et Jouan préfèrent leur procédé d'inoculations itératives.

40 Le choix de l'animal à vacciner entre aussi en ligne de compte ; le sérum de cheval donne de meilleurs résultats que le sérum de lapin, peut-être à cause du pouvoir antialexique naturel de ce dernier.

DoPTER. — L'Infection méningococcique. 7

RÉACTIONS DES DIFFÉRENTS TYPES DE MÉNINGOCOQUES. — Quand 011

compare entre eux les différentes variétés de méningocoques A, B, G, D, on observe les particularités suivantes (1) :

Mis en présence d'un sérum anti-A, non seulement le type A, mais aussi les types B, G et D donnent la réaction de fixation ; il en est de même avec les sérums anti-B,G et D. Ghaquetype de méningocoque subit donc l'action bactériolytique à la fois des antisérums homologues et hétérologues.

Il existe donc à cet égard une différence notable avec l'agglutination : si cette dernière épreuve met en évidence des coagglutinations assez fréquentes, elle peut se montrer assez souvent spécifique d'un type à l'autre. La réaction de fixation au contraire se montre toujours générale pour tous les types de méningocoques, quelle que soit la variété employée comme antigène.

Il s'agit de déterminer la nature de ces bactériolysines communes: Sont-elles spécifiques seulement pour chacune des races connues de méningocoques ou pour tout le groupe des méningocoques ? Autrement dit, à côté de la bactériolyse spécifique pour les sérums et germes homologues, existcrt-il une cobactériolyse pour les races congénères ?

G'est vers cette pensée qu'on est orienté a priori, au moins par analogie avec ce que l'expérience a démontré en matière d'agglutination et de précipitation.

D'ailleurs, d'après les essais quantitatifs de M. Nicolle, Debains et J ouan, la bactériolyse des germes hétérologues, tout en se rapprochant de la bactériolyse homologue, se montre en général inférieure à cette dernière, et présente des irrégularités qu'on peut opposer à la régularité de la bactériolyse d'un méningocoque avec son antisérum correspondant.

Gontrairement à ce qu'on aurait pu penser, l'épreuve de la saturation des sensibihsatrices des divers antisérums n'a pas donné les résultats attendus. Des essais tentés avec la collaboration d'Armand-Delille ont été' conçus de la façon suivante :

Dans un tube (tube M), on mélangeait 10 centimètres cubes de sérum antiméningococcique inactivé avec une émulsion de méningocoques A (une boîte de Roux dans 10 centimètres cubes d'eau physiologique). Dans un autre tube (tube P), l'émulsion microbienne était constituée par une quantité égale de méningocoques B. Après séjour de vingt-quatre heures à la température du laboratoire, les deux mélanges étaient centrifugés. On décantait le sérum clarifié, et on l'utilisait comparativement à des témoins (sérum dilué à 1 /2), pour rechercher la fixation du complément dans les conditions suivantes. Le sérum du tube M était mis en présence de méningocoque A, d'une part, de méningogocoque B, de l'autre ; la même recherche était effectuée avec le sérum imprégné de méningocoque B. Il nous a semblé plusieurs fois que le sérum saturé par le méningocoque A avait perdu son pouvoir sensibilisateur pour ce germe et l'avait conservé pour le méningocoque B, et inversement pour l'autre sérum. Mais les résultats n'ont pas été assez nets pour qu'on en puisse faire état.

Gette épreuve ne peut donc, jusqu'à plus ample informé, résoudre le problème.

(1) DoPTËR, Société de Biologie, 10 juillet 1909.

lg

Toutefois on peut par une voie indirecte se faire une idée, au moins approximative, de la nature du phénomène observé dans les conditions précédentes :

En effet, quand on effectue la recherche de la fixation du complément on plus avec les antisérums, mais avec le sérum des malades, on constate ue le méningocoque A, par exemple, fixe le complément en présence du sérum des sujets infectés par cette variété, et que la réaction reste entièrement négative avec le sérum des sujets infectés par B, C ou D. On fait des constatations analogues quand ces derniers sont pris comme antigènes avec leurs sérums correspondants.

La différence observée entre ces faits et les précédents tient sans doute à à ce que le sérum de cheval vacciné contre un germe est infiniment plus riche en co-anticorps que le sérum humain.

