ÉTAT ÉPIDÉMIQUE, ASPECT DES ÉPIDÉMIES
d'un milieu fermé comme un bagne, une prison, s'y cantonne sans intéresser l'entourage, et au contraire s'irradie quand le milieu évolue librement.
Simultanéité d'apparition de certaines épidémies sur des régions étendues de territoire. — La plupart des observateurs ont été frappés par la production de poussées simultanées dans des circonscriptions régionales multiples et séparées par de grandes distances.
L'histoire épidémiologique de cette affection montre même cette simultanéité d'apparition chez plusieurs nations voisines, voire même en des régions diverses du globe ; ce caractère assez surprenant, grâce auquel la méningococcie constitue des foyers épars dans le même temps et à la même' heure, se manifeste lors des grands réveils épidémiques. Ce fut le cas de la pandémie de 1837, celui des épidémies qui sont écloses à la même époque en Allemagne et aux Etats-Unis en 1905. De même en 19C9, elle a pris naissance presque simultanément en divers départements de notre territoire, dans l'Eure, le Calvados, la Manche, la Bretagne, les Landes, la Meuse, etc., et on la vit sévir à la même époque en Roumanie, en Grèce, à Constantinople, etc.
Allure générale. Marche. — L'allure générale de ces épidémies est assez variable; toutefois une particularité semble les caractériser toutes : c'est l'allure capricieuse de leur évolution.
DÉBUT INSIDIEUX. — L es épidémies ne débutent pas d'emblée d'une façon brutale. On n'assiste pas, comme pour la rougeole, par exemple, ou certaines bouffées de fièvre typhoïde, à une explosion massive. Même dans les cas o\i les atteintes paraissent relativement denses, /le début est généralement insidieux. 11 se manifeste par l'apparition d'un ou deux cas, prenant naissance habituellement en hiver, soit dans la localité où elle battra son plein, soit, souvent même,d'une façon simultanée dans deux quartiers de la ville, contigus ou éloignés l'un de l'autre, ou même dans des villages environnants n'ayant aucun contact apparent entre eux.
Ces atteintes ne semblent pas, de prime d'abord, devoir être suivies d'autres semblables, car parfois une, deux et même trois semaines se passent sans qu'on enregistre le moindre cas. Fuis une nouvelle atteinte apparaît, suivie alors à plus ou moins bref délai de nouveaux cas qui semblent encore assez disséminés, jusqu'à ce que, à la faveur d'un apport éventuel dans une famille, ou mieux dans une école, une usine,une caserne, ils deviennent plus nombreux, et se locahsent en des milieux où la ma- ■^^ ladie semble élire domicile de préférence.
I^B* Là alors, elle fait des victimes en nombre variable avec la densité des
'^" habitations, avec le chiffre de leurs occupants, des individus qui parti-
^. cipent au même travail, ont entre eux des contacts serrés ou éloignés
Iet sont soumis à une hygiène rationnelle ou défectueuse. Les foyers épidémiques se constituent donc lentement, progressivement. Caractère i^ent et progressif de la pi\opagation. — La propagation des épidémies revêt habituellement le même caractère ; l'allure générale est peu tumultueuse et se manifeste sans fracas. En effet, quand elles prennent de l'extension et envahissent un ou plusieurs départements, elles procèdent par, petits foyers, qui se circons- DoPTER. — L'Infection méningococcique. 2
18 ÉPIDÉMIOLOGIE
crivent successivement à une ou plusieurs communes ou hameaux ; et il leur faut plusieurs mois pour achever leur œuvre.
Il en est de même dans les villes de garnison : l'infection commence à s'attaquer à un corps de troupe ; les autres, s'ils doivent payer leur tribut, ne sont atteints que successivement, les uns après les autres ; l'épidémie se développe dans le sein de chacun d'eux pendant quelque temps, et ne se transmet aux corps voisins qu'après avoir épuisé son action sur les précédents.
L'exemple suivant rend assez fidèlement compte de ce qui se passe habituellement :
A Strasbourg, elle commence à atteindre le 7^ de ligne en octobre 1840 ; pendant trois mois, ce régiment reste presque seul à fournir des malades. Le 69® de ligne, dont 2 compagnies habitent en commun avec une fraction <lu 7®, est atteint en décembre. En janvier 1841, le 29® de ligne et le 11® d'artillerie sont frappés ; en février, ce sont le 34® de ligne et le i®^ d'artillerie ; le régiment des pontonniers ne présente ses premiers cas qu'en mars, soit six mois après sa première apparition à Strasbourg.
C'est un exemple semblable que Faure-Villars signalait à Versailles en 1839, où l'épidémie s'est montrée tout d'abord sur le 18® léger qui l'avait apportée en février ; le 14® de ligne ne fut atteint qu'en mai, et après lui les autres corps de troupe.
\ Caractère capricieux de la propagation. — Dans leur march3 extensive, les épidémies de méningococcie se font encore remarquer par leur allure essentiellement irrégalière et capricieuse. Elles respectent certains miheux ou groupements qui, de par leur situation vis-à-vis du foyer primitif, paraissent devoir être atteints facilement et avec prédilection ; elles en éprouvent d'autres au contraire. que l'on suppose devoir rester à l'abri.
