CHAPITRE PREMIER
IHi poison pntrMe chimique.
Presque tous les expérimentateurs de la première moitié du siècle, qui ont constaté et étudié les propriétés toxiques des substances putrides, ont aussitôt recherché quel en était l'agent. La raison du travail de la putréfaction était, il est vrai, ignorée dans le principe, mais les produits ultimes de ce travail étaient connus; ce furent ces produits qui furent d'abord accusés de la toxicité.
Recherches de Gaspard, Bonnet etDelore. — Gaspard, en 18*22 (1), après avoir approfondi les phénomènes de l'empoisonnement putride, exposa que, « comme les substances animales et végétales en se décomposant par la putréfaction produisent de l'acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré, du soufre et de l'ammoniaque, il serait bon de savoir lequel de ces principes a causé les effets observés ». Alors il injecta dans les veines à des chiens des solutions de ces diverses substances. Des solutions d'acide carbonique, d'hydrogène sulfuré et de soufre n'eurent que peu d'action, ou tout au moins les troubles qu'ils produisirent n'eurent aucune ressemblance avec les accidents de l'intoxication putride. Quant à l'ammoniaque, ses effets furent réels et même mortels; mais ils n'eurent pas de rapports avec les effets des matières septiques. Gaspard ne poursuivit pas ses recherches.
En 1834, Boyer (2) ne considéra dans le pus putride
(1) Gaspard, Mémoire physiologique sur les maladies purulentes et putrides (Journal de Magendie, 182!2, p. !25).
(2) Boyer, Mém. cité in Gazette médicale, 183i, 2U mars.
que deux corps chimiques, l'ammoniaque et l'hydrogène sulfuré. Il fit des expériences, et observa que l'ammoniaque était le seul de ces deux produits qui se comportât k l'égard des globules sanguins comme les liquides en putréfaction: elle dissout le sang; injectée dans les veines d'un animal, elle produit des symptômes typhiques et adynamiques, et engendre des hémorragies passives. Quant à l'hydrogène sulfuré, il ne produit que rarement des phénomènes analogues. Boyer conclut dès lors que l'ammoniaque ou le sulfhydrate d'ammoniaque était le poison putride.
Le sulfhydrate d'ammoniaque, découvert dans le sang putréfié par Vauquelin, fut aussi reconnu par Bonnet en 1837 (1) comme étant la raison chimique de la fétidité du pus altéré au contact de l'air. Bonnet en vit la preuve dans la coloration noire que donne le pus à tous les composés plombiques. Mais démontrer l'existence du sulfhydrate d'ammoniaque dans le pus ne suffisait pas pour en démontrer la toxicité. Quoi qu'il en soit, Bonnet attachait une telle importance à la présence de cette substance dans le pus, qu'il soutint que découvrir le sulfhydrate d'ammoniaque dans le sang c'était y découvrir le pus et faire du même coup le diagnostic post mortem de l'infection purulente.
En 4838, Gueterbrock (2) imagina que le principe actif du pus était un corps organique, sorte d'alcaloïde qu'il croyait avoir découvert et qu'il nommait pyiiie. Il négligea toutefois d'en déterminer la composition chimique.
Persoz, Nonat et Dumas (3) crurent, en 1841, qu'il pouvait se former de l'acide hydrocyanique pendant la
(1) Bonnet (de Lyon), Mémoire sur la composition de Fabsorption du pus (Gazette médicale de Paris, 1837, ;23 septembre).
(2) Gueterbrock, Essai physiologique sur le pus et la granulation (l'Expérience, 1838).
(3) Fersoz, Nonat et Dumas. C. R. de l'Académie des sciences, 1841, 19 juillet.
suppuration. Ils se fondaient pour cela sur la coloralion bleue ou verte que prennent quelquefois les pièces des pansements. L'acide hydrocyanique était, d'après ces auteurs, le principe toxique du pus putride. Mais aucune expérience confirmative de cette opinion ne fut rapportée.
D'Arcet, en 1842 (1), s'inquiéta peu de la nature du poison putride, dont il se borna à constater les effets. Il ne crut pas cependant à la toxicité du sulfhydrate d'ammoniaque, et pensa que le pus décomposé « doit ses propriétés délétères et vénéneuses à un composé orçanique volatil » (|u'il compara à un ferment.
Alors Conté (2) (1842) démontra expérimentalement que ni le sulfhydrate d'ammoniaque de Bonnet, ni l'acide hydrocyanique de Dumas n'étaient les principes actifs du pus putride. Il chercha en outre à prouver que ce sont les éléments propres du pus qui, en s'altérant aux dépens de l'air à une certaine température, revêtent une vertu toxique.
Henle, en 1843 (3), déclara avoir retrouvé la pyine de Gueterbrock dans le mucus. La pyine, qui n'était autre que de la mucine, ne survécut d'ailleurs pas aux analyses sérieuses du pus.
En même temps, Andral (4) (1843) accusa de nouveau les composés ammoniacaux du pus et les compara aux émanations cadavériques, a Ce ne sont pas les globules de pus, dit-il, qui par leur présence semblent nuire au sang; je crois bien plutôt que ce qui alors détruit et les globules du sang et la fibrine, c'est quelque chose qui n'est plus du pus, c'est le produit ammoniacal qui s'est formé aux dépens du pus lui-même; et si, comme on n'en peut
(1) D'Arcct, tlièse citée, 18i-2, p. -29.
