‹ L'infinité divine depuis Philon le Juif jusqu'à PlotinChapitre 13 sur 33 · LA VIE DE PLOTIN. L'INFINI EN SOI · texte numérisé non relu

LA VIE DE PLOTIN. L'INFINI EN SOI

Le Dieu de Plotin est infini. Mais cette Infinité et la doctrine qui l'établit seraient moins intelligibles sans un aperçu sur la vie et le caractère du philosophe. On peut en outre envisager la doctrine de l'Infinité sous quatre aspects successifs et complémentaires : raisons de l'Infinité; déterminations négatives : Dieu n'est ni la matière, ni la totalité des choses, etc. ; ineffabilité : Dieu est absolu, supérieur à tout, etc. ; déterminations positives : Dieu est parfait. Ce premier chapitre sera donc subdivisé en cinq paragraphes : l'un consacré à la vie et au caractère de Plotin, les quatre autres aux quatre aspects que nous venons de dire.

Vie et caractère de Plotin. — Ni cette vie ni ce caractère ne nous intéressent directement et complètement. Mais quelques traits montrent bien comment Plotin put

connaître Philon et les choses de l'Orient, s'en inspirer et donner ainsi à la notion de l'Infinité divine un développement qu'elle n'avait pas encore reçu.

Plotin naît à Lycopolis en 204. C'est donc un « Grec d'Egypte (i). » Il commence d'étudier la philosophie étant âgé de vingt-huit ans (2), à Alexandrie, la patrie de Philon. Ce premier essai met Plotin en goût. Il désire connaître la philosophie des Perses et des Indiens. L'expédition de Gordien partait ; Plotin la suit. Toutefois Gordien ayant été tué en Mésopotamie, Plotin ne va pas plus loin et se réfugie à Antioche (3). Puis Rome le reçoit ; il y enseigne pendant vingt-six ans et y meurt en 270 (4).

Les détails que Porphyre nous donne sur le caractère de Plotin sont souvent légendaires. Quelques-uns paraissent authentiques et doivent être notés. — Plotin rougissait de son corps et ne disait jamais la date ni le jour de sa naissance. Son silence était le même concernant sa famille et sa patrie. On voulut faire son portrait et son buste. 11 refusa. Comme Amélius insistait : « N'est-ce pas assez, dit-il, de porter cette image dans laquelle la nature nous a renfermés? Faut- il encore transmettre à la postérité l'image de cette image... ?» — L'estomac le faisait souffrir ; il ne prit aucun remède. Il ne se baignait pas non plus. Des serviteurs le frottaient seulement. La peste les ayant frappés, Plotin ne se fit pas continuer ce soin. Des ulcères survinrent ; la voix s'altéra ; la vue se troubla. Plotin se

(i) A et M. Croiset. Manuel d'hist. de la Litt. grecq., p. 780.

(2) PORPHYR. Vit. Plot., 3 (VOLKM., 1, 5^0).

(3) /6?rf. (I, 5'"}.

(4) Ibid. (I, 67).

retira simplement de Rome en Campanie sur un petit domaine qu'un ami lui avait légué (i). — La philosophie l'intéressait plus que son corps. « Les idées seules, dit Porphyre, l'occupaient... Lorsqu'il avait fini de composer quelque chose dans sa tête et qu'il écrivait ensuite ce qu'il avait médité, il semblait copier un livre. Ni la conversation ni la discussion ne le distrayaient de ses pensées, en sorte qu'il pouvait à la fois suffire à l'entretien et poursuivre ses méditations... Lorsque son interlocuteur s'en allait..., il reprenait la suite de sa composition comme si la conversation n'eût mis aucun intervalle à son application... Il ne se reposait jamais de cette attention intérieure ; elle cessait à peine durant un sommeil troublé souvent par l'insuffisance de la nourriture (parfois, en effet, il ne prenait pas même de pain) et par cette concentration perpétuelle de son esprit (2). » — Son enseignement reflétait l'ardeur de sa pensée. « Son langage n'était pas correct ; il disait, par exemple, àvaijLv-^ixicxeTai au lieu de àvaa'.ixv-i^ffxsTai. Mais lorsqu'il parlait, l'intelligence brillait sur son visage et l'illuminait de ses rayons. Il était beau surtout dans la discussion. On voyait alors comme une légère rosée couler de son front ; la douceur brillait sur son visage ; il répondait avec bonté et cependant avec solidité (3). » — L'influence de Plotin fut considérable. Un grand nombre d'auditeurs et de disciples fréquentaient ses leçons. Parmi eux se rencontraient plusieurs sénateurs. L'un de ceux-ci, Rogatianus, « se détacha même tellement des choses de

(1) PORPHYB. Vit. Plot., I.