Il est donc vraisemblable que la lyse microbienne mise en évidence par le procédé de Bordet-Gengou est spécifique pour les germes et les antisérums homologues; celle qui se manifeste avec les méningocoques voisins apparaît comme non spécifique; il s'agit probablement d'une actériolyse de groupe.

Epreuve du péritoine. — En 1910, j'ai fait connaître un procédé calqué sur le phénomène de Pfeiffer (vibrion cholérique), capable de montrer sous le microscope la bactériolyse microbienne.

Bactériolyse des méningocoques en général. — Voici les faits :

A des cobayes de 200 à 250 grammes on injecte dans le péritoine 1 centimètre cube de sérum antiméningococcique non chauffé, puis vingt-quatre heures après 1 centimètre cube d'une émulsion de méningocoque de type homologue, provenant d'une culture sur agar, âgée de vingt-quatre heures, raclée dans 6 centimètres cubes d'eau physiologique (soit en réalité 1/6 de culture, dose sûrement non mortelle, mais suffisante pour provoquer une réaction toujours ^égale à elle-même).

On prélève ensuite à l'aide de pipettes capillaires l'exsudat péritonéal qu'on fatale sur lames. Après fixation par l'alcool-éther, coloration par la thionine phéniquée. Des prélèvements répétés permettent de suivre l'évolution de la réaction.

On institue des témoins dont les uns ne reçoivent que l'émulsion microbienne ; les autres sont préparés par une injection péritonéale de sérum normal, puis, vingt-quatre heures après, reçoivent l'émulsion microbienne.

Les résultats qu'on obtient sont les suivants :

Réactions du péritoine chez le cobaye neuf, non préparé. — Pendant les deux premières heures qui suivent l'injection microbienne, l'exsudat péritonéal, légèrement louche et d'aspect homogène, fourmille littéralement de méningocoques ; ils se montrent sous l'aspect de cocci bien formés et bien colorés ; on note, à cette période, l'absence complète de tout élément cellulaire, polynucléaire ou lymphocyte.

Vers la deuxième heure, les leucocytes commencent à apparaître : ce sont, pour la plupart, des polynucléaires assez bien formés, bien colorés, mais ne jouant aucun rôle phagocytaire. Ils restent dans cet état pour ainsi dire neutre, et en minime abondance pendant une ou deux heures.

Après la troisième ou quatrième heure, leur nombre augmente progressivement. En même temps le nombre des germes libres diminue ; beaucoup sont inclus dans les polynucléaires, phagocytés par conséquent.

Vers la sixième heure, l'exsudat devient alors plus louche : la réaction polynucléaire s'accroît notablement, et généralement vers la septième heure les méningocoques ont complètement disparu.

Vers la quinzième heure, les grands mononucléaires apparaissent ; leur nombre augmente progressivement dans les heures qui suivent ; ils jouent un rôle nettement accusé de macrophages englobant les débris de polynucléaires, fatigués sans doute par la lutte phagocytaire qu'ils ont engagée. A cette période l'exsudat devient épais et visqueux, franchement purulent ; il reste tel pendant deux à trois jours, avec les mêmes caractères cytologiques jusqu'à ce que l'exsudat, devenant de moins en moins abondant, finisse par ne plus pouvoir être recueilli.

Réactions chez le cobaye préparé avec du sérum normal. — Les réactions sont à peu près identiques, mais leur évolution est plus rapide.

Au bout de cinq minutes, on constate, outre de nombreux méningocoques, des amas de polynucléaires s^glomérés, traduisant un phénomène de phagolyse que l'on retrouvera avec une intensité beaucoup plus grande avec le sérum antiméningococcique. Cette phagolyse est d'ailleurs passagère car elle n'est plus perceptible au bout de dix minutes.

A cette époque, méningocoques toujours nombreux ; quelques lymphocytes apparaissent.

Même aspect lors des prélèvements suivants.

Après une heure environ, les polynucléaires apparaissent, les méningocoques libres diminuent légèrement pour ne disparaître qu'après une heure et demie ou deux heures : les autres sont phagocytés.

L'exsudat devient plus louche vers la sixième heure, en même temps que les polynucléaires abondent. Enfin vers la neuvième heure, les macrophages apparaissent ; l'aspect histologique reste alors le même jusqu'après quarante-huit heures, où l'exsudat devient trop épais pour pouvoir être prélevé.

