‹ L'infection purulente ou pyohémieChapitre 44 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Doctrine de la propriété ptalosogèno da pas oa de tout autre agent.

La propriété phlogogène est la vertu que possède ua corps quelconque de susciter, par sa seule présence, une inflammation des tissus vivants au sein desquels il est porté. Il importe d'insister au préalable sur la différence qui sépare la théorie de la propriété phlogogène et Ja théorie de Tembolie. La première méconnaît absolument la nécessité d'une obstruction vasculaire mécanique pour la genèse de l'abcès, elle n'accorde au moins à cette obstruction possible aucun rôle pathogénique ; la seconde, au contraire, considère l'obstruction vasculaire comme étant le mécanisme indispensable, si7ie qua noUj du développement des abcès pyohémiques.

L'idée d'attribuer au pus la propriété phlogogène est fort ancienne, le nom seul est nouveau dans cette théorie. Le pus attire le pus, avaient dit les anciens en termes généraux ; mais Quesnay (1) (4749) fut le premier à appliquer cet adage à la résorption de la matière purulente: « On a quelquefois trouvé, dit-il, dans ceux qui meurent huit ou dix jours et même plus longtemps après que les premiers accidents delà résorption ont paru, des inflammations et des abcès ensemble, tantôt dans le mésentère, tantôt dans les poumons, le plus souvent dans le foie et quelquefois dans le cerveau ; d'où il parait que les abcès qui se forment à l'occasion de cette ré-

(1) Quesnay, Traité de la suppuration, 1749, p. 3i4.

AGENT PHLOGOGÈNE. 317

sorption sont rarement de simples dépôts produits par la seule collection des matières repompées, qu'ils sont au contraire presque toujours la suite d'une inflammation causée par ces matières. » Quesnay reconnaissait donc évidemment au pus résorbé la propriété de développer une inflammation dans les parenchymes qu'il infiltre, et c'est ainsi qu'il expliquait les abcès multiples consécutifs à la résorption.

En 1761,Morgagni fut moins explicile que Quesnay, mais il spécifia néanmoins qu'il suffisait d'une parcelle de pus pour provoquer une phlegmasie suppurative; toutefois il hésita sur la question de savoir si cette phlegmasie était due à une rétention ou à une irritation ; dans les deux cas, du reste, c'était la parcelle de pus qui jouait le rôle principal dans la genèse du foyer purulent (1).

Quesnay et Mofgagni n'appuyaient leurs convictions sur aucune preuve matérielle; Gaspard apporta le premier un témoignage expérimental à la théorie de la propriété phlogogène du pus. Les quatre expériences entreprises par Gaspard (2) (4822) avaient pour but de démontrer la possibilité de l'absorption du pus par les séreuses et le tissu cellulaire. Impuissantes à fournir cette démonstration, elles prouvèrent au contraire la vertu phlogogène du pus. Ces expériences ont une telle importanc,e qu'elles méritent d'être résumées.

(1) « Videtur secandam eas observationes, dit-il, pus in viscera aliunde invectum non puris forma semper deponi, sed haud raro saltcm nonnullas ejus particulas, cum sanguine permistas et prorsus disjunctas, in augustiis quibusdam fortasse glandularum lymphaticarum hœrere; easque, ut in veneorum bubonum produciione fit, obslrucndo aut irritando, coque humores prœterituros retinendo distendcrc et multo copiosoris quani quod advectum est puris g^nerationi, a rigoribus illis et horroribus significalaî causam prœbere. Quà ratione illud quoque intelligitur quomodo plus puris in visceribus et caveis corporis, saepc deprehendatur quam modicuin vulnus dare potuissct. )i Morgagni, de Sedibus et causis morborum, 1761, 51» lettre: des Blessures et des coups à la tête.

(2) Gaspard, Mém. phys. sur les maladies purulentes et putrides (Journal de Magendie, 1822, p. 5).

318 PATHOGÉiME DES ABCÈS SECONDAIRES.

Exp, I. — Le 18 septembre 1808, 2 gros (6 grammes) de pus furent injectés dans le péritoine d'un chien. Des symptômes d'infection septicémique se manifestèrent Une péritonite purulente éclata et tua Tanimal. Les lésions furent exclusivement celles de la péritonite purulente et de la septicémie.

Exp. n. — Le 25 septembre 1808., même expérience, mêmes résultats.

Exp. III. — Le 28 septembre 1808 du pus fut introduit dans la plèvre d'un ciiien; aucun accident ne survint; on sacrifia l'animal vingt heures après rinjection; on trouva une pleurésie purulente double.

Exp. IV. — Le 28 septembre 1808 du pus fut injecté dans le tissu cellulaire d'un chien; un abcès se développa dans le point injecté sans autres accidents.

De ces expériences Gaspard conclut que « le pus est susceptible d'être absorbé, quoique cependant il cause l'inflammation des membranes séreuses et du tissu cellulaire avec lesquels il se trouve en rapport y>. Cette conclusion était h la fois trop générale et incomplète, et il eût été, je crois, plus juste d'y substituer la suivante : Le pus, dont lapartie Uquide est susceptible d'être absorbée par les membranes séreuses et le tissu cellulaire avec lesquels il se trouve en rapport, cause l'inflammation de ces membranes et de ce tissu.

Gaspard ne s'en tint pas là; il inocula, en 1822 (1), de l'eau putride dans le tissu cellulaire : il obtint un abcès gangreneux qui guérit. Dans la plèvre et le péritoine le résultat fut la mort avec accidents septicômiques, mais aussi avec pleurite ou péritonite. Gaspard insista encore, en 1824, sur les lésions locales engendrées par ces inoculations, qu'il compara aux eflets produits sur l'endocarde par les injections putrides dans les veines.

(I) Gaspard, Mém. pliys., etc. (Journal de Margendie, I8!à2, p. 2l)

AGENT PHLOGOGÈNE. W9

Ainsi l'eau putride aussi bien que le pus semblait donc, d'après les expériences de Gaspard, jouir de la propriété de provoquer des phlegmasies locales. Mais m y regardant de plus près, en analysant les expériences, on ne tarde pas à découvrir que dans les cas i'incculation d'eau putride dans les séreuses les phé- Qomènes engendrés par l'absorption des liquides sepliques prédominent, et que les phénomènes locaux doivœt être plutôt attribués à un travail de nécrose suscité par le contact des matières en putréfaction ; qu'enfin il existe une réelle différence entre le processus qui suit l'inoculation putride (abcès gangreneux) et le processus Jéterminé par l'inoculation du pus ordinaire (abcès simple) dans le tissu cellulaire. Dans le premier cas ce sent des symptômes généraux graves, puis un abcès gangreneux contenant de la sanie purulente plutôt que du pus; dans le second cas c'est un abcès franc dans le point inoculé, sans autres accidents.

Gaspard lui-même vit bien d'ailleursla différence ; car s'il reconnut au pus la puissance d'allumer l'inflammation, il se borna à comparer les lésions locales consécutives aux inopulations avec les lésions de l'endocarde qu'il avait observées après les injections d'eau putride.

En 1826, Leuret (1), Trousseau et Dupuy (2) firent après Gaspard des inoculations de liquides putrides non Htrés, et ils constatèrent des phénomènes de phlegmasie locale.