(2) Ibid., 8.

(3) Ibid., i3.

la vie qu'il abandonna ses biens, renvoya tous ses domestiques et renonça à ses dignités (i). » Des femmes aussi, qui aimaient la philosophie, étaient très attachées à Plotin. Plusieurs hommes et plusieurs femmes de condition sur le point de mourir lui confièrent comme à un dépositaire irréprochable des enfants de l'un et de l'autre sexe avec tous leurs biens. Sa maison était ainsi remplie de jeunes garçons et de jeunes filles. Il examinait avec soin les comptes des tuteurs et veillait à ce que ceux-ci fussent économes. Les jeunes gens, disait-il, doivent conserver leurs biens et jouir de tous leurs revenus jusqu'à ce qu'ils s'adonnent à la philosophie (2). Enfin l'empereur Galien et l'impératrice Salonine sa femme avaient une considération particulière pour Plotin. Celui-ci les pria même de faire rebâtir une ville ruinée de Campanie et de la lui donner. Il l'eût appelée Platonopolis, y fût demeuré avec ses disciples et l'eût régie suivant les lois de Platon (3). — La douceur, la modestie et la finesse semblent avoir été les traits dominants du caractère chez Plotin. « Je l'interrogeai, raconte Porphyre, pendant trois jours sur l'union du corps avec l'âme, et il passa tout ce temps à m'expliquer ce que je voulais savoir (4). — Il était doux, dit encore le même biographe, et d'un accès facile pour tous ceux qui vivaient avec lui. Aussi il demeura vingt-six ans à Rome et fut pris souvent pour arbitre : jamais cependant il ne se brouilla avec aucun personnage

(1) Ibid., 7.

(2) Ibid., 9.

(3) Ibid., 12.

(4) Ibid., i3.

politique (i). » — D'autre part, Origène se mêla un jour à son auditoire. Plotin rougit et voulut se lever. Origène le pria de continuer. Plotin répondit que l'envie de parler cessait, lorsque ceux que l'on entretenait savaient ce qu'on avait à leur dire. Il parla donc quelque temps encore, puis se leva (2). — Sa finesse était aussi très grande. On avait volé un collier à une veuve qui demeurait avec lui. On fit venir les esclaves. Plotin les dévisagea tous et, montrant l'un d'eux, dit : « C'est celui-ci qui a commis le vol. » On donna les étrivières à cet esclave, qui nia d'abord, puis avoua et rendit le collier (3j.

Un dernier point reste à fixer. Quelle fut au juste l'influence d'Ammonius Saccas sur Plotin ? — Si l'on en croit Porphyre, « Plotin avait été présenté aux maîtres les plus réputés dans Alexandrie, mais il revenait toujours de leurs leçons triste et découragé et fit connaître la cause de son chagrin à l'un de ses amis. Celui-ci comprenant ce que Plotin souhaitait, le conduisit auprès d'Ammonius... Dès que Plotin eut entendu Ammonius, il dit à son ami : « Voilà l'homme que je cherchais » et depuis ce jour il resta assidûment auprès d'Ammonius (4). » Il y a plus (5). Ammonius, suivant Némésius et Hiéroclès, aurait transmis

(i) Ibid., 9.

(2) Ibid., 14.

(3) Ibid., II.

(4) Vit. Plot.. 3(1, 5 2')-

(5) (Cf. pour les textes Hiéroclès. De Provid. dans Photius. Biblioth. i-j'i-'. Edit. Bekker; Berlin, 1824, et Némésius. De nat. hom. ch. II et III, pp. 69 et seqq., 129 et seqq. Edit. Matthaei ; Halle- Magdebourg, 1802. — Pour la thèse, cf. Ed. Zeller. Amm. Sakk. u. Plotin. Archiv. f. Gesch. d. Phil. VII, 295, que l'auteur résume en Die phil. d. Griech. III 2, 5oi-i2; et H. Giyot. Atnmutiius Saccas. Rev. de l'inst. cath. de Paris. 1904, n" 5.

