INSUCCÈS
- Insuccès de la sérothérapie antiméningococcique classique.
D'une façon générale, l'efficacité de la sérothérapie antiméningococcique est indéniable ; mais, comnie toute méthode thérapeutique, si active soitelle, elle comporte des échecs.
D'autre part, parmi les atteintes qui guérissent, il en est dont le succès n'est obtenu qu'au prix de nombreuses injections de sérum ; il s'agit là
échecs relatifs.
Pour expliquer ces insuccès qui ont entraîné chez quelques auteurs un ertain scepticisme sur l'efficacité de la méthode, la première pensée est d'incriminer la valeur du sérum utilisé. Une semblable affirmation peut à la rigueur paraître légitime, quand l'observation porte sur un ou deux cas isolés qui n'ont pas bénéficié du traitement spécifique ; elle devient erronée, au contraire, quand on observe en milieu épidémique : en effet, dans une série de cas traités, à côté d'atteintes même légères, rebelles à la sérothérapie, on en rencontre, et c'est le plus grand nombre, où l'état du malade est grave, et l'affection est jugulée rapidement par deux ou trois injections. Et cependant le sérum employé est le même pour tous les sujets.
Les échecs avérés qu'on est appelé à observer de temps à autre doivent donc, selon toute évidence, reconnaître une cause étrangère au sérum.
Gravité de l'inîection. — Un premier facteur d'insuccès provient de la haute gravité de certaines atteintes. Ce sont, d'ailleurs, celles qui, sans sérum, fournissent le taux le plus élevé de léthalité. Il s'agit le plus souvent de formes où, à la méningite, s'associent des phénomènes graves de septicémie, avec éruption pétéchiale, des troubles viscéraux (bronchopneumonie, péricardite, néphrite, etc.) en rapport avec des localisations extraméningées du méningocoque.
Les échecs s'expliquent fort bien dans les atteintes foudroyantes où les malades sont emportés en quelques heures.
Il n'existe aucun traitement, si spécifique soit-il, qui puisse en pareil cas amener la guérison. Il en est de même encore de ces formes ambulatoires qui évoluent silencieusement pendant plusieurs jours, au point que le malade, n'accusant aucun symptôme, continue à vaquer à ses occupations habituelles et ne se présente pas au médecin. Puis, brusquement, il tombe dans le coma et meurt au bout de quelques heures. A l'autopsie, les centres nerveux baignent dans un véritable pus, qui a demandé évidemment plusieurs jours avant de se former ; la médication la plus active sera toujours impuissante à lutter contre une évolution terminale si rapide.
Age des malades. — Autre facteur important. On sait, en effet, que la mortalité varie suivant l'âge des malades ; elle atteint son maximum chez les nourrissons, diminue progressivement dans les années suivantes, pour atteindre son minimum vers l'âge de dix ans. Flexner, Netter, etc., ont insisté sur la gravité particulière de la méningite dans le jeune âge, et, dans les meilleures statistiques, le taux le moins élevé de léthalité oscille encore entre 48 et 50 p. 100, même après sérothérapie.
SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQU E
Le tableau suivant renseigne, d'ailleurs, à cet égard :
Flexner Netter Dopter
Mortalité des sujets de moins d'un an 50 p,
— 1 à 2 ans 42,1
— 2 à 5 ans 23,5
— 5 à 10 ans 11,4
— 10 à 20 ans 23,8
— plus de 20 ans 26,4
(6 cas) 20,1
8,0 (8 cas)
Tares antérieures. — Il est à peine utile d'insister sur le rôle défavorable des tares antérieures. Quel que soit le traitement employé, l'existence de tares rénales, hépatiques, nerveuses, etc., est un obstacle sérieux à l'action bienfaisante de toute médication ; elle ne fait pas exception à la règle visà-vis de la sérothérapie antiméningococcique. Il en est de même de la misère physiologique et de toute cause amenant une déchéance accusée de l'organisme. Signalons encore tout particulièrement l'action défavorable d'une tuberculose actuelle ou antécédente.
Moment de l'intervention. — Rappelons ici seulement que plus l'intervention est tardive, plus les chances de guérison se réduisent (page 440). Un assez grand nombre d'échecs proviennent de l'époque tardive à laquelle le diagnostic a été établi et la sérothérapie instituée.
Insuccès dus à la technique de la sérothérapie. — Un grand nombre d'insuccès sont dus à PappUcation défectueuse de la sérothérapie, et à la méconnaissance des règles appropriées à l'utihsation du sérum.
Fig. 90. — Courbe montrant l'insuffisance du traitement sérothérapique : 1« quantités de sérum trop peu élevées ; 2® injections en nombre insuffisant et trop espacées. Mort.
Nous ne reviendrons pas ici sur la nécessité absolue d'injecter le sérum dans le canal rachidien et simultanément par la voie générale, de l'injecter à doses suffisantes, et à doses répétées, en se guidant sur l'état général du sujet et l'aspect microscopique du liquide céphalo-rachidien (voir p. 449). C'est faute de se conformer à ces règles que l'on s'expose à des échecs.
En voici deux exemples :
La figure 90 démontre nettement l'insuffisance du traitement sérothé-