Réactions chez le cobaye préparé avec du sérum antiméningococcique. — Ici, les réactions sont plus marquées et plus rapides dans leur évolution ; deux éléments importants apparaissent nettement : une phagolyse initiale intense et une destruction microbienne^ témoin de la bactériolyse.

Au bout de cinq minutes, l'exsudat prélevé est trouble et véhicule des grumeaux blanchâtres. Les méningocoques sont nombreux et l'on constate la présence d'énormes amas de polynucléaires.

Ces amas leucocytaires sont constitués par une agglomération dense de polynucléaires soudés les uns aux autres ; leur protoplasma est gonflé, les contours sont flous. Ils figurent une masse presque homogène, une sorte de gangue au milieu de laquelle des noyaux altérés sont perceptibles, les uns pâles, les autres hypercolorés ; chaque amas paraît enveloppé d'une couche visqueuse.

Les méningocoques sont accolés à la périphérie de ces amas, mais ne sont pas contenus dans l'intérieur du protoplasma des leucocytes qui, altérés, paraissent incapables de se les incorporer. Cet aspect est particulièrement net au niveau des leucocytes restés isolés, auxquels les germes forment une sorte de couronne.

11 s'agit là, sans doute possible, du phénomène de phagolyse que

Metchnikoff avait observé dans les mêmes conditions dans l'étude du phénomènejde Pfeiffer.

Au bout de dix minutes, les figures de phagolyse persistent, mais les

Fig. 16. — Epreuve du péritoine avec méningocoque A et sérum anti-A. Bactériolyse des méningocoques injectés.

Fig. 17. — Épreuve du péritoine avec méningocoque B et sérum anti-A. Abondance et intégrité des germes.-

las phagolysés sont moins abondants ; de plus les méningocoques qui iont encore libres et ceux qui sont compris dans la couche visqueuse se iolorent mal pour la plupart ; ils sont pâles et à peine perceptibles.

Au bout de quinze à vingt minutes, le liquide péritonéal redevient clair ; les amas phagolysés ont disparu complètement; quelques lymphocytes sont seuls perceptibles. Enfin on assiste à la disparition graduelle des méningocoques : ceux qui persistent sont agglutinés, et dans les rares amas que Ton constate, on ne perçoit plus que quelques grains plus ou moins bien colorés, au milieu d'autres qui, faiblement teintés, ont subi la bactériolyse(fig. 16).

Après trente minutes, il n'est plus possible de voir dans les préparations que deux à trois lymphocytes par champ; l'absence presque totale de germes est la règle.

Le contraste est saisissant quand on établit la comparaison, à la même période, avec rexsu.dat des cobayes non préparés où les méningocoques sont extrêmement abondants.

Cet aspect s'observe encore jusque vers la fin de la première heure.

Au bout (Tune heure environ, aux quelques lymphocytes déjà signalés, s'adjoignent des polynucléaires mais assez bien formés cette fois. Leur nombre s'accroît petit à petit, lentement, progressivement jusque vers la fin de la troisième heure.

Vers la quatrième heure, à ces polynucléaires commencent à se joindre de grands mononucléaires.

A partir de ce moment, l'exsudat devient louche, puis purulent, et l'on assiste au phénomène de macrophagie que l'on a observé, mais beaucoup plus tardivement, chez les cobayes neufs. Ils restent tels jusque vers la trentième ou quarantième heure, temps au delà duquel l'exsudat s'épaissit et se raréfie, comme précédemment.

L'examen du liquide péritonéal chez les cobayes dont le péritoine a été * ainsi préparé par une injection préalable de sérum antiméningococcique montre donc, outre l'intervention de phénomènes leucocytaires, une 'bactériolyse indiscutable des méningocoques.

Celle-ci se manifeste surtout entre vingt et trente minutes après l'injection microbienne.

Elle se traduit, d'une part, par la disparition rapide des méningocoques (absorbés en partie, il est vrai,par les éléments cellulaires, notamment dans l'épiploon) et, d'autre part, par la difficulté que présentent ceux qui sont libres à prendre les colorants. Bref on assiste à la destruction progressive des corps microbiens.