à Plotin de remarquables doctrines. Ammonius, quand îî enseignait, nous dit Hiëroclès, paraissait inspiré de Dieu. D'après lui Platon et Aristote avaient trouvé la vérité et il suffisait de les concilier pour conserver la bonne philosophie. Le témoignage de Némésius est double. Ammonius et Numénius d'une part auraient enseigné également que les choses intelligibles se donnaient sans s'épuiser ou «'altérer. L'âme était immatérielle, en dehors de tout lieu, et cependant présente partout par son opération ; quand donc nous disons qu'elle est quelque part, nous entendons dire simplement qu'elle agit ici ou là. Un autre fragment de Némésius nous apprend que, suivant Ammonius, l'âme était unie au corps, mais qu'elle ne formait pas avec celui-ci une substance mixte. L'une est présente à l'autre comme la lumière à l'air qui en est frappé et pénétré. L'âme contient donc le corps sans être contenue par lui. Elle peut enfin s'en séparer soit pour rentrer en elle-même par le raisonnement, soit pour s'élever par l'extase jusqu'à l'Intelligence. — Ces témoignages sont inacceptables. Les opinions que le dernier fragment de Némésius prête à Ammonius sont liées aux doctrines les plus essentielles de la métaphysique néoplatonicienne. Ammonius, aurait donc déjà inventé cette métaphysique. La chose est tout à fait invraisemblable. Le premier fragment ne dit pas ce qui revient à Ammonius et ce qui revient à Numénius dans cet aperçu profond sur les choses intelligibles. Sa portée est donc faible. Le témoignage de Hiéroclès ressemble finalement à celui de Némésius et demeure sujet aux mêmes critiques, Ammonius essayait aussi de concilier Platon et Aristote; or cette conciliation n'est pas encore

— ibi —

faite chez Plotin. Plus généralement Ammonius n'avait rien écrit [i). Comment Némésius et Hiéroclès savaient-ils deux siècles plus tard ce qu'il avait enseigné exactement ? Ensuite la comparaison des textes montre que Némésius a copié Hiéroclès. Nous savons enfin par Photius que celui-ci croyait lui-même à la souveraineté de l'éclectisme et cherchait, comme son maître Plutarque, à concilier Platon et Aristote. Il était donc tenté de prêter à Ammonius le même dessein et la même entreprise. En somme Némésius et Hiéroclès sont des Néoplatoniciens du v"^ siècle qui durent agir vis-à-vis d'Ammonius comme les Néopythagoriciens de l'âge précédent avaient agi vis-à-vis de Pythagore. Leurs opinions, pensèrent-ils, auraient plus de poids si elles avaient été professées par un homme ancien et un peu mystérieux. Ils les rapportèrent donc à Ammonius et à Pythagore plutôt qu'à Plotin ou à Platon. — Ammonius a donc pu être un précurseur, il n'a pas été le fondateur du Néoplatonisme. M. Ed. Zeller s'en tient là. C'est peut-être à tort. Ammonius apparaît à travers la légende comme une âme ardente et inquiète que l'étude des Livres Saints dut exalter encore ; Plotin en outre passa onze années auprès de lui. Un tel maître dut comprendre et aider un tel disciple à se comprendre lui-même. Le trait de Porphyre que nous avons rapporté est significatif à ce point de vue. Plotin ne conserva pas dans son enseignement les doctrines d'Ammonius; mais, comme Porphyre le dit encore, il en conserva Yesprit (2). Cet esprit était la ten-

(1) PORPHYR. Vit. Plot., 3 (I, 6»).

(2) Vit. Plot., 14 (I, 19'').

dance infinitiste. Nous l'avons trouvée aussi bien dans la vie et dans le caractère de Plotin. Les Ennéades vont nous la montrer à chaque page.

Cette Infinité trouve en Dieu même sa raison et sa nature.

