ET DES LOCALISATIONS EXTRAMÉNINGÉES
Les propriétés curatives du sérum antiméningococciq^e se manifestent encore vis-à-vis de la septicémie et des déterminations extraméningées du méningocoque, qui, pour îa plupart, dérivent de la méningococcémie.
Septicémie méningococciQue piire. — En cas de septicémie méningo-
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eoccique pure, sans méningite, c'est assurément la voie générale qui s'impose a priori. On injectera donc le sérum soit sous la peau, soit dans les muscles, soit dans les veines. Tout dépendra, pour le choix à effectuer, de l'état de gravité de l'infection.
Vis-à-vis des formes purpuriques, sans contredit les plus sévères, on s'adressera à la voie intraveineuse.
Si le cas egt moins grave, on pourra se contenter des injections intramusculaires.
Si l'atteinte est bénigne, comme dans les formes intermittentes pseudopalustres, la voie sous-cutanée peut être suffisante, témoin le cas de Lemierre et Lantuéjoul dont le malade présentait une méningococcémie depuis trois mois ; la septicémie céda après six injections sous-cutanées de 40 centimètres cubes de sérum pratiquées pendant six jours de suite. Il semble préférable toutefois, quand aucun accident anaphylactique n'est à craindre, de recourir, même en pareil cas, à l'injection intraveineuse qui, plus que toute autre, est capable de juguler rapidement le processus septicémique.
Sous son influence, les phénomènes infectieux s'atténuent, les accès fébriles s'espacent, diminuent d'intensité et disparaissent (Chevrel et Bourdinière).
Quelle que soit la voie d'introduction utiUsée, il parait indispensable d'agir comme pour le traitement de la méningite et de répéter les injecîions au moins pendant quelques jours.
Enfin rappelons les cas de guérison de septicémie pure obtenue par Netter (1) à la suite d'injections intrarachidiennes. Ribierre, Hébert et M. Bloch (2) en ont observé de semblables dans leur pratique. On peut attribuer ces succès au facile passage du sérum de la cavité sous-arachnoïdienne dans la circulation.
Cette méthode aurait, pour certains, l'avantage de pouvoir prévenir l'éclosion tardive d'une méningite, pour d'autres, il est vrai, cette façon de procéder pourrait la faire naître ; ils s'appuient sur les faits suivants : On sait d'autre part, que la septicémie expérimentale, provoquée chez le singe par inoculation intraveineuse de méningocoques vivants, ne se complique jamais de méningite. Elle n'est suivie du passage du germe spécifique dans les espaces arachnoïdiens que si on « prépare » préalablement, ou au cours de la septicémie, les dits espaces par une injection rachidienne d'une solution saline et plus sûrement encore de sérum de cheval [Flexner et Amoss (3), Austrian (4)]. Aussi ces derniers auteurs se demandent-ils si dans ces cas de septicémie sans méningite, des injections intrarachidiennes ne seraient pas capables de déterminer, par une méningite irritative ainsi provoquée, un appel des méningocoques provenant de la circulation sanguine.
A vrai dire, chez l'homme, il ne semble pas que la crainte inspirée par ces faits expérimentaux soit justifiée, car aucun fait de ce genre ne paraît
(1) Netter, Loco cit.
(2) Ribierre, Hébert et M. Bloch, Méningococcémie sans épisode méningé ou à épisode méningé tardif, Essai de pathogénie. Traitement [Annales de Médecine. 1919, t. VI, no 5).
(3) Flexner et Amoss, Journal Exp. med. Baltimore, 1917, p. 525, t. XXV.
(4) Austrian, ^m//. Johns Hopkin's H ospital Baltimore, 1918, p. 183, t. XXIV.
SEPTICÉMIE CONCOMITTANTE 489
s'être jamais produit. Néanmoins, ils sont de nature à mettre en garde contre une semblable éventualité. ^
Septicémie concomitante de la méningite. — La nécessité de combiner les injections par la voie rachidienne et la voie générale, en vue de combattre à la fois la méningite et la septicémie, a été suffisamment mise en évidence (p. 443) pour avoir besoin d'y revenir. Cette méthode mixte parait devoir s'imposer dans tous les cas ; la diminution de mortalité observée par Herrick le démontre suffisamment. Mais certains faits étudiés par Ribierre, Hébert et M. Bloch sont de nature à retenir l'attention.
Ils font remarquer, d'accord avec leur conception, que si les septicémies pures, de même aussi les septicémies prolongées avec épisodes méningés tardifs, peuvent guérir facilement à la suite de simples injections rachidiennes, il n'en est pas de même dans les méningites graves d'em- » blée avec septicémie. En ce cas, l'adjonctioïi de la sérothérapie intraveineuse est indispensable. « Il semble, disent-ils, que les gîtes méningococciques soient accessibles par deux faces, la face rachidienne et la face de la circulation générale et que, fait paradoxal mais qui ressort des observations, quand c'est l'infection méningée qui prédomine, la sérothérapie en circulation générale est nécessaire pour achever la guérison, tandis que, quand c'est l'infection sanguine qui domine, les injections intrarachidiennes agissent beaucoup plus rapidement que les injections souscutanées. »
Ces remarques ont un gros intérêt, mais elles peuvent, semble-t-il, recevoir l'explication suivante : quand la méningite domine, les anticorps du sérum introduits par voie rachidienne s'épuisent sur les nombreux germes des espaces sous-arachnoïdiens qui les fixent pour être détruits ; il en passe dès lors dans la circulation en trop petite quantité pour avoir raison des germes septicémiques. Quand au contraire c'est l'infection sanguine qui domine, alors que la méningite est légère, la fixation des anticorps est moins massive, il reste encore de ces derniers en assez grande quantité pour qu'ils puissent agir sur les méningocoques en circulation dans le sang.