\ Dans les garnisons, certains régiments sont épargnés, d'autres sont fortement atteints ; en d'autres, les jours d'épreuve ne commencent qu'après la déhvrance des unités oà l'affection a frappé ses premiers coups. L'histoire déjà citée de l'épidémie de Versailles en 1839, qui s'abattit plus particulièrement sur le 18® léger et ne toucha que très légèrement les régiments voisins, en fait foi.
Il en est de même de certains épisodes observés dans la population •civile, où des groupements sont très éprouvés, alors que d'autres sont à peine effleurés ou restent complètement indemnes.
Ces bizarreries s'observent encore dans le sein des foyers eux-mêmes ; si, dans les casernes, la méningococcie semble frapper de préférence •certaines chambres, certains bâtiments, en d'autres épisodes, au contraire, on constate une dissémination particulièrement troublante : une,- •deux atteintes apparaissent dans une chambrée ; les occupants en sontisolés, vivent à part, toutes les mesures sont prises pour enrayer l'extension de €e foyer en son début, quand dans un bâtiment opposé, souvent éloigné du premier, un nouveau cas apparaît, puis un second ; les mêmes mesures sont prises pour ces derniers, mais voici que de nouvelles atteintes éclosent en des chambres distantes encore des précédentes, semblant ainsi vouloir défier tout effort prophylactique. Cette modahté spéciale n'est pas rare ; elle ne dépare d'ailleurs pas le caractère de bizarrerie qui s'attache à l'évolution épidémique de la méningococcie.
ÉTAT ENDÉMO-ÉPIDÉMIQUE 19
Si incohérents que paraissent ces faits, il ne peuvent infirmer en rien la doctrine de la contagiosité, telle qu'elle sera exposée plus loin. ' L'irrégularité se manifeste non seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps ; l'étude générale quotidienne d'un foyer épidémique le prouve surabondamment :
Les premiers cas, ainsi qu'il a été dit plus haut, surviennent isolément, puis, une fois l'éclosion épidémique amorcée, on les voit se déclarer sous la forme de quelques atteintes dont l'apparition est irrégulière, suivies d'accalmies qui persistent quelques jours, parfois plusieurs semaines, et auxquelles succèdent des reprises plus ou moins importantes. On assiste ainsi à de véritables poussées intermittentes ^ à des paroxysmes d'intensité variable, séparés les uns des autres par des périodes de trêve plus ou moins complète. La petite épidémie d'Arras (1901), en est un exemple très démonstratif (1) :
Du 28 février au 6 mars, neuf cas se succèdent ; du 6 au 13, accalmie ; le 13, une nouvelle petite poussée atteint 4 malades jusqu'au 16 ; du 16 au 23, nouvelle accalmie ; le 23 deux nouveaux cas, et pendant les jours qui suivent jusqu'au 28, calme complet. Du 28 au 29 explosion de 3 nouvelles atteintes, etc.
I Les épidémies procèdent donc habituellement par saccades séparées \ par des rémissions^ mais des rémissions trompeuses, suivies fréquemment de retours offensifs, égaux ou même supérieurs en intensité aux premiers groupements qui en ont marqué le début. Elles sont dès lors constituées par une suite ininterrompue d'explosions successives, survenant le plus souvent sans ordre aucun (fig. 2 et 4) ; et ces dernières sont soumises, comme on le verra, à l'action des intempéries qui ont sur l'éclosion simultanée de plusieurs cas une influence manifeste.
Quand l'épidémie est sur son déclin, les poussées paroxystiques deviennent de moins en moins denses, s'espacent de plus en plus, et bientôt on n'observe plus que quelques cas erratiques, séparés par des intervalles de plus en plus éloignés et très irréguliers ; à l'état épidémique succède donc un état endémique, parfois entrecoupé de poussées éphémères, timides et paraissant sans lendemain. Cet état endémique persiste jusqu'à ce que des conditions favorisantes occasionnent un nouveau retour greffé sur les atteintes sporadiques, représentant le reliquat de la poussée épidémique initiale.
C'est le cas de maintes épidémies dont la durée s'échelonne sur deux ou plusieurs années, notamment l'épidémie de Suède qui, dans une localité donnée, voyait chaque année se réduire considérablement le nombre de ses atteintes pendant la saison chaude, pour frapper de nouveaux coups dès que l'hiver réapparaissait. En d'autres circonstances, l'endémie, avant de disparaître, dure plusieurs années.
ÉTAT ENDÉMO-ÉPIDÉMIQUE
Troisième mode d'évolution qui s'observe surtout dans les grandes villes. L'état endémique, primitif ou faisant suite à une épidémie, évolue
(1) Beaujeu. Une épidémie de méningite cérébro-spinale à Arras {Archives de médecine et de pharmacie militaires^ octobre 1901).
■ jfï
: iM
en
ii::::3
OJ
nTTmtft
wffll
ItI
■■■ -ffll
^^li