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causent dans ces mêmes viscères des inflammations mor« telles. ^ Cette remarquable distinction entre la résorption des liquides sanieux et putrides et la résorption du pus n'était-elle pas comme un prélude des travaux modernes sur la septicémie et la pyohémie? Quesnay constata le fait sans l'expliquer; mais la science a-t-elle d'autre base solide que des faits bien observés ?
Peu après Haller, en 1766 (1), après avoir reconnu que « nihil potentius humores nostros corrumpit quam ipsa pulrilago », fit des expériences d'où il conclut que l'injection d'eau putride dans les veines détermine la mort.
J.-L. Petit (2) (1790) reconnut, entre autres causes du reflux des matières purulentes, « l'influence de l'air, soit que cet air agisse extérieurement, qu'il congèle le pus, dessèche les extrémités des conduits qui le fournissent ou lui donne une mauvaise qualité, soit que cet air agisse intérieurement et qu'il soit trop chaud ou trop froid, qu'il soit corrompu par la peste ou les remuements de terre, etc. ^.
En 1814, Ph. Boyer (3) refusa toute nocuité au pus sain et accorda, au contraire, au pus altéré par le contact de l'air la capacité de donner lieu aux accidents de la résorption purulente.
En 1815, Hodgson (4) insista sur les symptômes typhiques observés dans des cas d'infection purulente véritable, qu'il attribua à la phlébite causée par la ligature des veines. « Quand l'inflammation des veines se prolonge dans leurs principaux troncs, dit-il, et qu'il y a du pus sécrété dans le vaisseau, elle est accompagnée d'une irritation constitutionnelle très intense et de symptômes
(1) Haller, Physiologia; corporis humani fabrica et functiones; 1766, t. III, 153.1Si.
(2) J.-L. Petit, Traité des maladies chirurgicales, 1790, édition 1837, p. 31.
(3) Boyer, Traité dss maladies chirurgicales, 1814, t. I, p. 316.
(4) Hodgson, a Treatise.on the Disease, etc., 1815, t. II, p. 388.
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qui ont la plus grande ressemblance avec la fièvre ty-^ phoïde. » Breschet, en 4819 (1), appuya cette affirmation de son autorité et de son expérience.
Dailleurs l'attention s'éveillait de plus en plus sur la pntridité chirurgicale et les effets dé la résorption des matières septiques. Orfila (2) (1815-16) fit des expériences d'injections putrides intraveineuses sur des chiens et constata un empoisonnement spécial avec symptômes adynamiques et mort rapide sans lésions viscérales évidentes.
Barthélémy, de 1 81 5 à 1 823 (3), pratiqua quatorze inoculations sous-cutanées de matière septique et il obtint quatorze fois un phlegmon gangreneux mortel au bout de trois jours en moyenne.
Ârmstrong^ Kreysig et Pucbelt avaient identifié la phlébite et le typhus; Carmichaël en 1818 (4)j puis Erdmann en 1821 (5), insistèrent sur les rapports existant entre les allures des inflammations veineuses qui surviennent après les grandes opérations et la marche et les symptômes du typhus.
Mais ce fut surtout à Gaspard (de Saint-Étienne), es 1822 (6), que revint l'honneur d'avoir démontré expérî* mentalement que la résorption des poisons septiqufô ccmtenus soit dans le pus, soit dans les matières animales en putréfaction, produit des fièvres putrides et entre autres la septicémie. Gaspard n'avait pas en vue l'étude spéciate
(1) Breschet» de la Phlébite (Journal complémentaire du Diction, de» se. méd., 1818-1819, i. II et III).
(2) Orfîla, Toxicologie générale : des Poisons septiqaes. Paris, 1815*16, 5« édition, 1843, t. II, p 616.
(3) Barthélémy, Jom*naldes sciences médicales, 1816, t. I, p. 241. — Compte rendu des travaux de Técole d'Alfort, 1815, p. 20, 1816, p. 30, 1823, p. 33.
(4) Carmichaël, Observations on Varix, etc. Transactions <of the Kiog^s and Qaeen's Collège; Dublin, 1818, t. 11, p. 368.
. (3) Erdmann, Annales, etc.; Dorpat, 1821, p. 216*221. (6) Gaspard, Mémoire physiologique sur les maladies purulentes et putrides et sur la vaccine (Journal de Magendie, 1822, p. l,et 1824, p. 1).
mSTOIRE PRÉilMIlf AIRS. 1^
de l'infection purulente, que Ton conoaissait fort mal à son époque, mais il englobait sans aucun doute cette maladie sous la dénomination de maladies purulentes; son but, comme il le dit lui-même, était € de faire connaître l'action ou les effets des fluides animaux naturels, maladifs ou décomposés introduits dans le système circulatoire >.