(2) Conté, Recherches pour servir ù l'histoire de la suppuration (Gazelle médicale de Paris, 1812, 20 août).
(3j Uenle, Anatomie générale, traduction frauçaisc, 1813, t. I, p. 10-i. (i) Andral, Essai d'hématoloyio pathologique, 1843, p, 120.
guère douter, ce produit ammoniacal est aussi ce qu'on emporte sur la pointe d'un bistouri qu'on a plongé dans un cadavre putréfié; s'il constitue la base de ces émanations délétères qui s'échappent des corps animaux ou morts ou entassés pendant leur vie, on comprend comment, dans ces cas en apparence si divers, le sang doit éprouver une altération identique quant à sa nature, et qui ne peut varier que quanta ses degrés, et comment aussi des symptômes de même ordre doivent résulter de causes qui paraissent si différentes. »
En 1854, Xavier Delore(l) déclara avoir trouvé du suifhydrate d'ammoniaque dans l'urine des amputés et en général des malades atteints de pyohémie. En même temps il attira, le premier, l'attention sur la suppuration jaune ou orangée, qu'il supposa être un signe de pyohémie, et à laquelle il attribua pour cause la présence dans le pus de l'hématine du sang altéré au contact de l'air.
En 1855, Bonnet (2) insista de nouveau sur l'alcalinité du pus fétide due au sulfhydrate d'ammoniaque et ne reconnut pas d'autre origine à la toxicité des produits putrides.
II. Du poison putride de Pamim. — Les expériences n'avaient jusqu'alors porté que sur les produits ultimes de la putréfaction; Panum (3) (1855) reconnut que le maximum d'activité toxique des substances putrides existe justement aux premières heures du travail, alors que les produits ammoniacaux n'ont pas encore pris naissance. Il entra des lors dans une voie nouvelle. Il opéra sur des matières au début de la putréfaction, et prétendit
(1) Xavier Delore, Recherches sur le pus, thèse de Paris, I85i.
(2) Bonnet (de Lyon), Mémoire sur la nature et le traitement de l'infection purulente (Gazette médicale de Lyon, 1855, n» 1).
(Il) Panum, Bdragdil laercn om «len saakaletto putride eller septiske infektinn (Bibliotheck for Laogcr, April 1855, p. ^53-^85j; — zur Lchre von der putridcn oder scptischen Infektiouen (Schmidt's Jahrbiicher, 1H55, t. CI, Seitc 56-59).
370 POISON PUtRlDË CHIMIQUE.
avoir isolé, par fillration, ébullilion et une série de traitements par l'alcool, le poison putride. Tout en gardant des réserves au sujet de la détermination chimique de ce poison, il soutint :
1* Que le poison putride est stable, fixe, non volatil;
2° Qu'il n'est décomposé ni par TébuUition ni par Tévaporation à siccité ;
3"* Qu'il est insoluble dans l'alcool absolu, soluble dans l'eau ;
4° Que les substances albuminoïdes que l'on trouve dans les liquides en putréfaction ne sont vénéneuses que parce qu'elles s'imprègnent du poison septique; mais que le lavage à grande eau peut leur rendre leur innocuité ;
5° Qu'au point de vue de l'énergie le poison putride n'a de comparable que le venin des serpents, le curare et les alcaloïdes végétaux.
Le poison de Panum différait donc de toutes les substances incriminées jusqu'à lui, substances que ce physiologiste avait d'ailleurs expérimentées sans succès. Panum injecta en effet, sans produire d'accidents graves, du carbonate d'ammoniaque, de la leucine, de la tyrosine, du butyrate, du valérianate et du sulfhydrate d'ammoniaque. Il essaya en outre comparativement des solutions putréfiées de sang, de chair musculaire macérée, de tissu cellulaire et d'excréments humains; il neconsitata aucune différence dans leur toxicité.
Par l'injection de l'extrait putride isolé par lui, Panum dit au contraire avoir provoqué tous les phénomènes de l'infection septique, d'une manière aussi caractéristique que par l'injection du liquide putride originel d'où il provient. D'ailleurs Panum avait soin de spécifier que cet extrait n'était nullement un corps simple, mais plutôt un composé de plusieui^s éléments toxiques ayant ensemble des rapports chimiques et pby-
POISON PUTRIDE CHIMIQUK. 371
Biologiques, de même que l'opium est un composé de plusieurs alcaloïdes.
En 1860, et surtout en 1863, X. Delore (1) publia deux nouveaux et importants mémoires sm^ le pus jaune safrané (Ml jaune de chrome. Il soutint que le principe colorant est le même que celui de la bile et du pus bleu, et que e'est rhématine du sang qui subit dans nos tissus une modification que nous ne savons pas reproduire; il appuya son opinion sur ce fait, constaté par lui, que lorsque le pus est jaune safrané la surface suppurante dégage de rhéaaaatine avec ime coloration plus intense. Il insista en outre sur le rapport, qu'il avait cru reconnaître dès 1854, entre la suppuration jaune etlapyohémie.
Gross (de Philadelphie), en (2) (1864), se borna à «ssioiiler ie poison putride au poison des piqûres anatomiques; il soutint en outre son inoculabihté.
