‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 20 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Diathèse puralenle.

La résorption, Tabsorption du pus et laphlébite avaient été alléguées comme modes de pénétration du pus dans le sang aboutissant à l'infection purulente mécanique de ce liquide. La plaie, le pus sécrété, l'état local en un mot, jouaient, d'après ces théories, un rôle étiologique direct pour créer l'état général pyohémique. Les deux doctrines dont l'histoire va suivre repoussent toute idée de pénétration mécanique d'un agent d'infection par la surface traumatique. L'état général est tout ; l'état local, la plaie, le pus sécrété n'ont plus qu'un rôle secondaire. Pour la première de ces doctrines, un état général particulier, une diathèse purulente, est créée ipso fa ctOj par des causes déterminantes extérieures, même indépendamment de toute lésion chirui'gicale. Le pus ne pénètre plus dans le torrent sanguin : il s'y fonne de toutes pièces, il provient d'une transformation sui generiSj purulente, du sang lui-même et des tissus euxmêmes.

Cette doctrine appartient en propre à Tessier et date

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de 1838 (1). Convaincu de l'impossibilité physiologique et physique de la résorption de Maréchal et de l'absorption de Velpeau, n'admettant pas que le pus sécrété par une veine pût anatomiquement passer dans la circulation, vu le caillot qui le séquestre partout et toujours, Tessier ne pouvait cependant récuser les cas où du pus avait été trouvé mélangé au sang en circulation. Si ce pus ne provenait point de la plaie, d'où provenaitil donc? Du sang lui-même.

Cette idée de la transformation du sang en pus n'était d'ailleurs pas neuve, mais elle n'avait jamais été appliquée à l'infection purulente.

Hippocrate (2), Galien (3) en parlent en termes précis; mais surtout, et plus près de nous, Quesnay (4), en 1749 pensa que le pus pouvait se former de toutes pièces dans le sang et crut que la couenne du sang était le signe ou l'effet d'une suppuration particulière. Il partit de là pour démontrer que la suppuration était une sorte de sécrétion émanée du sang; mais il considéra d'ailleurs l'infection purulente, ou du moins les accidents que nous reconnaissons sous ce nom, comme produits par la résorption du pus.

Sauvages, parlant de la « coëne du sang », avait dit que « ce qui produit la coëne pourrait fort bien produire du pus 3>. De Haen, en 1771 (5), après avoir cité Sauvages, avait ajouté que ses expériences sur le sang l'avaient conduit à la même opinion.

En 1810, Home (6) soutint que les globules du sang se transformaient en corpuscules de pus.

(1) Tessier, Diathèse purulente (rExpérience, 1838, t. H, n" 48, 30 juin, p. 81.)

(2) Hippocrate, de Morbis, lib. I, g 12.

(3) Galien, in aph. Hippocratis, liv. II, aph. 47.

(4) Quesnay, Traité de la suppuration, 1749, p. 326.

(5) De liaen, de Generatiune puris. Ratio medendi, in Vindebon(o, 1771, t. II. (6i Home, the Philosophical Transactions, 1810, p 75.

Ui ORIGINE SPONTANÉE DU PUS DANS LE SANG.

En 1820, Gendrin (1) écrivit : <r . ,. Il est donc bien évident que le pus infiltré n'est qu'une modification de Thumeur spontanément coagulée, dont l'infiltration a précédé sa présence et que Ton reconnaît dans sa transition à rétat de pus. t Et plus loin : « On ne peut donc douter que la formation du pus, dans ces cas, ne soit le résultat d'une altération du sang ou des fluides Jîbrineux plastiques que les inflammations font naître. y> Gendrin avait môme institué une expérience pour prouver la transformation des globules de sang en globules de pus.

Dupuytren, réfutant la thèse de Maréchal en 1828 (2), avait émis l'opinion que le pus observé dans tes veines était formé aux dépens du sang, et comme preuve il avait invoqué les concrétions flottantes du cœur, au milieu desquelles on trouve quelquefois du pus.

Andral, en 1829 (3), avait dit : « Peut-être l'époque n'est-elle pas éloignée où l'on reviendra à cette idée de de Haen qui admettait que, dans certaines circonstances, du pus peut se former de toutes pièces dans le sang, conime on voit s'y former l'urée dans l'état physiologique. »

Mais personne n'avait élevé sur cette hypothèse une doctrine caractérisée, jusqu'au jour où Tessier, eh 1838, vint proposer sa diathèse purulente.

L'œuvre de ce chirurgien est divisée en deux parties : une première partie critique, dont il a été longuement question à propos de la phlébite (4) ; une seconde partie doctrinale (5), dont il me reste à parler ici.

L'infection purulente mécanique n'ayant aucune base

(i) Gendrin, Histoire anatomique de rinflammation, 1820, t. ?I, p. 467.

(2) Dupuytren, in Ci-uveilliier, Anatomie pathologique générale, 1849, t. i> p. 167.

(3) Andral, Clinique médicale, 1829 (?), cité par Monneret et Fleury, art. Pyohémie du Compendium de médecine pratique, 1847, p. 278.

(4) Tessier, Exposé et examen critique des doctrines de la phlélnte et de l'infection purulente (rExpérience, 1838, t. 11, p. 1, n° 43).

(5) Tessier, Diathèse purulente (l'Expérience, 1838, t. II, p. 81, n* 4830 juin).