€ruveilhier (4826-33-34) reconnut au pus la puissance phlogogène; mais ce n'était qu'à sa qualité de corps étranger introduit dans le sang qu'il accordait cette puissance. En 1826 (3), il avait formulé comme conclu-

(1) Leuret, Mém. cité in Arch. gén. de méd., 1826, t. XI, p. 98. . {2) Trousseau et Dupuy, Mém. cité in Arch. gén. de méd., 1826, t. XI, p. 373.

(3) Cruveilhier, Mém. cité in Nouvelle Bibliothèque médicale, 1826, t. IV, p. 153.

sien de ses expériences, et s'était efforcé d'élever au niveau d'un axiome, cette proposition : « Tout corps étranger introduit en nature dans le système veineux détermine, lorsque son élimination par les émoncloires est impossible, des abcès viscéraux entièrement semblables à ceux qui succèdent aux plaies et aux opérations chirurgicales, et ces abcès sont le résultat d'une phlébite capillaire de ces mêmes viscères. » Pour le prouver, Cruveîlhier avait injecté diverses substances, et entr'autres du mercure, dans la jugulaire; il avait montré des globules de ce métal disséminées dans les poumons, où ils étaient entourés d'une zone d'induration et plus tard de foyers purulents. Le pus, avait-il dit, donne les mêmes résultats; mais il n'avait entrepris aucune expérience avec cette substance, ce qui ne l'empêcha pas de conclure que le pus agissait, à la manière du mercure, comme corps irritant. « Le pus, dit-il (1), en circulation avec le sang est arrêté dans les divers départements du système capillaire; partout il détermine des phlébites capillaires ou des inflammations plus ou moins circonscrites qui parcourent plus ou moins rapidement leurs périodes pour produire des abcès. » Et plus loin : <( Le pus mêlé au sang n'est pluç du pus, mais bien un corps irritant. »

Cruveilhier accordait donc au pus la puissance phlogogène; mais cette puissance n'avait, suivant lui, rien de spécifique : une épine implantée dans les tissus la possédait au même degré.

Les expériences de d'Arcet (2) (1842) « sur le premier produit de la décomposition du pus )>, de même que celles de Lebert (3) (1845) et de Castelnau etDucrest

(1) Cruveilhier, Ânat. path. avec planches, 1833, t. I, 2* partie : Organes respiratoires, phlébite et abcès viscéraux, etc., pi. I» Il et UI, liv. t\, p. 8, g 26.

(2) D'Arcet, thèse citée, 1812, p. 25.

(3) Lebert, Physiologie pathologique, 1845, t. I, p. 313.

AGENT PHLOGOGÈNE. 321

(1846) (1) pourraient assurément être invoquées à l'appui de la doctrine qui nous occupe; elles ne prouveraient pourtant rien en sa faveur. En effet d'Arcet a conclu des siennes à la productipn d'un engorgement par obstruction mécanique; Lebert et Castelnau et Ducrest se sont appuyés sur les leurs pour admettre la théorie de l'inflammation sous l'influence de la dyscrasie purulente. Or rien n'autorise encore, dans ce que l'histoire vient de nous apprendre sur la puissance phlogogène du pus, à accuser de fausseté ces diverses interprétations. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les expériences d'injection de pusde d'Arcet, de Lebert et de Castelnau et Ducrest n'infirment en rien la théorie de l'activité phlogogène du pus, et que leurs résultats peuvent aussi bien être expliqués par cette théorie.

Castelnau et Ducrest ont pourtant apporté une preuve de l'activité propre du pus que je ne saurais passer sous silence. Après les injections de pus, ces auteurs ont étudié les injections de matières pulvérulentes, se demandant quel degré de certitude il fallait reconnaître à la proposition de Cruveilhier ci-dessus énoncée, et jusqu'à quel point était vraie l'identité d'action que cet analomisle attribuait au pus et au mercure.

Une revue rétrospective des injections faites dans le sang de matières autres que le pus et une série d'expériences pratiquées par eux-mêmes, conduisirent Castelnau et Ducrest aux conclusions suivantes : « Elnrésumé (2) les expériences qui précèdent démontrent que les diverses substances étrangères, introduites dans la circulation, ont un mode particulier d'agir qui n'est pas celui du pus, et qui n'est pas en général de déterminer des abcès multiples; et encore, lorsque ces abcès multiples sont produits, ont-

(1) Castelnau et Ducrest, Mém.cité, in Mém. de l'Acad. Roy, de Méd., 1846. Expériences passim.

(2) M., Ibid.,p. 115.

3iS PATHOGÉNIE DES ABGËS SECONDAIRES.

ils des caractères anatomiques différents de eeux causés* par le pus, et ne s'accompagnent-ils pas de cet ensemble de phénomènes qui est le eortègeinséparable de ceux-ci. i

Le pus jouirait donc, d'après nos auteurs, d'une capacité particulière et propre de développer des abcès, dont ne jouii^aient pas également les autres corps étrangers.

Glaesel, en 1847 (4), élève de M. Sédiilot et par conséquent organe de l'opinion de son maître, soutint aussi im système où l'activité du globule de pus était implicitement reconnue, bien qu'elle fût encore réduite au degré de celle d'un corps étranger quelconque : « Le globule de pus, dit-il, versé dans le torrent de la circulation;, arrive avec le sang dans les capillaires et s'y arrête. Agissant comme un corps étranger, il ne tarde pas à y donnernaissance à une inflammation d'abord extrêmement limitée. Mais si une nouvelle quantité de pus s'y ajoute à la première, il se fait un nouvel engouement, une nouvelle in^ flammation, et le noyau ou bien se résorbe, ce qui est très rai*e, ou bieu, parcourant les phases inflammatoires ordinaires, aboutit, à son dernier terme, à la suppuration, et l'abcès pyohémique est formé. :» Glaesel avait d'ailleurs soin d'ajouter que l'action du pus n'est pas seulement mécanique ; il invoquait même à ce sujet deux expériences de M. Sédiilot montrant en effet la perméabilité des capillaires au pus. Gomment donc alors se hk la stase da globule du pus dans le capillaire ? € Les capillaires kh tm^ts et par conséquent perméables à un premier passage du pus, s'irritent bientôt sous rinfluence de ce liquide, s'engouent et déterminent dès lors, par la diaiinution de leur calibre, Tarrêt du globule (2). »

L'activité phlogogène du globule de pus se devine aa n^oins dans ces deux passages de la thèse de Gbesei; quant au mécanisme de là stase du globule, Stricker,

(t) Glœsel, thèse citée, 1847, p. 18.

(2) Id., Ibid., 19.

AGENT PHLOGOGÈNfi. 323

comme on le verra plus loin, devait plus tard démontrer ce que Glaesel avait soupçonné dès 1847.

