‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 32 sur 53 · HISTOIRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE PRÉLIMINAIRE

la mort d*une manière plus rapide. Mais à l'ouverture de l'animal nous n'avons rencontré aucune de ces altérations survenant à la suite des injections putrides. La catastrophe pouvait s'expliquer par l'obstruction mécanique des vaisseaux due à la viscosité du liquide injecté qui avait mis obstacle à la circulation. En effet l'artère pulmonaire était entièrement oblitérée par un caillot de pus concret, et les ventricules du cœur en contenaient une assez grande proportion. Nous sommes par conséquent fondé à croire que les principes délétères du pus se trouvent principalement dans la portion soluble de ce liquide. ^

A. Boyer avait donc, en résumé, prouvé l'origine toxique et putride des accidents typhoïdes qui suivent la résorption du pus. Déjà en 1834, marchant sur les traces de Quesnay (1749), il avait le premier expérimentalement démontré l'action ispéciale et délétère de la sérosité purulente putride et l'action mécanique des globules de pus résorbé. Peut-être d'ailleurs n'avait^il pas compris toute la portée de cette conception, qu'il n'avait pas élevée à la hauteur d'une doctrine pathogénique.

En même temps, en 1834, parut aussi l'important travail expérimental de Gûnther (de Hanovre) (1) dont j'aî parlé plus haut, et qui, sans traiter spécialement de la putridité du pus, prouvait cependant, en raison des qualités du pus injecté, la puissance pyohémigène du pus modifié par le contact de l'air et par conséquent du pus putride.

C'est aussi en 1834 que Piorry (2) donna le nom de typhohémie à l'altération du sang par les matières putrides.

L'idée de l'intervention d'un élément toxique dans l'in-

(1) Gûnther, Rust. Magazin, 1834, t. XLII, p. 33S.

(2) Piorry, Altérations du sang, 1834.

m ]>OCTRmES TOIÉMIQUES.

fection purulente et de ràctton riociye de Fair sur le pus faisait d'ailleurs des progrès incessants.

Cars^ell, en 4836 (i), considéra que le pus était ua véritable poison du sang.

Bonnet (de Lyon), en 1837 (2), insista' sur les dangers de l'absorption du pus altéré par le contact de Tair et sur Finnocuité du pus non altéré.

Tessier lui-même, en 1838 (3), reconnut rinflueoce prédominante de l'encombrement et de l'altération de l'air qui en résulte sur le développement de la diathèse purulente.

Magendie, en 1838 (4), nia que le pus sain, qui n'a aucune influence sur le sang sorti de la veioe^ puisse agir d'une façon délétère sur le sang vivant; puis il ajouta ; c Notez que ce n'est que dans ce dernier cas, c*eslf4i-dire lorsque le pus est séreux, que l'on voit se développer ces accidents formidables attribués à la résorption, accidents auxquels ne donne jamais lieu, dit-on, la résorption de celui que les médecins appellent si à propos pus louable, i^

En 1839-41 , Velpeau (5), encore bien qu'il ne dît rien de la putriditédu pus, attribua le principal rôle, dans la production des accidents, à l'altération, c'est-à-dire à l'empoisoimement du sang par le pus. « Il me parait démontré, dit-il, que les fluidtes altérés jouent ici le principal rôle. :» Son opinion était tellement arrêtée sur ce point, qu'à l'égal des plus ardents partisans modernes de la septicémie, il professa que l'infection purulente pouvait exister sans abcès métastatiques. « Ne^ croyez pas,

(1) Carswell, in Braidwood*s on Pyœmia, 1868, p. 16.

(2) Bonnet (de Lyon), Mémoire sur l'absorption et la compositioa do pus (Gazette médicale de Paris, 1837, 23 septembre).

(S) Tessier, Diathèse purulente (Expérience, 1838, t, II, p. 84).

(4) Magendie, Leçons sur les phénomènes physiologiques de la vie, 1838, t. IV, p. 279. ...

(5) Velpeau, Leçons orales, 1839-41, t. I, p. liet 63.

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dit-il, qu'en vous décri'vant les désordres variés qui se rencontrent dans rinfection purulente, il faille nécessaire^ ment que les individus qui succombent à cette maladie soient atteints de toutes ces collections à la fois, et, pour ainsi dire, imbibés de pus à la manière d'une éponge : il en est au contraire un grand nombre qui ne présentent qu'un petit nombre de ces lésions. Tantôt il n'y a de foyers ou d'abcès tuberculeux que dans le poumon ou le foie, et point d'épanchements ; tantôt il n'existe qu'une collection de pus dans la plèvre ; d'autres fois on n'en rencontre quei dans les membres, soit à l'intérieur, soit en dehors des articulations; chez plusieurs enfin on n'en rencontre nulle part et on est obligé alors de chercher la cause de la mort dans l'altération du sang seulement. > Évidemment, Velpeau ne vit pas la cause de ces différentes formes de la même maladie, et ne devina pas ce qu'il y %yBii de plus dans un cas que dans l'autre; il constata seulement le fait et admit une infection ou altération du sang fondamentale, avec lésions viscérales incidentes, mais non nécessaires.

D'autre part, Raciborski (1) (1841) signala le point défectueux des théories contemporaines. Il montra l'insuffisance du dogme du mélange du pus et du sang tel qu'il était alors compris et appela l'attention sur la nécessité de ne pas se confiner dans l'étude des altérations anatomiques, et de « soulever le coin du voile qui cache à nos yeux les altérations chimiques des liquides et le mode de leur production y>. Partant de là et cherchant à se rendre compte de l'altération pyohémique du sang, il y vit un phénomène de fermentation.

En même temps Bourdon (2) (1841), après avoir con-

(I) Raciborski, Mém. cité, in Mémoires de l'Acad. Roy. de méd., 1841, t. IX,

{i) Bourdon, de la Fièvre puerpérale et de ses différentes formes (Revue

médicale, 1841, t. II, p. 348).

176 DOCTRINES TOXÊMIQUES.

sidéré que dans certains cas d'atonie de la matrice l'air pouvait pénétrer dans cet organe et faire contracter des qualités délétères aux liquides qui s'y trouvent, admit « que ces matières plus ou moins putréfiées, en contact avec les sinus béants, sont absorbées et vont infecter toute l'économie. L'espèce d'empoisonnement qui résulte de cette absorption, ajouta-t-il, offre de grandes analogies avec l'infection purulente et doit être rangée avec cette dernière parmi les maladies essentiellement générales. »

Alors parut en 4842 la thèse de d'Arcet. Cet important travail ouvrait une ère nouvelle dans l'histoire doctrinale de la pyohémie. Désormais une scission se fait parmi les doctrines : d'Arcet crée la théorie de l'infection putride et de l'obstruction mécanique, qualifiée de nos jours du nom de Septicémie embolique; Lebert, Castelnau et Ducrest, Sédillot, etc., croient à une infection par le pus pur et à la Pyohémie vraie; enfin M. A. Guérin propose sa Doctrine miasmatique. L'ère des idées confuses est close.

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