‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 31 sur 53 · I>OCTRfliES TOICËHIQUES · texte numérisé non relu

I>OCTRfliES TOICËHIQUES

que revêt la fièvre dans les cas de phlébite étendue, ne fut pas sans comprendre la portée deô expériences de Gaspard. Après avoir relaté lui-même plusieurs observations originales et rappelé les faits de même^nre signalés par Hodgson et Breschet, il fit ressortir les ressemblances symptomatologiqiies et pathogéniques existant entre les animaux injectés par Gaspard et les malades atteints de phlébite généralisée : « Si vous y réfléchisseï, dit-il, avec une attention suffisante, vous verrez maintenant que les individus affectés d'une inflammation veineuse très étendue se trouvent dans des circonstances très analogues à celles où sont placés eux-mtoes les anir maux chez qui Ton pratique les injections dont nous venons de parler. En effet, l'inflammation des veines ne donne-t-elle pas lieu à la formation d'une quantité plus ou moins considérable de pus? et ce liquide délétère putréfiable ne se trouve^-t-il pas pour ainsi dire injecté dans le système sanguin? » M. Bouillaud portait ainsi le premier dans le domaine de la clinique et de la pathologie humaine les faits constatés par le physiologiste de Saînt- Étienne. Il n'envisageait, à la vérité, que l'inflammation veineuse ou phlébite ; mais nous savons que c'est le nom sous lequel se cachait alors ce que nous entendons aujourd'hui par pyohémie. D'ailleurs, en 1826 (1), il étendit aux fièvres chirurgicales ce qu'il avait dit de la phlébite. Il donna en effet une description des fièvres putrides cliirurgicales coïncidant avec un foyer de suppuration et les attribua positivement à la résorption d'un principe putride et toxique puisé dans le foyer. En la même année 1826, Bayle (2) publia un impor-

{{} Bouillaud, Traité àei fièvres dites es^entieUes, 1836 : des Fièvres putrides ou dynamiques, p. 129, S"" série, Obs. de fièvres dites putrides nen consécutives à une gastro-entérite, p. 185.

(2) Bayle, Mémoire sur la fièvre putride et gangreneuse (Aeivve médicale, 1826, t. Il, p. H7).

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tant mémoire de pyrétologie génémie où, se basant sur quatre observations originales et sur les expériences de Gaspard, il conclut que : a: l"" Le sang est susceptible de s'altérer primitivement et de contracter un certain degré de putridité soit spontanément, soit, ce qui parsdt beaucoup plus fréquent, sous l'influence d'une infection miasmatique extérieure. — â' Cette dépravation humorale peut donner lieu indistinctement à des afleclions inflammatoires ou gangreneuses d'un ou de plusieurs organes, sans qu'elle paraisse affecter constamment le même, i»

Puis Breschet (i) (1826) signs^a, après Dunean (2), les phénomènes engendrés par l'application d'une substance animale morbide sur une suiiace dénudée* Breschet s'étonna même de voir a que, dans le plus grand nombre des cas de phlébite suite d'une piqûre faite avec un scalpd ou un instrument chargé de matière putride ou d'un principe délétère, c'est presque toujours le poumon qui devient le théâtre de tous les accideiUs primitifs ou cou*sécutifso». Phénomène qui n'a rien de surprenant aujourd'hui que l'on est fixé sur l'évolution des thromboses et des embolies septiques .

Vefpeau lui-même (3) (4826) sacrifia à l'idée d'un empoisonnement. Il créa le mot d'infection purulente et fonda sa doctrine sur l'altération du sang produite par l'absorption du pus ; mais plus on sonde le fond de sa pensée, plus on devient convaincu qu'il regardait le pus, putride ou non, comme un véritable poison du sang. Les symptômes généraux étaient pour lui l'expression de la viciation du sang; les abcès étaient de simples dépôts créés par un effort de l'organisme cherchant à se débar-

(1) Breschet, art. Phlébitk il Dict. de oiédecine; Paris, 1826.

(2) Dunean, Tranfiaciion iBecl.-cliir. of. Soe, Ëdirabo«rg, 1826, t. I, p. 418.

(3) Veilla, Hém. cité, in &ev4ie médicale, 1826, L II, p. 456 : Réflexions sur Tobs. II.

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rasser de rélément toxique qai corrompt les humeurs.

Si les cliniciens marchaient dans la voie ouverte par Gaspard, les expérimentateurs continuaient d'ailleurs leurs recherches. Leuret, toujours en 1826 (1), fit des expériences dont le résultat le plus intéressant fut que le sang d'un cheval septicémique, transfusé dans les veines ou inoculé dans le tissu cellulah^e d'un autre cheval, lui communique la septicémie avec tout son cortège de symptômes fébriles et adynamiques.

