partie liquide d'une solution de Pasteur filtrée : 1 mort
7 injectés avec du sang septique filtré : 2 morts; 8 injectés avec le môme liquide additionné de bactéries : 1 mort. M. Wolf en conclut que l'effet toxique du sang septique ne doit pas résider dans les bactéries, mais bien dans quelque autre principe morphologique ou chimique retenu par le filtre.
Il injecta aussi des organismes par les voies aériennes à Taide d'un appareil de Richardson. Chez des animaux auxquels il fit inhaler du pus pyohémique, 2 cochons d'Inde périrent de maladies intercurrentes; 2 vivaient encore au bout de 4 mois; 1 lapin eut une pleurésie purulente et une pneumonie des lobes moyens et inférieurs.
Max Wolf fit aussi des expériences avec du pus pyohémique. L'inoculation de pus pyohémique fut suivie de mort chez 11 cobayes. Au contraire sur 12 lapins inoculés avec des bactéries provenant de pus pyohémique, cultivées par le procédé de Pasteur, 4 moururent mais
8 vivaient encore au bout de 12 semaines. Du pus phlegmoneux donna les mêmes résultats. Il semblait ressortir de là que le pus pyohémique ou septique contient un élément actif indépendant des bactéries et qui ne se reproduit pas par la culture. Reste à savoir si les cultures avaient été faites dans des conditions favorables au développement des bactéries de la septicémie et de la pyohémie : mais ce qui est assuré, c'est que le procédé de filtration par la machine pneumatique est dédhibitoire.
Kussner, 1873, (1) produisit aussi des faits contradictoires de l'efficacité des bactéries. Il opéra des filtrations à travers de l'ouate bouillie; les recherches microscopiques et les cultures montrèrent la pureté absolue du liquide filtré. Malgré cela l'injection de ce liquide eut
(1) Kussner, Zur Rakterienfrage ; (Med. Centralblatt, 1873. B. XI, n' 32,8. 500.)
toujours des effets semblables à ceux des liquides putrides bactérifères, mais jamais le sang des animaux injectés ne montra de bactéries.
Pour contrôler la pureté du liquide filtré Kussnerafait des cultures restées sans succès ; nous verrons plus tard qu'il n'y a là rien d'extraordinaire, vu les conditions particulières que requièrent les cultures du vibrion septique.
XVII. — Théorie des fièvres monadiques de Htieter. — Ce fut encore en 4873 que Hueter (1) publia son très important et très intéressant chapitre sur les fièvres monadiques où il résuma les idées qu'il professait déjà depuis 1871 (2). Il affirma d'abord après MM. Goze et Feltz que les déformations variées des globules du sang septicémique n'ont d'autre cause que leur pénétration par les monades, terme générique qu'il adopta sans chercher à distinguer une espèce particulière. Il prétendit même que telle était la raison de l'absence souvent alléguée de ces organismes dans le sérum. Il considéra ensuite les monades comme éminemment phlogogènes, mais réserva la question de savoir si cette propriété leur appartient exclusivement.
Quant au processus phlegmasique qu'elles provoquent, voici comment il le comprit. Les monades se fixent entre les fibres musculaires des veinules; elles les détruisent, les paralysent et pénètrent dans la cavité de ces petits vaisseaux. Une voie est ainsi ouverte par laquelle les globules blancs s'extravasent pour former le pus. C'est, en somme, la théorie de Cohnheim plus l'action perforante des infusoires.
(ij Hueter, Absclmitte uber Monadamie, Pyâmic, in semer allgemeinen Chirurgie. Leipzig, 1873.
(2) Hueter, Die chirurgischc Behandlung der Wundfieber bfti Schusswunden ; Zusammengestcllt ans klinischen Besprechungen in der Greifswalder chirurgischcn Klinik; mai 1871; (Summlung kiinischer Votrâge von R. Volkmann 1870-75, 22 Chir. n^ 27. S. 95-118.)
44i THÉORIE DES GERMES.
Mais à côté de la propriété phlogogène, Hueter accorda aux monades la propriété pyrogène et émit à ce sujet une théorie de la fièvre et en particulier de la fièvre traumatique. La fièvre est, dit-il, un processus irritatif oc ein irritativer Process. » L'agent de cette irritation ne peut être que soit l'agent phlogogène lui-même, soit un produit de l'inflammation. Or les monades jouent le rôle capital; si en pénétrant dans les tissus elles allument finflammalion, en pénétrant dans la circulation, elles allument la fièvre. Quant aux produits de rinflammation, on ne sau^ rait leur reconnaître de rôle pyrogène, puisque la fièvre et la phlegmasie débutent souvent en même temps . Ces produits, c'est-à-dire les globules du pus n'interviennent qu'ultérieurement comme véhicules de monades. D'ailleurs la fièvre cesse lorsque, la membrane granuleuse étant parfaite, oppose un rempart aux monades et aux globules de pus infiltrés de monades. Hueter ne rejeta d'ailleurs pas la possibilité de l'activité pyrogène de certaines substances chimiques.
Il rapporta à trois sortes d'agents les ditîérenles formes d'accidents des plaies :
1° Un agent chimique engendrant la fièvre septicémique;
2° Un agent organisé engendrant la fièvre diphthéritique ou monadique;
3° Un agent organique engendrant la fièvre pyohémique.
L'agent chimique n'est autre que la sepsine , dont Hueter admit l'existence en lui accordant des propriétés pyrogènes à laquelle il donna un rôle exclusif dans la genèse de la septicémie foudroyante.
Hueter pensa d'ailleurs que la septicémie se confond dans la généralité des cas avec la fièvre monadique ou diphthéritique « Monadamie » non pas que Tune soit une forme de l'autre, mais l'une et l'autre coexistent le plus souvent sur le même sujet.
THÉOniE DES GERMES. 415
Il considéra comme fièvre monadique : IMa fièvre traumatique ; 2° la fièvre de la diphthérie des plaies; S"" la fièvre de l'érésipèle.
La fièvre traumatique dépendrait de la pénétration des monades dans les vaisseaux lymphatiques ou autres ouverts par le traumatisme; elle finirait dès la formation de la membrane granuleuse qui constitue pour les organismes un puissant obstacle.
Sous le nom de fièvre diphthéritique, Hueter comprit toutes les fièvres consécutives (Naclifieber de Billroth). Elles seraient toutes l'expression d'une maladie des granulations de la plaie pénétrées de monades, depuis le simple catarrhe et la diphthérie des plaies jusqu'aux formes ulcéreuses, pulpeuses et gangreneuses de la pourriture d'hôpital.
L'érésipèle, la lymphangite, le phlegmon seraient aussi causés par l'entrée des monades par une brèche du rempart constitué par jes granulations, soit dans la couche de Malpighi de la peau, soit dans les tissus sous-cutanés.
Quant à la fièvre pyohémique, elle dépendrait absolument de la pénétration dans le sang, grâce à une rupture vasculaire, de l'agent organique qui n'est autre que le globule de pus. L'accumulation de ces globules en un point quelconque du système vasculaire produirait les suppurations métastatiques. Ce n'était pas h fembolie, à l'obstacle mécanique opposé à la circulation et à la nutrition par ces globules accumulés, qu'Hueter accordait un rôle capital mais bien aux vertus phlogogènes qu'ils possèdent et qu'ils manifestent. Ces vertus phlogogènes, c'est aux monades et aux globules de pus eux-mêmes infiltrés de monades qu'elles appartiendraient exclusivement.
Ilueter ne croyait pas, comme Klebs, que les monades fussent, à elles seules, sans véhicules et capables de produire des métastases , par la raison que, s'il en était
ainsi, toute fièvre monadique devrait s'accompagner de métastases, ce qui n'existe pas. Mais il insistait cependant sur la nécessité de l'intervention des iniusoires dans la genèse de la fièvre pyohémique, où ils seraient agents phlogogènes pour produire les abcès et aussi agents pyrogènes, puisque, comme on Ta vu, ils joueraient un rôle capital dans le processus de la fièvre. Cette séduisante théorie des accidents^traumatiques, formulée par Hueter, n'est passible à la vérité d'aucune objection matérielle, mais elle repose malheureusement sur des faits encore très hypothétiques; elle trouve cependant un argument puissant dans les succès de thérapeutique qu'elle inspire.
