RÉSULTATS GÉNÉRAUX
Voici, dès lors, la ligne de conduite qu'ils ont adoptée :
La première ponction lombaire donne issue à un liquide trouble : injecter de suite 30 centimètres cubes de sérum et continuer le traitement, même si l'examen bactériologique ne révèle pas de méningocoques, sauf toutefois si les germes qui sont décelés lui sont étrangers.
Deuxième ponction et deuxième injection de 30 centimètres cubes le lendemain.
Si, après ces interventions, le liquide est moins trouble et si les symptômes se sont amendés, on attend deux à trois jours pour pratiquer la troisième injection.
Si le trouble ne présente que peu de modifications, on la pratique vingtquatre ou trente-six heures après.
Si les symptômes persistent, il ne faut pas hésiter à continuer les injections jusqu'à ce que le liquide devienne clair.
A défaut des moyens d'investigation nécessaires, ce procédé est appelé certainement à rendre des services, mais il ne saurait remplacer la méthode classique, basée sur les examens de laboratoire.
Enfin, il faut se rappeler que la sérothérapie antiméningococcique peut réclamer de la part du médecin qui la met en œuvre une certaine ténacité, rendue nécessaire en certains cas par la résistance prolongée de l'affection à l'action habituellement bienfaisante du sérum, ou par la multiplicité des rechutes. Si certaines atteintes peuvent être jugulées par un chiffre très réduit d'injections, d'autres n'arrivent à la guérison qu'après un grand nombre de ces dernières.
Il n'est pas rare qu'on soit obUgé de les multiplier et d'injecter parfois, au total, des doses énormes de sérum. « Les malades ponctionnés huit, dix ou douze fois ne sont pas exceptionnels, disent Netter et Debré, et les doses de 150 à 250 centimètres cubes sont assez aisément atteintes dans ces cas. De très belles guérisons n'ont été obtenues, chez certains méningitiques adultes, enfants ou même nourrissons, que grâce à ces quantités vraiment considérables de sérum antiméningococcique. »
C'est un cas de ce genre qu'ont récemment rapporté Nobécourt, Jurie des Camiers et L. Gaussade, et qui a nécessité, pour une méningite ayant duré cinq semaines avec des reprises successives, la dose énorme de 390 centimètres cubes de sérum, répartis en vingt-et-une injections pratiquées en six semaines.
Dans les cas qui paraissent rebelles et riches en rechutes, il ne faut donc
iias craindre de réitérer les injections un grand nombre de fois, quitte à 'entourer de toutes les précautions nécessaires en vue de prévenir l'ana- ►hylaxie. Mais il ne faut jamais désespérer d'obtenir la guérison, même lans les atteintes qui semblent le plus réfractaires. La patience et la ténaité ne doivent jamais fléchir devant l'espoir d'arracher le malade à la aort.
IV. — Résultats généraux de la sérothérapie antiméningococcique.
L'application de la sérothérapie antiméningococcique a montré son indiscutable efficacité sur les déterminations méningées de la méningococcie.
456 SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE
Cette efficacité est démontrée par la série des preuves suivantes :
I. Diminution de la mortalité. — La méningite cérébro-spinale est une affection grave ; si, en certains cas, sa mortalité atteint à peine 31 p. 100, en d'autres, on la voit s'élever fréquemment à 70, 80 et même 100 p. 100. D'une façon générale, on estime que la léthalité moyenne, quand la méningite sévit à l'état épidémique, oscille entre 60 et 80 p. 100. Chez les enfants de moins d'un an, elle est plus sévère encore, car elle atteint facilement 90 et même 100 p. 100.
Or, dans les cas où la méningite cérébro-spinale bénéficie de la sérothérapie, la mortalité subit une diminution considérable, ainsi que plusieurs statistiques importantes l'affirment de la façon la plus éclatante :
Flexner, réunissant tous les cas traités par son sérum, comptait 442 cas ayant donné 147 décès, soit une mortalité globale de 33 p. 100. De ce chiffre, il défalque 49 cas où le sérum a été injecté en des atteintes foudroyantes ou sur des moribonds, et en des cas où la mort est survenue à la suite d'une infection intercurrente.
Dans ces conditions, il reste 393 cas avec 98 décès, soit 25,4 p. 100.
Donc : mortalité globale, 33 p. 100 ;
Mortalité rectifiée : 25,4 p. 100.
Dans une statistique plus récente, Flexner a réuni 712 cas avec 224 décès, soit une léthalité brute de 31,4 p. 100.
Or, pendant les années précédentes et durant la période où ces essais ont été tentés, les atteintes non traitées par le sérum avaient donné une mortalité incomparablement plus élevée, oscillant entre 70 et 80 p. 100 (G. Robb : 72,3 p. 100 ; Ker : 80,5 p. 100 ; Dûnn : 70 p. 100).
Entre les mains de Krohne, Lévy, Hohn, Tôbben, Em. Crocco, le sérum de Kolle et Wassermann a donné les résultats qui suivent :
Krohne 22 cas, 6 décès.
Lévy 41 — 5 —
Hohn 41 — 5 —
E. Crocco 10 — 2 —
158 cas. 29 décès, soit 18,35 p. 100.
Il est vrai que Matthes et Hochhaus, à Cologne, n'ont pu réduire la mortalité : mais leurs malades ont été insuffisamment traités ; leurs résultats ne sauraient être retenus.
Lévy signalait naguère 164 atteintes avec 30 décès, soit 18,29 p. 100. En retranchant 11 cas foudroyants et 6 autres où la mort a été attribuée à des complications, il reste 147 cas avec 13 décès, soit 8,84 p. 100.
Avec le sérum de Jochmann, Schone a pu abaisser la mortalité de 53 à 27 p. 100. Raczinski cependant n'aurait observé aucun effet favorable. Jehle, utilisant le sérum de Markl, la voit diminuer de 80 à 45 p. 100.
En France, au cours des épidémies de 1909, 1910, 1911, de nombreux cas avaient été traités par le sérum que je préparais à l'Institut Pasteur.
Pour juger de son efficacité, j'avais réuni, en 1912, toutes les observations publiées ou inédites où seul il avait été utilisé.
J'avais eu connaissance ds 882 atteintes survenues en diverses régions