De leur côté, Billroth et Hufscbmitt (3) (1865) expérimentèrent l'acide sulfhydrique, le sulfure de car* bone, le sulfhydrate d'ammoniaque, une dissolution concentrée de leucine et une autre dissolution concentrée de carbonate d'ammoniaque. La leucine produisit une élévation de température de 1 degré. Les injections répétées de carbonate d'ammoniaque produisirent un abaissement passager de température de 4% 4 à 2% 3» L'urée, les dépôts alcalins d'urine, l'acide sulfhydrique, le sulfure de carbone, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'eau distillée, l'acide acétique restèrent, sous le rapport des variations thermiques, absolument «ans effets.
(1) Xavier Delore, Gazette médicale de Lyon, 1860, p, 258. —-Gazette me-» dicale de Paris, 1863, p. 677.
(2) « Of the Nature of the Poison of Pyœmia, dit Gross, wôre être entircly ignorant. My own opinion is tiiat it is siniilar io, if aot identical witli, that whicli so frequently leads to sucli bad efTects in dissection wounds. Howewor this raay be, it is certain that it is somctinies, if not generally, inoculable. »» Gross, System of Surgery, Philadelpliie, 1864, Multiple abscess or Pyœmiaj t. I, p. 148.
(3) Billroth, Mém. cité in Archiv fUrKlin. Chir., 1865, Kap. Xlîl, S. 396.
L'acide sulfhydrique, resté inefficace entre les mains de Gaspard, Boyer, Bonnet, Billroth et Panum, sembla au contraire à 0. Weber (1) (1864-65) être le poison putride. 0. Weber tua un chat avec l8'",62 et un gros lapin avec S^%^A de cet acide en solution saturée. Dans cinq autres expériences, faites avec des solutions étendues, il produisit une affection très analogue à rinflammation intestinale que Ton observe dans la septicémie. Il constata toujours une élévation de la température.
0. Weber essaya aussi le suif hydrate d'ammoniaque; S^%^4i de ce composé suffirent dans un cas à tuer un chien, mais les effets furent inconstants; une seule fois, après des injections répétées, les symptômes eurent de l'analogie avec ceux de la septicémie ; il y eut toujours une diarrhée fétide.
L'acide butyrique agit encore entre les mains de Weber comme un poison ; mais les symptômes n'eurent aucune ressemblance avec ceux de la septicémie.
En résumé, d'après Weber, l'acide sulfhydrique serait le seul des corps expérimentés par lui dont l'action rappelât celle des liquides putrides. Mais les liquides putrides ne contiennent pas toujours de l'acide sulfhydrique, et ce corps lui-même n'a pas une efficacité bien constante; c'est pourquoi 0. Weber déclara se ranger à l'opinion de Panum, et admit que la composition du poison putride est loin d'être simple.
Hemmer (2), en 1866, dont le mémoire fut couronné à Munich, arriva, quant au poison putride, aux conclusions suivantes :
4^ Le poison putride peut être considéré comme un corps albumineux en voie de décomposition ;
(1) 0. Weber, Mém. cité in Deutsche Klinik, 186i, S. 484-493, cl 1865, S. 63.
(i) Hemmer, Mém. cité, 1860.
POISON PUTiUDE CHIMIQUE. 373
2** Comme tel il ne peut être ni liquide ni gazeux ; il n'est pas volatil;
3* Le poison putride agit en quantité infinitésimale et peut être comparé sous le rapport de l'énergie aux poisons les plus actifs;
4** Le poison putride est soluble dans Teau et insoluble dans l'alcool;
5« Il résiste à une température de 100";
6° Il agit comme un ferment et détermine la putréfaction du sang ;
T 11 agit sur les matières albuminoïdes contenues dans le plasma du sang ;
8** On constate en général une grande analogie entre les injections putrides et les maladies infectieuses ;
9** Dans les maladies infectieuses, les matières morbides sont des poisons putrides ;
10* Ces matières ont les propriétés de ce poison;
11* Les actions diverses des matières morbides dans les maladies infectieuses tiennent à des modifications spéciales du poison putride.
On voit que ces conclusions étaient à peu près la reproduction de celles de Panum.
Quoi qu'il en soit, Hemmer entreprit encore une série d'expériences pour démontrer que les émanations putrides n'ont pas d'autre effet que de rendre l'air irrespirable et ne le rendent pas réellement toxique; qu'au contraire l'ingestion des matières putrides produit une septicémie fatale, de même que les injections souscutanées de liquides putréfiés.
Schweninger (1) (1866) confirma les expériences de Hemmer et ajouta seulement^ que le poison putride devient inactif au bout de sept mois et demi.
(1) Schweninger, iiber die Wirkung faulender organisclier Substanzen auf den lebenden Organismus (Bayerisclies Urztl. Intelligenzblatt, 186C, S. \'i-
Fischer (1) (1866) trouva dans le pus frais une substance analogue à la myosine, du protagon, du sucre, une combinaison acide de phosphore et de glycérine, mais point d'acides volatils. Dans le pus décomposé et putride, il trouva au contraire des acides butyrique, valérianique et formique, plus de la leucine. Il pensa que ces derniers produits devaient prendre une part considérable dans le développement de la septicémie et de la pyohémie.
Frese (2) (1866) prétendit qu'en faisant bouillir du pus pour en séparer l'albumine en le défibrinaût par le battage, on ne lui enlève aucune de ses propriétés, et que par conséquent le poison septique ne peut pas être considéré comme une substance- albumineuse.