Ces modifications rappellent celles que l'on constate dans l'étude du phénomène de Pfeiffer avec le vibrion cholérique. On y retrouve l'existence d'une phagolyse intense qui, d'après Metchnikoff, est la base de la destruction extra-cellulaire des bactéries. La bactériolyse que révèle cette épreuve est donc un phénomène plus complexe que celui de la simple fixation du complément.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de l'interprétation à donner, la bactériolyse existe. Elle ne se produit pas chez les témoins. Elle est absente encore quand le péritoine est préparé avec des antisérums étrangers au méningocoque, de même encore quand le germe employé est un pseudoméningocoque mis en présence de sérum antiméningococcique.

Par conséquent, il s'agit d'une réaction spécifique, au moins pour le groupe des méningocoques.

La bactériolyse manifestée par cette épreuve du péritoine s'exerce, comme les autres phénomènes du même ordre, à des degrés divers suivant la richesse du sérum en anticorps. On peut la mesurer en introduisant dans le péritoine des quantités décroissantes de sérum: en injectant 1 centimètre cube de sérum pur, ou dilué à 1 /2, à 1 /4, à 1 /8, à 1 /10,on observe des différences nettes dans l'intensité de la réaction.

Ces variations sont en général en assez étroite concordance avec celles de l'agglutination.

Bactériolyse spécifique de chaque variété de méningocoques. — La spécificité de cette réaction bactériolytique s'applique-t-elle à l'ensemble des méningocoques, ou bien n'est-elle pas plus étroite et ne s'applique-t-elle pas uniquement à chacune des diverses variétés ?

D'une façon générale, l'expérience montre qu'un sérum anti-A donne, dans les conditions précitées, une bactériolyse nette pour le type A et les germes qui s'y rapportent (fig. 16), la bactériolyse restant nulle pour les variétés voisines, B, C etD (fig. 17). Même règle quand on met les B, C et D en présence de leurs antisérums homologues.

Dans ces conditions, la spécificité « de type » est indiscutable ; elle est d'ailleurs en accord étroit avec ce que l'étude de l'agglutination a fait connaître.

Co-BACTÉRiOLYSE. — Mais il u'cst pas exceptionnel d'observer, comme dans les phénomènes d'agglutination, des co-réactions. Ainsi, on peut constater qu'un B mis en présence du sérum correspondant est bactériolyse par ce dernier, mais aussi, bien qu'à un plus faible degré, par les sérums anti-A, C et D. De même un sérum anti-B par exemple, bactériolyse fortement le B; et faiblement les A, C et D. Dans ces cas, la cobactériolyse est évidente.

La même question se pose alors comme pour les propriétés précédemment décrites ; quelle- est la nature de cette bactériolyse commune ?

L'épreuve de la saturation des bactériolysines (1) donne la réponse :

On sature les divers antisérums A, B, G et D, comme pour obtenir la saturation des agglutinines et précipitines (voir plus haut, p. 92). Le sérum saturé, centrifugé, est décanté et alors introduit dans le péritoine de cobayes de 250 grammes, aux doses employées dans l'épreuve du péritoine, que l'on effectue simultanément avec les divers antisérums et types de méningocoques ; vingt-quatre heures après, on injecte dans le péritoine 1 /6 de culture sur agar de vingtquatre heures, des divers types connus. On effectue ensuite les prélèvements et es examens comme il a été spécifié plus haut.

Voici les résultats qu'on observe :

Sous l'influence du germe qui a servi à le préparer, l' antisérum (homologue) se dépouille de sa lysine pour ce même germe et ceux du même type; les lysines qui agissent sur les types hétérologues restent libres. Ces résultats sont donc en concordance étroite avec ceux que fournissent les saturations des agglutinines et précipitines. La même conclusion s'impose donc : il existe une bactériolyse spécifique pour chacune des variétés de méningocoques mises en présence de leurs anti-

(1) DoPTER et Pauron, La saturation des bactériolysines appliquée à la différenciation du méningocoque et des paraméningocoques {Société de Biologie, 4 juillet 1914).

sérums respectifs, et une bactériolyse non spécifique, une co-bactériolyse pour les germes de type hétérologue.