XVIII. - Théorie cl' Eberth. — Ehevih (1872-73) (1) comprit la diphthérie de la même façon que Hueter. Ce sont les bactéries sphériques qu'il accusa de toutes les lésions diphthéritiques ou non. Dans lapyohémie (1873), il reconnut ces mêmes bactéries dans les abcès secondaires et à la surface des plaies. Il en aurait aussi rencontré au sein des organes sans qu'il y eût de suppuration; il se fondait même sur cette observation pour nier toute distinction possible entre la septicémie et la pyohémie. Et cependant, par une étrange inconséquence, il se défendit de considérer la septicémie comme une infection du sang par des organismes, disant qu'il en avait vu des cas non douteux sans bactéries dans le sang.
Malheureusement Eberth ne s'en tint pas là; il soutint aussi l'identité des bactéries de la diphthérie buccale et des bactéries de la diphthérie des plaies, en s'appuyant sur des expériences d'inoculation. 11 inocula sur la cornée à des lapins des exsudais diphthéritiques, des dépôts plastiques de l'endocardite maligne, du pus d'une
(1) Eberth, Zur Kenntniss der baktcrischen Mykosen. Leipzig, 1872. — Der aiphtheritische Process; (Med. Centralblatt, 1873. B. XI, n»" 8, S. 113). — Dio Keratitis nach Trigeminusdurchsclineidung; (Med. Centralblatt, 1873. B. XI, n' 32. S. 502.)
veine enflammée chez un pyohémiquc, etc., etc., et provoqua, dit-il, une inflammation diphthéri tique. Il conclut de là « qu'il n'était pas possible d'établir une distinction entre les bactéries delà pyohémieeL les bactéries de la diphthérie j); et il émit cette étrange doctrine que « la pyoliémie métastatique est la plupart du temps une diphthérie à localisations multiples (4). » Et ce n'est pas de Ja diphthérie des plaies « Wunddiphtheritis » qu'il s'agit, c'est bien de la diphthérie buccale « Rachendiphtheritis ! (1873) y>
C'est ici que la clinique et l'anatomie pathologique doivent joindre leurs protestations contre les exagérations et les empiétements illégitimes de la méthode expérimentale, lorsqu'elle aboutit à une aussi exorbitante théorie. Est-il possible en effet d'admettre le moindre rapport clinique entre la pyohémie et la diphthérie buccale? Le seul lien qui unisse les deux maladies est leur caractère infectieux; mais la variole, la scarlatine et le choléra aussi sont des maladies infectieuses ! Qu'il soit logique de voir une relation entre la pyohémie et les maladies des plaies que les Allemands ont coutume de désigner sous le nom de diphthérie des plaies (Wunddiphtheritis) , d'accord, et je ne proteste nullement contre ce système, je considère même que le mauvais aspect que prennent les plaies dans les cas d'infection purulente est un argument à faire valoir. Mais est-il un praticien qui puisse admettre une identité de nature entre cette diphthérie des plaies (Wunddiphtheritis) et la diphthérie de l'angine couennneuse (Rachendiphtheritis) et du croup? Je ne le pense pas, et ce ne sont pas des expériences d'inoculation sur la cornée de lapins qui pourront me convaincre d'erreur.
D'ailleurs à quoi aboutissent ces ino.culations prati-
(1) « Die Pyâmie ist also meistens cinc Diphthérie, » Eberth, Med. Centralblatt, 1873 B. XI, n' 8, S. 114.
UH TIIKORIK DES GKUMES.
quécs par Eberth (1873)? Elles provoquent une forme déterminée de kératite. Mais est-ce bien la matière inoculée, qui variait à chaque expérience, n'est-ce pas plutôt le procédé d'inoculation toujours identique qu'il faut accuser de ce résultat? On en sera convaincu, si Ton réfléchit qu'Eberth ne réussit à enflammer la cornée qu'en appliquant à sa surface un fil dé chanvre ou de soie imbibé de liquide septique, et qu'il avait remarqué que l'inoculation véritable par une piqûre d'aiguille provoquait simplement une réaction locale et passagère. N'estil pas évident dès lors que la cause de la kératite n'était autre que le séjour plus ou moins prolongé d'un corps étrangerputride sur la cornée? Et quoi de surprenant, dans l'identité de forme que revêtait la phlegmasie cornéenne, puisqu'elle reconnaissait toujours la même étiologie!
Du reste Leber (1878) (1) produisit un hypopion grave en inoculant le lepthotrix que l'on trouve normalement dans la cavité buccale.
Puis Dolsclienkow (1873) (2) provoqua des kératites absolument semblables à celles d'Eberth, avec des produits putrides ordinaires plus ou moins avancés, et ne réussit même que 29 fois sur 112 expériences.
XIX. — Expériences et théorie de Birch-Hirschfeld, — Les recherches de Birch-Hirschfeld (1873) (3) spécialement dirigées vers la solution du problème delà pyohémie sont plus intéressantes. Elles sont de deux espèces : 1^ microscopiques; 2° expérimentales.
1° Recherches microscopiques. — Birch-Hirschfeld s'est d'abord imposé l'observation journalière et méthodique des liquides sécrétés par les plaies d'une série de
(I) Lcbcr Ucbcr Eiilzimdung der Hornhaut durdi septischc Infection; Mcd. Centrjdblîitt, i873. R. XI, n-* 9, S. lâO.)
[t) Dolschenkow, Iiîy)fung faulender Subztanzcn auf die Kaninrhen Hornhaut; (Med. Ccrilralblatt, i873. B. Xr, n^ -1-2-13, S. fi56-673.)
(3) Birch-Hirsclifeld, Untfirsiichungeii iiber Pyutnie; (Archiv der Heilkuudc 1873. lî. XIV, n' 3 iind 4, S. 103.)
blessés. Dans le pus des blessés bien portants, il ne trouva le plus souvent aucun organisme inférieur; les globules étaient réguliers et contenaient de fines granulations. Partout au contraire où il trouva dans les liquides de la plaie les organismes désignés par Colm (1875) (l) sous le nom de bactéries sphériques (Kugelbacterien), il put avec certitude affirmer ou prévoir une maladie de la plaie (coloration grise, ecchymoses, état flétri de la membrane granuleuse, etc.). Alors les globules du pus se déformaient et se chargaient de grosses granulations; alors l'addition d'acide acétique qui faisait disparaître les fines granulations des globules de pus sain mettait au contraire en plus pleine évidence les grosses granulations des globules du pus de mauvaise nature, et permettait de reconnaître que ces granulations n'étaient autres que des bactéries sphériques.^ Birch- Hirschfeld considéra donc les globules de pus altéré comme infiltrés d'organismes. Klebs, Beale, Waldeyer avaient soutenu la même opinion en l'interprétant différemment ; Hueter avait aussi parlé des globules de pus infiltrés de monades. Birch ne crut d'ailleurs pas que les bactéries pénétrassent les globules de par leur propre activité; il pensa que les globules s'infiltent de bactéries comme ils s'infiltrent de matières colorantes.
La multiplication des bactéries était, suivant Birch, un signe de l'aggravation de l'état de la plaie. Mais la généralisation de cet état local dépendait de la nature de la plaie elle-même, de son âge et de sa configuration. Un ulcèreà bords calleux pouvait, disait-il, être le siège d'altérations locales intenses,sans qu'il survîntde troubles généraux graves; tandis que sur une plaie fraîche d'amputation,la moindre affection locale s'accompagne d'accidents généraux graves. On comprend dès lors que dans
(I) Cohn, Untcrsuchungen iiber Ruktcric:i in Rcïtrage zur Biologie der rnanzen, 1875 Heft. 2.
uiJ hôpital infecté, presque toutes les plaies soient malades et habitées de bactéries, et que cependant un traumatisme récent soit nécessaire pour provoquer la pyohémie»
Dans des cas où la pyohémie vint se greffer sur une affection locale de la plaie, Birch-Hirschfeld soumit aussi le sang à des examens microscopiques réitérés. Plusieurs fois ses recherches furent infructueuses, ses examens négatifs; mais d'autrefois aussi il constata, à n'en pas douter d'abord dans le sérum un petit nombre de bactéries sphériques; en second lieu, une multiplication des leucocytes et une infiltration de ces mêmes leucocytes par des granulations identiques à celles qui, dans le pus, ont été reconnues pour être des bactéries. Birch ne craint pas d'affirmer cette infiltration des leucocytes par des bactéries sphériques dans la plupart des cas de pyohémie. « On ne sait pas pourquoi, dit-il, on jugerait que cette infiltration est invraisemblable. Si les bactérien pénètrent dans la circulation, ne serait-il -pas bien exlraoixlinaire qu'elles ne fussent pas recueillies par les globules blancs conime toute molécule qui circule avec le sang? y> Quant aux globules rouges qui revêtent la forme étoilée, Birch nia au contraire leur pénétration par des organismes.