En 1867, Millier (3) entreprit de prouver que la puissance toxique des liquides putrides était due aux sels de potasse. Or les phénomènes de l'empoisonnement par les sels de potasse diffèrent absolument des phénomènes septicémiques.
En 1868, Klebs (4) montra que le pus frais donne par la teinture de gaïac une vive couleur bleue, ce qui est la réaction de l'ozone. Il conclut de là que l'ozone est le principe pyrogène du pus.
m. De la sepsine de Bergmann. — C'est alors que parurent les travaux de Bergmann (5) (1 868) qui soutint que :
(1) Fischer, zur Lehre von dcn PySmie (Centralblatt fiir den mèd. Wîssenschaften, 1866, S. 225).
(2) Frese, experimentelle beïtrage zur aetiologie des Fiebers, Inaug. Diss., Dorpat. 1866.
(3) Mtiller, Experimentelle Studien uber eine Krankheits und Todesursache, in faulenden Stoffen, das sogenannte putride Gift; Dissert. Munchen, 1867.
(4) Klebs, ûber Oxydationsvorgange und Warmebildung (Sitzungsberichl der Berner naturf Gesellsch. von 18 april, 1868); — die Pyrogene Substanz (Centralblatt fur die med. Wissenschaften, 1868, n» 27).
(5) Bergmann, das Putride Gift und die putride Intoxikatîon ; Dorpat»
V L'action des substances organiques putréfiées n'est pas occasionnée par des animaux ou des organismes infépieu(»s; (Bergmann employa pour ses recherches des solutions traitées par Talcool à 90 ou 94% ou même Valcûûl absolu, ou encore Téther. L'alcool ou l'éther déterminait, disait-il, un volumineux précipité qui entraînait avec lui tous les organismes vivants, si bien qu'il lui a fallu jusqu'à vingt fiUra tiens pour obtenir un liquide clair qu'il chauffait à 100° pendant huit heures et injectait ensuite à des chiens ou à des lapins);
2° Le principe délétère des produits de la putréfaction ne réside pas dans les parties moléculaires et insolubles, mais dans les parties liquides et solubles ;
S" Ce principe est un corps azoté produit par la putréfaction et non un corps albumineux;
4*" Ce principe n'est pas volatil et n'est pas un corps simple.
Ce corps azoté, Bergmann (1) (1868) prétendit l'avoir isolé en opérant, en collaboration avec 0. Schniiedeberg, sur la levure de bière putréfiée.
Après avoir pris par des lavages sur un filtre toutes les substances solubles, il chauffa la liqueur au bain-marie avec de l'oxyde de plomb, jusqu'à consistance sirupeuse; il reprit par l'alcool et chauffa à l'étuve pendant vingtquatre à vingt-huit heures; il filtra et traita par l'acide sulfurique, qui précipita le plomb, puis par l'acide suifhydrique qui acheva la précipitation, Il refroidit; la leucine se sépara. H distilla l'alcool et reprit le résidu par l'eau. Cette dernière solution contenait le poison putride à l'état de sulfate. Bergmann lui donna le nom de sepsine (sulfate de sepsine). Cependant, de l'aveu môme de l'auteur, la sepsine agit bien à la manière des li-
(1) Bergmann und 0. Schmiedeberg, ueber das Schwefelsaure Sepsin (das Gift faulender Substanzen) (Centralblatt fiir die med. Wissenschaften, 1868 n* 32).
guides putrides, mais non pas d'une façon identique.
Berginann avait extrait la sepsine de la levure de bière; Schmidt (1) (1869) et Petersen (2) (1869) seraient parvenus à Textraire du sang putréfié.
Également en 1869, Zuelzer et Sonnenschein (3) prétendirent, d'autre part, avoir isolé un nouvel alcaloïde septique innommé, qui n'était pas la sepsine et qu'ils comparèrent à l'atropine ou à l'hyoscyamine.
Toutefois l'isolement de la sepsine ou de l'alcaloïde de Zuelzer semble exiger un talent de manipulateur qui n'est pas dévolu à tout le monde, et rares sont les chimistes qui y parviennent; si rares que ces substances ne sont encore ni officiellement reconnues ni classées.
Cependant a l'Académie de médecine, en 1 871 , M. Verneuil (4) accepta franchement le poison putride ou virus traumatique et crut à la réalité de la sepsine de Berginann.
M. Gosselin (5), moins affirmatif, se contenta de considérer l'existence d'un ou de plusieurs poisons putrides comme probable, sans qu'il fût encore permis d'en spécifier la nature ni la composition.
En 1872, M. Chauveau (6) insista sur la disparition de la toxicité dans les matières arrivées au dernier terme de la putréfaction, alors que leur oxydation est définitive et que leur réduction en acide carbonique et ammoniaque est parfaite. Or la sepsine et l'alcaloïde de Zuelzer avaient été extraites de matières complètement putréfiées. Ravitsch (7) (1872) refit encore de nouvelles expériences avec le sulfhydrate d'ammoniaque; mais il n'ob-
(1) Scbmidt, Untersuchungen iiber das Scpsin, Dorpat, 18G9.
(2) Petersen, Beïtrage zur Kenntnis, etc., Dorpat, 18C9.