Epreuve de la veine. — Cette épreuve, que j'ai décrite en 1910 avec Briot (1), complète encore les données précédentes :

Quand on injecte dans la veine jugulaire d'un cobaye de 250 à 300 grammes un mélange de sérum antiméningococcique non chauffé (1 centimètre cube) et d*une émulsion de méningocoque de môme type (1 cmc. 5 d'une culture sur gélose en boîte de Roux, âgée de vingt-quatre heures, raclée dans 20 centimètres cubes d'eau physiologique), on détermine chez l'animal des troubles immédiats qui peuvent aboutir à la mort quelques minutes après l'injection. Quand les doses employées sont moindres, ils se manifestent d'une façon moins intense ; plusieurs secondes après, l'animal présente quelques secousses ; il titube, se couche sur le côté, se contracture, essaie de se relever sans y parvenir tout d'abord, la dyspnée est très marquée ; au bout de quelques minutes il se relève, puis il semble se rétablir complètement ; au bout de trente à quarantecinq minutes, son poil se hérisse, des secousses apparaissent à nouveau, la respiration s'embarrasse, et la mort survient dans un délai de quelques heures.

On obtient les mêmes résultats en injectant le sérum dans les veines ou dans le péritoine, vingt-quatre heures auparavant ; l'injection microbienne faite le lendemain amène des troubles identiques, quoiques moins sévères en général (2). Les mêmes phénomènes s'obtiennent encore avec des microbes sensibilisés.

Pour expliquer ces accidents, nous avons supposé, Briot et moi, que le sérum ainsi employé déterminait une lyse massive des méningocoques, lyse qui, en détruisant les corps bactériens, mettait en liberté un poison responsable des troubles décrits.

De fait, on peut constater la présence de ce poison dans le liquide de macération aqueuse de méningocoques ; on racle la culture provenant d'une boîte de Roux (gélose) ; on l'émulsionne dans 20 centimètres cubes d'eau distillée ; puis on laisse ce produit macérer à la température du laboratoire pendant cinq à six jours ; 3 à 5 centimètres cubes sont injectés dans la veine d'un cobaye neuf : des troubles identiques aux précédents se déclarent avec une brusquerie semblable ; suivant la dose employée, ou bien l'animal meurt foudroyé en quelques minutes, ou bien il pré-

(1) Briot et D opter, Pathogénie des accidents observés au cours de l'immunisation des chevaux contre le méningocoque {Société de Biologie, 2 juillet 1910).

(2) Il est assez curieux de constater que le résultat est tout à fait différent quand on intervertit l'ordre des opérations :

Un lot de cobayes reçoit dans la veine 1 centimètre cube d'émulsion microbienne, puis, à divers intervalles, on leur injecte par la même voie 2 centimètres cubes de sérum, qui dans l'expérience précédente étaientsuffisants pour entraîner une mort foudroyante. Chose singulière, quand cette injection de sérum est pratiquée cinq à dix minutes après la première, les animaux, à part un certain degré de stupeur, ne manifestent aucun trouble immédiat semblable aux précédents. Ils succombent, il est vrai, en quelques heures, plus vite que ceux qui ont reçu la seule émulsion microbienne, mais ce qui est frappant, c'est l'absence d'accidents immédiats.

Ces faits peuvent s'expliquer : dans l'injection de sérum-virus mélangés, ou de sérum, puis microbes, les germes prennent directement contact avec le sérum ; dans le deuxième cas (microbes, puis sérum), le sérum ne prend avec les germes qu'un contact très limité, car les méningocoques sont immédiatement phagocytés et à l'abri du sérum. C'est en effet ce que l'examen direct des frottis et les cultures du sang et des viscères permettent de constater.

sente la crise décrite plus haut et succombe quelques heures après. Il semble donc bien s'agir d'une substance toxique contenue dans le corps microbien et vis-à-vis de laquelle le sérum n'a aucun pouvoir neutralisant.

Besredka, Strôbel et Jupille (1) pensent que ces accidents reconnaissent pour cause un poison lié à la peptone du milieu de culture ; il s'agirait d'une « peptotoxine » se développant sous l'influence de l'alexine fixée par les germes sensibilisés par le sérum spécifique.

Quel que soit le mode d'action du sérum antiméningococcique dans la production du phénomène décrit, ce dernier semble doué de spécificité, car si, dans l'injection du mélange sérum- virus, on remplace le sérum antiméningococcique par du sérum normal ou un antisérum étranger au méningocoque (sérum antipesteux, antidysentérique, etc.), il ne se produit pas.

