VIII. - ROLE ET DESTINÉES DU TISSU DE GRANULATION
Il nous reste encore à passer rapidement en revue le rôle et les destinées du tissu de granulation ; ce sera, en quelque sorte, terminer le cycle des évolutions régulières subies par les cellules connectives dans les divers stades de l'inflammation.
Sclérogénèse. Tissu de cicatrice
Ce tissu conjonctif néo-formé, remarquable par sa richesse élémentaire et par son énorme vascularisation, reste pendant un certain temps à même d'assurer largement ses échanges nutritifs. Sa substance intermédiaire mucoïde est peu stable, facilement résorbable ; aussi, lorsque tout marche à souhait, le tissu de granulation remplit-il aisément son rôle qui paraît bien être de combler les vides produits par les destructions inflammatoires originelles. Il semble, selon l'heureuse expression de Weigert, que les néo-formations conjonctives récupèrent, à l'état pathologique, les fonctions attribuées chez l'embryon au tissu muqueux que l'on sait chargé de combler tous les vides en attendant les genèses futures des tissus et des parenchymes.
Bientôt cependant, pour en revenir au tissu de granulation, l'âge arrive qui apporte aux colonies néo-conjonctives d'autres fonctions et d'autres besoins. Les cellules connectives acquièrent, de plus en plus, des caractères mieux tranchés : leur noyau volumineux, en karyokinèse ou non, leur protoplasma granuleux plus abondant, affectant une forme
de moins en moins arrondie, insensiblement polyédrique, anguleuse, fusiforme, tout concourt à leur donner, à ces jeunes cellules, un aspect particulier. Comme souvent alors elles rappellent, surtout quand leur matière nucléaire est en travail karyokinétique, les cellules épithéliales des membranes muqueuses, le nom leur a été proposé de cellules épithélioïdes.
Sclérogénèse : cellules épithélioïdes, fibroblastes. — Ce sont les éléments des prochaines élaborations interstitielles. Elles conquièrent progressivement leurs fonctions et se mettent, par un mécanisme encore discuté, à construire les charpentes fibrillaires conjonctives et élastiques nouvelles. Pour Ziegler et ses élèves, les cellules vouées au travail de restauration connective offrent des caractères bien tranchés qui permettent de les reconnaître à l'œuvre. Ces fibroblastes ont un noyau richement coloré, un protoplasma granuleux fusiforme dont les prolongements, uniques, multiples ou ramifiés donnent naissance ou s'accolent à des fibrilles connectives nouvelles ; celles-ci se réunissent progressivement en faisceaux connectifs, qui écartent les uns des autres les fibroblastes et reconstituent ainsi, pas à pas, la charpente interstitielle.
Cette évolution progressive du tissu conjonctif de nouvelle formation se fait d'ordinaire très hâtivement.
Cette propriété d'atteindre, avec une rapidité parfois extraordinaire, la vie adulte avec toutes ses charges et toutes ses fatigues devient pour les jeunes cellules connectives une cause d'usure prochaine.
Sénilité rapide des néo-cellules conjonctives. On les voit, en effet, non seulement s'aplatir le long des faisceaux
et s'effiler, devenir en un mot des cellules connectives banales ; mais en outre elles ne vont pas tarder à présenter tous les signes d'une déchéance sénile avancée.
Involution progressive des tissus nouveaux. C'est qu'en même temps, dans le reste du tissu, se manifestent divers phénomènes d'involution progressive souvent aussi très rapide; un grand nombre des vaisseaux néo-formés s'affaissent, se rétractent, s'atrophient, et disparaissent saus laisser d'autres traces que quleques rares cellules amincies et quelques canalicules capillaires; ces derniers, à peine reconnaissables sur les coupes transversales, peuvent être manifestement imperméables et plus étroits que le moindre des hématoblastes.
Tissu de cicatrice. — Ainsi se produit le tissu de cicatrice, tissu desséché autant que le tissu de granulation, son générateur, était succulent, ischémié autant que l'autre était largement irrigué, dense et ferme, grâce à ses trousseaux fibreux, autant que son prédécesseur était lâche et peu résistant, pauvre enfin en cellules plates même atrophiées autant que le tissu granuleux érait vivant et richement cellulaire. Bref, pour tout résumer en un mot, le tissu jeune et conjonctivo-vasculaire a fait place à un tissu de sclérose. Nous aurons bientôt l'occasion d'étudier plus complètement les scléroses inflammatoires du tissu conjonctif ; ce que nous venons d'en dire suffira pour caractériser les évolutions normales des cellules connectives, entraînées dans le cycle des processus inflammatoires.
Nous verrons, dans quelque temps, que cette évolution progressive et normale des cellules conjonctives peut encore être troublée, arrêtée ou bouleversée profondément quand
certaines conditions pathologiques viennent se greffer sur l'inflammation simple du tissu conjonctivo-vasculaire.
Ces anomalies et ces complications représentent une pathologie secondaire entée sur un processus déterminé. Elles seront mieux à leur place à la fin de l'étude consacrée à l'inflammation du tissu conjonctif.