En résumé de cette première série de recherches on pouvait conclure d'après Birch-Hirschfeld que :
IMl existe un rapport constant entre la présence des bactéries sphériques dans le pus et les maladies locales des plaies;
2** Les globules de pus altéré sont infiltrés de bactéries sphériques;
3° L'infection pyohémique est une conséquence de la généralisation de l'état pathologique local, grâce à un traumatisme de la plaie qui permet la pénétration des bactéries sphériques dans le torrent circulatoire;
4° Le sang pyohémique contient le plus souvent des
bactéries sphériques, libres quelquefois, mais le plus généralement infiltrée^ dans les leucocytes.
L'opinion de Birch-Hirschfeld diffère, on le voit, fort peu de celle d'Hueter. Hueter dit en effet que la fièvre Iraumatique, la forme la plus simple de la fièvre monadique, et la fièvre pyohémique, sont les termes extrêmes d'une longue chaîne de possibilités morbides, dont les différentes formes de maladies locales des plaies sont les chaînons; et s'il ajoute que leur séparation est cliniquement nécessaire, il n'en pense pas moins que la fièvre pyohémique débute du jour où une rupture vasculaire ouvre les portes de la circulation aux globules de pus chargés de monades.
Birch-Hirschfeld croit que l'infection pyohémique résulte de la généralisation d'accidents locaux causés par la présence dans la plaie de bactéries sphériques lesquels pénétraient dans la circulation générale. Entre les deux théories Fanalogie est manifeste.
2° Recherches expérimentales. — Birch-Hirschfeld fit en outre une série d'expériences d'une importance et d'un intérêt, qui n'échapperont à pei^sonne, au point de vuede la théorie des germes et des rapports existant entre la septicémie et la pyohémie. Ces expériences ont été analysées avec talent et concision par M. Klein (1873) (1) je ne saurais mieux faire que de puiser lai'gement dans cet excellent travail.
Dans une première série d'expériences, Birch injecta du pus de bonne nature en petite quantité (une goutte étendue dans 3 ou 4 gouttes d'eau distillée bouillie). Ces injections furent parfois innocentes et d'autres fois elles ne produisirent qu'une auréole inflammatoire autour de la piqûre avec ou sans mouvement fébrile.
La seconde série d'expériences eut pour objet le pus
(i) Klein, Ucvuc d«s sciences médicales de Hayem, 1873, t. II, p. 1022.
452 théorie: des germes.
de mauvaise nature contenant dçs quantités variables de bactéries. Lorsque le nombre des bactéries était faible, l'animal ne présentait rien d'anormal dans les 6 à 8 jours après l'injection; mais au bout de ce temps, il survenait, souvent brusquement, une élévation de température (40'' et plus) et les animaux succombaient au plus tard au bout de 16 à 24 jours. Ces effets étaient surtout produits par du pus provenant de malades qui furent plus tard atteints de pyohémie. Lorsque l'injection était faite avec du pus provenant d'un malade déjà infecté, les phénomènes morbides étaient beaucoup plus rapides. Cependant la marche de l'infection chez l'animal injecté était plus en rapport avec le nombre des bactéries contenues dans le pus qu'avec l'état général du malade qui avait fourni le liquide injecté. Les cas d'infection les plus intenses étaient dus au pus contenant des bactéries en colonies. Rarement les animaux dépassaient le 14* jour après l'injection ; dans un seul cas l'animal survécut : il se produisit dans ce cas un abcès de la grosseur d'un œuf de poule et l'animal eut de la fièvre pendant 5 semaines. L'autopsie fit constater à peu près toujours les mêmes lésions. Le tissu cellulaire sous-cutané était infiltré de pus autour du point d'injection dans une assez grande étendue; ce pus contenait de grandes quantités de bactéries sphériques. Le sang pris sur l'animal vivant était beaucoup plus riche en bactéries qu'au moment de la mort. Les organes internes étaient peu malades, à l'exception des reins qui présentaient le plus souvent une dégénérescence granuleuse de l'épithéhum des canalicules, à l'intérieur desquels on pouvait constater des colonies de bactéries. Dans deux cas le poumon présentait des noyaux d'infiltration rouge gris, et dans un cas on trouva dans le foiedes amas de bactéries au centre de lésions analogues aux infraclus pyohémiques que l'on observe chez l'homme.
THÉOIIIE DES GERMES. 453
La troisième série d'expériences fut faite avec du pus putride, c'est-à-dire contenant en grande quantité des bactéries de la putréfaction (Faulnissbakterien). Ce pus provenait tantôt de plaies gangreneuses où il avait déjà subi la putréfaction sur place, tantôt de plaies simples où il était de bonne nature, il était livré alors à la putréfaction avant d'être injecté.
Dans un cas le pus injecté contenait à la fois des bactéries sphériques ou un grand nombre de bactériums termo. L'animal sur lequel onavait injecté une demi-goutte de ce pus, étendue dans 3 gouttes d'eau distillée, présenta une élévation notable de température (+ 39^ 4 à + 40** 6) dès une heure après l'injection. Le lendemain, la température devint normale. Le soir du 3° jour, nouvelle élévation (+ 4P ^2) et de là jusqu'à Ja mort (15 jours après l'injection) mouvement fébrile continu. Ce fait parut à Birch une combinaison de l'infection purulente (par les micrococci ou les bactéries sphériques) avec l'infection putride (par les bacterium termo).
Birch avait remarqué également que le pus d'une plaie pyohémique, (contenant un grand nombre de micrococci, peut rester longtemps sans présenter de bactériums termo lorsqu'il est à l'abri de la putréfaction. Injecté à l'état frais, ce pus produisit la pyohémie ; tandis qu'après avoir été conservé à la température de + 12° à + 20° 6, à l'abri de l'air, il ne produit plus aucun accident.
Toutes les fois que le pus contenait des bacterium termo etlineola quelle qu'en fût la provenance, les résultats de l'injection étaient les mêmes que ceux produits par l'injection de toute substance putride. Lorsque la dose injectée était plus forte (2 à 6 gram.), on observait des phlegmons gangreneux, bien différents des phlegmons produits par le pus pyohémique. En injectant de ce dernier pus en quantité notable (1 à 2 gram.), on obtenait une élévation de température aussi rapide qu'avec les
liquides putrides , et lorsque la dose était encore plus forte, la température s'abaissait, et l'animal succombait très rapidement.
En résumé Birch tout en rejetant l'opinion deKlebset de Lister, d'après laquelle la suppuration aurait pour cause unique la présence d'un parasite, considère néanmoins comme acquis à la science que les qualités du pus varient avec la nature des infusoires qu'il contient. Le pus de bonne nature outre, ses qualités physiques reconnues, se distingue par l'absence de bactéries ou tout au moins par leur nombre très restreint. Le pus pyohémique contient principalement des bactéries sphériques qui seules sont capables de produire la pyohémie. Dès que cette variété de pus se putréfie, les bactéries sphériques font place aux bactéries cylindriques on bacterium termo, et alors le résultat de l'injection devient une septicémie. Mais les deux espèces d'infection comme les deux espèces de bactéries peuvent se réunir et se confondre sur le même sujet, lorsque le pus pyohémique injecté est en train de se putréfier.
Birch-Hirschfeld est donc partisan déclaré de la spécificité des bactéries sphériques auxquelles il attribue exclusivement l'infection pyohémique-
Quant à la septicémie pure ou infection putride, il la sépare catégoriquement de la pyohémie, et l'attribue à l'activité des bactéries de la putréfaction (Faulnissbaklerien, bactéries cylindriques ou bacterium termo).
Nous verrons plus loin combien cette opinion sur la dualité des infusoires provocateurs de la septicémie el de la pyohémie se rapproche de la théorie définitive de M. Pasteur. Birch affirme d'ailleurs que l'influence pathogénique des deux espèces de bactéries réunies peut concourir sur le même sujet et donner la forme connue sous le nom de septico-pyohémie. Et quant à la pyohémie elle-même, s'il la considère comme une entité morbide
THÉORIE DKS GëRMëS. 455
6t non pas simplement comme la forme embolique de la septicémie ordinaire, il n'hésite pas à la classer dans le cadre des septicémies ou infections chirurgicales.