Cependant quand on répète l'expérience avec les pseudo-méningocoques ou du gonocoque (sérum antiméningococcique et une émulsion de l'un de ces germes), on observe chez l'animal des troubles qui, par leurs caractères, se rapprochent étroitement des précédents (2) ; ils n'en diffèrent que par leur faible degré d'intensité ; en effet, la dose de sérum-virus capable de provoquer la mort foudroyante avec les méningocoques ne détermine chez le cobaye qu'une crise légère, dont il se remet quand le germe utilisé est un pseudo-méningocoque ou un gonocoque ; parfois même l'animal ne présente aucun accident immédiat ; l'action du sérum se fait néanmoins sentir car l'animal succombe quelques heures après l'injection, avant les témoins qui n'ont reçu que l'émulsion microbienne sans sérum.

Les différences observées dans l'intensité des accidents pouvaient être rapportées à une différence de toxicité des corps microbiens suivant la nature du microbe expérimenté. Il n'en est rien : en effet, l'injection intraveineuse de macération des divers pseudo-méningocoques connus provoque, aux mêmes doses, des accidents identiques à ceux qu'on obsjerve avec des macérations de méningocoques (voir plus haut, page 104).

Le degré d'intensité des accidents notés dépend donc de l'action du sérum, plus rapide, plus complète vis-à-vis du méningocoque que des germes similaires.

Ces faits tendraient donc à prouver que la spécificité du phénomène ne présente pas un caractère absolu ; elle semble n'être que relative.

L'épreuve de la saturation (3) permet encore ici de résoudre le problème :

En e-ffet, on sature le sérum antiméningococcique, d'une part avec le méningocoque correspondant, d'autre part avec chacun des pseudoméningocoques et le gonocoque. On décante le sérum de chaque tube contenant ce mélange différent, et on répète L'épreuve de la veine

(1) Besredka, Strobel et Jupille, Société de Biologie, 23 décembre 1911.

(2) DopTER, Action bactériolytique comparée du sérum antiméningococcique sur les méningocoques et les germes similaires, injectés par voie veineuse {Société de Biologie, 10 décembre 1910).

(3) D OPTER. Le pouvoir ly tique du sérum antiméningococcique est-il spécifique ? [Société de Biologie, 17 décembre 1910).

avec les sérums ainsi décantés et saturés et les différents germes utilisés précédemment.

L'expérience montre que le sérum antiméningococcique « épuisé » par le méningocoque ne possède plus aucune action immédiate sur ce dernier ; alors que le témoin est pour ainsi dire foudroyé, l'animal en expérience ne présente tout d'abord aucun accident ; il succombe, mais sept à huit heures après, l'absorption n'ayant sans doute pas été complète ; de plus ce sérum ainsi traité donne parfois des accidents avec les pseudoméningocoques, montrant que l'absorption a respecté la substance nocive pour cette catégorie de germes.

Au contraire, le sérum impressionné par l'un quelconque des pseudoméningocoques conserve toute son action sur le méningocoque : l'animal succombe en quelques minutes.

Par conséquent le caractère relatif de la spécificité du phénomène n'est qu'apparent, ce dernier est donc bien doué d'une spécificité absolue ; s'il s'exerce à un plus faible degré vis-à-vis des germes similaires, c'est encore en raison de l'existence de co-anticorps, comme ceux qui interviennent dans la production de la co-agglutination, de la co-précipitation, de la co-bactériolyse.

Cette spécificité n'est pas seulement manifeste pour tout le groupe des méningocoques, elle se montre aussi séparément et individuellement pour chaque type de méningocoques^ opposé à chacun des types congénères. C'est encore ce que prouve l'épreuve précédente de la saturation, effectuée avec les divers sérums anti-A, B, C et D, et les germes homologues et hétérologues.

L'épreuve de la veine contribue donc, ainsi que les précédentes, à définir de la façon la plus nette la différence de spécificité qui sépare entre eux les types A, B, C et D de méningocoques.

Conclusions générales.