En 4849, M. Sédillol (1) lui-même prit la question en main et avança plus loin que ses devanciers dans la voie qui devait mener à la démonstration positive de la puissance phlogogène du globule de pus. Il constata expérimentalement que parmi les éléments du pus les globules seuls possèdent la propriété de développer des inflam-^ mations suppuraiives dans les viscères, et par conséquent contiennent seuls le principe que nous qualifions du nom de phlogogène. Cette conclusion ressort des expériences Sj 9, 40, 14 du livre de M. Sédillot, où dusang frais coagulé et trituré fut injecté sans qu'il s'ensuivît d'abcès viscéraux; des expériences 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40 et 42, dans lesquelles de la sérosité purulente ou de l'eau putride filtrée furent injectées et ne produisirent que des accidents et des lésions septicémiques, telles que les avaient décrits Gaspard, sans traces d'abcès ; enfin des expériences 33, 43, 44 et 45, où des globules de pus lavés à Teau chlorée furent injectés et provoquèrent des abcès métastatiques bien formés. Donc, si la sérosité purulente jppivée de globules, si le sang coagulé et trituré sont incapables de provoquer des abcès dans les viscères, et que, d'autre part, les globules du pus privés de sérosité et même désinfectés par le chlore engendrent au contraire èes foyers purulents multiples, il faut conclure que les globules jouissent seuls de la capacité phlogogène.

Bonnet (de Lyon) (2) (1855) crut positivement aussi à l'activité propre du globule de pus. « Lorsque le pus injecté dans les veines ou transporté dans la circulation à la suite d'une plaie, dit- il, produit des abcès viscéraux multiples, il est probable qu'il se dépose mécaniquement dans le système capillaire, où son passage éprouve des

(1) Sédillot, de rinfection purulente ou pyohémie, 1849.

(2) Bonnet (de Lyon), Mém. cité in Gazette médicale de Lyon, 1855, p. 6.

su PÂTHOGÉNIE DES ABCÈS SECONDAIRES.

obstacles par suite de l'étroitesse des vaisseaux; mais le pus transporté par la circulation et mécaniquement arrêté n'est qu'une partie de celui qui constitue les abcès métastatiques, comme Font constaté Gamgee et Faivre, qui ont trouvé le pus de ces abcès secondaires beaucoup plus considérable que le pus injecté ; ce dernier agit donc comme générateur d'un liquide analogue, soit qu'il produise une inflammation purulente, soit que son action ait quelque rapport avec celle d'un levain. »

Nous avons vu que Virchow lui-même enl856 (l),tout en édifiant la théorie de la thrombose et de l'embolie, fut cependant obligé de convenir que l'embole, pour être infectant, c'est-à-dire pour produire l'abcès pyohémique, devait posséder des qualités spéciales qu'il puisait soit dans sa constitution ichoreuse, soit dans la dyscrasie (ichorrhémie, septicémie). Virchow avait reconnu dans ses expériences qu'entre le processus hémorragique simple de l'embole ordinaire et le processus phlegmasique de l'embole pyohémique, la différence était grande. Or, qu'était-ce autre chose que cette spécificité de l'embole, sinon la propriété phlogogène? Mais Virchow n'a point recherché quel était l'agent ou le principe actif de cette propriété ; d'ailleurs il accordait à l'embolie un rôle capital et prépondérant.

En 1859, Schiff (2) injecta du pus dans la plèvre d'un chien et détermina ainsi une pleurésie purulente ; mais il étudia surtout la fièvre et négligea la lésion.

Panum, en 1862 (3), tout en accordant, comme Virchow, un rôle nécessaire au processus embolique, reconnut cependant que pour être pyohémique, c'est-à-dire

(1) Virchow, Gesammelle Abhandlungen, 1856, S. 225-S32 — iiber CapiUaM Embolie (Arch. fiir palh. Anat., 1856, B. IX, S. 307).

(2) Schiff, liber die Fieberhitze (Allgem. Wien. med. Zeitg., 1859, n« 41- 42).

(3) Panum, Experimentelle Bcïtrage, etc. (Virchow's Arch., 1862, B. XXV).

AGENT PHLOGOGÈNE. 325

pour produire un abcès, l'embole devait avoir une constitution et une nature particulières et subir un travail spontané de décomposition ; mais il n'étudia pas la propriété phlogogène proprement dite.

Au contraire Flourens, en 1863 (1), apporta un très important contingent d'expériences démonstratives de l'activité phlogogène du pus.

Dans ses études sur les abcès du cerveau, ce savant physiologiste avait constaté à la fois la facilité avec laquelle le pus se produit et la facilité avec laquelle il se résorbe. Dix ou douze heures après l'introduction d'un corps étranger, il y a du pus; et du quarantième au cinquantième jour, il n'y en a plus, l'animal est guéri. Comparant ces résultats aux phénomènes de l'infection purulente, il se demanda ce comment, dans ses expériences, la résorption du pus amène laguérison, et, dans les opérations chirurgicales, la résorption du pus cause la mort? » Pour résoudre ce problème, Flourens entreprit une série d'expériences.

I. Deux ou trois gouttes de pus furent déposées sur la dure-mère de plusieurs chiens, mise à découvert à l'aide d'une couronne de ti^épan. Les animaux tombèrent dans un coma vigile : un flux perpétuel de pus s'écoula par Fouverture du crâne; au bout de deux ou trois jours au plus, la mort survint. On trouva à l'autopsie du pus dans le crâne autour du cerveau et dans les ventricules. n n'y avait de pus dans aucun autre viscère.

IL Quelques gouttes de pus pris sur la dure-mère d'un des chiens des expériences précédentes furent portées dans la plèvre d'un autre chien parfaitement sain. Au bout de quelques heures l'animal mourut; on trouva une pleurésie purulente double; il n'y avait de pus nulle part ailleurs.

(1) Flourens, Note sur rinfection purulente (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1863, t. LVI, p. 241-241,409-411 et p. 1025j.

826 PATHOGÉNCE DES ABCÈS SKOONDAIRES.

III. Du pus fiit porté sur les muscles abdominaux d'un chien parfaitement sain. L'animal mourut au bout de quatre jours; on trouva une énorme inûltration de pm qui s'était glissée entre les divers muscles de l'abdomen.

IV. Jusqu'ici le pus avait été porté d'un animal sur un autre. Sur le même animal, Flourens prit du pus d'un viscère inoculé et l'inocula sur un autre viscère; du pus pris surla dure-mère fut, par exemple, porté dans la plèvre; le cinquième jour l'animal mourut avec une pleurésie purulente. La même expérience réussit sur tous les viscères ou oignes, même le péricarde.

Ainsi, du pus porté d'un animal sur un autre animal, ou, sur le même animal, d'un viscère sur un autre viscère, transmet à cet autre animal ou à cet autre viscère une affection purulente des plus violentes et qui finit par causer la mort. Flourens, tout en voyant dans ces résultats des preuves nouvelles de la résorption purulente, insista particulièrement sur cette genèse inflammatoire circonscrite dans le point de l'inoculation du pus. cDam tous ces cas, dit-il, le pus a agi comme virus ou comme poison. En serait-il de même de toute espèce et même de toute qualité de pus? »

Pour répondre à M. J. Guérin, qui prétendait que le pœ n'agissait comme poison que lorsqu'il avait été aUécé par l'air, et parlait déjà des avantages de sa méthode sous-cutanée, Flourens renouvela ses expériences; mab au lieu de pus en nature il transporta des abcès enkystés tout entiers avec leurs kystes, et dont le pus était par conséquent, croyait-il, à l'abri du contact de l'air. Les résultats furent les mêmes. Il ess^a au contraire du p«s qui avait été exposé à l'air pendant trois jours, et ne réussit pas. Dès lors il conclut : «c Le pus a donc une vinileBee propre et indépendante de l'action de l'air... Ce n'est que lorsque le pus est transporté d'un animal sur un autre, ou d'un organe sur un autre, qu'il agit comme poisofi.^

AGENT PHLOGOGÈNE.