Riess (4873) (4) combattit l'opinion de Birch-Hirschfeld, mais avec des arguments peu solides que Birch réfuta sans peine (4873) (2).
XX. — Expériences de Orth^ Heiberg^ Klebs, OtiPmtis. Colin, Laborde, Traube, Gscheidlen et Kehrer. — Orth (4873) (3) , à propos d'une épidémie de fièvre puerpérale avec accidents et lésions pyohémiques, dit avoir toujours constaté, dans les exsudations péritonéales, des bactéries sphériques à l'exclusion des bactéries cylindriques. Chez trois enfants nouveau- nés, dont les mères étaient mortes septicémiques, il constata ces mêmes bactéries sphériques dans le liquide purulent contenu dans les vaisseaux du cordon. Il communiqua à deux lapins une septicémie mortelle en leur injectant, dans le péritoine, du liquide péritonéal provenant de femmes mortes en couches. Le sang de ces lapins, tiré de l'oreille et du cœur droit aussitôt après la mort, était chargé de bactéries sphériques. Orth était donc d'accord avec Birch-Hirschfeld sur la nocivité des bactéries sphériques et l'innocuité des bactéries cylindriques.
Heiberg (4873) (4) défendit aussi la spécificité des bactéries sphériques; il cita des observations avec nécropsies où le rôle de ces organismes comme agents phlogogènes semblait irréfutable. Après avoir, comme je l'ai dit, (Voy. p. 229) affirmé la nécessité de distinguer les accidents consécutifs propres à l'action traumatique elle-
(1) Riess, Uber sogennante Micrococcen; (Med. Gentralblatt, 1873. B. XI, nr 37, S. 530.)
(t) Birch-Hirschfeld, Die Bakterien im Blut Pyamischer ; (Med. Gentralbatft, 4«73, n' 39, S. 609.)
(3) Orth, Untersuchungen ûberdas Paerperalfleber;(Virchow's Archiv,etc. 1873. B.LVIII, nr 3 et 4, S. 437.)
(4) Heiberg, Die puerperalen und pyanrischen Process. Leipcig, 1873;
même, des accidents pyohémiques proprement dits, et avoir reconnu à la pyohémie quatre formes qui toutes ont pour origine la pénétration de l'organisme par une « Materia peccans y> , Heiberg rechercha la nature de cette susdite « Materia y>.
Dans la plupart des cas, il trouva dans le sang et dans les abcès des micrococci ou bactéries sphériques. C'est surtout dans un cas de pyohémie avec abcès miliaires multiples des reins, qu'il prétendit avoir constaté l'évidence du rôle joué par ces bactéries : là tous les abcès avaient, dit-il, pour centre une artériole bourrée de micrococci. Quoi qu'il en soit et malgré ses constatations réitérées de la présence des bactéries dans la pyohémie et dans la fièvre puerpérale, il déclara positivement ne pas admettre que ces organismes fussent la cause unique de chacune de ces maladies et affirma la nécessité de l'intervention de conditions étiologiques autres mais inconnues (4).
Klebs (4873) (2) s'occupa de la question de savoir si dansle sangd'un animal sain et vivant, il peut se développerdes micrococci. 11 introduisit, par la veine jugulaire, dans le ventricule droit du cœur d'un chien, un long tube de verre fermé à ses deux extrémités dont une était finement effilée. Ce tube avait été au préalable
(1) TeUe est aussi rinterprétation de Birch-Hirschfeld qui dit ; « Obwohl nun aus diesen Untersuchungen hervorgeht, dass bei Pyâmie und Puerpcralfieber Raktcrien sehr haufig gefunden werden, so hait es Heiberg doch fur unzulassig dièse Organismen schon jetzals die einige Ursache jener Krankheiten zu rklaren. » Birch-Hirschfeld, Die neueren pathologisch-anatomischcn Untersuchungen uber Vorkommen und Bedeutung niederer Piliformen (Bakterien) bei Infectionskrankheiten Septikâmie und Pyâmie,Schmidt's Jahrbiicher, 1875. B. 15G, n' 5, 6. S. 169 et 189). Cette phrase se troave en contraduction avec la traduction résumée que M. Klein donna, eo 187 i, (Revue des sciences médicales de M. Hayem, 1874, t. UI, p. 574) du travail de Heiberg. Pour Heiberg, dit M. Klein, « la bactérie seule constitue le corpus delicti. » Il y a là soit une erreur soit une exagération.^
(2) Klcbs, Beitrâge zur Kenntniss dcr Mikrokokken ; (Archiv fut experim. Path. und Pharm., 1873. B. 1, n' III, S. 31.)
THÉOKIE DES GERMES. 457
lavé à l'acide sulfurique concentré, chauffé au rouge pendant 3 heures et fermé alors qu'il était encore rouge. L'extrémité effilée introduite dans le cœur fut rompue par un mouvement delatérahté. Le tube rempli de sang fut retiré et immédiatement fermé au chalumeau. Klebs put ainsi conserver du sang de chien aussi longtemps qu'il le voulut sans qu'il s'y développât ni bactéries ni monades. Au contraire dès que, brisant le tube, il permit l'accès de l'air sur le sang, les bactéries et les monades prohférèrent rapidement.
La discussion sur la septicémie, quelque temps interrompue, reprit cependant à l'Académie de médecine de Paris. M. Onimus adressa, le 9 septembre 1873 (1), une troisième note où il étudiait quelles sont les substances susceptibles d'empêcher ou de détruire la virulence des matières organiques septiques.
Il concluait que : l"* Le mélange de sang frais et d'alcool, ou d'acide sulfurique, ou de teinture d'iode, ou de sulfate de quinine et le chauffage à + 40° pendant 24 heures, diminuent mais ne détruisent pas la virulence;
2° Le sulfate de quinine enlève l'odeur putride, diminue le nombre des protoorganismes, mais n'empêche pas la virulence;
3° L'action de la chaleur est presque nulle;
4° Si l'on mélange de l'alcool ou de l'acide sulfurique, ou de la teinture d'iode à du sang déjà putride, on détruit la virulence, mais le liquide continue à renfermer des vibrions;
5° L'ébullition a une influence inconstante.
En résumé M. Onimus avait absolument prouvé l'insuffisance du traitement des liquides septiques par les agents chimiques et par l'ébullition pour y détruire les
(1) Onimus, BuUelin de rAcadémic de médecinc/1873, 9 septembre, p. 1058.
458 THËORIË D£S GERMES.
organismes. Or Ton sait combien de fois en Allemagne des expériences de ce genre avaient été objectées.
Peu après, M. Colin (1873) (1) vint à l'Académie nier la septicémie comme entité pathologique, affirmant que ce n'était qu'une « réaction morbide donnée par certains animaux, mais que le plus grand nombre ne donne pas :». D'ailleurs dans le sang des animaux capables de septicémie, il prétendit que la virulence précédait l'apparitioa des bactéries de n'importe quelle espèce, et s'y développait en même temps que des granules mouvants de nature indéterminée. Quant à la production des altérations du sang, il admit l'ordre suivant :
1° Modification dans la forme des globules rouges;
2° Apparition et multiplication des granules mouvants;
3° Développement d'une certaine quantité de bactéries.
M. Colin contesta d'ailleurs que les granules mouvants fussent des bactéries en se fondant sur les raisons suivantes : ce d'une part, ces fins granules ne manquent jamais dans le sang normal, ils deviennent seulement plus nombreux dans celui des septicémiques ; d'autre part, ils ressemblent à ceux de la lymphe, de la substance des ganglions lymphatiques, de la rate, du pus, des dépôts caséeux. » — Quant aux bactéries, il ne leur accordait aucun rôle pathogénique, s'appuyant principalement sur le fait, qu'il disait avoir vérifié, de leur apparition tardive ou tout au moins postérieure à la virulence.
Le discours de M. Colin n'était qu'une première passe dans le long duel qu'il devait engager avec M. Pasteur au sujet du charbon et de la septicémie.
Peu après M. Laborde en 1874 (2), dans le butd'évi-
(1) Colin, Balleiin de rÂcadémie de médecine, 1873, 7 octobre, p. 1175 et 21 octobre, p. 1258.