Quelle que soit la valeur de l'hypothèse, il n'en reste pas moins indispensable d'intervenir simultanément par la voie rachidienne et la voie
nérale.
Traitement des localisations diverses de la septicémie. — Quand on injecte le sérum par la voie générale, il est logique de penser que, à part la méninge, tous les tissus en sont imprégnés et que leurs lésions doivent être favorablement influencées par le traitement propre à la septicémie. C'est en effet ce qui s'observe le plus fréquemment. Cependant, en certains cas, soit en raison de l'intenssité des lésions, soit pour d'autres motifs, elles nécessitent la sérothérapie locale.
Les arthrites^ même suppurées, bénéficient habituellement du traitement général. Ainsi certains auteurs (Netter, Sainton et Bosquet, Lacaze et Eschbach, etc.) ont signalé des améhorations rapides et même des guérisons sous l'influence de la sérothérapie intraveineuse ou même souscutanée. Netter a même vu dans deux cas l'arthropathie méningococcique rétrocéder à la suite de la simple sérothérapie racliidienne.
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En d'autres cas, il est vrai, ces méthodes sont insuffisantes ^ et la lésion suppurative ne cesse qu'à la suite de V injection intra- articulaire.
Utilisée par maints auteurs, dont Barbier (1 ) , Teissier (2) , Netter, Sainton et Maille, etc., elle doit être précédée de la ponction de la séreuse atteinte, grâce à laquelle on soustrait le plus possible de liquide. Sans retirer l'aiguille, on in)eete, suivant le volume de l'articulation, 2^ 5, 10 centimètres cubes de sérum. L'articulation est ensuite immobilisée et soumise à une compression modérée (Sainton et Maille).
.L'injection peut être suivie d'une rétrocession rapide des phénomènes inflammatoires; en d'autres cas, elle est suivie de réactions locales qui se traduisent par des douleurs assez vives, du gonflement, de l'empâtement, mais elles ne tardent pas à disparaître; parfois cependant Fempâtement peut persister quelques jours.
En général, la guérison s'effectue complètement sans laisser la moindre gêne fonctionnelle, et la jointure revient à un état d'intégrité parfaite ; elle est plus rapide que si l'affection est abandonnée à elle-même.
Généralement une seule injection suffit ; plusieurs injections peuvent cependant être nécessaires. Les cas rebelles sont exceptionnels, et il est rare qu'on soit obligé, comme dans un cas de Sainton et Bosquet, d'en arriver à rartlirotomie.
Uorchite et Vépididymite^ dont les lésions sont habituellement peu marquées, rétrocèdent facilement sous l'influence de la sérothérapie générale ou intrarachidienne. C'est ce qu'ont observé Lacaze et Eschbach après des injections sous-eutanées, Sainton et Bosquet après des injections intraveineuses.
Les complications respiratoires sont en général bien influencées par la sérothérapie intraveineuse ; celle-ci même paraît indispensable, alors que la sérothérapie rachidienne serait insuffisante.
Cazamian (3) attribue aux injections intraveineuses, combinées aux injections rachidiennes nécessitées par l'évolution simultanée d'une méningite, la guérison d'un cas de broncho-pneumonie accompagnée de phénomènes septieémiques indiscutables ; les injections furent pratiquées cinq jours de suite à la dose de 20 centimètres cubes pour chacune. Malgré l'état de gravité du malade, l'affection s' amenda assez rapidement et guérit complètement.
Monziols et Loiseleur ont signalé la guérison d'un cas de septicémie à la suite d'injections sous-cutanées qui restèrent cependant sans action manifeste sur l'évolution d'une pleurésie purulente méningoeoccique. Celle-ci céda sous l'influence d'injections intra-pleurales de sérum spécifique.
11 est vraisemblable que des injections intra-péricardiques produiraient des effets aussi heureux dans la péricardite purulente méningoeoccique.
Les complications oculaires sont de même nettement influencées par l'action thérapeutique du sérum ; mais, à l'inverse des complications précédentes que la sérothérapie générale ou intrarachidienne peut faire rétro-
(1) Barbier, Société médicale des Hôpitaux^ 7 mai 1910.
(2) Teissier, Société médicale des Hôpitaux, 21 mai 1910.
(3) Cazamian, Broncho-pneumonie à méningocoques et sérothérapie intraveineuse {Journal des Praticiens^ 30 octobre 1915).