(3) Zuelzer und Sonnenschein, Berliner klinische Wochensclirift, 1869, n* 11
(4) Verneuil, Bulletin de l'Académie de médecine, 1871, 18 avril.
(5) Gosselin, Ibid., 1871, 28 mai.
(6) Chauveau, Mém. cité in Revue scientifique, 1872, n» 2, 13 juiUet, p. 104.
(7) Ravitech, zur Lehrc von der putriden Infektion, 1872, p. 115.
tint pas des résultats plus complets que ses prédécesseurs.
En 1872 s'ouvrait la discussion sur la septicémie à l'Académie de médecine de Paris; la théorie du poison putride chimique perdit de plus en plus faveur à dater de cette époque et fit place à la théorie des germes. Ses partisans concentrèrent, en effet, leurs efforts contre la doctrine bactérienne, à laquelle ils opposèrent quelques faits expérimentaux, mais surtout des raisonnements. (Voy. Théoriedes germes, 424.) D'ailleurs nous allons voir les plus ardents défenseurs du poison putride et de la sepsine, Panum et Bergmann, sacrifier eux-mêmes à la théorie des germes, dans l'impossibilité où les mit leur bonne foi scientifique de se refuser à reconnaître l'évidente intervention de bactéries.
Convaincu qu'il s'agissait d'un ferment, mais ne croyant pas à l'action des organismes microscopiques ou ferments animés, Senator, en 1873 (1), pensa qu'il s'agissait d'un ferment albumineux qu'il prétendit avoir isolé. Il traita du pus et des crachats purulents par la glycérine et en précipita une substance qui, injectée dans les veines ou inoculée sous la peau, aurait joui de propriétés pyrogènes évidentes.
De même M. Onimus (2) (1873) soutint, devant l'Académie de médecine de Paris, la nature albuminoïde du poison putride. 11 appuya son opinion sur des expériences qui démontraient d abord, suivant lui, l'inanité de la théorie des germes, et qui prouvaient, en second lieu, que le virus de l'infection putride n'est point une substance dialysable, ce qui permet de le rapprocher des matières albuminoïdes. Il invoquait en outre des expériences d'injection de liquides putrides qui s'étaient montrées
(1) Senator, Beïtrage zur Fieberlehre (Centralblatt fiir die med. Wissenschaftcn, 1873, S. 8i).
(2) Ooimus, Bulletin de l'Académie de médecine, 1873, Il mars, 15 avril.
m POISON PUTRIDE CHIMli^UK.
toxique», bien qu'il crût y avoir détruit tous les microrganismes,
Pourtant Bergmann (1) (1873), tout en continuant à considérer la sepsine comme le véritable agent toxique pyrogène, se vit obligé d'accorder aux bactéries la pro* priété de fixer la sepsine, ce qui les rendait phlogogènes, (Voy. Théorie des germes.)
Max Wolf (2) (1873), Kussner (3) (1873) soutinrent, d'autre part, qu'il existait dans le pus pyohémique un agent toxique indépendant des bactéries, (Voy. Théorie des germes.)
Samuel (4) (1873), après avoir fait ressortir la confusion qui régnait encore dans la connaissance des produits chimiques de la putréfaction, admit l'existence d'un poison putride qui serait une combinaison de soufre et d'ammoniaque et qui engendrerait les phénon>ènds purement septiques.
De même, Hueter (5) (1873) considéra la septicémie pure ou infection putride comme étant causée par un poison chimique qu'il crut être la sepsine; mais il attribua la pyohémie à uiie infection par des monades.
En 1874, Kehrer (6) émit des doutes sur l'unité du poison et crut qu'il en existait plusieurs.
Panum (7) (1874), après avoir affirmé les conclusions de ses recherches publiées en 1855, exposa des argu-
(1) Bergmann, zur Lehre von den putriden Intoxikution (Dcutsch ZeiUchrift fur Chirur., 1873, B. 1, N. 4, S. 373.
(2) Max Wolf, ueber Pilzinjectionen (Med. Centralblalt, 1873, B. XI, N. 8, S. lU).
(3) Kussner, zur Bakterienfrage (Med. Centralblatt, 1873, B. XI, N. 32). (i) Samuel, iiber die Wirkung des Faulnissprocesses auf den lebcnden
Organismus (Archiv. fur oxperimcnt. Pathol. und Pliarm., 1878, B. H, N. 4, s. 317).
(5) Bueter, Abschnitte iiber Monadiimie, Pyamie in sciner allgemeineo Chirurgie; Leipzig, 1873.
(6) Kehrer, ttber das putride Gift (Arch. fur experim. Pathol. und Phann., 1874, B. II, N. 1,S. 33).
(7) Panum, das Putride Gift, die Bnktcrlen, die putride Infekiion, «Hier
POISON PUTRIDE CHIWIQUE. ftTô
ments nouveaux. Il montra que Ton pouvait extraire du canal intestinal et des fèces, par des lavages à grande eau, une substance dont l'inoculation produit l'infection putride : que d'ailleurs il se pouvait que cette substance lût un corps chimique soluble, bien qu'elle ne fût pal absorbée par l'intestin pendant la vie, puisqu'une solu^ tion de curare est aussi bien réfractaire h l'absorption intestinale.
11 invoqua en outre, comme preuve de la nature cbi* mique du poison putride, l'absence d'incubation dans les phénomènes produits par les injections de liquides septiques. Il renouvela encore ses expériences de filtration et de traitement par l'alcool et par la chaleur.