(2) Laborde, Recherches sur la septicémie expérimentale; (Gazette médicale de Paris, iSli, n*» 6, p. 71.)
ter la réaction locale, inévitable après les injections souscutanées telles que les avaient pratiquées MM. Davaine et Onimus, entreprit, des expériences de transfusion artérielle directe de sang septicémique; comme Leuret en avait déjà fait en 4826 (1). L'animal transfusé mourut de septicémie; l'examen le plus minutieux et plusieurs fois répété du sang ne permit pas d'y découvrir de bactéries; mais M. Laborde ne dit pas qu'il ait essayé des cultures pour vérifier sans conteste cette absence d'infusoires.
Traube et Gscheidlen (1874) (2) reconnurent d'abord la vérité de la théorie de M. Pasteur sur la putréfaction; puis ils entreprirent de rechercher jusqu'où va la tolérance des animaux à sang chaud pour les bactéries de la putréfaction. Ils trouvèrent que les chiens et les lapins supportent, sans dommage permanent, une injection modérée de liquide chargé de ces bactéries. Du sang artériel d'animaux ainsi injectés, retiré du cœur et conservé avec toutes les précautions nécessaires déjà indiquées à propos du travail de Klebs, ne s'était même pas putréfié au bout d'un mois. Venait-on, au contraire, à injecter une forte quantité de hquide bactérifère, la mort survenait, et alors le sang, retiré de l'animal vivant et conservé dans des tubes désinfectés et fermés, se putréfiait cependant. Traube et Gscheidlen présumèrent que l'oxygène ozonisé des globules sanguins détruit les bactéries de la putréfaction, ce qui produit la tolérance aux doses modérées ; et qu'au contraire l'oxygène ordinaire accélère le développement de ces mêmes bactéries. Us ajoutèrent qu'à leur avis il y avait antagonisme entre
(1) Leuret, Recherches expérimentales sur les altérations du sang; (Archives générales de médecine, 1826, t. XI, p. 98.
(2) Traube et Gscheidlen, Versuche iiber Faulniss und den Widerstand des lebenden Org^nismusgegen dieselbe(Berlinerklinische Wochens. 1874, n^* 37. U sept. s. 467.)
les bactéries contagieuses et les bactéries de la putréfaction ; celles-ci détruisant celles-là.
D'autre part Kehrer (1874) (1). fit des expériences avec des substances dont la putréfaction était avancée (22 à 81 jours), ce qui, on le conçoit, ôte de la valeur à ses conclusions, puisque le poison putride a son maximum d'activité dans les premiers jours et, qu'en outre, bon nombre de partisans de la théorie bactérienne soutiennent que la bactérie pyohémique est détruite par la putréfaction. Quoi qu'il en soit, Kehrer conclut que la filtration altère et diminue la puissance toxique des liquides putrides; que l'ébuUition la détruit; et que le principe toxique est à l'état moléculaire. Mais il ne se prononça pas sur la question de savoir, si le poison putride est un corps simple ou composé ; s'il a une constitution chimique déterminée; si les vibrions ou les autres organismes le contiennent ou le produisent.
XXI. — Objections de Hiller. — Hiller au contraire (1874) nia catégoriquement l'efficacité pathogénique des bactéries.
Birch-Hirschfeld, dans un compte rendu qu'il donna, en (1873) (2), du travail de MM. Coze et Feltz, avait déjà exprimé des doutes sur la question de savoir s'il était légitime d'attribuer la forme étoiléedes globules rouges du sang à leur pénétration par des bactéries. Hiller, en 4874 (3), fit à ce sujet plusieurs observations et plusieurs expériences. Il constata d'abord que cette déformation des globules rouges n'était pas spéciale à la septicémie, mais qu'on la trouvait aussi dans le typhus, le rhumatisme articulaire, etc., que c'était en somme une altération purement fébrile. H réussit même à pro-
(1) Kehrer, Ueber das putride Gift; (Archiv.fur experim. Palhol. und Phnrm., 1874. B. II, nM, S. 33).
(2) Birch-Hirschfeld, Schmidfs Jahrbiicher, 1873, B. CLIV, S. 238.
(3) Hiller, Ueber die Vcranderungen der rothen Blutkorperchcn durch Sepsis und septische Infeclione; (Med. Centralblatt,1874. B.XII,S. SâS-SST-.SSS-SeO.)
THÉORIE DES GERMES. 4ôl
duire artificiellement la déformation en étoile, sans intervention d'infusoires, en concentrant du sang, c'est-àdire en y diminuant la proportion d'eau. Il résultait donc de là que la forme étoilée était simplement un effet de la déshydratation.
Mais les travaux critiques de Hiller au sujet de la théorie des germes ne se bornèrent pas là. Après avoir, en 4871, dans sa thèse inaugurale (1) justifié le crédit que gagnait alors la théorie bactérienne, Hiller, en 4874 (2), refusa aux bactéries une influence étiologique quelconque dans la production des infections septique ou pyohémique. Il nia qu'elles possédassent aucun pouvoir phlogogène ou pyrogène et qu'elles fussent capables de multiplication dans l'organisme vivant, et soutint qu'elles ne pouvaient se développer que sur le cadavre.
Il appuya son opinion sur les expériences suivantes. Il chercha à isoler les bactéries par des filtratrations réitérées; par la congélation, comme l'avait fait Bergmann; par la dialyse d'une infusion de tissu musculaire et de sérum sanguin, à la manière de M. Onimus; enfin il recueilHt la pellicule, constituée d'infusoires, qui recouvre les liquides en putréfaction. Il injecta dans les veines les bactéries ainsi isolées sans jamais produire aucun dommage. Il en constata la présence dans le sang des animaux injectés pendant un jour, mais jamais au delà; et ce qui prouve, ajouta-t-il, que ces bactéries n'étaient pas mortes, c'est qu'une goutte du liquide injecté donnait par la culture une abondante pullulation.
Hiller (4874) (3) voulut aussi contrôler l'opinion de Klebs et de Lister qui attribuaient la suppuration aux
(1) Hiller, Untcrsuchungen iiber die Conlagiositat purulenter Sekrete; laaiigural Dissertation, 1871.
(2) Hiller, Untersuchungen iiber die Bakterien und ihrer Beziehung zuin menschlichen Orjçanismus; (Allge. Med. Centr. Zeitung, 1874, n"^!, S. 2.)
(:J) Hiller, liakterien und Eiterung; (Cliir. Centralblatt, 1874, B. I, n^ 33, S. 513.)
bactéries. Il fit à des lapins des plaies qu'il arrosa avec une liqueur bactérifère et qui guérirent cependant sans suppuration et sans accidents avec de bons pansements.
Quant à l'absence de suppuration, il se pouvait qu'Hiller n'eût pas employé les bactéries spécifiques de cet accident des plaies d'après Lister. Quant à Tabsence d'accidents, l'organisation précoce de la plaie pouvait encore l'expliquer. Billix)th n'avait-il pas en effet démontré, en 4865 (i), la puissante résistance que la membrane granuleuse oppose à Tabsorption? Il avait fait une large plaie sur le dos d'un chien et l'avait pansée avec des liquides putrides et du pus altéré, lorsqu'elle était eo pleine cicatrisation. La plaie n'avait point été modifiée. Un second chien, qui fut traité de la même manière, arracha son pansement, lécha sa plaie et la fit saigner. Des accidents septicémiques se déclarèrent aussitôt.
L'expérience suivante pratiquée par Hiller était plus importante. Il osa s'injecter, à lui-même, sous la peau jusqu'à un i gramme d'un liquide bactérifère (non putride) sans en rien ressentir, même localement.
A l'objection de la nocivité de certaines bactéries et de l'innocuité des autres, Hiller répondit qu'il avait indifféremment employé après lavage les bactéries du sang, du sérum, de l'urine, etc.. 11 conclut donc à la neutralité complète de tous les microrganismes qu'il considérait comme des produits accidentels et indifférents.