Également en 1826, Trousseau et Dupuy (2) injectèrent aussi du pus et de l'eau putride dans les veines. Pas plus que Gaspard ces expérimentateurs n'avaient spécialement en vue l'infection purulente, mais bien, comme l'indique le titre de leur mémoire, les altérations du sang et larevivification del'humorismec Dans une seule de leurs expériences ils ont injecté du pus mélangé d'eau : ils obtinrent des symptômes d'infection positifs, mais des lésions pyohémiques très douteuses , Ils f'rent en outre des injections d'eau putride dans les veines de deux chevaux. Ils obtinrent des symptômes nerveux et typhoïdes et constatèrent à l'autopsie des ecchymoses viscérales, une tuberculose pulmonaire et un état de dissolution du sang. Rapprochant leurs trois expériences de celle de Leûret, et cherchant à s'expliquer les phénomènes nerveux et lyphaïdes, ils attribuèrent les symptômes nerveux à l'irritation cérébrale causée par la résorption du pus et les symptômes ataxo-adynamiques à la résorption des liquides septiques. Inutile de faire ressortir en quoi ces considérations s'adressent à la pyohémie, où l'on observe à la fois des symptômes nerveux et des symptômes ataxo-adyoa-

(1) Leuret, Recherches et expériences sur les altérations du sang (Areh. gén. de méd., 1826, t. XI» p. 98, Extrait d'une thèse intitulée : Essai sur raltération du sang, thèse de Paris, 1826, 12 mai).

(2) Trousseau et Dupuy, Expériences et obsenrations sur les altérationi do sang considérées comme causes ou complications des maladies locales (Archives générales de médecine, 1826, t. X(, p. 373).

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miques d'une part, du pus et des liquides putrides prêts pour la résorption d'autre part (1).

En 1 827, Hamont renouvela les expériences de Gaspard et ne fit qu'en confirmer les conclusions.

Peu après Dance (2) (1828-29), à l'égal de Velpeau et sans faire entrer en ligne de compte la putridité, confessa cependant que c les symptômes graves dont les lésions graves de la phlébite sont accompagnées offrent la plus grande analogie avec ceux qui annoncent une infection miasmatique telle que le typhus :». Il reconnut aussi l'influence de l'air sur le pus lui-même et non directement sur la plaie. Il crut que le contact de l'air communiquait au pus des qualités nocives particulièrement propres à engendrer la phlébite (S) . Enfin il pensa que le pus € altère le sang d'une manière spéciale, et que de cette altération résultent des inflammations et des lésions également spéciales :».

Certes, je ne veux pas dire que Dance et Velpeau aient pressenti la théorie septicémique modenie, mais je prétends seulement que ces deux cliniciens avaient été pénétrés, par la simple analyse des faits, de la nécessité d'admettre dans la pyohémie un élément toxique.

(1) • S'il est vrai que nos organes peuvent tous suppurer, dirent Trousseau et Dupuy, s'il est vrai que le pus est évidemment résorbé par les vaisseaux, s'il est V vrai que Ton a trouvé du pus tout formé dans les veines, pourquoi n'irait-il pas irriter le cerveau? Pourquoi ne verrait-on pas quelque confor* mité entre les phénomènes nerveux qui surviennent dan« les vastes phlegmasies qui se terminent par suppuration et ceux que nous déterminons en injectant du pus dans les veines ?

» Pourquoi allet chercher des sympathies inexplicables et rejeter la théorie de l'absorption des fluides qui, charriés par les vaisseaux, sont poussés dans les différents organes qu'ils irritent?

■ Pourquoi les symptômes ataxo-adynamiques, que nous voyons si souvent se manifester dans les inflammations gangreneuses, ne tiendraient-ils pas à la même cause que ceux qui se montrent chez les animaux auxquels nous avons injecté des matières putrides? » Trousseau et Dupuy, Ibid. (Arch. gén. de méd. 1826, t. XI, p. 392).

(2) Dance, Mém. cité, in Arch. gén. de méd., 1829, février, p. 180.

(3) Dance, Mém. cité, in Nouvelle bibliothèque médicale, 1828, t. HT, p. 57 et 62.

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Dance avait signalé les qualités nocives acquises par le pus au contact de l'air ; Reynaud (de Pelisanne) (1) (1828) insista sur ce phénomène et avança que « lorsque le pus n'a pas été vicié par son exposition à i'âir ou que, par la nature même de l'inflammation, il ne possède pas de propriétés délétères, il peut être absorbé, pendant un certain temps et en petite quantité à la fois, sans danger pour l'économie u^ ; et qu'au contoire « lor^ que le pus possède des propriétés délétères, sa résorption, même en petite quantité, détermine les accidents les plus alarmants, > accidents qui sont de nature typhoïde.

De même Tonnelle, en 1829 (2) , soutint que c Fabâor^ ption du pus ne produit d'accidents généraux qu'autant que le pus absorbé jouit de qualités délétères >.

Blandin (3) (1829) adopta les idées de Dance sans rien y ajouter.

