‹ L'infinité divine depuis Philon le Juif jusqu'à PlotinChapitre 17 sur 33 · L'EXPANSION DE L'INFINI · texte numérisé non relu

L'EXPANSION DE L'INFINI

Si la Puissance divine est infinie, elle produit nécessairement, mais son expansion doit rappeler l'Infinité soit dans son ensemble, soit à chacune de ses étapes. En d'autres termes le nombre des Principes situés entre Dieu et la matière est infini. De ces Principes les plus remarquables sont l'Intelligence, l'Ame et les choses elles-mêmes. Plus particulièrement encore la nécessité, le mode et la continuité de la création ; l'existence de l'Intelligence, la manière dont elle apparaît, son contenu et sa valeur; l'Ame et le Monde sensible sont, aux mêmes points de vue, dans un rapport étroit avec l'Infinité divine. La Matière

Philon redoutait si fort{?), les attributs de la perfection.» (Hist. de la philos, trad. par O. J. Tissot ; t. IV, p. 474.) En 1848, Steinhart : « L'Unité suprême n'est point une abstraction vide, mais la chose la plus positive de toutes (das Positiviste von Allen), la Volonté éternellement active, féconde et toute-puissante. » (Real Encyclopaedie, art. Plotin.) — De même Ed. Zeller, Die Phil. d. Griech. qui expose successivement les déterminations négatives et positives de l'Unité. — Ajoutons, enfin, que les apologistes et les théologiens des cinq premiers siècles après Jésus-Christ, les philosophes du moyen âge, les mystiques du xvii* siècle (Petau, Thomassin, etc.) n'ont jamais compris autrement Plotin.

enfin n'est plus que le terme idéal de la puissance infinie. L'expansion de l'Infini produit ainsi un Infini par expansion. Nous laisserons pour le chapitre suivant l'étude du Monde sensible et de la Matière et nous consacrerons au contraire un paragraphe du présent chapitre à caractériser la philosophie de Plotin. Ce même chapitre sera donc subdivisé finalement en quatre parties : i^ L'infinité divine et la Production du monde ; 2° l'Infinité divine et Y Intelligence ; 3° la Philosophie de Plotin : son caractère ; 4° l'Infinité divine et Y Ame.

L'Infinité divine et la production du Monde. — Nous étudierons successivement dans cette production et au point de vue de l'Infinité, sa nécessité, son mode, sa continuité.

\° Nécessité de la création. — Dieu étant parfait n'avait besoin de' rien. Mais chercher dans la perfection de Dieu une raison de stérilité et comme un obstacle à son expansion serait méconnaître précisément la nature infinie de cette perfection. Si l'expérience nous montre que les êtres engendrent^dès qu'ils ont réalisé leur type, à combien plus forte raison doit-il en être ainsi de Dieu ! « Si le Principe premier est parfait, s'il est souverainement parfait et la puissance première, il doit surpasser tous les êtres par la puissance (oeï Tt-ivTwv... ouvîctwtxtov £!vai)... Or nous voyons que tout être parvenu à sa perfection... ne se repose pas

stérilement en lui, mais produit un autre être. Non seulement les êtres capables de choix, mais ceux qui en sont incapables, et même les êtres inanimés se partagent autant qu'ils peuvent : ainsi le feu réchauffe et la neige refroidit (i) Comment donc Celui qui est souverainement

parfait et le premier Bien demeurerait-il en lui-même (âv aOTû axat'-ri), comme s'il était jaloux de lui-même, ou impuissant, lui qui est la Puissance de tout (vj iravxow 5uva[jLtç)? Comment serait-il encore Principe? Il fallait donc que quelque chose naquît de Lui... (oe^ Syj ti xal àTr'àuToù. yevéffôai (2). »

2° Le mode de la créatioii. — Le mode suivant lequel Dieu produit est celui qui convient à un Etre infiniment parfait. — Le monde n'est pas le fruit du caprice et le résultat du hasard. « L'Etre (se, l'Intelligence et le monde intelligible) n'est pas contingent (où^ outw tuvéSyj) (3). — Il a engendré ce qui est né de Lui non au hasard (où/ ôjç £tu/£v),, mais comme il l'a voulu. Or sa volonté n'a pas été irrationnelle (oùx aXoyoç), ni fortuite (oùSà tou six?,), ni accidentelle {oùù ' wç ÈTTTîXGev) (4). » Dieu n'a pas agi par un vain désir. « Que pouvait-il se promettre de la fabrication du monde ? Il serait risible de penser à la gloire (Yva xiaàiToj, comme si Dieu était semblable aux artistes d'ici-bas... (5). »

(i) On remarquera dès maintenant cette comparaison que nous retrouverons souvent et dont la signification est grande dans la philosophie des Ennéades.

(2) V, 3, 4 (II, 2o3 '«);

(4) VI, 8, 18 (II, 5o3"). Cf. VI, 8, 9 (II, 490 20) : a dîku ir:oppip»M^> eli rù 3vT«.

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