Les expériences de Hiller et en particulier celles qu'il pratiqua sur lui-même semblent en vérité assez fortementébranler la théorie des germes. Mais on appréciera plus loin quel fond il convient d'en faire, lorsqu'on aura vu M. Pasteur prouver que le vibrion septique, le seul dont il doive être ici question puisqu'il s'agit de liquides putrides, est anaérobie. Or Hiller, en filtrant et
(l) Billroth, Mém. cité in. Arch. fur klin. Ch r., 18C5. Kap. XV. S. U3.
lavant ses bactéries, tuait inévitablement le susdit vibrion, dont la culture ne réussit d'ailleurs qu'avec des précautions multiples et minutieuses.
XXII. — Heîirot; pansement ouaté de A. Guérin. — M. Henrot (de Reims) (1874) (1) soutint alors que les bactéries pénètrent par les bronches et n'agissent qu'au contact du sang préalablement rendu phlogogène par le mélange avec du pus. Il cita à l'appui de cette thèse l'expérience suivante : dans la jugulaire de deux lapins, un mélange d'eau distillée et de pus fut injecté, afin de rendre le sang phlogogène : à deux autres lapins, on fit une injection de corail pulvérisé en suspension dans l'eau. Un des premiers lapins et un des seconds furent placés dans un air parfaitement pur; ils n'éprouvèrent aucun accident. Les deux autres lapins furent placés dans une atmosphère empestée par des pièces anatomiques. Le lapin, qui avait reçu du pus, mourut en 3 jours; l'autre vivait encore au bout de 4 mois.
Il n'y avait là, il faut l'avouer, rien qui légitimât la conclusion de M. Henrot. Cela prouvait simplement en effet qu'un lapin déjà infecté par du pus, mais d'une façon insuffisante, était définitivement intoxiqué par des inhalations d'air putride; mais rien n'autorisait à généraliser cette conclusion à l'infection purulente, et à dire que ce fut là le mode habituel d'infection des blessés.
En cette même année 1874, M. A. Guérin (2) fit part à l'xicadémie des sciences des succès thérapeutiques de sou pansement ouaté et en exposa l'origine et la théorie. Après avoir rappelé que de tout temps il avait considéré que l'infection purulente était d'origine miasmatique, il signala la confirmation et l'élan que les travaux de
{{) Henrot (de Ueims), Théorie et traitement de certaines formes d'infection purulente ot de sej)ticéniie. Ueinis, \H1\.
{"2) A. Guérin, Du rôle piitlioi^^éiiiiiue des ferments dans les ma'adics chirurgicales, nouvelle méthode de pansement des amputés; (G. 11. de TAcadémie des sciences, 1874, l'o série, t. LXXVUl, p. ISi.)
464 THÉORlt: DES GERMES.
M. Pasteur sur la putréfaction avaient donné à sa doctrine. Inspiré par ces travaux, il avait été amené à conclure que les miasmes ne sont que des ferments putrides lesquels déterminent la décomposition du pus sécrété par la plaie, pénètrent eux-mêmes dans le sang, absorbés qu'ils sont par la plaie, et provoquent ainsi le typhus chirurgical. En protégeant la plaie contre l'accès de ces ferments, on devait dès lors éviter le typhus chirurgical. C'est ce que réalisa M. A. Guérin en enveloppant les moignons de ses amputés dans une épaisse couverture d'ouate, qui, comme M. Pasteur et Tyndall avaient réussi à le montrer, est un filtre impénétrable aux germes contenus dans l'air atmosphérique. En vertu de l'aphorisme Naturam morboriim ostendunt cnrationes, M. A. Guérin arguait des succès de son pansement pour conclure à l'existence de germes putrides tenus en suspension dans l'air et à leur influence pathogénique. Il assurait d'ailleurs n'avoir jamais trouvé sous son pansement ni vibrions ni bactéries.
En réponse à la communication de M. A. Guérin, M. Pasteur (1874) (1) se demanda pourquoi le pus ne se putréfiait pas sous le pansement ouaté. Les germes des organismes ferments, aérobies ou anaérobies, existent en effet en plus ou moins grand nombre à la surface de la plaie et dans l'ouate au début des opérations et des pansements. M. Pasteur se déclarait porté à croire que l'ouate, agissant comme corps poreux modifiait la proportion d'eau contenue dans le pus, qui aurait alors un étatphysique ne permettant pas la multiplication des organismes. Il est en effet expérimentalement acquis que les ferments ne peuvent vivre dans les liquides concentrés; la levure de bière par exemple ne fait pas fermenter les sirops épais.
(1) Pasteur, Observations verbales au sujet de la coaimunication de M. A. Guérin; (C. R. de l'Académie des sciences, 1874^, Ire série, t. LXXVHI, p. 867).
théorie: des germes. 465
Cette interprétation de M. Pasteur est importante à noter, en réponse à ceux qui opposent que, sous le pansement ouaté, on trouve quelquefois des bactéries et des vibrions. Il peut en efFet se faire que le pus ne soit pas amené par l'ouate à un degré de concentration suffisant pour empêcher tout développement d'infusoires et cependant que la multiplication de ces organismes ne soit pas assez considérable pour être suivie d'infection.
M. le professeur Verneuil (4879) (1) donne une explication différente. des succès du pansement ouaté. Il ne croit pas que ce pansement ait en aucune façon la capacité d'empêcher les bactéries de pulluler dans les liquides de la plaie. Il pense que le lavage préalable de la plaie, avec une solution phéniquée forte, a pour effet de retarder la putréfaction de ces hquides, de telle façon que lorsque cette putréfaction commence, la membrane granuleuse est organisée et s'oppose à l'absorption du poison putride. Quant à l'ouate, elle a le seul avantage de permettre la rareté du pansement et par conséquent d'éviter les écorchures de la plaie, qui ouvriraient une porte à l'élément putride toxique. Mais s'il en était ainsi, ne devait-on pas, à la levée du pansement, constater l'odeur infecte que dégage d'ordinaire le pus putride? Or, l'on sait que ce qui caractérise justement le pansement ouaté bien fait est l'absence d'odeur.
XXIII. — Opinion dePanum; embolies par des micror- (janismes. — Pas plus que Ililler, Panum (1874) (2) ne se montra partisan de la théorie des germes proprement dite; mais de même que Bergmann il ne proscrivit pas entièrement l'intervention des bactéries. Tout en affirmant ses convictions quant à la nature chimique du poison putride, le savant chirurgien de Copenhague ne
(1) Verneuil, Clinique orale, 1879.
(2) Panum, Das putride Oift, die Rakterien, die putride ïnfektion oder Intoxikatioii und Scptikamic (Vlrchow's Archiv., 1874. R. LX, S. 301).
46d THËORIË DES GERMES.
put en effet se défendre d'accorder un rôle aux microrganismes. a: Le corps putride est peut-être le résultat, dit-il, de la vie des bactéries (principalement du bactérium termode Cohn), comme Tergotine est le produit de la végétation du daviceps purpura. Peut-être y a-t-il une véritable sécrétion, peut-être une simple décomposition des corps albuminoïdes? » En tous cas les bactéries n'en sont pas moins dans cette hypothèse indirectement indispensables à l'infection.
Les recherches de Panum étaient toutes expérimentales, celles de Heiberg, en 1874 (4), furent toutes cliniques. Heiberg observa chez une accouchée, morte de fièvre puerpérale, une panophtalmie remarquable» Il existait à la surface de la muqueuse utérine et dans les reins des colonies de micrococci que l'on retrouvait dans l'œil malade, en particulier dans la cornée, dans le pus de la chambre antérieure, dans le canal de Schlemm et dans les vaisseaux propres de la choroïde où ils faisaient embolies. De même dans les artères del'épiploon, il existait plus d'une douzaine d'embolies toutes constituées par les mêmes micr organismes.
Le cas de Heiberg ne fut pas isolé; Martini (1874) (2) rapporta presque en même temps plusieurs observations d'embolies des organes internes par les mêmes micrococci ; observations où le rôle des microrganismes était capital et hors de toute contestation.
XXIV. — Théorie de Billroth. — Presque en même temps Billroth (1874) (3) publiait ses recherches sur les
(1) Heiberg, Ein Fall von Panophthalmitis puerperalis, bedingt durch Mikrokokken; (Med. Centralblatt, 1874. B. XH, n' 36, S. 561).
(2) Martini, Uber Mikrokokkcn-Emboliçn innerer Organe; (Archiv fur Klin. Chirurgie, 1874. B. XVI, n^ 1, S, 157).