D'autre part il dit positivement ne pas croire à la sepsîtie comme corps défini. Il fit remarquer en effet que la sepsine devait être employée à fortes doses pour être efficace, et que d'ailleurs on n'avait pas réussi à Fex* traire de toutes les substances putrides^ ni à l'extraire à tous les moments de la putréfaction. Il continua donc, en 1874, à croire à la constitution complexe du poison putride. Il ne peiisa pas que ce fût un corps albumineux, mais il admit que l'albumine coagulée pouvait le fixer et le concentrer. Il n'en fut pas moins obligé d'ailleurs d'accorder aux bactéries un rôle efficace dans la genèse des accidents septicémiques; il concéda, comme on le verra plus loin (Théorie des germes) , qu'elles possédaient à l'égal des coagulums albumineux la capacité de fixer et de concentrer le poison putride.
IV. De l'alcaloïde de Znelzer. —En 1874, Zuelzer(l) revint encore sur l'analogie qu'il avait cru constater
Intoxikation und die Scptikamie (Virchow's Archiv, 187 i, B. LX, N. 3 et 4, S. 301).
(i) Zuelzcr, uebcr putride Intoxication (Réunion des médecins allemands naturalistes à Breslau — Berliner kliniékche Wochcnschrifk, 1874, N. 49, S. 623).
380 POISON PUTKIDE CHIMIQUE.
entre l'intoxication par l'atropine et la septicémie (dilatation pupillaire, paralysie intestinale, accélération du cœur). Il soutint en outre que les bactéries cultivées artificiellement et introduites en petites quantités dans la bouche, sous la peau, dans les vaisseaux de différents animaux, ne lui avaient jamais paru provoquer d'accidents septiques que lorsqu'il mélangeait au liquide de culture Os^^OS à 0^S05 de sulfate neutre d'atropine. En tous cas, il y avait une période d'incubation qui durait de 9 à 12 jours.
En même temps Riemschneider (1) (1874) affirmait aussi l'identité ou la similitude de l'atropine et de la sepsine. Mais rien n'est venu confirmer les faits avancés par Zuelzer et par Riemschneider.
En réalité, la théorie du poison chimique restait stationnaire et n'acquérait aucune démonstration positive. Ses partisans, au contraire, avaient été obligés d'en rabattre et d'accorder une place dans leurs conceptions à l'efficacité des microrganismes.
V. Poison chimique et ferment albumindide de A. Hiller, — Pourtant A. Hiller, en 1876 (2), s'efforça de définir la constitution et le nombre des poisons putrides.
Il formula d'abord les trois propositions suivantes comme conclusions des recherches expérimentales entreprises au sujet du poison putride :
1° L'effet des liquides putrides dépend de la quantité qui en a été absorbée (absolument comme pour tous les poisons chimiques connus) ;
2° Les liquides putrides ont des effets différents et engendrent des symptômes morbides variés suivant leur composition chimique ;
(1) Riemschneider, iibcr den Einfluss der putriden Intoxication auf deo Blutdruck. Dissert, inaug., 1874 (Centralblatt fiir Chirurgie, 1874, N. 39.)
(i) Arnold Hiller, ueber die Putride Gift (Centralblatt fiir Chirurgie, 1876, N. 10, S. 145; N. H, S. 161; N. 1:2, S. 177).
3"* Pour un môme liquide putride les effets toxiques sont en rapport avec le degré et l'âge de la décomposition; le maximum de la toxicité est atteint aux premières heures de la putréfaction .
Les propriétés et les effets des poisons absorbés dépendent donc de Taltération chimique des matières putrides.
A. Hiller condamna alors la théorie des organismes microscopiques, en raison du nombre immense et irrationnel d'espèces qu'elle serait obligée d'admettre.
Il trouvait d'ailleurs à la théorie chimique l'avantage de pouvoir expliquer les différences d'efficacité des matières putrides, et de rendre compte du rapport existant entre la toxicité et la quantité absorbée.
Après avoir rappelé les travaux de ses devanciers et insisté sur l'insuccès au moins partiel des recherches entreprises, les différents produits isolés et désignés comme étant le poison putride, voire môme la sepsine, n'ayant jamais qu'une toxicité analogue, mais non pas identique à la toxicité des liquides putrides, Hiller fit remarquer que les liquides putrides ne contiennent jamais isolément l'un de ces produits, mais qu'on les y trouve tous réunis. Aucun de ces corps (suif hydrate d'ammoniaque, carbonate d'ammoniaque, sels dépotasse, sepsine, etc.), ne réahse donc jamais complètement à lui seul les phénomènes de l'infection putride, tandis que leur mélange les réalise entièrement. Mais il importe de dire que Hiller ne tenta pas de faire la synthèse du poison putride, c'est-à-dire, de faire un mélange artificiel de sulfhydrate d'ammoniaque, de carbonate d'ammoniaque, de sels de potasse, de sepsine, etc., et de l'injecter dans les veines. Il conclut néanmoins que le poison putride n'est pas un corps simple, mais une com- • binaison compliquée dont l'efficacité dépend de la constitution de la substance en putréfaction et du degré de la putréfaction.
