‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 42 sur 53 · INFLAMMATION ET SUPPURATION DYSCRASIQUES · texte numérisé non relu

INFLAMMATION ET SUPPURATION DYSCRASIQUES

diathèse purulente par « la tendance générale de Torganisme à la production du pus dans les solides et dans les liquides coagulables de Téconomie, » sous Tinfluencp d'une cause générale inconnue. Pour lui comme pour Dance, il s'agissait donc de déterminations locales d'une dyscrasie ou d'une maladie générale. Tout en admettant l'inflammation, Tessier n'avait d'ailleurs pas étudié la nature intime du processus des lésions secondaires.

Âran, en 1842 (i), chaud partisan de la diathèse purulente, combla cette lacune et conclut, de recherches anatomiques complètes qu'il serait trop long de rapporter ici, qu' <c en résumé, les abcès métastaliques sont toujours le résultat d'une pneunomie lobulaire d'une nature spéciale, il est vrai, et ils passent successivement par l'état d'infiltration purulente et d'abcès véritable ». Dance, comme on l'a vu, n'avait pas d'autre opinion.

Bérard (aîné), en 1842 (2), sans rejeter absolument l'idée que les molécules de pus arrêtées dans les capillaires formassent autant de corps irritants, pencha plutôt vers l'opinion que l'introduction du pus dans le sang causait, dans la constitution de ce dernier liquide et dans l'économie tout entière, une modification d'où naissait une tendance générale à la suppuration. « Ne perdons pas de vue, dit-il, que les abcès métastatiques sont l'indice d'un état grave qui peut causer la mort avant la manifestation de ces abcès et que cet état grave consiste dans une altération du sang. »

En 1845, Lebert (3), appuyant ses convictions sur les résultats de ses propres expériences, admit comme troisième phase dans l'évolution de l'infection purulente la diathèse pyogénique créée par le mélange du pus et du sang. Il se fondait sur la disparition constante des glo-

(i) Aran, Mém. cité in Gazette médicale, 184â, p. 6i4.

(2) Bérard aine, arL Pus du Dictionnaire en 30 vol., 1842, p. 487.

(3) Lebert. Physiologie pathologique, 1815, t. I, p. 336, 337.

bules du pus injecté dans le sang, disparition constatée par lui au microscope, post mortem^ pour refuser au pus toute action directe et locale dans la génération des abcès, et pour conclure à la fonte ou à la digestion du pus dans le sang.

D'autre part, et quant au processus anatomique présidant à ces lésions, ilc royait à une hyperhémie capillaire, (a à un état de plénitude et d'arrêt de la circulation tout différent de rinflammation quant aux causes, et en montrant cependant les phénomènes locaux y>.

Inflammation locale consécutive à une altération purulente du sang, tels étaient donc, pour Lebert comme pour Dance, les deux éléments générateurs des lésions secondaires de la pyohémie. La clinique avec Daoce, l'expérimentation avec Lebert, avaient par conséquent abouti aux mêmes conclusions.

En 1846, Gastelnau etDucrest (1) en vinrent aussi à déduire de leurs expériences que l'altération humo raie, l'intoxication du sang, était l'unique cause des abcès multiples. Ces auteurs tiraient leur conviction de la similitude complète qu'ils reconnaissaient entre les abcès multiples chirurgicaux et les abcès multiples médicaux. De leurs expériences d'injection de pus dans les veines ils conclurent seulement que le pus est le principe toxique dont la présence dans le sang a pour conséquence la génération des abcès ; mais ils repoussèrent absolument l'ingérence de toute action locale et mécanique de cette humeur, dont ils avaient du reste opéré la filtration préalable.

M. A. Guérin, en 1847 (2), sans entrer dans des détails circonstanciés sur l'intimité du processus pathogénique des lésions de l'infection purulente, les consi-

(1) Gastelnau etDucrest, Mém. cité, in Mém. de rAcad. roy. de méd., 1846. Conclusions, p. 150.

(2) A. Guérin, thèse citée, 1847, p. 21.

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déra comme Texpression anatomique de rinfection miasmatique de Téconomie. Il les assimila aux bubons de la peste et aux abcès du typhus. C'était Tinfluenee miasmatique ou pestilentielle qui agissait tout aussi bien « sur les capillaires du poumon que sur les veines de la plaie qui suppure ».

De même H. Lee en Angleterre (1) (1850) affirma, d'après ses observations et ses expériences, que la phlébite, aussi bien que les suppurations viscérales et séreuses multiples , sont la conséquence de la dyscrasie résultant du passage dans le sang d'un élément morbide qu'il croyait être le pus.

Wood, en 1856 (2), considéra les abcès viscéraux comme résultant d'un changement zymotique dans le sang produit par la pénétration d'un pus altéré.

D'autre part M. Robin (3) (1858) soutint que f ce ne sont pas les éléments anatomiques en suspension dans une humeur qui la caractérisent, qui lui donnent ses propriétés essentielles et en déterminent la nature ; ce rôle appartient au fluide lui-même qui en compose la partie principale... C'est sur le sérum du pus qu'il Éaut reporter les idées relatives aux qualités infectieuses de cette humeur qu'on attribuait aux solides qu'il tient en suspension. »

Un peu plus tard Callander (4) (1860), puis Roser (5) (1860-64) expliquèrent les symptômes et les lésions par la seule altération du sang. Roser spécifia même, comme on l'a vu, que cette altération était due à un poison spécial, le poison pyohémique, lequel possédait au môme degré et au même titre que le poison typhique

(1) H. Lee, on Inflammation of Veins, 1850, p. 45 à 48. (t) Wood,aTreaUse of tlie Practice of Mediciae; Philadelphie, iSôS, t. Il, p. 254.