Quant à naus, nous reconnaissons sans peinedans les ré*jBuItats des expériences de Fiourens, dans celte virulence -qui idonne au pus la propriété inflammatoire, les effets de ce que nous appelons la propriété phlogogèneu

Eu i864, 0. Weber s'occupa plus spécialement de l'étude et de la recherche des principes pyrogènes ;'ee ii'iest même .qu'incidemment qu'il parla de l'action phlogogène, qui n'était à ses yeux qu'une conséquence de la pyi^ogénie.

Il reconnut pourtant, comme Yirchow et Panum, la nécessité de l'embolie ; il s'attacha même à rechercher comment de petits emboles pouvaient donner Heu à de gros abcès, et il n'invoqua pas, il est vrai, dans ce cas, l'activité phlogogène de l'embole. D'ailleurs, je le répète, cette propriété phlogogène était considérée par Weber comme une sorte de corollaire de l'action pyrogène (1) . Ufioutint que le principe actif pyrogène et phlogogène était liquide et cita à l'appui de son dire une expérience dans laquelle une pleurésie purulente fut produite sur un chien 4ans la plèvre duqnel il avait injepté du pus pleural pro^ venant d'un sujet atteint de pyohémie. Ce pus avait été préalablement filtré et dépouillé de globules purulents, liais, d'autre part, 0. Weber rapporta une série d'expériences d'injection de pus frais très soigneusement filtré -et par conséquent privé non seulement de tout élément capable de isdre embolie, mais aussi d'une grande partie de ses globules, où il n'aboutit à produire aucune lésiwi môtastatique. J'ai d'ailleurs signalé plus haut combien il BBt illogique qu'un liquide soit phlogogène lorsqu'on le fidet en contact avec une membrane séreuse, alors qu'il

ïe$t pas lodi^qu'il oûrcule dans la trame de cette mem-

Ëa iS&b^BillKiàkf^y, tout en considérant l'effet phlo-

(i) 0. IVeber, HénL cité in Deutsche KUiUk, 1864, n» 51, p. 497.

(3) Billroth, Mém. cité in Archiv fur Klinische Chirurgie, 1865, p. 475.

gogène comme un satellite de l'effet pyrogène, fut cependant plus explicite que 0. Weber. Il entreprit même trois séries d'expériences pour démontrer l'effet phlogogène et en découvrir l'agent.

Il injecta sous la peau à des animaux : 1° du pus de bonne nature; 2° du pus ichoreux; 3** des liquides putrides. Dans les trois cas il obtint des abcès au lieu même de l'inoculation. Gaspard, nous le savons, avait déjà pratiqué les mêmes expériences.

Billroth inocula en outre du pus d'abcès froids, mais sans résultat . Il prétendit encore que le pus frais est plus phlogogène que le pus putride!!

Enfin il rechercha le principe actif phlogogène et tenta de démontrer sa nature moléculaire. Pour ce faire il pratiqua trois injections sous-cutanées :

V Avec du sérum sanguin transsudé, recueilli par la ponction d'une ascite; il ne se produisit ni inflammation, ni fièvre ;

2° Avec l'exsudat séreux lié à une inflammation aiguë et contenant quelques globules de pus; il y eut une fièvre légère, mais pas de phlegmasie locale ;

3° Avec du pus chaud pyohémique récemment formé; il se manifesta une inflammation locale violente et une fièvre vive.

Billroth conclut de là que l'activité phlogogène et pyrogène des liquides inoculés est en rapport avec la quantité des éléments corpusculaires qu'ils contiennent, ce qui militerait beaucoup, d'après lui, en faveur de la nature moléculaire des agents phlogogènes et pyrogènes.

Cette conclusion fut vivement critiquée par M. Ghauveau (1) (1872), qui fit remarquer que les résultats des expériences de Billroth étaient ébranlés par cette considération, que les liquides injectés étaient différents, c II

(I) Chauveau, Physiologie des virus (Revue scienliftque, 187?, n* 4, i3juiilet).

AGENT PHKOGOGÊNE. 329

eût fallu, dit-il (1), faire les Irois injections avec la même humeur purulente, complète dans un cas, privée d'une partie de ses corpuscules dans un autre, et dans le dernier complètement dépouillée de ses éléments solides, c'est-à-dire, réduite à la partie séreuse. y>

D'ailleurs, poursuivit M. Chauveau, les conclusions de Billroth sont complètement fausses. Si la sérosité d'une ascite n'est pas phlogogène, c'est parce qu'elle provient d'un processus qui n'est pas inflammatoire. Si le pus chaud est phlogogène, c'est parce que c'est un produit éminemment inflammatoire. Quant aux globules, ils n'y sont pour rien. En effet, la deuxième injection, pratiquée avec un liquide porteur de globules, n'a nullement été phlogogène. Les expériences de Billroth ne prouvent donc pas la nature moléculaire de l'agent phlogogène. Je me hâte d'ajouter que M. Chauveau ne protestait ici que contre la légitimité de la conclusion, étant donné les expériences.

L'année suivante llemmer (2) (1 866) parla d'abcès provoqués par des inoculations putrides.

En 1869, Hueler (3) admit en entier la théorie de Weber sur la propriété phlogogène du pus, qu'il attribua exclusivement à la partie liquide de cette humeur. L'embole ne serait, d'après lui, capable de produire un abcès que lorsqu'elle contient du sérum de pus.

En i871, M. Ranvier (4) chercha, comme je l'ai dit, ailleurs que dans Tembolie la raison des abcès métastatiques de la pyohémie et inclina vers l'idée que les globules de pus infiltrés par des organismes inférieurs et ayant acquis ainsi de nouvelles propriétés, pénétraient dans la circulation, étaient arrêtés dans les organes et engendraient les abcès.

(1) Chauveau, Ibidem p. 37.

(i) Hcmmcr, Mém. cité; Munclien, 1866.

(3) Hueter, Handbuch, etc., p. 62 :die Pyâmischen Fiebcr, 16G9, B. I.

(i) Raavicr, Mém. cité in Lyon médical, 28 mai 1871, no 11. p. 495.

M. Hayem, également en 4871 (1), parfcisaji déclaré de Tembolie purulente, reconnut cependant la nécessité d'une transformation du globule de pus pour le rendre apte à fonner des embolies phlogisticfues. c Nô»s avons vu, dit-il, que les embolies capillaires <jui sont «le point de départ des abcès sont dues à l'arrêt des leucocytes ou globules blancs, et nous avons admis avec M. €ohnheiffî que le pus étaii formé par le passage de c^ élémeots i travers les parois vasculaii^es.