Dieu, d'abord, est certainement l'Etre Premier. S'il est Premier, il est nécessairement aiit7-e que tout ce qu'il produit et donc que tout ce qui vient après lui et servirait à le déterminer. « Il faut que ce qui est avant toutes choses (Tipo TTocvTwv) soit simple et autre que tout ce qui vient après lui (ttocvtwv erepov Twv jjLET ' aùtd) (i). — Le Principe n'est pas le tout, mais c'est du principe que le tout vient (où yàp àpy^v) Tx TtâvTx, àXX ' l\ ô.^/yiZ tx Trâvxa). Le principe ne peut être, en effet, ni le tout, ni quoi que ce soit du tout, afin de le pouvoir produire (2). — Il faut que l'Etre premier remplisse et produise toutes choses (Trotetv wàvra), mais qu'il ne soit rien de ce qu'il produit (oùx slvai T« TTxvTa, a ■Koiîi) (3). — La cause diffère de l'effet : la cause du tout n'est rien du tout (xo oi Tràvrwv alxtov oùSév £(TTtv 8xet'v(ov)(4). » — Dieu, d'autre part, étant premier est Un. L'unité, en effet, précède la multitude qu'elle compose en se répétant « oeT oà itpo toù ttoXXoU to £v elvat, atp ' où xal to

(i) V, 4, I (II, 202").

(4) VI, 9, 6 (II, 5i7<»).

:roXu (i). « Si Dieu est un, il est encore et nécessairement autre que tout ce qui existe après lui. Tout cela, en effet, est multiple. Soit par exemple l'Intelligence (6 Nouç) qui est le principe le plus voisin de l'Etre premier. Elle enferme la dualité au moins idéale du sujet et de l'objet. Considérons-la en effet au repos : « Elle est Intelligence et Intelligible, en sorte qu'elle est double ; si elle est double, il faut qu'il y ait quelque chose avant cette duplicité (si Sa 8ûo, Seï To Trpb Tou Suo XafieTv) (2). » « Son activité, d'autre part, doit s'exercer sur autre chose, ou elle-même doit être multiple, si l'on veut qu'il y ait activité en elle. Si elle ne va pas en effet vers autre chose, elle s'arrêtera. Mais là où le repos est complet, il n'y a plus de pensée. Il faut donc que l'Intelligence, quand elle pense, soit double (Iv. Toi'vuv TO vooGv, orav voyj, èv oudlv etvai (3). » Conclusion : « L'Etre souverainement Simple et Premier est encore au-dessus de l'Intelligence (ÈTréxeiva vou) (4). » — Il s'en suit immédiatement que cet Etre est tout à fait indéterminé ou infini. « Admettons donc que le Principe premier

est infini (aTTHipov) Qu'on le conçoive en effet comme

Intelligence ou comme Dieu, il est plus encore (ttXéov laTi) ; unifiez-le par la pensée, il est plus encore (^tAéov èttlv).. même si vous l'imaginez comme plus un que votre propre pensée (5). — Dieu n'est pas fini (ô Oeôç où TreTrEpauaÉvoç) (6). — L'Intelligence en regardant vers le Principe premier {iy.v.)

(4) V, 3, n (II, 1943).

(5) VI, 9, 6 (II, 5i53i).

est déterminée (wpi^eTo) , mais celui-ci n'a pas de terme (Èxei'vou opov oûx eyovToç) ( i). » — L'Infinité du Principe premier n'est pas celle d'une quantité continue ou discontinue.. « Le Principe premier est infini (aTre-.pov) parce qu'il est un et que rien en lui ne peut être limité par quoi que ce soit (aYjSé 'é/etv Trpbç 0 bpiti zi twv èauToîî). Son unité le soustrait à la mesure et au nombre (où y.£;jiTCY,Tat oùo ' si; àptOaov ■r^y.n).- II n'a donc aucune figure , puisqu'il n'a ni parties ni forme (2). — A ce qui a pu tout faire quelle grandeur attribuer ? (t^ av iJ.i-^ifio<; l/o>. ;) Sera-ce en tant qu'il est infini ? (r, a-jreipov av e(r^ ;) Mais s'il est infini, il n'a pas de grandeur- La grandeur ne vient, en effet, qu'en dernier lieu. Le créateur de la grandeur ne doit même avoir aucune grandeur (et xa\ to^jto zOf/îiTE'., aùrov [xt] 'é/etv) (3). — Le Principe premier n'est pas non plus limité (oùoï rerspaçaévo;) : par quoi le serait-il ? Mais il n'est pas non plus infini comme une grandeur (àX>. ' où8 ' aTtetpoç wç [j.£Y£Oo;) (4). — (Le Principe premier) est un par une infinité sans grandeur (àasyiOei r& àire^pw) (5). » — L'Infinité de Dieu réside dans la perfection absolue de sa Puissance. La suite des textes que nous venons de citer et quelques autres passages l'établissent surabondamment : « Faisons donc le Principe premier infini, non par l'incommensurabilité de la grandeur ou du nombre, mais par l'incompréhensibilité de la puissance (aTiS'.pov tw àTrep'.XrjTrTO) TYjÇ ouvàixewç) (6). — Sa.