(3) Billroth, Untersuchungen ùber die Vegetationformen von Goccobacteria seplica und dcn Anthcil, welchen sie an der Ënstehun^ und Verbreitung der accidentcUcn Wundkrankheiten haben, Kritik der verscbiedenen Methodcn
antisoptic Wundbehandlung. Vfiexi, W4.
différentes formes de végétation de la côccobacterie septique et sur la part qu'elle prend dans le développement des accidents traumatiques.
Comme Panum, Billroth concéda aux microrganismes un certain rôle dans la production des accidents qui compliquent les plaies; mais il n'admit en aucune façon qu'ils fussent les agents directs et essentiels de la maladie. Il commença son travail par une étude sur les différentes formes ou espèces morphologiques, des organismes microscopiques, dont il donna une nou- .velle classification et une nouvelle nomenclature, ce qui ne pouvait réussir et ne réussit en effet qu'à augmenter la confusion qui régnait dans leur histoire. Quoi qu'il en soit, il n'admit que deux types : les coccos et les bactéries.
Les coccos sont sphériques; les bactéries sont allongées ou cylindriques. Ces deux types ne sont d'ailleurs que des variétés ou manières d'être d'une même espèce d'algue de la famille des oscillariées. — Suivant leur réunion par couple, par chaîne ou par colonies, ce sont : des diplococcos ou desdiplobactéries; des streptococcos ou streptobactéries ; des gliacoccos ou des gliabactéries.
Suivant leur volume, ce sont des micrococcos ou des microbactéries, des mésococcos ou mésobactéries, des mégacoccos ou des mégabactéries.
Quant à la coccobacteria septica, c'est un assemblage de coccos et de bactéries dans des proportions de grandeur et de quantité indéterminées.
La reproduction de ces organismes a lieu à l'aide de spores. Les spores de coccobacteria septica résistent à Tébullition et à la congélation.
Cela étant posé, Billroh entreprit deux séries de recherches : i* anatomiques ; % expérimentales, sur lesquelles il s'appuya pour édifier une doctrine.
Les recherches anatomiques consistèrent à examiner
.68 THÉORIii: DES GËllMËS.
le liquide péricardique de 200 cadavres pris au hasard pour y découvrir les micro rganismes; il3 fois, l'examen resta négatif ; 58 fois, il n'y eut que des bactéries; 48 fois, il y eut des bactéries et à la fois des micrococcos; 21 fois, il n'y eut que des micrococcos.
En y regardant de plus près et relevant les causes de la mort, Billroth constata pour les 200 cadavres que des organismes existaient surtout chez les sujets morts de maladies aiguës ; il en trouva en particulier 18 fois sur 22 cas de pyohémie et très souvent chez les pneumoniques : au contraire, chez les sujets morts de maladies septiques, les coccobactéries n'étaient pas constantes. Il semblait donc qu'il existât un rapport entre le caractère inflammatoire de la maladie et l'apparition des microrganismes.
D'autre part, Billroth observa que le sang, le pus et la lymphe se putréfient plus rapidement que les infusions musculaires ou viscérales ; que si le pus infect contienl la plupart du temps des micrococcos, il ne provoque pas toujours la fièvre, témoin les cas d'abcès absolument clos dont le pus contient des organismes. Il en conclut que la présence des micrococcos dans le pus n'a pas d'influence absolue sur la production de la pyohémie et la marche infectieuse de l'inflammation. Il affirma que les organismes que l'on trouve dans les humeurs ou les tissus vivants ne sont autres que ceux que Ton trouve dans les tissus morts en putréfaction, et qu'il n'existe aucun caractère morphologique qui permette de reconnaître qu'un micrococco ou une bactérie est spécifique de telle ou telle maladie.
C'est pour prouver le non spécificité des microi^anismes, que Billroth entreprit des recherches expérimentales. Par une série de transplantations de coccos et de bactéries dans des liquides différents, il chercha à démontrer que ces organismes s'acclimatent dans ces
liquides en se métamorphosant suivant leur nature et leur composition. La forme de la végétation dépendrait donc de la composition du liquide et n'influerait pas sur cette composition. La forme de la végétation serait par conséquent un effet et non une cause.
Passant à l'exposé doctrinal, Billroth renouvela Topinion de Lemaire (1868) et considéra que l'énergie vitale protège les humeurs et les tissus contre le développement des coccobactéries septiques dont les germes peuvent circuler ainsi avec le sang sans qu'il en résulte aucun dommage. C'est à un défaut de force vitale qu'il faut attribuer la présence de ces organismes dans le pus de certains abcès. D'ailleurs le développement des coccobactéries exige dans les humeurs une condition particulière sans laquelle ce développement n'a pas lieu. De même que ce sont les cadavres des sujets morts de maladies aiguës qui contiennent des coccobactéries en quantité la plus nombreuse, ce sont les plaies où survient un travail phlegmasique (Érésipèle, Phlegmon) qui sont surtout envahies par ces mêmes végétations.
C'est que, toujours d'après Billroth, dans les produits et les tissus inflammatoires il se forme une substance, un élément spécial zymdide phlogistique de même nature que la pepsine ou la diastase salivaire qui transforme ces produits et ces tissus inflammatoires, change leur constitution et les rend essentiellement favorables au développement et à la multiplication des coccobactéries. Les phlegmons et les érésipèles, loin donc d'être causés par la présence des microrganismes créent au contraire les conditions les plus favorables à leur apparition en produisant le zymoïde phlogistique. C'est ce zymoïde qui est l'agent phlogogène, et qui propage la phlegmasie locale. C'est en fixant et disséminant le zymoïde, grâce auquel elles vivent, que les coccobactéries deviennent véritablement des agents in-
fectieux. En résumé le zymoïde est tout; la coccobactérie, en et par soi, n'est rien ou n'est qu'un produit indifférent; la coccobactérie « zymoïdée y> acquiert les propriétés les plus nocives. Partout où le zymoïde existe, la coccobactérie apparaît et se développe. Le zymoïde peut, à lui seul, propager l'inflammation et même la disséminer dans l'organisme; mais la coccobactérie lui est d'un aide considérable dans cette œuvre, grâce à sa puissance de reproduction et de multiplication.
À côté du zymoïde phlogistique, Billrolh admit également un zymoïde septique. Le premier appartient à la pyohémie; le second appartient à la septicémie. L'un et l'autre peuvent coexister et sont d'ailleurs très voisins, sinon identiques.
Ces zymoïdes phlogistique ou septiques sont au surplus une pure hypothèse.
Il est positif que l'apparition des accidents traumatiques, dont les germes sont accusés, coïncide le plus souvent avec des phénomènes inflammatoires locaux ou généraux (Phlegmons, Lymphangite, Fièvre, etc.). Billroth prétend que le travail phlegmasique est la condition préalable nécessaire au développement des organismes; d'autres pensent au contraire, que ce sont les organismes qui causent les phlegmasies. Or peut-on ne pas remarquer qu'en admettant la théorie de Billroth, on ne comprend pas que toute phlegmasie spontanée, telle que la pleurésie aiguë, ne soit pas suivie d'accidents infectieux?
A cela Billroth objecte que le zymoïde ne résulte pas de toutes les inflammations, et que sa production n'est pas constante! Mais alors sous quelles influences et dans quelles conditions naît-il? Si la preuve de son existence est uniquement la présence des coccobactéries ; s'il ne naît que dans les conditions où l'on trouve d'habitude des coccobactéries, n'est-il pas aussi admissible d'attribuer à ces organismes toutes les hypothétiques qualités
qu'on accorde au zymoïde, et de considérer dès lors le travail phlegmasique comme l'effet et non comme la cause de la présence des organismes.