» Or à l'état normal, dans les conditions [diysiolo^* ques, les globules blancs cheminent sans encombre dans les vaisseaux ; ils ne viennent pas se bloquer à la façon de fines particules étrangères dans les capillaires pour produire des désordres circulatoires, pais un BOUfeaa foyer de suppuration.

y> Sous quelles influences, pour quelles raisons ces éléments inoffensifs deviennent-ils non seulement corps étrangers, mais encore irritants ? »

Recherchant cette influence, M. Hayem exposa que le leucocyte avant son extravasation constituait un élément normal du sang; qu'après son extravasation dans la plaie pour former le pus ou son emprisonnement dans un caillot, il était bientôt troublé dmis sa nutrition A perdait ses caractères anatomiques et physicrfogiques. a: Ces altérations, dit-il, peuvent être dues à des catiseï très variées, parmi lesquelles on compte l'ancienneté de leur extravasation ou de leur aiTêt dans les vaifrseaux; les modifications chimiques fort variables du sérum q^ui les tient en suspension, lorsqu'ils font partie constituante du pus; les propriétés des divers liquides exsudés, qui se mélangent avec le pus et en changent la nature et la composition ; le développement dans ces

(1) Uayem, Mém. cilé ia Gazette hebdomadaire, 1871, 9 juin, p. i9i et 8uiv.

AGENT PHLOGOGÈNE. 331

liquides d'organismes inférieurs qui adhèrent aux glo- Jbules tlancs et s'introduisent dans leur substance.

j& Au microscope il est facile de voir que les globules de pus ou ceux que contiennent les détritus des caillots sont susceptibles de modifications nombreuses. Qu'il nous suffise de citer les altérations vésiculeuse ou colloïde, muqueuse, l'infiltration graisseuse, la présence de vibrions ou de divers organismes inférieurs, modifications qui s'accompagnent de la perte des propriétés physiologiques connues sous le nom de mouvements amiboïdes.

y> D'ailleurs, même dans le pus frais, surtout lorsque Je foyer communique avec l'air extérieur, les globules de pus, sans être nettement altérés anatomiquement, présentent fort rarement des mouvements amiboïdes comme ceux des leucocytes du sang, soit par suite du contact de l'air, soit parce que le sérum du pus n'est pas le milieu physiologique nécessaire à l'entretien de la contractilité des globules. »

M. Hayem était tellement persuadé de la nécessité pour les globules de pus d'acquérir cette propriété ou cette qualitéspécialephlogogène, qu'il ajoutait: « M. VerjaeuiJ a désigné sous le nom de pus pur celui qui, introduit dans les vaisseaux, ne produit aucun accident consécutif. D'après les remarques précédentes, si un pareil pus existe réellement, cela doit tenir non seulement à l'innocuité du sérum, mais encore à l'une des particularités suivauctes : Transformation graisseuse des leucocytes, telle que les éléments puissent facilement être réduits on détritus granuleux (ce qui doit exister, ainsi que U. Hénocque l'a fait remarquer^ dans les cas d'abcès ùirnâ^ invjQKjués par M. Yerneuil) ; ou bien conaervatiooDi normale des propriétés physiologiques des leucocytes, de sorte que l'introduction de ces éléments dans le sang ne produise qu'une leucocytose passagère.

» Presque toujours le pus déterminera des accidents.

et ceux-ci seront dus non seulement aux propriétés septiques de la partie liquide résorbée (septicémie), mais encore aux altérations physiologiques et anatomiques des leucocytes (embolies capillaires), et les lésions mélastatiques offriront des variétés correspondantes à ces diverses altérations. »

A l'Académie de médecine, M. J. Guérin (1) (i871) admit aussi pour la genèse des abcès métastatiques articulaires et sous-cutanés une théorie qui n'était en réalité que celle de la propriété phlogogène fondée sur l'ancien adage <i le pus attire le pus ».

Il prétendit que les abcès métastatiques sous-cutanés et articulaires sont produits par la migration du pus et des globules purulents à travers le tissu cellulaire et le long des gaines tendineuses; tandis que les abcès viscéraux sont produits par la migration des mêmes éléments à travers les vaisseaux capillaires, où ils font embolies et infarctus.

Pour établir cette doctrine, M. J. Guérin s'appuya sur :

1° L'œdème qui entoure constamment tout foyer purulent et qui serait causé par la migration du pus ;

2° Les fusées purulentes qui filent le long des gaines tendineuses;

3° L'action aspiratrice des mouvements, qui provoquent une tendance au vide autour des articles ;

4° L'expérience qui montre qu'une goutte de pus déposée dans le tissu cellulaire y provoque un abcès ;

5° Sur ce que les expériences qui consistent à injecter du pus dans les veines donnent des abcès pulmonaires, mais point d'abcès sous-cutanés. (Les expériences 7 et 11 deCastelnau et Ducrest fournissent des exemples contradictoires.)

Toutes réserves gardées sur l'activité voyageuse ac-

(1) J. Guérin, Bulletin de TAcadcMnie de médecine, 1871, 20 juin, p. 398.

AGENT PHLOGOGÈNE. 333

cordée au globule de pus, l'activité inflammatoire propre du pus n'en était pas moins formellement reconnue par M. J. Guérin.

Toujours en 1871, Recklinghausen (1) émit aussi des doutes sur la nature embolique des lésions pyohémiques. De même que M. Ranvier, il expliqua les abcès par une irritation locale déterminée par des micrococcus qu'il aurait rencontrés sous forme d'amas dans les organes abcédés.

C'est alors, en 1872, que M. Chauveau publia (2) un travail d'une importance capitale au sujet delà question qui nous occupe.

La doctrine de l'embolie était, en somme, généralement acceptée à la suite de la discussion de l'Académie de médecine et surtout du plaidoyer que M. Verneuil avait fait en sa faveur. La pyohémie était considérée comme étant une septicémie embolique par la plupart des chirurgiens ; la nature du poison septique et sa constitution semblaient être les seules inconnues du problème. M. A. Guérin, se faisant l'organe d'une minorité, avait bien protesté contre l'hypothèse des embolies secondaires ; aucune satisfaction n'avait été donnée à ses justes protestations. La difficulté d'expliquer les abcès de la grande circulation, ceux des muscles et des articulations par des embolies, même avec l'hypothèse imaginée par 0. Weber, restait cependant le point faible de la doctrine.

Alors vint en 1872 M. Chauveau, qui soutint que toutes les expériences d'injection de pus jusque-là entreprises démontraient les propriétés phlogogènes du pus et nullement la théorie de l'obstruction mécanique.

Que l'on étudie en effet ces expériences et l'on verra :

(1) Recklinghausen, Verhandlungen der physikalisch Medizinischen Gcsellschaft, zu Wurzburg, 1871.

(2) Chauveau, Physiologie des virus (Revue scientifique, 1872, t. IH, n' 2, 13 juiUei, n» 4, 27 juiUet).

Gaspard (1822) produire la mort immédiate, foudroyante lorsqu'il injecta du pus en quantité suffisante pour obstruer les vaisseaux, et ne produire au contraire que des ecchymoses (infarctus) viscérales, lorsqu'il injecta soit du mercure, soit du pus à doses faibles, à doses circulables, si je puis m'exprimer ainsi ;

Boyer (1834) provoquer la mort par obstruction vasculaire en injectant des globules de pus concrets et incapables de circuler;

Au contraire Gûnther (1834) provoquer des abcès en injectant des doses faibles de pus bien filtré circuljtble à travers les capillaires ;

D'Arcet (1842) n'aboutir sur 12 expériences qu'à produire 1 fois accidentellement . des abcès douteux, parce qu'il injectait du pus décomposé à l'air et chargé de caillots oblitérateurs qui amenaient dés stases, mais point d'abcès;

Au contraire, Lebert (1845) provoquer avec du pus bien filtré des ecchymoses viscérales (infarctus) ;

Castelnau et Ducrest obtenir des abcès avec du pus débarrassé avec soin des corps grumeleux capables d'obturer les vaisseaux ;

Enfin MM. Sédillot (1849) etGamgee (1855) n'obtenir des abcès véritables qu'avec du pus filtré ou des globules non agglomérés, délayés dans l'eau en tous ca» avec un liquide dont la circulation est possible dans les capillaires.