(4) V, 5, 10 (II, 2i8«*).

(6) Vi, 9,6 (II, 5i5 3').

grandeur à lui, c'est que rien ne possède une puissance qui égale ou puisse égaler la sienne {[x-r^^ï-i aùxoG.. SuvarcoTepov TraptffouirOat...) (i). — Où devrait s'étendre le Principe premier ? Serait-ce pour devenir quelque chose, lui qui n'a besoin de rien (aÙToi oùoevoç Seo[A^va) ;) Son infinité est sa puissance (xb S' aTteipov t; 8uva[xtç l'/ei). 11 ne peut ni changer ni manquer de rien, et les êtres qui ne manquent de rien ne le doivent qu'à lui (2). »

L'infinité divine étant qualitative et non quantitative, peut être partagée à l'infini et néanmoins rester entière ; « La puissance de la Vie (se, l'Etre premier) n'est pas une quantité ([jlv) ttos/,), mais si par la pensée on la partage à l'infini, elle possède toujours la même puissance fondamentale et infinie (àXX ' elç àustpov S'.aipwv... àel l/ti oùvaixtv ttjv aÙTTjv ^uG(jôGev àiretpov). Cette Vie ne contient pas de matière ; elle ne ressemble pas à la grandeur d'une masse qui diminue et arrive à rien. Si vous considérez l'infinité inépuisable qui est en elle (àsvaov èv aùrfi aTreiptav), sa nature infatigable (àxà[xaTov) , inlassable (arpurov), indéfectible (oû5a;xYi èXXs^TTouiTav) , à tel point que cette Vie déborde (ÛTrepÇÉouaccv Cw/]),.. OÙ trouverez- VOUS qu'elle ne soit pas présente? Vous ne pouvez donc la dépasser (où.. uTrep^T^oT)), aller au delà, et vous arrêter, comme si réduite à rien elle n'avait plus rien à donner (3)... — Si Dieu est partout, il n'est pas divisé,... sinon il serait corps. Or ceci est impossible. On doit donc tenir pour évident que Dieu est partout il la fois identique et tout entier. Or nous déclarons infinie

i3) VI, 5, 12 (II, 397»).

(«xeipov) une telle nature : elle n'est pas bornée en effet (où yy.p ^ TO7repa<TtxévYjv) ; mais n'est-ce pas parce que rien ne lui manque ? (oùx imAzi']/v. ;) 1 1). »

DÉTERMINATIONS NEGATIVES. — Telle cst dans ses lignes générales la pensée de Plotin sur l'Infinité divine. Les Ennéades permettent de reprendre cette pensée en détail. On voit alors le philosophe tantôt élever son Dieu audessus du Monde, de l'Ame, de l'Intelligence et de quoi que ce soit, affirmer qu'il est l'Absolu, le déclarer inconnaissable et ineffable, tantôt insister sur la perfection de ce Dieu.

Dieu n'est évidemment pas la matière (2). La matière» en effet, n'est qu'une puissance : il existe donc quelque chose avant elle (3). De plus la matière se présente comme une, étendue, impénétrable : d'où lui viennent ces qualités (4) ? La matière enfin deviendrait tout, si elle était Dieu : « tel le danseur qui se donne à lui-même toutes les attitudes » : mais c'est mettre le non-être à la place de l'être et le comble de l'absurdité (5j. — Le Principe premier n'est pas non plus la totalité des choses. Soit, en effet. Il n'y aura alors ni choses simples, puisque c'est l'hypothèse, ni choses composées : celles-ci, en effet, supposent les

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