Les expériences de ce physiologiste entreprises de 1808 kl 822 sont au nombre de cinq injections et quatre inoculations de pus putride, quatre injectionset quatre inocula* tions d'eau putride, plus beaucoup d'autres essais comparatifs. Les cinq injections de pus putride ont été faites à des chiens dans la jugulaire et les quatre inoculations dans les cavités séreuses et le tissu cellulaire; dlesont toutes été mortelles en vingt-quatre heures au maximum. La mort a été plus ou moins rapide et les accidents ont été plus ou moins violents suivant la dose de pus putride. A la suite des petites doses les animaux restaient abattus, faisaient des mouvements de déglutition et perdaient l'appétit. La respiration s'accélérait, le pouls devenait fréquent et petit, des mictions répétées^ des vomissements et d^ selles fétides abondantes survenaient : le rétablissement arrivait alors. À la suite des injections successives de doses doubles ou l»en des injections niassives ou ei^ ime seule fois de doses fortes, les symptômes ohi^rvés lurent, à ^fiiérants degrés : une adynamie croissante, des vomis-i sements, de l'opistotonos, du ténesme, de la dyspnée, des palpitations du cœur, des syncopes,, des mouvements spasmodiques du corps, des hurleméats, une* marche vacillante, une prostration complète et la mort sans évacuations critiques. Les inoculations furent suivies des mêmes accidents précédés ou accompagnés d'une< phlegmasie locale gangreneuse.
Les conchisions de Gaspard furent les suivantes (1) :
(I) Gaspard, IbiA., i»2 p. 7.
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<K 1"* Le pus introduit dans les vaisseaux sanguins, à petite dose, peut y circuler sans causer la mort, pourvu qu'après avoir déterminé un trouble considérable des fonctions il soit expulsé de l'économie au moyen de quelque excrétion critique, surtout de l'urine et des matières fécales;
2° Mais, introduit plusieurs fois de suite en petite quantité chez le même animal, il finit par causer la mort ;
3** A plus forte raison, il la détermine encore plus vite quand il est injecté à une dose trop forte; et alors il cause des phlegmasies graves, des péripneumonies, des cardites, des dysenteries, etc.;
4** II est susceptible d'être absorbé, quoique cependant il cause l'inflammation des membranes séreuses et du tissu cellulaire avec lequel il se trouve en rapport. >
Or que faut-il voir à travers ce trouble considérable des fonctions, sinon les symptômes généraux typhiques de l'infection purulente réalisés à l'excès par le degré de toxicité et la dose forte du poison injecté? Il est vrai que parmi les lésions constatées à l'autopsie on ne découvre rien qui ressemble à des abcès métastatiques même à leur début. Gastelnau et Ducrest (1) (1846) firent remarquer que, à l'époque où la mort a enlevé les animaux de Gaspard (de deux à vingt-quatre heures après l'injection), les ecchymoses étaient les seules lésions possibles, les abcès n'ayant pas eu le temps de se former, et que Gaspard, ne connaissant pas la signification des ecchymoses, ne les avait pas signalées. C'est une erreur : il n'y a qu'à lire les expériences du mémoire sur le mercure (2) (1821) pour s'en convaincre; Gaspard y signalait dès 1809 les ecchymoses viscérales; il est donc présumable qu'il les connaissait en 1808 et qu'il les eût notées s'il en avait
(1) Gastelnau et Ducrest, Mém. cité, in Mémoires derAcad. Roy. de médecine, 1846, p. 31.
(2) Gaspard, Mémoire sur le mercure (Journal de Magenditf, 1811, p. 165.
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constaté. La vérité est, je crois plutôt, que les lésions pyohémiques ont, dans les expériences d'injection de pus putride, été effacées et noyées par l'intensité des lésions septicémiques.
Gaspard ne s'en tint d'ailleurs pas là. « Le pus, ditil (1), est une substance qui participe déjà de la putridité. Il était bonde savoir si son action sur l'économie dépendait de ses qualités putrides ou bien de quelque autre qualité particulière. En conséquence, pour comparer ses effets à ceux du putrilage et des sanies putrides, j'ai fait les expériences suivantes. y> Suivent alors, au milieu d'un grand nombre d'autres, les quatre injections intraveineuses et les quatre inoculations d'eau putride provenant de la putréfaction de matières animales et végétales, qui toutes aboutirent à des résultats analogues et compara* blés à ceux des injections de pus. Ce n'est donc pas comme pus, c*est comme liquide putride, c'est en empruntant au phénomène de la putréfaction des propriétés toxiques, que le pus fétide agit pour engendrer des symptômes adynamiques et typhiques.
Tels sont les faits importants acquis à la science par les travaux de Gaspard et que les recherches ultérieures ne firent que confirmer et féconder.
Magendie, en 1823 (2), répétales expériences de Gaspard et en contrôla l'exactitude.
C'était l'époque où naissait la doctrine de la phlébite ; l'attention se portait tous les jours davantage sur cette maladie, dont on commençait à entrevoir les relations avec l'infection purulente. M. Bouillaud, en 1825 (3), frappé des caractères adynamiques, putrides et typhoïdes
(1) Gaspard, Mémoire physiologique sur les maladies putrides» etc. (Journal de Magendie, 182!2, p. 13).
(2) Magendie, Journal de Magendie, 1823, t. III, p. 81^3
(3) Bouillaud, Recherches cliniques pour servir à l'histoire de la phlébite ou inflammation des veines (Revue médicale, 1825, t. II, p. 71 et 418).