0. Weber, il est vrai, n'obtint pas d'abcès (1*864) avec du pus bien filtré et bien liquide, et il en obtint an contraire avec du pus floconneux; mais dans le premier cas le pus n'était-il pas trop bien filtré^ trop bien privé de globules phlogogènes? et dans le second cas le pus floconneux contenait en tous cas de bien petits einboles, puisque 0. Weber cherchait à produire des enibolies microscopiques.

AGENT PHLOGOGÈNE. 335

Donc en giéfiéral tes injections de pus n'ont pas agi ea produisant des obstructions vasculaires ; et quant aux cas où cette obstruction était indubitable, il est juste de demander avec M. Chauveau (4) <i qu'on veuille bien tenir compte des faits déjà acquis à la science par les travaux de Virchow et de son école sur les qualités spéciales que doit posséder l'embole pour être infectant^ autrement dit, pour ftûre naître des processus inflammatoires ; et alors on sera convaincu que les localisations phlegmasîques survenues à la suite d'injections pyohémiques ont bien pour cause fondamentale la mise en jeu des propriétés phlogogènes du pus >.

Mais ces preuves rétrospectives sont insuffisantes; l'expérimentation va, entre les mains de M. Chauveau, en fournir de plus convaincantes et de plus directes; elle va nous renseigner en outre sur la nature des éléments du pus qui possèdent cette aptitude phlogogène, c'est-àdire qu'elle va déterminer avec une précision quasi mathématique l'étal physique de ces éléments.

Des injections sous--cutanées, puis des injections i»»tra-vase«îaires farent successivement pratiquées par M. Chauveaa. Mais il importe absolument, avant d'entrer dans le récit de ces expériences, d'insister avec le sauvant physiologiste de Lyon sur la technique expéri- Bieniale.

M. Chauveau ât ressortir :

1** La nécessité de veiller à ce que les liquides injectés soient débaira^és de toute particule grossière capable de jouer le rôle de corps étranger et d'oblitérer les vaisseaux capillaires. L'humeur employée ne doit renfermer ni grumeaHSfii caîllote^les leucocytes qui en constituent la partie si^de doiveièt être aussi indépendants que les globules sanguins dans le plasma. La filtration sur un tamis com-

(1) Chau^KAu, Physiologie des virus, p. 3&.

posé de plusieurs couches de bapliste superposées donne à ce point de vue les meilleurs résultats. (1) ;

2° La nécessité d'opérer avec de très petites quantités d'humeur, afin d'avoir h comparer des effets minima : 15 gouttes de pus, étendues de 2 ou 3 fois leur volume d'eau distillée, suffisent chez les animaux de grande taille ;

3° L'obligation de ne provoquer aucun traumatisme, aucune irritation par l'introduction du pus dans le tissu conjonctif. La seringue de Pravaz armée d'une aiguille très fine répond entièrement à cette indication ;

4° L'excellence d'un filtre composé de plusieurs couches de papier Berzelius pour séparer les globules du sérum du pus.

Cela posé, M. Ghauveau exposa les résultats de neuf séries d'injections sous-cutanées ou hypodermiques de pus non putride et dont voici le résumé :

1° Injections sous-cutanées de tous les éléments du pus très récemment formé (abcès chaud). A la dose de 1 centimètre cube, un liquide composé de 1/3 de pus pour 2/3 d'eau distillée est capable de produire un phlegmon qui se termine en cinq ou six jours par un abcès volumineux.

2'' Injections sous-cutanées de sérum et des éléments granuliformes du pus, sans leucocytes. Un fait se dégage de ces expériences, c'est que le pus privé de ses leucocytes est encore phlogogène, mais à un moindre degré que le pus complet. Les phlegmons avortent et se résolvent.

3"* Injections sous-cutanées de la partie séreuse du pus dépouillé de tous ses éléments soHdes (éléments granuliformes et leucocytes). Aucun effet phlogogène sensible ne se manifeste.

(1) Voy. pour les délails, Revue scienlifiquei 1872, t. Uf, p. 60.

AGENT PHLOGOGÈNE. 337

Mais ne peut-on penser à la rigueur que les substances dissoutes dans le sérum concourent h la manifestation irritante des substances insolubles?

¥ Injections sous-cutanées des éléments solides du pus isolés du sérum. L'activité phlogogène est absolument égale à celle du pus complet. Donc cette activité appartient en propre aux éléments solides du pus, le sérum n'y participe en aucune façon.

11 y avait lieu de se demander encore si ces éléments agissaient comme corps étrangers, c'est-à-dire mécaniquement, ainsi que le pensait déjà Gruveilhier en 1826 et en 1833, ou bien s'ils étaient irritants h cause de leur nature particulière, en vertu d'une propriété phlogogène spéciale inhérente à leur constitution moléculaire. Pour résoudre cette question M. Ghauveau pratiqua des injections comparatives de sang frais dont la composition est analogue à celle du pus.

5° Injections sous-cutanées de sang frais. Les effets phlogogènes furent toujours nuls.

Mais une objection pouvait être élevée sur la différence de volume des hématies et des globules du pus.

6" Des injections comparatives de leucocytes extrcUts de ganglions lymphatiques sains furent alors pratiquées. Or, entre les leucocytes lymphatiques et les leucocytes du pus, l'identité de volume, de constitution et peut-être d'origine estcomplète. Cependant l'effet phlogistique fut absolument nul. Il faut lire, pour plus de conviction, dans l'original le détail de cette belle expérience qu'il serait trop long de rapporter ici : on y voit, sur le même animal, des injections de globules de pus provoquer des abcès et des injections de leucocytes lymphatiques, pratiquées k côté, rester inactives. Quoi de plus démonstratif?

T De même, des injections de poudres minérales très fines restèrent sans effet.

8" Enfin, etcomme nouvelle preuve indirecte, une hui-

tièni^ série d'expériences variées montra ^ue ractivité phlogogène du pus varie avec le degré de. dilution. Les injections pratiquées avec 4/3 de pus pour 2/3 d'eau donnent des abcès qui aboutissent francbement à suppuration; les injections pratiquées avec 4/5 de pas pour 4/5 d'eau donnent des phlegmons qui se résolvent.

Ainsi étaient expliquées la différence des effets obtenus parBillroth dans ses expériences 2 et 3) sur le prioci^ phlogogène, et l'absence d^abcès métastatique& constatée par 0. Weber à la suite d'injections de pus trop bien filtré, c'est-à-dire dépourvu de la plus grande partie de ses globules.