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clinique, anatomique ni expérimentale, Tessier la remplace par la diathèse purulente. « J'entends par diathèse purulente, dit-il, une modification de l'organisme caractérisée par la tendance à la production du pus dans les solides et dans les liquides coagulables de Téconomie. ]^ c Or la diathèse purulente se manifeste sous trois formes différentes: V Fièvre purulente ; 2° Phlegmasies purulentes ; 3° État purulent. Ces trois catégories contiennent dans leur généralité tous les cas. > Il existe cependant des cas hybrides. La fièvre purulente est en particulier cet état fébrile avec lequel apparaissent d'emblée ces suppurations brusques dans quelques parties du corps. C'est en somme, et bien que Tessier ne spécifie nullement la nécessité d'un traumatisme quelconque, c'est l'infection purulente commune, ainsi que le prouve la description clinique qui suit cette définition.

La production du pus a également lieu dans les liquides et dans les solides sans qu'il y ait de relation de cause à effet entre ces deux phénomènes : a: Dans le cours de cette maladie, dit Tessier (i), le sang peut être transformé en pus, et alors la transformation est générale ou partielle ; elle a également lieu dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques isolément ou simultanément ; souvent la suppuration se fait seulement dans les tissus et les parenchymes. De là ce pus floconneux que l'on a rencontré dans le torrent circulatoire, ces caillots suppures du cœur et des gros vaisseaux, ces phlébites si fréquentes, ces arthrites purulentes, enfin ces foyers répandus dans tous les points de l'économie, foyers dont on a décrit une variété sous le nom d'abcès métastatiques. »

Quant à la nature de la modification intime de l'organisme qui aboutit à la diathèse purulente, elle est inconnue. D'ailleurs l'état traumatique n'en est pas la condi-

(1) Tessier^ Diathèse purulente, p. 82.

Ui ORJGINE SPONTANÉE DU PUS DANS LE SANG.

tion indispensable ; la diathèse et la fièvre purulente peuvent naître spontanément sous l'influence de Tencombrement ; elle existe même toujours avant le traumatisme, qui devient seulement pour elle une occasion de se manifester.

Telle est la doctrine : quelles en sont les preuves? Les principales, purement négatives, sont la ruine et la négation absolue de l'infection purulente : la diathèse se trouve alors édifiée par exclusion.

Tessier s'ingénia, il est vrai, à trouver des preuves anatomiques. On trouve du pus, dit-il, renfermé dans des caillots soit du cœur droit, soit du cœur gauche; ce pus s'est donc bien formé aux dépens du sang lui-même ! Or n'est-il pas évident |que ce pus a aussi bien pu être emprisonné par la coagulation qui l'a surpris en circulation?

Tessier argua encore de l'état du sang! Mais quelle preuve donne-t-il que l'altération d-e ce liquide dépende d'une tendance à la transformation en pus? Je n'en ai pour moi trouvé aucune dans son mémoire, aucune au moins qui fût sérieuse.

Les cas d'infection purulente spontanée, telle est la base clinique la plus solide de la doctrine. Mais les faits invoqués par Tessier peuvent aussi bien être attribués à la morve, et l'on verra plus loin que les théories modernes répondent bien mieux aux exigences du problème que soulève la question de la pyohémie sans plaie exposée.

Donc des affirmations sans preuves : tel est le bilan de la théorie que Tessier substituait à l'infection purulente.

Cette théorie, qu'il défendit en 1842 sans ai^uments nouveaux à propos d'une leçon clinique de Blandin, fit d'ailleurs peu de prosélytes.

Aran, en 1842 (I), s'en déclara cependant partisan,

(1) Aran, Mém. cité in Gazetle médicale, 1842, p. 643.

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mais il établit une relation plus étroite entre la plaie suppurante et* les abcès viscéraux. « Il est certain, dit-il après ayt)ir combattu la phlébite, il est certain que ces 8Î)cès dialhésiques (métastatiques) se produisent sous l'influence de la cause qui a amené la suppuration dans un organe plus éloigné. C'est en quelque sorte la répétition d'un travail pyogénique déjà établi dans un point de l'orçanisme. Mais cette cause qui détermine dans l'économie une pareille tendance à la formation du pus, tendance que nous appelons avec M. Te^^ssier diathèse purulente, nous avouons ne pas la connaître. y>

Également en 4842, d'Arcet (4) se rangea parmi les adeptes de la théorie de Tessier, qu'il ne discuta pas, il est vraiy et sembla même ne pas très bien comprendre. S'il admit la diathèse purulente, en effet, ce fut simplement comme mode de pénétration du pus dans la circulalion, et il chercha absolument ailleurs la raison des abcès viscéraux.

D'un autre côté, M. Sédillot (2) (4842) insista de nouveau sur l'impossibilité «: de séparer deux faits aussi enchaînés l'un à l'autre qu'une suppuration préexistante et une infection purulente cotisécutive. Les rapports de cause à effet sont manifestes dans tous les cas, et on ne saurait méconnaître des dépendances aussi clairement indiquées. »

Pourtant M. A. Guérin,en 4847 (3), formula sa théorie de la fièvre purulente miasmatique et du typhus chirurgical, dont l'analogie avec la diathèse purulente de Tessier était frappante, mais non complète. « La théorie que je voudrais faire accepter, dit M. A. Guérin, a sans doute une partie commune avec la diathèse purulente, puisque

(1) D'Arcet, thèse citée, 1842, p. 20.

(2) Sédillot, Mém. cité in Gazette médicale, 18i2, p. 567-5GS. (:j) A. Guérin, thèse citée, 1847, p. 21.

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