Examinons d'ailleurs de plus près les raisons sur lesquelles Billroth s'appuie pour admettre ce chimérique zymoïde :
1"* Toutes les formes d'organismes sont des manières d être d'une seule et môme algue. — Mais l'unité d'espèce et d'origine de toutes les formes de microrgaoismes n'est nullement démontrée. On ne peut en effet contester la vérité de la démonstration faite par M. Pasteur de l'existence des vibrions aérobies et des vibrions anaérobies. Or il est impossible d'admettre que des organismes qui exigent des conditions de vie si différentes aient la même origine, soient de même espèce et par conséquent remplissent les mêmes fonctions ;
T Les microrganismes existent surtout dans le liquide péricardique, chez les cadavres qui ont succombé à des affections inflammatoires {pyohémie, pneumonie, etc.). — Or rien d'étonnant à ce que l'on rencontre plus particulièrement des organismes sur les sujets morts de pyohémie et même de pneumonie, puisque ces maladies sont la pyohémie toujours, et la pneumonie dans certaines conditions, de nature infectieuse;
3"* Il n'existe aucun caractère qui permette d'attribuer aux divers organismes une spécificité morbide. — Mais s'il n'existe le plus souvent aucun caractère morphologique qui permette de reconnaître la spécificité de telle ou telle bactérie, cela ne prouve pas que cette spécificité ne soit réelle; témoin la bactéridie charbonneuse, dont la spécificité est aujourd'hui démontrée;
4"* La forme de végétation des microrganismes dépend du milieu dans lequel ils se trouvent. Il n'y a pas d'espèces différentes, il y a des formes différentes de coccobactéries. — Or, que la forme de végétation dépende du
472 TllÉOBlË DES GERMES.
milieu, c'est-à-dire que telle forme, qui se multiplie dans tel milieu, se métamorphose en une autre forme lorsqu'on la transplante dans tel autre milieu, cela signifie qu'on n'a point transplanté seulement la première foi*me, mais aussi des germes de la seconde qui pullulent exclusivement;
5"* Les germes de coccobactéries peuvent sans danger circuler avec le sang et exister dans le pus de certains abcès • — C'est en tous cas fort douteux au moins pour toutes les espèces ou formes de végétations ;
ô"" Les coccobactéries empruntent donc au milieu où elles vivent les qualités nocives qu'elles peuvent montrer. — Mais quand même il serait démontré que les bactéries ne peuvent avoir par elles-mêmes rien de spécifique, cela ne prouverait pas l'existence d'un zymoïde comme source de l'infection. En effet si les bactéries vivent, c'est aux dépens des liquides où elles se trouvent, c'est en les décomposant, et si tant est qu'on hasarde des hypothèses, celle qui considère les bactéries comme sécrétant ou fabriquant le poison aux dépens de leur liquide nourricier est assurément plus admissible. D'ailleurs et sans qu'il s'agisse de sécrétion de poison, il y a la question de la putréfaction que Billroth aurait dû vider, avant d'édifier sa théorie : or c'est la question préjudicielle capitale, c'est le critérium auquel il faut tout rapporter dans la théorie des germes. Ceux, dont l'opinion, respectable au moins, est que la septicémie et la pyohémie sont des putréfactions ou des fermentations putrides, sut generis^ ne parlent pas de sécrétion de poison; ils parlent d'un travail de décomposition également suigeneris du sang sans trop s'occuper des produits de cette décomposition et ne considérant que la dyscrasie qu'elle engendre.
J'avoue du reste ne pouvoir me rendre compte des succès incontestables et de moins en moins contestés
de la méthode des pansements antiseptiques, par la théorie de Billroth, aussi bien que par tous les systèmes qui n'accordent aux bactéries qu'un rôle de véhicules. Car enfin, on ne saurait évidemment prétendre que les bactéries soient, dans la plaie, les seuls corps capables de remplir ces fonctions de véhicules; les globules de pus doivent être considérés aussi comme entièrement aptes à ces fonctions. A quoi sert alors un pansement dont le but et le résultat sont de s'opposer au développement de ces bactéries? Le pansement ouaté pas plus que le pansement de Lister n'empêchent pas toujours l'inflammation des plaies; le zymoïde phlogistique peut par conséquent se fabriquer malgré eux. Pourquoi donc n'y a-t-il pas alors infection générale pyohémique ou septicémique. Si Tair ni ses germes n'interviennent pas, en un mot, pour produire ce terrible zymoïde, qui se fabriquerait au sein des tissus enflammés, d'où vient que ce soient justement les procédés de pansement qui s'opposent à l'accès de l'air ou qui empêchent ou tout au moins diminuent la multipHcation des germes apportés par l'air; que ce soient les pansements antiseptiques qui préviennent, avec le plus de succès, et l'inflammation elle-même, et la septicémie, et la pyohémie?
Que si l'on répond que c'est parce que ces pansements sont précisément antiphlogistiques. Je répliquerais qu'ils n'ont d abord aucune prétention à cela; qu'en second lieu, s'ils agissent comme des antiphlogistiques, c'est en défendant la plaie contre l'air et ses germes phlogogènes; enfin en troisième lieu, que tous les antiphlogistiques excellents que l'on connaît , et qui ne sont pas antiseptiques, devraient avoir les mêmes vertus ; ce qui n'est pas.
Toujours en 1874, A. Frisch (4), dans un long travail inspiré par Billroth, étudia le mode de propagation des
(1) A. Frisch, Experiinentelle Studien uber die Verbreitung der Fâulnissor-
i7i THÉOIUE DKt> GERMES.
microrganismes dans les tissus et les phénomènes inflamrnatoires provoqués sur la cornée par Tinoculation de liquides bactérifères.
Après avoir soutenu qu'à l'inverse de ce qu'avait dit Samuel, toutes les formes d'organismes apparaissent à la fois et que la production de telle ou telle de ces formes ne correspond pas à tel ou tel stade de la putréfaction, A. Frisch admit que la coccobacteria septica se propage à travers les tissus dans le sens où elle rencontre le moins de résistance; que sa progression résulte surtout de sa pullulalion rapide; qu'elle produit un certain relâche-% ment des tissus, mais qu'il n'est pas vraisemblable que les dégénérescences anatomiques des tissus en soient le résultat. Il soutint que les germes de l'air ou que les germes qui pénètrent certaines parties exposées à l'air sont l'origine des bactéries retrouvées ultérieurement dans les organes, au milieu desquels ils parviennent à travers les pores des tissus.
Quant au rôle des microrganismes dans la production des différentes inflammations, Frisch constata que, dans une série d'inoculations, des amas, en forme d'étoile, de bactéries sphériques ne se multipliant pas semblèrent n'exercer qu'une action mécanique; tandis que, dans d'autres cas l'inflammation provoquée par des organismes en voie de multiplication, prenait un caractère progressif. Il semble donc l'ésulter de là que les organismes ne possèdent eux-mêmes aucune spécificité, qu'ils n'agissent qu'en se multipliant, c'est-à-dire en décomposant les liquides qui les contiennent. Serait-ce donc aux produits chimiques, mis en liberté par la décomposition qu'il faut rapporter les diverses formes de phlegmasies? Mais l'injection de ces produits reste sans effet analogue. !
En résumé, considérant qu'il n'existe aucune diffé-
ganismen in den Geweben und die durch Impfung der Cornca mit pihhaltigi^n Flussigkeiten hervorgerufenon Entzundungsersdheinungen. Erlanj^en, i^7-i.
rence dans la forme, le volume, la couleur, etc., des éléments organisés que l'on trouve dans les produits intlammatoires ; que les mômes organismes cultivés dans les mêmes liquides suscitent souvent des réactions différentes; tandis que des amas de bactéries sphériques éveillent d'autre pari les mêmes réactions que des amas de bactéries cylindriques; Frisch conclut qu'on ne doit attribuer aucune importance aux différentes formes des végétations d'organismes. Considérant d'autre part que l'on ne peut attribuer au liquide inoculé en même temps que les bactéries la différence d'efficacité des inoculations, ou l'innocuité des injections de ce liquide isolé par filtralion, Frisch n'hésita pas à mettre cette différence sur le compte du processus vital ou de la manière de vivre et de se multiplier des organismes. En vivant et se multipliant les bactéries produisent une substance spéciale qui seule est nocive. L'énergie de leur vie et de leur reproduction dépend assurément de la qualité du liquide qui les renferme et les nourrit, et l'on conçoit alors que la production du poison dépend aussi de ce liquide. Mais ce poison ne saurait exister sans les microrganismes qui en sont les producteurs et les véhicules,
Frisch, n'entrait d'ailleurs dans aucune considération particulière au sujet de la pyohémie, à laquelle ses conclusions sont pourtant applicables.
Pas plus que Billroth, il n'avait du reste péremptoirement démontré l'indifférence de l'espèce des bactéries au point de vue de la septicémie. Il n'avait parlé en effet que de la forme morphologique. Or on sait déjà que des bactéries de deux espèces bien tranchées, l'une aérobie, l'autre anaérobie peuvent revêtir une forme identique. L'importance de cette question de la nature aérobie ou anaérobie des bactéries fut au surplus toujours absolument méconnue en Allemagne.