9° Billroth avait refusé au pus des abcès froids touie vertu phlogogène. M. Chauveau montra l'exaigéraiion de cette conclusion. Entre ses mains le puis d'abcès koià manifesta une activité faible,, à la vérité^ naais réelle, et cela tient sans doute h la médiocre intensité du processus inflammatoire originel et à l'ancienneté de l'humeur qui en résulte.

Les ingénieuses expériences qui précèdent avaient donc prouvé jusqu'à l'évidence l'activité phlogogène du pus sain, non putride, et démontré que celtes activité appartient aux globules et aux éléments moléculaires du pirs. M. Chauveau entreprit alors l'étud'ede kt puissance phlogogène du pus putride, c'est-à-dire, du pus qui est le siège de phénomènes de putréfaction en voie de s'accomplir, et non pas «: du pus d(Hit tous les éléments soiit putréfiés y>.

Le pus qui servit à ces expériences provenait de sétons dans le canal desquels on sentait de la crépitation gar zeuse. C'était donc bien du pus putride, pathologique et non pas artificiel ou putréfié dans un vase à expérience 13 ou i 4 gouttes de cette humeur additionnéesde deuxfois leur volume d'eau provoquèrent un phlegmon gangreneux qui aboutit à la mort par empoisoimement septique

AGENT PliLOGOOÈNË. 339^

en trois jours et quelques heures. L'activité phlogogène du pus putride est donc considérable.

Des expériences Goraparalives d'injection, sur le même animal, de pus putride et de pus non putride, permirent d'établir la supériorité de l'activité du pus putride. H s'agissait de découvrir la raison de cette supériorité. Or, de deux choses lune, ou bien la supériorité est inhé* rente à la constitution moléculaire du pus putride, q» bien elle tient uniquement à sa nature putride. Dès lors, si l'affaiblissement par dilution du pus putride diminue ses effets irritants sans rien changer aux caractères gangreneux, la supériorité phlogogène tient à la constirtution molécttiaire ; si l'affaiblissement par dilutioa diminue au contraire les caractères gangreneux, la su^périorité tient à la putridité même ; la constitution moléculaire des deux pus est identique.

Les. résultats des expériences entreprises d'après ces principes furent concluants :. « Là où le pus putride, étendu de deux ou trois fois son volume d'eau, produit unphJegmon malin rapidement mortel; le même pus, étendu dans six foia son volume d'eau, n'engendre plus qu'un phlegmon relativement bénin qui n'atteint pas sensiblement la santé générale et qui guérit toujours.. > Dans le premier cas, c'est un phlegmon gangreneux sans tendance à la suppuration; dans le second cas^ c'est un abcès avec du pus putride, il est vrai, et contenant une masse de microrganismes, agents de la putréfaction. Le pus est-il encore plus dilué, les résultats sont encore plus bénins et les produits de la putréfaction font défaut. M. Ghauveau expliqua ce dernier effet de la manière suivante (1) : « La présence des agents de la putréfaction, ne suffit pas pour engendrer les processus putrides. 11 faut, que l'inflammation provoquée par les matières injec-

^1) Ghauv«att^ Physiologie des virus, p. 88.

lées dans le tissu conjonctif soit assez violente pour amener la mortification des tissus ; alors les agents de la putréfaction introduits par l'injection s'emparent des tissus morts et le phlegmon prend son caractère gangreneux. « Autrement les choses se passent comme avec les inflammations modérées déterminées par du pus non putride. L'identité de la propriété phlogogène dans les deux sortes de pus se trouve ainsi mise hors de toute contestation. y> .

Mais les éléments moléculaires sont-ils aussi dans le pus putride les agents de la propriété phlogogène? Une nouvelle série de recherches permit d'établir irrévocablement (c qu'un pus putride qui détermine des phlegmons gangreneux mortels lorsqu'il est mis en contact avec le tissu conjonctif, devient à peu près complètement inoffensif lorsqu'il a été parfaitement filtré y>. La démonstration de l'état corpusculaire des agents phlogogènes du pus putride se trouve par conséquent complète. La seule différence qui subsiste entre le pus sain et le pus putride, au point de vue de la puissance phlogogène, réside donc uniquement dans l'intensité de cette puissance. Le pus putride détermine des inflammations si violentes qu'elles aboutissent à la gangrène. Mais pourquoi cette violence? les agents et les produits de la putréfaction sont-ils donc eux-mêmes phlogogènes?

En réponse à cette question, l'expérience apprend que :

1"* L'inoculation de matières septiques (agents et produits) engendre des phlegmons gangreneux dont l'acuité est en raison du degré de dilution de la matière injectée. Les substances septiques sont par conséquent phlogogènes : Gaspard (1822), Leuret, Dupuy (1826), Hemmer (1866), Hueter (1868), M. Chauveau (1872).

2° Les microrganismes de la putréfaction, isolés des éléments propres du pus et de toutes les autres particules organiques qui peuvent être en suspension dans

AGENT PHLOGOGÈNE. 341

les liquides putrides, manifestent des propriétés phlogogènes évidentes.

3° La sérosité putride, dégagée de tout élément corpusculaire organisé ou non , mais chargée des produits dissous de la putréfaction, n'est pas sensiblement phlogogène.

Cette sérosité ne peut-elle cependant, en raison de sa toxicité non douteuse, intervenir d'une manière indirecte en mettant le tissu conjonctif dans les dispositions les plus favorables pour subir plus énergiqueraent l'action des agents phlogogènes? Pour résoudre ce problème, M. Chauveau étudia comparativement l'action des globules de pus sain lavés et dilués dans de l'eau distillée, et l'action des globules de pus sain lavés et dilués dans de la sérosité putride filtrée. Le véhicule des éléments phlogogènes différait donc seul. Dans ces conditions le premier pus donna naissance à un abcès inodore; le second, à un abcès putride fourmillant de microrganisme. La conclusion à tirer semble donc être que la sérosité putride, toxique, joue un rôle préparatoire; mais la difficulté de priver cette sérosité de tout microrganisme ne permet pas d'être absolu sur ce sujet.

Quant au pus pyohémique (1) injecté sous la peau, il se conduit comme du pus provenant d'une autre source. Retiré pendant la vie d'abcès sous-cutanés ou intermusculaires, il accuse cependant les caractères très nets de la putridité : il a une odeur très évidente d'eau sulfureuse, et quelques minutes après on y constate la présence du sulfhydrate d'ammoniaque. Il contient peu de microrganismes, mais il en contient. Toutefois l'intensité des phénomènes phlegmasiques qu'il provoque n'est point comparable à celle des phénomènes engendrés par le pus putride type, y compris celui des plaies. Les abcès développés par l'inoculation sont ordinairement

(1) Chauveau, le Poison pyohémique, etc. (Revue scientifique, 1872, t. lil, p. 111).

bémns, le pus en est à peu {rès inodore et peu ipMogogène. Pour obtenir un phlegmon terminé par «n aboès à pus puliide assez irritant pour d^erminer par «on transport sur les animaux des phlegmons gangréneax mortels, il a falhi injecter à peu près pur idu pus pyohé* mique k 'Odeur sulfureuse.

Les 'travaux de M. Ghauveau ne s ^arrêtent .encore ^pa^ là. Après Jes injections hypodermiques, cet infatigable chercheur pratiqua des injections ioadravasculaires (i)« Les résultats concordèrent enûèremeot avec ceux d^ inoculations sous-culanées ; >je me bwnerai k en relater tes conclusions finales :

l"" La sérosité des humeurs inflammatoires débarrassée des éléments solides est éminemmient fKyrogèi^.

