RÉSULTATS GÉNÉRAUX
de France. En certaines localités, la sérothérapie avait été employée systématiquement chez tous les malades ; en d'autres, les praticiens n'y avaient eu recours que dans les cas graves et désespérés.
Or, ces 882 cas ont fourni 129 décès, soit une mortalité globale de 14,5 p. 100. De ces atteintes, on pouvait légitimement défalquer les cas où :
1® Le sérum avait été injecté in extremis et où le malade avait succombé quelques heures après l'injection (28 cas) ;
2^ Les malades ont succombé par suite d'affections étrangères à la méningite, les phénomènes méningés ayant complètement rétrocédé (4 cas) ;
Soit : 32 cas qu'on pouvait éliminer de la statistique. Restaient donc 850 cas, dont 97 s'étaient terminés par la mort.
La mortalité globale atteignait donc 14,5 p. 100 et la mortalité rectifiée 11,7 p. 100.
La comparaison de ce pourcentage avec celui des atteintes non traitées par la sérothérapie à la même époque (65 p. 100 approximativement) était suffisamment éloquente pour que l'on pût, sans hésitation, croire à l'efficacité du sérum.
Netter, ayant utilisé des sérums de diverses origines dans 100 atteintes, avait relevé 28 décès, soit 28 p. 100 de mortalité brute. Sur ces 28 morts, 19 s'étaient produites en des atteintes traitées in extremis^ ou étaient survenues par le fait de « complications sans rapport avec l'infection méningococcique (tuberculose, bronchopneumonie, etc.) ». Donc la mortalité réelle comportait 9 décès sur 81 cas, soit 10,9 p. 100.
Tels étaient les chiffres obtenus avant la guerre.
On a vu plus haut qu'en Angleterre, les résultats enregistrés au début de la guerre n'ont pas été conformes aux précédents, si bien que l'efficacité du sérum antiméningococcique avait été mise en doute par un certain nombre de médecins. Leurs statistiques comportaient en effet des chiffres élevés de mortalité : RoUeston : 61 p. 100, Elhs : 68 p. 100, Gaskell et Forster : 55 p. 100.
Ces échecs tenaient à deux causes : tout d'abord, au peu de rigueur observée dans le mode d'emploi de la sérothérapie, mais aussi et surtout à ce fait que la méningococcie observée en Angleterre avait été, dès le début, provoquée par des méningocoques différents du type communément observé et contre lesquels le sérum du moment n'avait aucun pouvoir spécifique.
Les recherches poursuivies tentèrent d'y remédier ; on prépara alors en France et en Angleterre des sérums monovalents correspondant aux types de méningocoques connus, façon de procéder qui réduisit de beaucoup la mortalité. Témoin les derniers faits mentionnés par Gordon et Hine qui obtinrent les résultats suivants :
Sur 90 cas traités, 7 mortels doivent être éliminés, la mort ayant été entraînée par des causes étrangères au méningocoque. Restent 83 cas sur lesquels :
34, dus au type I de Gordon ont donné 1 décès = 3 p. 100
32 ~ II — — 7 décès = 21,9 p. 100
10 — III — — 0 décès = 0 p. 100
7 à des types étrangers 2 décès = 18,6 p. 100
Total.. 83 cas avec 10 décès = 12 p. 100
458 SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQU E
Ces chiffres montrent donc qu'avec les sérums monovalents la léthalité générale revient au même taux qu'avant la guerre.
IL Atténuation des divers symptômes dans chaque cas particuUer. — En
général vingt-quatre ou quarante-huit heures après une ou plusieurs injections de sérum, on observe une sédation très nette de la plupart des symptômes ; en certains cas, l'amélioration est même manifeste au bout de quelques heures.
La plupart des symptômes nerveux rétrocèdent progressivement, le syndrome méningé s'atténue ; l'état général s'améliore également, les phénomènes toxi-infectieux disparaissent petit à petit.
Parallèlement le liquide céphalo-rachidien se modifie, témoignant ainsi de l'amélioration anatomique et bactériologique progressive, dont les lésions méningées sont le siège.
La marche détaillée de cette rétrocession a été suffisamment décrite (page 447) pour qu'il soit besoin de la répéter ; elle contraste, en tout cas, d'une façon saisissante avec celle qu'on observe dans les atteintes traitées par les méthodes usuelles.
III. Réduction de la durée de la méningite. — La rapidité habituelle de l'action du sérum entraine une réduction notable de la durée des symptômes méningés. D'une façon générale, à part quelques formes rebelles qui se prolongent deux, trois, quatre semaines, la durée de la maladie n'excède pas huit à douze jours. D'après Netter, « avant le sérum, les méningites nécessitant un traitement de moins d'une semaine étaient dans la proportion de 18 p. 100. Elles sont dans une proportion de 66 p. 100 après le sérum. La proportion des guérisons se faisant attendre plus de deux semaines était, avant le sérum de 62 p. 100 ; depuis le sérum, elle est de 9,7 p. 100 ».
De plus, la convalescence est beaucoup plus courte que dans les cas non traités par le sérum ; l'état général est meilleur, les forces reviennent plus rapidement, et le malade ne présente pas ce faciès sans vie, ce regard terne, indifférent, figé, les traits immobiles qui constituaient le masque spécial des méningitiques guéris par les moyens anciens (Salebert).
IV. Diminution de la proportion des séquelles. — Cette rapidité dans la rétrocession des troubles méningés entraine une autre conséquence : c'est la rareté des séquelles, l'application du sérum ne leur laissant pas, en général, le temps de se développer.
Avant l'avènement de la sérothérapie, Netter observait 23,5 p. 100 de séquelles sur les sujets qui survivaient ; en maints épisodes épidémiques, nombre d'auteurs ont observé jusqu'à 70 et 80 p. 100 de ces comphcations (surdité, cécité, paralysies diverses), entraînant le plus souvent des infirmités définitives et incurables. Depuis la sérothérapie, Flexner enregistre 2,50 p. 100 de séquelles, Netter 6,30, Dopter 6,70. Et encore est-il juste d'ajouter que la plupart de ces séquelles surviennent à la suite des lésions déjà établies avant que les malades n'aient été traités par le sérum ; celles qui apparaissent après le traitement spécifique peuvent s'exphquer, d'après Triboulet, par l'organisation des lésions que le sérum n'a pu atteindre.