Il résulte de l'étude de ces divers phénomènes que le groupe des méningocoques, qui se sépare nettement des germes similaires par des propriétés communes (morphologie, cultures, fermentations sucrées), doit-être nettement dissocié en plusieurs types. Cette dissociation est imposée par les réactions différentes que présente chacun d'eux vis-à-vis des anticorps qu'ils développent dans les antisérums expérimentaux. Chacun d'eux se différencie donc des types voisins par une spécificité étroite qui l'individualise ; si celle-ci semble se démentir parfois en raison de. l'existence, dans les antisérums, d'anticorps de groupe, ce n'est évidemment qu'une apparence, les co-anticorps ne pouvant se réclamer d'aucune spécificité. Les différentes épreuves de saturation qui ont été effectuées sont de nature, sauf pour la fixation du complément où elle n'a donné aucun résultat, à appuyer cette manière de voir. Aussi semble-t-il difficile de souscrire à la conception de M. Nicolle, Debains et J ouan qui supposent les quatre types d'antigènes (A, B, C et D) exister dans chaque méningocoque.

Ces auteurs vont même plus loin, car dans leurs expériences sur les germes soumis à la méthode de Forges, ils affirment l'existence d'anti-

PSEUDO-MÉNINGOCOQUES 107

gènes communs au méningocoque et au gonocoque. Il est vrai qu'ils paraissent avoir rejeté de parti pris l'épreuve de la saturation qu'ils estiment « inutile et complexe » ; leur conception aurait sans doute été modifiée s'ils l'avaient mise en pratique.

Quelle que soit d'ailleurs l'interprétation donnée, il est un fait capital qu'il y a lieu de retenir au point de vue pratique : c'est l'échec thérapeutique absolu de la sérothérapie antiméningococcique, quand on n'emploie pas le sérum correspondant au méningocoque infectant ; un sérum anti-A reste totalement inefficace dans un cas de méningococcie provoquée par les types B, C ou D ; de même un sérum anti-B dans les cas où des types voisins sont en cause, etc. C'est d'ailleurs cette considération qui m'avait engagé dès 1910 à préparer un sérum spécial, différent du sérum antiméningococcique ordinaire (sérum anti-A actuel), sérum que j'avais rendu polyvalent en 1913 en lui conférant des propriétés curatives pour les divers types de paraméningocoques (les B, C et D actuels).

Ainsi se réahse de plus en plus la dissociation du groupe méningocoque en plusieurs variétés étroitement spécifiques ; enl909, j'avais soupçonné la pluralité de ces germes ; mes expériences avec Pauron m'avaient permis, en 1914, d'en fournir la preuve. Cette donnée nouvelle qui a été reprise, confirmée et complétée par maints expérimentateurs, est devenue classique aujourd'hui. Son importance, surtout en ce qui concerne le choix du sérum à utiliser dans chaque cas particulier de méningococcie, suivant le type infectant, est à souligner.

PSEUDO-MÉNINGOCOQUES

Avant d'entreprendre l'étude de la recherche et de l'identification des méningocoques, il est indispensable de faire connaître les caractères des pseudo-méningocoques avec lesquels ils présentent de prime abord tant d'analogie. Les caractères, biologiques surtout, de ces derniers sont importants à retenir car, d'une part, ils peuvent provoquer des méningites cérébro-spinales, ou peuvent s'associer au méningocoque ; d'autre part, ce sont des hôtes habituels du rhino-pharynx ; ils végètent donc sur la muqueuse de cet organe à côté des méningocoques avec lesquels il convient de ne pas les confondre.

« Micrococcus catarrhalis». — Micrococcus catarrhalis a été isolé par Pfeiffer dans les affections respiratoires ; il a été étudié ensuite par Ghon, Jehle et plus particulièrement par Bezançon et I. de Jong.

Aspect microscopique. — Ce germe se montre sous forme de cocci séparés ou le plus souvent groupés en diplocoques, parfois en tétrades. Il ne prend pas le Gram. Hôte fréquent du rhino-pharynx et des voies respiratoires, il provoque des rhinites, des angines ; il peut provoquer de la méningite qui ressemble en tous points à la méningite méningococcique. Dans les produits pathologiques il se trouve habituellement inclus dans les polynucléaires, comme le méningocoque.

Cultures. — Il se développe à 22°, pousse sur les milieux usuels, trouble le bouillon avec un dépôt pulvérulent. Sur gélose, ses colonies sont rondes et

blanches ; elles présentent une surface sèche et un peu inégale ; en vieillissant leur centre se surélève et devient brunâtre, elles s'entourent d'une collerette que la loupe montre irrégulière et translucide ; les bords sont découpés.