2" L'huimeur 'Complète est |)yrogène et phliti^iB^èBe.

Mais il s'agissait de savoir par qiuel pf^K^dé^mécanique l'activâté phiogogàme localise «es effets «Aans les viscères. Le ^mécanisme «unique, d'après M. dhauveau, est ia rétention >âe l'agent pblogogène. Cette réteaition a d'aâ* leurs ilieu de >deuK manières : i'' Par embolie on amèt dans les capillaires, lorsque les igiobudes efftcaoes ^sont agglomérés et incapables decii^culer^etlàiestle lien entre k doctnine ûe l'esnbolie et la doctnine de la pnofriéÉé pblogogène ; T Pslt rétraction ou coœitcadtion ées cêfâr âaires, c'est-à-diite, piar le procédé soupçoni&é par ^jlâaeset -et M. SédiUot, déinoi^é par Btricker et ses «élèwes, tit mroqïié par M. Hayem lorsque les glabuies sont d'ute ténuité telk (qu'ils peu vend; ëhrement 'Cir.caiiler.Stricker (^ (1865), Leideedorf .et^icker .(3) <i865X 'Ot Joly (4

f(4>) OhavMeau, Kieyiie ^oientifiquo, ûtilî, ± IIl, *p. 516.

{%) Strickec, ueber dieCapillareo filutgefasse ia .der Mickhaut des Froscbfli (Sitzungsberidhte dcr Wiener Âkademie, 1865). — Studiea uber dem Bau und •tlas Leben der caftHIaren d^liiigefiiste (Sbidem, 186S»).

(3) Leidesdorf und Stricker, Studien iiber die Histologie der £ntzundung9lerde (Siissuon^sbâriolite der ^Wiener Jbkademie, tô6&).

(4) Joly, ueber traumatische Ëncephalitis, Stricker's Studien, 1870.

ÂG£NT PHLOGOGÈNfi. 343

(4870) (ml en effet démontré qu'une molécule de matière irritante ne peut passer dans un capillaire sans en proTOquer la contraction ^t s'engager ou s'inoculer dans l'épaisseur de sa paroi. En résumé, M. Ghauveau avait clairenaent démontré:

4* L'eristence de la propriété phlogogène du pus sain et du pi9s pN:^ride;

2° Le rôle essentiel joué par les élémewts corpusculaires dans la naanifestation de cette propriété; si bien qH'il faut concltme que le principe actif ptilogistique réside ©n ces élémen ts ;

3" L'activité pMogogène considérable des humeurs putrides non fiiti*ées ;

4° L'activité phlogogène propre des microi^anismes de la putréfaction.

Des faits ^t des observations nombreuses vinrent d'ailleurs confirmer les expériences de M. Chauveau,

Klebs, en 1872 (1), se déclara catégoriquement contre la séparatiofn établie par Hueter, à la suite de Virchow et de son éeok, entre la septicémie et la pyoJiémie. Il affirma l'ideatité de ces deux maladies en se fondant sur le Eût, évident pour lui, que les métastases (infarctus et abcès) accompagnent aussi souvent les accidents de la septicémie pure sans embolies que les accidents de la pyobénaie avec embolies; c'était assez dire que les migrations emboUques n'étaient pas indispensables à la production ées abcès, et qu'il suftisait de la pénétration dans le sang de principes septiques phlogogènes.

Samuel, en 1873 (2), se rangea à la même opinion. On verra plus loin (voy. Théorie des germes) le rôle que Birch Hirschfeld (1873) et Hueter lui-même ac-

(i) Kl0bft,4eïtrage zar patholo^scben Anaioane dor Schasswunden, Leipzig 187i.

(i) Samuel, aeber die Wirinnf des FaulnrésprocesAes anf dca Leben^en Organismos. (Ai«hi¥ fur exfMsrim. Pathol. imd Pharm^ 1873, B. U, n"" 4, S.

344 pathogënië; des abcès secondaires.

cordèrent aux bactéries et aux monades dans la genèse des abcès.

D'autre part Béhier et Liouville (1), M. Hayem (2) affirmèrent, en 4873, avoir indubitablement provoqué, non pas d'une façon constante il est vrai, des abcès métastaliques véritables par la simple injection d'un liquide septique dépourvu de toute particule solide capable de jouer le rôle d'embolie.

M. Vulpian (3) crut même pouvoirinvoquer la rapidité avec laquelle la mort survient en général après les injections de liquides septiques pour expliquer l'absence fréquente de ces lésions : « Ces faits, dit-il, sont de vrais types de septicémie à marche aiguë ou suraiguê. Je crois qu'il faut séparer de ces cas ceux oix la mort n'arrive qu'au bout de plusieurs jours. On trouve alors d'autres lésions qui ont été bien étudiées par M. Béhier et dont quelques-unes ont au moins une ressemblance avec des altérations d'infection purulente. y>

Toujours en 4873, M.Feltz (4) essayamêmede différencier anatomiquement les infarctus purement septiques, c'est-à-dire purement phlogogènes, des infarctus où intervient un processus embolique. « Les infarctus qui naissent par l'inoculation des principes septiques, dit-il, son t caractérisés par ce fait que dans la zone d'élimination, au lieu d'une génération leucocy tique on voit s'établir une dégénérescence granulo-graisseuse ou colloïde qui amène la destruction des tissus au moins aussi vite que la suppuration. y>

(1) Béhier et Liouvilln, Bulletin de l'Académie de médecine de Paris; Discussion sur la septicémie, 4 février 1873.

(2) Hayem, Société de biologie, If 72, 21 décembre: sur la Septicémie.

(3) Vulpian, Bulletin de l'Académie de médecine de Paris, Discussion sur la septicémie, 1er av|.i[ 1873, p. 403.

(4) Feltz, Recherches expérimentales sur la pathogénie des infarctus et des processus inflammatoires daus la septicémie (G. R. de l'AcadéMiie des sciences, 1873, 2 juin).

AGENT PHLOGOGÈNE. 345

Mais c'est assez sur ce sujet ; l'histoire de la doctrine de la propriété phlogogène du pus ou de tout autre agent se confond désormais entièrement avec l'histoire de la théorie des germes, qui démontre le bien fondé de cette doctrine et découvre le principe actif phlogogène.

En résumé, sans nier les migrations emboliques dans la pyohémie, on peut affirmer :

l^^Que l'intervention d'un agent phlogogène excitateur des inflammations môtastatiques est évidente et indispensable ;

2** Que le pus est phlogogène et que, dans le pus, les globules sont les agents de cette propriété;

3° Que les éléments corpusculaires des liquides putrides sont phlogogènes;

4** Que les migrations emboliques ne sont point nécessaires, mais qu'elles sont fréquentes et n'ont pas d'autre rôle que de disséminer le principe phlogogène dans les organes ;

5*" Que l'agent phlogogène isolé peut se passer de véhicules et de migrations emboliques et peut être spontanément arrêté dans les tissus où il va manifester sa puissance.

Mais en quoi consiste le principe actif phlogogène du globule de pus? quelle est sa constitution ou sa composition? c'est cç que nous dira la théorie des germes.

Page 1