IV COI
considérer est une différence d'aspect et de réaction entre le liquide obtenu par ponction lombaire et le liquide ventriculaire obtenu par trépano-ponction.
Voici ce qu'on observe en pareil cas : le liquide de ponction lombaire est en hypotension et s'écoule très difficilement. Les méninges spinales étant guéries ou en voie de guérison, il présente des réactions en rapport avec cet état régressif : il est clair, limpide ou légèrement opalescent, encore légèrement hyperalbumineux, ou bien le taux de l'albumine est retombé à la normale ; la glycorachie est normale elle aussi, l'examen microscopique montre de la lymphocytose légère (formule de convalescence ou de guérison) et l'absence de méningocoques.
Par contre, le liquide ventriculaire présente encore une formule nettement inflammatoire à sa période d'acuité : liquide trouble, hyperalbumineux, hypo glycorachie, prédominance de polynucléaires, macrophages, méningocoques plus ou moins abondants. Telle est la formule habituelle.
Ce liquide ventriculaire peut cependant présenter des réactions atypiques. C'est ainsi que de Verbizier (1) put constater la présence d'un liquide clair presque acellulaire, entièrement dépourvu de leucocytes, ne contenant qu'un petit nombre de cellules endothéliales ayant englobé chacune 10 à 50 méningocoques, mais par contre une culture pure, abondante de méningocoques. Il en fut de même dans une observation de Guy Laroche (2) ; les autres réactions sont analogues à celles qu'on trouve en pareil cas dans le liquide recueilli par voie lombaire.
On ne peut qu'être frappé par le contraste évident entre l'aspect de ces deux liquides séparés par un cloisonnement étanche. Ce contraste est la preuve la plus évidente de l'indépendance des lésions ventriculaires et méningées, créée par le bloquage de la voie ventriculo-sous-arachnoïdienne.
En d'autres cas, on peut observer des lésions dans les deux cavités spinale et ventriculaire, mais en raison de leur indépendance réciproque, elles sont de nature différente : tel le cas de N. Fiessinger et Leroy qui observent dans le liquide spinal une polynucléose sans méningocoques, et dans le liquide ventriculaire des cristaux de nature indéterminée, quelques mononucléaires et de nombreux méningocoques extracellulaires. La dissemblance entre les deux liquides est manifeste et indiscutable.
Dans les cas qui aboutissent à l'hydrocéphalie par ventriculite chronique, la méningite spinale continuant à évoluer vers la guérison, le liquide recueilli par la voie lombaire redevient normal dans un délai plus ou moins long ; le liquide ventriculaire continue à subir le reflet de l'inflammation chronique dont l'épendyme est le siège : liquide abondant mais séreux, présentant de la lymphocytose avec hyperalbuminose ; les méningocoques peuvent persister quelque temps puis disparaissent ; le taux du glucose varie suivant la teneur microbienne.
Quand l'hydrocéphalie survient sans oblitération ventriculaire, la ponction lombaire recueille en même temps le liquide spinal et celui des
(1) De Verbizier, Méningite cérébro-spinale cloisonnée. Ependymite à méningocoques [Société médicale des Hôpitaux, 1 juillet 1916, p. 1143).
(2) G, Laroche, Méningite cérébro-spinale et trépano-ponction [Archives de Médecine et de Pharmacie militaires^ juin 1917).
ventricules; on observe alors des réactions biologiques correspondant un processus chronique, et variant avec le degré d'intensité de ce dernier.
De tous ces faits il résulte tïUe l'étude du liquide céphalo-rachidien au triple point de vue cytologique, bactériologique et chimique donne des renseignements précieux sur la nature des réactions méningées dont il est le fidèle reflet. Son analyse est un guide sûr pour permettre au clinicien de baser non seulement son diagnostic, mais aussi les indications du traitement à effectuer.
SYMPTOMATOLOGIE
Le tableau clinique de la méningite cérébro-spinale est des plus variables, témoin la multiplicité des formes qu'elle est capable de revêtir, et lés différences qu'on observe, d'une atteinte à l'autre, dans la durée de son évolution. Cette dernière est d'ailleurs habituellement troublée par l'apparition d'incidents divers, durables ou passagers, restant isolés, mais pouvant aussi se succéder et se multiplier.
Néanmoins, il est possible de tracer dans une vue d'ensemble la scène clinique régulière, en prenant pour exemple une atteinte de moyenne intensité, évoluant à l'état pur, et exempte de complications, sans toutefois oublier qu'une telle description ne saurait être que schématique.