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D'autre pari, à l'exemple d'Onimus, de Bergmanu, de Cléraenti, de Schmitz et de Thin, Hiller soutint que le poison putride que l'on retrouve dans les liquides filtrés n'est pas à l'état moléculaire, mais qu'il est sduble. Il reconnut cependant que l'action des liquides filtrés se distingue de celle des matières en putréfaction non filtrées, en ce que ceux-là n'engendrent que des accidents généraux et point de lésions locales. Il en conclut quedan^les matières putrides il existe une partie phlogogêne mwlubie qui reste sur le filtre et une partie pyrogène soluble qui passe à travers le filtre.
Hiller protesta d'ailleurs qu'on ne peut inférer de ces faits à la nature parasitaire de Tagenttoxique.Les bactéries phlogogènes ne sont pas en effet les seules substances qui soient retenues sur le filtre : il y a en outre les éléments solides du sang, du pus, de la chair putréfiée. D'auciins soutiendront que parmi ces substances il n'y a qae les bactéries qui soient douées de propriétés toxiques; tel n'était pas l'avis de Hiller, qui pensait au contraire que le poison est formé aux dépens et au sein des éléments du sang et du pus, etc., et que les bactéries n'acquièrent la propriété toxique qu'au contact du poison formé. La plus grande toxicité des éléments solides ne s'expliquait pas autrement d'après lui, ces élémeats concentrant le poison à la façon d'une éponge ; c'était même là la raison des propriétés phlogogènes des éléments solides. Hiller ne recherchait d'ailleurs pas sous quelle influence s^opère la fabrication du poison putride aux dépens et au sein du sang, du pus, etc..
Il y avait donc, d'après Hiller, trois facteurs à considérer dans les inoculations et les injections de matières putrides : l"* la partie soluble, constituant la liqueur putride filtrée; 2° les matériaux putrides insolubles; 3° les microrganismes.
Ces facteurs réunis constituent le mélange putride.
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Quant à savoir quel est le plus actif des trois, les expériences auraient démontré en général l'innocuité des microrganismes et la nocuité excessive des matériaux solides privés de microrganismes. D'ailleurs les matières putrides exposées à une température de 100" et plus pendant plusieurs heures et traitées par des agents chimiques détruisant les microrganismes, ne perdent rien de leur toxicité.
A. Hiller conclut donc que dans les matières putrides le poison est de nature chimique ; que ce poison n'a rien à faire avec les organismes microscopiques, et que l'empoisonnement putride peut être produit par des liquides putréfiés privés d'organismes. On verra, au chapitre de la Théorie des germes, combien cette conclusion est peu fondée.
En la même année (1876) A. Hiller (1) publiait encore un nouveau travail sur le poison putride. Considérant que la question était jugée pour les liquides putrides non albumineux, il convint que le doute pouvait subsister encore pour les liquides albumineux, oùl'ébullition, les acides et l'alcool, tout en détruisant les microrganismes ou ferments animés, détruisent aussi les ferments inanimés ou albuminoïdes. Il proposa en conséquence de traiter les liquides de cette espèce par la glycérine, qui jouirait, d'après lui, de propriétés antiseptiques ou plutôt antiparasitaires évidentes, c'est-à-dire qui serait incompatible avec le développement des organismes et précipiterait, en leur conservant leur activité, les ferments non figurés et non organisés, tels que la pancréatinine,la pepsine, etc.
Hiller, à l'exemple de Senator (1873), mélangea en parties égales de la glycérine et de la chair musculaire en pleine putréfaction; il laissa reposer vingt-quatre heures et filtra au moyen de la pompe pneumatique. La liqueur
(1) Arnold Hiller, ucber Extraliirbares, putrides und goptikëmwches Gtft (Cenlralblatt fur Chirurgie, 1876, N. ii, ». 209, N; 15, S. 225).
filtrée, absolument exempte d'organismes, était alcaline et précipitait par TébuUition. Le précipité, coloré en brun par le réactif de Millon, offrit toutes les propriétés des matières albuminoïdes et des peptones.
Plusieurs inoculations de ce précipité ou extrait putride glycérine, « putriden Glycerinauszug», furent pratiquées à des chiens et firent naître les phénomènes de la septicémie. Le sang des chiens ainsi septicémies fut traité par la glycérine et donna un extrait toxique glycériué dont la virulence fut plus active que celle du premier extrait : Hiller inocula un troisième chien avec ce dernier extrait, ce troisième chien mourut et son sang donna un extrait glycérine dont la virulence fut encore extrême. Hiller reproduisit ainsi les expériences de M. Davaine dont il sera question plus loin(voy. Théories des germes, p. 424) et conclut que cet extrait glycérine contenait un ferment septique non organisé.
Après avoir nié Tinfluence des bactéries ou ferments animés, Hiller en était donc venu à admettre l'intervention d'un ferment septique; mais il continuait à considérer les bactéries comme des conséquences et non comme des causes de l'évolution morbide septicémique. D'après lui, la septicémie créerait dans l'économie malade des conditions propre à la croissance des bactéries en diminuant l'énergie de l'activité el de la résistance vitale; c'est pourquoi ces parasites, peu nombreux sur le vivant, abondent sur le cadavre et dans les tissus mortifiés où toute action vitale a disparu.
