CHAPITRE m
9o€trine de l^inaanimation et de la sappuration spontanées oa sous l'influence de la dyscraslo générale.
Bayle, en 1826 (1), avait conclu de ses recherches sur la fièvre putride, recherches purement médicales du reste, que « la dépravation humorale (du sang) peut donner lieu indistinctement à des affections inflammatoires ou gangreneuses d'un ou de plusieurs organes, sans qu'elle paraisse affecter constamment le même >. Mais Bayle n'avait pas en vue l'infection purulente, aussi ne peut-on réellement lui attribuer la priorité de l'interprétation pathogénique des abcès viscéraux qui nous occupe.
Cette priorité appartient en réalité à Dance. Après avoir combattu l'opinion de Velpeau et soutenu contre ce chirurgien l'origine inflammatoire des abcès multiples consécutifs à la phlébite traumatique ou utérine, Dance (2) (1828-29) fit remarquer que « d'ailleurs toutes les lésions qui surviennent dans la phlébite ne sont pas uniquement des infiltrations purulentes ou des abcès; on trouve quelquefois en même temps des noyaux inflammatoires, des ramollissements et des gangrènes sans trace de pus ; enfin, les symptômes généjraux qu'on observe dans tous ces cas indiquent un trouble de la plupart des fonctions qu'on explique beaucoup mieux par l'altération da sang provenant de son mélange avec le pus, que par une simple métastase purulente cheminant isolément à travers les vaisseaux et le cœur et déposée passivement
(1) Baylc, Mém. sur la ûèvre putride et gangreneuse (Revue médicale,
ine, t. n, p. ii7>.
(2) Dance, Mém. cité in Arcti. gén. de méd., 1828-29, février 1829, p. 180, 18i.
288 PÂTHOGÉNIE DES ABCÈS SEGONDAlftËS.
dans les organes. Que si l'on admet au contraire que dans ces circonstances le pus est capable d'enflammer ces mêmes organes, pourquoi n'altérerait-il pas le sang avec lequel il est en contact?... D'après toutes ces raisons, il nous semble plus conforme à l'explication des faits d'admettre que h sang, s'imprégnant plus ou moins de molécules purulentes, devient un agent de perturbation générale et d'irritation locale dont les effets sont de déterminer des phénomènes généraux extrêmement graves, auxquels succèdent des inflammations promptement purifères. » Dance n'était d'ailleurs pas exclusif et ne niait pas qu'il fût possible que a: le pus sécrété dans une veine enflammée et transporté dans les organes concourût directement et par lui-même à cette espèce de génération purulente ». Ce procédé pathogénique lui semblait toutefois exceptionnel, et la dépravation purulente du sang était invoquée par lui dans la majorité des cas pour les abcès, et dans la totalité pour les suppurations des cavités séreuses ou synoviales.
Reynaud (de Pelisanne) (4) (1828) admit après Dance que les épanchements purulents dans les séreuses étaient dus à l'altération du sang, mais aussf au voisinage des abcès. Quant aux abcès eux-mêmes, il leur reconnaissait une tout autre pathogénie.
Blandin (2) et Arnott(3),en 4 829, adoptèrent au contraire entièrement les idées de Dance.
Tessier, en 4838 (4), ne croyait, il est vrai, ni à la phlébite ni à l'infection purulente; il niait la pénétration mécanique du pus dans le sang ; cependant la façon dont il comprenait la genèse des abcès viscéraux rappelle absolument la théorie de Dance. En effet, il caractérisait la
(1) Reynaud (de I-^elisannc), thèse citée, 1828, p. 25.
(2) Blandin, Mém. cité in Journal hebdomadaire, 1829, p. 591.
(3) Arnott, a Pathological Inquiry, etc. (Med.-chir. Transact., 1829, i. XV). (4.) Tessier, Mcin. cité in l'Expérience, 1838, p. 1.