Ces colonies sont plus petites que celles du méningocoque, leur diamètre dépassant rarement 1 mm. 5.

Quand on cherche à les émulsionner dans une goutte d'eau, le trouble qui se produit n'est pas homogène : on observe des grumeaux.

Au microscope, cette colonie est constituée par des microcoques assez volumineux en grains de café, souvent en amas ; sauf sur les cultures de première génération, on perçoit rarement des diplocoques, et plus exceptionnellement encore des tétrades. Il ne prend pas le Gram.

M. catarrhalis n'est pas agglutiné par le sérum antiméningococcique et ne fait fermenter aucun sucre.

« Diplococcus pharjmgis siccus ». — Les colonies sont sèches, résistantes au prélèvement, profondément sillonnées ; elles mesurent environ 3 millimètres de diamètre. Il est impossible de les émulsionner en milieu liquide et de dissocier les grumeaux qui se forment alors.

Les éléments microbiens sont en général de petits diplocoques, tous égaux, ne prenant pas le Gram.

Ce germe fait fermenter tous les milieux sucrés. L'agglutination est impossible à chercher, en raison de l'impossibilité d'émulsionner ses colonies.

« Micrococcus pharyngis cinereus ». — Colonies blanc grisâtre, arrondies, de 1 à 1 mm. 5. A un faible grossissement, elles paraissent brunes, granuleuses, avec des bords lisses.

Ce germe pousse aisément sur gélose ordinaire et sur gélatine, ce que ne fait aucun des germes similaires.

Sur les préparations colorées (Gram négatif), on perçoit des cocci volumineux en diplocoques ou en amas séparés.

Agglutination négative. Fermentations négatives sur tous les sucres.

« Diplococcus pharyngis flavus I ». — Colonies rondes, peu élevées, transparentes, légèrement jaunâtres. Elles s'émulsionnent bien dans une goutte liquide qui prend une teinte jaune.

Elles poussent bien sur gélose ordinaire. Cocci ne prenant pas le Gram, identiques à ceux du méningocoque. Tétrades rares.

Agglutination négative. Fait fermenter tous les sucres.

« Diplococcus pharyngis îlavus II ». — Colonies analogues à celles du M. catarrhalis, mais teintées en jaune clair ; elles s'émulsionnent difficilement dans les liquides.

Cocci très petits ne prenant pas le Gram.

Agglutination négative. Fait fermenter tous les sucres.

« Diplococcus pharsmgis îlavus ni ». — Colonies rondes, peu élevées, transparentes, analogues à celles du méningocoque, mais jaunâtres. Pousse très peu sur gélose ordinaire. La culture sur gélose-ascite est nettement jaune.

Cocci semblables à ceux du méningocoque, mais sans tétrades. Gram négatif.

Agglutination en général négative. Ce germe agglutine parfois cependant avec l'antisérum et le sérum normal. Il fait fermenter glucose et maltose, et reste sans action sur la lévulose, au même titre que le méningocoque.

« Diplococcus crassus » ou pseudo-méningocoque de Jaeger. — Colonies petites, gris blanc, granuleuses ou bleu gris. En tubes inclinés, la culture est

RECHERCHE DES MÉNINGOCOQUES

blanche, compacte, moins abondante que celle du méningocoque. Pousse sur gélose ordinaire ; la culture commence à 20°.

Ce germe prend le Gram ; mais il arrive souvent que sur une même préparation un certain nombre de cocci se décolorent par cette méthode.

Les cocci sont plus volumineux que ceux du méningocoque ; on observe, comme pour ce dernier, des différences de taille suivant les éléments.

Il agglutine parfois avec les sérums antiméningococciques. Il fait fermenter tous les sucres.

Tous ces germes sont en général des saprophytes. Toutefois, sous des influences mal connues encore, ils peuvent accéder à la virulence et devenir pathogènes ; ils peuvent déterminer des rhino-pharyngites, des septicémies, des méningites dont l'aspect clinique ne diffère pas de celui de la méningococcie. Il importe donc de bien les connaître pour les différencier des méningocoques, d'autant qu'on a signalé à plusieurs reprises leur association secondaire avec ces derniers.

Page 1