Legallois (4) (1829) écrivit que « le pus peut infecter nos solides sans qu'on le retrouve rassemblé en masse, et circuler dans nos vaisseaux sans qu'il soit appréciable à nos sens, et qu'il détermine alors un empoisonnement véritable ».

Cependant l'idée de l'altération du sang par le pus n'était pas admise par tous les partisans de la phlébite.

M. Sédillot, en 1832 (5), crut à un simple mélange.

Cruveilhier, en 1833-34 (6), protesta contre Topimoii de Dance; il regarda l'infection purulente comme une simple phlegmasie veineuse franche et déclara que le

(1) Reynaud (de Pelisanne), thèse citée, 1828, n» 9Z% p. 19 et 21.

(2) Tonnelle, Méro. eité, m C. R.Aeadéoiie royale 4e méddcîiie,1^29 (Joanal hebdomadaire, 1829, 10 mars).

(3) filandin, Mém. cite, in Journal hebdomadaire, 1829, 21 mars. (A) Legallois, Mém. cité, in Journal hebdomadaire, 1829, 25 aTfil.

(5) Sédillot, thèse citée, 1832.

(6) Cruveilhier, Anat. path. avec pi., 1833, jp. 10, § 31. — Art PsLÉBnsin Dict. en 15 vol., 1834.

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pus dans le sang n'agissait que comme corps étranger irritant, mais non toxique, c: Je n'admets nullement, ditil, que le pus, sécrété dans une veine enflammée et transporté dans les organes, concourt directement et par lui-même à cette espèce de génération purulente, ainsi qu'a cru devoir l'admettre Dance : le pus une fois mêlé au sang n'est plus du pus, mais bien un corps irritant, ^ tout comme le mercure.

Mais ce n'étaient là que des dissidences isolées, vains obstacles contre le courant envahissant des idées septicémiques et de la vérité.

D'ailleurs A. Boyer, en 4834 (1), publia un important mémoire essentiellement chirurgical, où, tout en confondant sous le nom de « fièvre de résorption purulente > la septicémie et la pyohémie, il attribua exclusivement les accidents à la décomposition du pus produite par son exposition à l'air. Après avoir posé en principe que le pus sécrété au sein ou à la périphérie des organes est soumis à l'absorption, il spécifia les différences que présentent les résorptions dans les deux cas et en rechercha les causes : € Les foyers sans communication avec l'air extérieur, dit-il, n'enti^nent pas les mêmes dangers relativement à l'absorption qu'après avoir reçu ï'influence de l'air. Dans le cas où la cavité est close de toutes parts, la fièvre est nulle ou modérée, l'équilibre des fonctions se maintient, le teint conserve sa fraîcheur. Mais la scène morbide change si l'air pénètre dans le foyer de suppuration. Le pus, d'abord crémeux, consistant, sans fétidité, devient ichoreux et abondant, et exhale une odeur infecte. La fièvre hectique de résorption s'allume, les fonctions s'altèrent, le dépérissement survient, et le malade succombe dans un état adynamiqoe complet. Comment l'intervea-

(1) A. Boyter, Mémoire sur les résorptions purulentes (Gazette médicale de Paris, i83*, 29 mars).

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tion du fluide atmosphérique a-t-elle déterminé des changements si redoutables? C'est en favorisant sans doute la décomposition de la matière purulente et en modifiant peut-être l'inflammation de l'organe sécréteur. »

Pour démontrer l'action de la putréfaction du pus ou plutôt l'action du pus putréfié, Boyer s'adressa à l'expérimentation et constata que « quelques gouttes de pus très fétide, injectées dans les veines d'un animal, produisent en moins d'une heure des symptômes qui ont la plus grande analogie avec le typhus : stupeur, trouble constant du système nerveux, déjections noirâtres très fétides, hémorragies passives, etc. On trouve à l'ouverture du corps toutes les traces d'une altération du sang. Ce liquide, dissous^ noir, verdâtre, impropre à la nutrition, est incapable de stimuler les organes qu'il parcourt. » Au microscope le sang est dans l'état connu sous le nom de dissolution du sang; de là les hémorragies passives. Cet état iieskt sans aucun doute à la putridité du pus; on le voit se produire sur le champ du microscope. Or ces accidents, ces lésions et cette altération du sang sont observés dans les fièvres de résorption.

Si au contraire on injecte du pus louable, continue Boyer, et que la mort survienne, l'obstruction vasculaire en est seule la cause. - •

Seul le pus putride est donc capable de produire les accidents. Mais quelle est, de la partie liquide et soluble et de la partie solide et insoluble du pus, celle qui jouit des propriétés délétères? A. Boyer entreprit de résoudre expérimentalement ce problème et conclut de ses recherches que : « La sérosité filtrée, étendue d'une certaine quantité d'eau tenant en dissolution du chlorure de sodium, a déterminé, par son injection dans les veines d'un chien, au bout de dix-huit heures, tous les symptômes propres aux fièvres typhoïdes. L'autre portion^ insoluble (les globules), delà matière purulente a aussi occasionné

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