(3) Robin, art. Pus du Dictionnaire de Nysten, XP édition, i858-b9, p. 1171. (i) Callander, in Holmes*s, System of Surgery, art.Pyœmia,1860,t. I,p.266. (5) Roser, Mémoires citéa, 1860-64.

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la propriété de créer une maladie générale à déterminations locales.

Gross (1) (1864) adopta l'opinion de Lee.

En revanche Savory (2) (4866) professa un éclectisme peu compromettant : sans rejeter l'embolie, il déclara possible la production des suppurations multiples à la suite d'une « stase due au changement produit dans le sang par le mélange de liquides pathologiques, l'effet local de ce qu'on appelle empoisonnement étant une obstruction capillaire y>.

Bristowe (3) (1866) soutint aussi une théorie combinée de l'obstruction capillaire et de la dépravation humorale. Le sang altéré serait, le plus généralement au moins, la seule cause des abcès ; mais ces abcès ne se développeraient que consécutivement à une thrombose capillaire suscitée elle-même par la dyscrasie.

Braidwood, en 1868 (4), sembla se rallier au système ou plutôt à l'hypothèse hybride de Bristowe.

Également en 1868, M. Dibos (5) déploya de nouveau le drapeau de la doctrine miasmatique et de la théorie pathogénique de son maître M. A. Guérin, que cet éminent chirurgien exposa d'ailleurs lui-même en 1871 devant l'Académie de médecine (6), résumant et justifiant en ces termes le mécanisme qui présiderait à la genèse des lésions viscérales et séreuses. « L'empoisonnement miasmatique, dit-il, n'a pas besoin de vos embolies pour expliquer les lésions du typhus chirurgical, pas plus que les médecins n'ont recours à la migration d'un caillot pour expliquer les gangrènes de la peste.

(1) Gross, System of Suigery, 1864; Multiple Abscess or Pyemia, t I, p. 145.

(2) Savory, 1866, St-Bartholomew's Hospital Report, !866, t. H, p. 46.

(3) Bristowe, in Reynold's System of Medicine, 1866, t. I, p. 207.

(4) Braidwood, on Pyœmia, 1868, trad. par Alling, 1870, p. 247.

(5) Dibos, thèse citée, 1868, passim.

(6) A. Guérin, Bulletin de rAcadémie de médecine de Paris, 1871, 6 juin*

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Si de la surface d'une plaie naissent des miasmes, des émanations délétères capables de donner lieu à une maladie qui a la plus grande ressemblance avec la fièvre jaune, la peste d'Orient, etc., pourquoi les émanations, en se mêlant au sang ne seraient-elles pas capables de mortifier certains de nos tissus, de donner lieu k cette nécrobiose pour l'explication de laquelle vous faites intervenir des embolies multiples? Pour moi, le poison, une fois mêlé au sang, altère toutes les sécrétions : la salive, l'urine et la sueur diminuent de quantité; les synoviales produisent du pus que l'on retrouve aussi dans le tissu cellulaire; les plaques de Peyer sont malades et souvent altérées comme dans la fièvre typhoïde; comme dans la fièvre jaune et dans la peste, il y a des hémorragies. Pouvez-vous ne pas être frappés de l'analogie qui existe entre ce qu'on appelle maintenant les infarctus et les anthrax charbonneux des grands typhus? Kst-ce que les médecins vont faire intervenir l'embolie pour expliquer la gangrène et les bubons de ces maladies? Dans le typhus des salles de chirurgie il y a empoisonnement du sang, et le sang altéré produit les abcès et les infarctus. Voilà ce que l'on peut affirmer. Aller plus loin, c'est se jeter dans le domaine de l'hypothèse. »

C'était encore un processus pathogénique analogue qu'invoquait Chauffard (4) (1871). En effet, s'il niait l'infection du sang par un agent toxique extérieur, il croyait à une rupture de l'équilibre des forces vitales, dont le résultat était une sorte de dyscrasie aboutissant à une pyogénie générale. La dyscrasie était de cause interne pour Chauffard, tandis qu'elle était de cause externe pour M. A. Guérin; c'était la seule différence.

Quoi qu'il en soit, certaines expériences de Béhier et

(1) Chauffard, Bulletin de rAcadémie de médecine, juillet 1871.

iU PATHOGÊNIE DES ABCÈS SEGOlVnAmES.

Liouville,de M. Hayem et de M. Vulpian, faites en 1873 à propos de la septicémie^ semblèrent démontrer que la dyscrasie septique pouvait suffire parfois, mais non dans la majorité des cas. Ces expérimentateurs n'obtinrent en effet que rarement des lésions pyohémiques en injectant des liquides putrides bactérifères, mais ils en obtinrent réellement. D'ailleurs on verra plus loin que, d'après M. Chauveau et M. Pasteur, ces liquides n'ont agi, dans les cas dont il est question, qu'en vertu de propriétés phlogogènes que possèdent les agents de la putréfaction. Ce n'était donc pas la dyscrasie elle-même qui était en cause, c'était l'agent phlogogènemêlé au sang et porté dans les viscères. Cet agent phlogogène, c'est en réalité le miasme de M. A. Guérin et c'est aussi le globule de pus. Ainsi comprise, la théorie de l'inflammation spontanée ou primitive sous l'influence de l'altération du sang doit donc être confondue avec la doctrine de l'action d'un agent phlogogène.

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