Hiller chercha ensuite à concilier les opinions contradictoires de Stich, Virchow, 0. Weber, Thiersch, Hemmer, qui acceptaient l'hypothèse du ferment septique et de Panum, Billroth, Bei^mann et Ravitsch, qui soutenaient qu'il s'agit d'un poison chimique. Les uns et les autres seraient dans le vrai d'après lui, et leur contradiction apparente tiendrait uniquement à ce que (l dans une
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même liqueur putride, à des époques différentes, selon le degré de la décomposition, on trouve en prépondérance soit un ferment, soit un poison chimique ».
Hiller admit donc deux expèces de poisons putrides : un ferment et un agent putride; mais il avoua n'avoir pu réussir à les isoler tous les deux dans une même liqueur en putréfaction.
Il crut, au point de vue clinique, devoir distinguer trois formes d'infections :
1° L'ichorrhémie ou empoisonnement par un agent chimique ; c'est l'infection putride ordinaire : sa marche et sa gravité dépendent de la quantité de poison absorbée; elle n'est pas contagieuse.
2° La septicémie, ou empoisonnement par le ferment septique (putriden Glycerinsauszug) : contagieuse à un haut degré, sa malignité et sa virulence s'accroissent à chaque transmission à un sujet sain; elle sévit endémiquement et est, presque sans exception, fatale.
3"* La pyohémie (infection purulente, septicémie embolique, pyohémie métastatique) n'est qu'une forme des deux infections précédentes compliquées de lésions locales.
* Les travaux de Hiller ont une importance et un intérêt incontestables, mais ils ne sont pas certainement de nature à amener la conviction. Sans parler des poisons chimiques minéraux, tels que le sulfhydrate d'ammoniaque, le carbonate d'ammoniaque, les sels de potasse et la très hypothétique sepsine, dont la toxicité réelle n'a pas d'effets comparables à la toxicité des matières putrides, surtout dans la pyohémie, les preuves que donne Hiller de l'existence de son ferment septique ou extrait glycérine putride me semblent peu solides : aussi peu solides que les objections qu'il oppose à la théorie des germes, et qui seront réfutées plus lard. En effet, les propriétés antiparasitaires de la gly-
cérine sont-elles bien réelles? et Hiller s'est-il au préalable bien et dûment débarrassé de tous les microrganismes suspects, ou germes de micro rganismes? Je ne le crois pas. 11 y a déjà longtemps que l'on panse ïes plaies avec de la glycérine, et ce mode de pansement a toujours été incapable de préserver les plaies de l'invasion des parasites. Au surplus, dans un vase à expérience la glycérine n'agit pas comme antiseptique, elle n'empêche pas la putréfaction, elle n'en détruit pas les germes; elle ne joue que le rôle d'agent protecteur : « Elle est à peu près infermentescible, dit Gubler (1) (4874), et comme par sa consistance elle abrite parfaitement du contact de l'air en même temps qu'elle dissimule l'eau, dentelle est très avide, elle s'oppose par ce double moyen à la décomposition spontanée des substances organiques et spécialement à la fermentation putride. y> Mais il faut pour cela une couche épaisse de glycérine qui forme une véritable cuirasse autour des matières putréfiables, car chaque parcelle de ces matières qui arrive au contact de l'air se putréfie. Or, Hiller mélangea en parties égales de la glycérine et des matières en pleine putréfaction.
D'ailleurs, où est la preuve que le précipité obtenu par Hiller n'était pas purement et simplement de l'albumine coagulée par l'ébullition ou même par la glycérine, qui, comme on sait, est très ordinairement acide et s'acidifie au contact de l'air? Qu'est-ce qui démontre que la glycérine au contact des produits de la putréfaction ne donne pas naissance par Tébullition à des composés insolubles?
Enfin et surtout, puisque Hiller employa un mélange de glycérine et de matières en pleine putréfaction où les partisans de la théorie des germes, aussi bien que ceux
(1) Gubler, Commentaires thérap. du Codex, 2* édit., 1874, p. A8i,
de la théorie chimique, reconnaissent qu'il existe des bactéries et des corpuscules germes (lesquels résistent à la température de + 100% à Talcool et aux acides), où est la preuve que le précipité de Hiller n'a pas entraîné des corpuscules germes de vibrion septique qui lui ont donné toute sa virulence? Hiller répondra peut-être qu'il a filtré le mélange avant de le traiter par l'ébullition. C'est fort juste; mais en vérité quelle garantie peut donner en pareille matière une filtration, si difficile qu'elle a dû être aidée par la machine pneumatique. « Alsdann wurde die Flussigkeit mittelst derLuftpumpefiltrirt?» (1). Conclusion. — Pour ce qui est du poison putride chimique, personne n'est encore parvenu à l'isoler, ni même à en démontrer irréfutablement l'existence. Et quant au poison putride de Panum, de Hemmer et d'Onimus et au ferment septique de Hiller, rien ne prouve qu'ils ne doivent pas purement et simplement leur activité à des vibrions que Panum, Hemmer et Hiller ont cru avoir détruits, sans y avoir réussi. Les raisons invoquées pour établir la théorie du poison chimique ou du poison putride ont plutôt été des objections à la théorie des germes, dont bien peu, comme l'on verra plus loin, sont restées sans réponse. La seule démonstration véritable et catégorique eût été l'isolement d'un corps ou d'une série de corps définis dont l'injection intraveineuse eût engendré la septicémie : cette démonstration n'a pas été donnée.
(1) HilHer, Centralblalt fur Chirurgie, 1876, N. 14, S. 211.