‹ L'infection meningococciqueChapitre 68 sur 75 · PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS DUS AU SÉRUM · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS DUS AU SÉRUM

telle, et notamment utiliser le chlorure de calcium ; mais leur présence doit mettre le praticien en garde contre la production possible d'anaphylaxie, si les injections de sérum doivent être continuées ; ils montrent, en effet, que l'organisme est déjà sensibilisé.

Contre les accidents anaphylactiques. — Plusieurs procédés ont été proposés pour empêcher l'éclosion du choc anaphylactique.

1^ Modifications chimiques et physiques du sérum. — Divers auteurs, pensant que les dits accidents relevaient de Faction d'un poison contenu dans le sérum, ont imaginé de le neutraliser ou de le détruire par diverses substances : permanganate de potasse, alcool, chloroforme, eau oxygénée, alcaloïdes, ferments acides, etc. ; à la vérité, ces tentatives n'ont pas été couronnées de succès.

Retenons cependant l'action bienfaisante du chauffage à 56^ pendant quatre jours consécutifs. Besredka a montré expérimentalement que les sérums ainsi traités paraissaient moins toxiques que les autres. Or le sérum antiméningococcique préparé à l'Institut Pasteur est chauffé, et les accidents anaphylactiques qui suivent son emploi sont infiniment plus rares qu'avec les sérums étrangers.

Ce moyen n'est toutefois qu'un palhatif ; il diminue assurément la fréquence et l'intensité des accidents, mais il ne les supprime pas totalement, il faut donc recourir à d'autres méthodes.

2^ Diminution de la sensibilité nerveuse du sujet. — A l'instigation de M. Roux, Besredka a montré l'absence de choc anaphylactique chez les cobayes narcotisés par l'éther ou soumis à l'action de l'alcool. Je ne pense pas que l'essai de la narcose par l'éther ait été tenté dans ce but en thérapeutique humaine.

3^ Traitement rationnel du malade par les injections répétées. — Plusieurs expérimentateurs, Rosenau et Anderson, Besredka, etc., ont montré que les injections répétées de doses massives de sérum avant la période dite anaphylactique évitaient la production de cette dernière et des accidents qui la caractérisent. Ces constatations présentent la plus haute importance au point de vue de la sérothérapie humaine ; en effet, en les mettant en pratique, on diminue en môme temps la durée de Finfection ; on met de plus le malade à l'abri des rechutes, à Foccasion desquelles les accidents d'anaphylaxie sont le plus souvent observés, en raison de leur date habituelle d'apparition. Aussi nous ralhons-nous entièrement à la manière de voir si bien exposée par Hutinel et Darré, et dirons-nous avec eux :

« Pour prévenir les accidents d'anaphylaxie sérique chez les malades

atteints de méningite cérébro-spinale, il faut faire un diagnostic précoce,

instituer rapidement la sérothérapie, employer de fortes doses de sérum

et répéter les injections à intervalles aussi rapprochés que possible. Il

faut injecter, d'emblée, dans le canal rachidien, 20 à 50 centimètres cubes

de sérum selon l'âge du malade, renouveler les 'injections matin et soir

pendant plusieurs jours consécutifs, si l'infection parait sévère. En un mot,

il faut employer la sérothérapie antiméningococcique en se conformant

^^ux règles générales qui sont aujourd'hui classiques pour la diphtérie et le

^■ptanos. Par ce traitement précoce et intensif, on obtiendra rapidement la

^^uérison dans la grande majorité des cas, et on pourra cesser Femploi du

sérum au bout de quelques jours, au moment où l'état anaphylactique n'est pas encore établi ; on mettra le malade dans les meilleures conditions possibles pour recouvrer l'intégrité fonctionnelle complète des centres nerveux et ne conserver aucune séquelle de l'inflammation méningée, et en même temps on lui évitera la plupart des accidents sérothérapiques, les plus douloureux et les plus graves relevant le plus souvent, comme nous l'avons vu, de l'anaphylaxie. »

4<^ Vaccination anti-anaphylactique. — Besredka a montré qu'on peut rendre réfractaire au choc anaphylactique, provoqué par l'injection déchaînante dans le cerveau, le cobaye sensibilisé par une injection préparante ; il suffit de lui injecter sous la peau, dans le péritoine ou le rachis, quelques heures avant l'inoculation mortelle, des doses minimes de sérum. Cette intervention préalable remplit l'office d'un véritable vaccin.

D'après Besredka et Mlle Lissofsky (1), le même procédé met à l'abri des accidents obtenus à la suite des injections intrarachidiennes. A l'aide de vaccinations subintrantes, l'animal supporte des doses cent fois mortelles sans présenter le moindre trouble anaphylactique.

Ce procédé a été appliqué à mainte^ reprises à la sérothérapie antiméningococcique. Il a donné d'excellents résultats. La technique à .employer est la suivante : ' * .

1® Diluer le sérum (5 centimètres cubes, par exemple) dans dix fois son volume d'eau physiologique stérile.

Injecter 1 centimètre cube de cette dilution dans la veine du pli du coude. Attendre quatre minutes, puis injecter 3 centimètres cubes de cette même solution.

Deux minutes après, introduire 10 centimètres cubes de cette dilution dans la veine. Enfin, après un nouvel intervalle de deux minutes, pratquer une dernière injection comportant 25 centimètres cubes de la dilution de sérum antiméningococcique.

Après ces différentes injections, le malade peut être considéré comme vacciné contre les accidents anaphylactiques. Il est à même de recevoir, dix minutes après la dernière injection de sérum dilué, 20, 30 ou 40 centimètres cubes de sérum pur non dilué en injection intra-rachidienne.

Les injections intraveineuses de sérum dilué qui se succèdent à quelques minutes d'intervalle sont pratiquées, la canule restant en place dans la veine jusqu'à ce que la vaccination antianaphylactique soit obtenue.

2^ Ou bien injecter dans la cavité arachnoïdienne 2 centimètres cubes de sérum, puis, deux heures après, les 30 à 40 centimètres cubes que l'on se proposait d'injecter d'emblée.

3® Si le malade n'est pas dans un état très grave, injecter 2 à5 centimètres cubes de sérum sous la peau, le soir, et 30 à 40 centimètres cultes dans la cavité arachnoïdienne, le lendemain matin.

Darré a proposé récemment un procédé basé sur le même principe et qui est le suivant : * » •

Sans préparation antianaphylactique préalable, on injecte la dose de sérum entière, mais très lentement, avec possibihté d'arrêter l'injection

(1) Besredka et Lissofsky, Société de Biologie, 1911. Besredka, Paris médical, 4 novembre 1911.

Page 1