MULTIPLICITÉ DES PHÉNOMÈNES EXSUDATIFS
Quelles que doivent être l'étendue et l'intensité des lésions, la diapédèse inflammatoire se reconnaît d'ordinaire assez aisément à plusieurs caractères généraux qui ne font guère défaut et dont le groupement et la sériation demeurent habituellement immuables.
i° C'est, tout d'abord, que la diapédèse n'est pour ainsi dire jamais le phénomène exsudatif unique. Les points où l'œil aperçoit les leucocytes accumulés en palissades plus ou moins épaisses autour des veinules originelles et autour des capillaires sont aussi, d'ordinaire, le siège d'exsudats albumineux, fibrino-albumineux, fibrineux, ou hémorrhagiques, presque toujours aisément reconnaissables à l'aide des procédés histochimiques et colorants dont nous disposons aujourd'hui. C'est bien alors, comme nous le disions précédemment, une diffusion disproportionnée, mais évidente, des diverses parties constitutives du tissu sanguin qui s'est faite à travers les parois vasculaires anormalement dilatées.
2° Il est de règle, en second lieu, de constater des perturbations morphologiques et nutritives, plus ou moins rapides, dans la structure des leucocytes exsudés sous le corps de l'inflammation. Pour peu que le début de la poussée inflammatoire remonte à quelques heures, à un jour ou deux, nombre
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de troubles physiques apparaîtront déjà de toute évidence dans les cellules blanches : ici, telle cellule lymphatique se montrera mal colorable, tuméfiée, avec un protoplasma pâli, comme effrité, avec un noyau boursouflé, œdémateux, d'apparence hydropique, parfois en karyokinèse évidente; là, une cellule, très petite au contraire, offrira un noyau tantôt en multiplication directe, tantôt en voie de fragmentation comme pulvérulente.; ailleurs, la plupart des globules blancs seront manifestement surchargés de graisse, ou en voie de désintégration granulo-graisseuse, voire même en état de nécrose, de transformation fibrinoïde ou fibrineuse ; autant de lésions, autant d'aspects diversement groupés par les auteurs, et au-dessus desquels plane la nécrose coagulante, si remarquablement décrite par Weigert (Coagulation' s Nécrose), et que nous étudierons bientôt.
Un peu plus et l'on verra, lors du travail de réparation réactionnelle, nombre de cellules blanches, nécrosées, privées de noyau, ou encore bien vivantes mais incluses dans l'intérieur du protoplasma de gros éléments cellulaires, les macrophages de Metchnikoff, (cellules conjonctives ou leucocytes mono-nucléaires); parfois, ce travail de digestion cellulaire sera d'autant plus appréciable que les lésions inflammatoires •auront des caractères objectifs plus tranchés.
3° La participation, bien évidente et plus ou moins étendue, du tissu conj onctivo-vasculaire interstitiel aux processus réactionnels caratéristiques de l'inflammation, représente un troisième élément qui permet d'assurer le diagnostic de l'hyperdiapédèse inflammatoire. Les cellules fixes du voisinage sont toujours modifiées," déformées, hypertrophiées, proliférées, dès le début de la poussée inflammatoire. Elles forment, au milieu des larges travées remplies d'éléments
blancs, des îlots reconnaissables, comme les cellules ellesmêmes qui tranchent par leurs contours anguleux, fusiformes, quelquefois aussi par les prolongements ramifiés de leur protoplasma. Ces grosses cellules, qui seront les fibroflastes des époques restauratrices, possèdent, au plus haut point, d'après les auteurs les plus récents, Ziegler, Nikiforoff. Metchnikoff entre autres, le pouvoir phagocytaire : elles englobent les petits leucocytes voisins affaiblis, usés par la lutte, les assimilent, les digèrent et donnent ainsi, pendant les différentes étapes de cette vie parasitaire, les figures histologiques les plus variées, combinées diversement d'ailleurs avec les différents stades de la karyokinèse (1).
Dans ces tissus, soumis de la sorte aux perturbations nutritives et tormatives les plus marquées, l'appréciation des procédés inflammatoires n'est point trop malaisée.
Il n'en est peut-être pas de même à une époque plus rapprochée du début et surtout dans les foyers inflammatoires plus discrets, plus insidieux, au niveau desquels Phyperdiapédèse semble seulement s'ébaucher, en attendant une poussée réactionnelle qui paraît tarder. Dans ces cas il est bon,
(*) Nikiforoff. — Beitrœge path. Anat. de Ziegler, 1890, p. 401, en employant la méthode de coloration de Biondi (a), l'a démontré d'une façon saisissante. La technique permet de suivre l'évolution des phagocytes.
[a) Le Mélange de Biondi est le suivant :
Le tissu a été fixé par le liquide de Lang (solution chlorurée sodique de sublimé au
Les coupes passent de 6 à 24 heures dans le mélange tricolore, solution mère étendue "de 60 à 100 parties d'eau.
La solution mère est constituée ainsi :
! Solution aqueuse concentrée d'aurantia 100 cent, cubes. Fuchsine acide (sol. aqueuse concentrée) ;o cent, cubes.
Vert de méthyle (sol. aqueuse concentrée) 50 cent, cubes.
La coupe est lavée^à l'alcool absolu ; Elle passe au xylol ;
Elle est montée dans le baume au xylol.
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comme en toute circonstance du reste, de rechercher avec soin un quatrième caractère révélateur de l'hyperdiapédèse inflammatoire : la dislocation topographique des éléments fondamentaux du tissu. Cette dissociation des éléments constitutifs par les exsudats est fort importante; elle joue, indubitablement, un rôle capital, dans les troubles fonctionnels qui vont révéler les souffrances de l'organe envahi. Même discrète, elle est remarquablement brutale, brisant souvent des liens, relâchant des attaches qui sembleraient indissolubles. Lorsque, par exemple, les lésions parviennent à morceler, en un point déterminé, des trabécules hépatiques, préludant ainsi, par un mécanisme assez complexe, aux désordes qui constitueront bientôt telle ou telle variété d'hépatite subaiguë, diffuse ou nodulaire, toxique ou infectieuse, le bouleversement des parties apparaît très visible. La désorganisation architectonique peut être portée à son comble et la mort aiglie des éléments nobles de l'organe en devenir, partiellement au moins, la conséquence.