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IV. — FONCTIONS DES GLOBULES BLANCS DANS LES PROCESSUS INFLAMMATOIRES

L'inflammation suppurative, telle que nous aurons à l'esquisser, représente une forme tout-à-fait spéciale de l'inflammation : c'est l'inflammation destructive avec réaction hyperdiapédétique extrême et les leucocytes paraissent y effectuer, au premier plan, un travail décisif.

Il s'en fant que, dans l'ensemble des processus aigus et, pour porter plus haut le débat, dans l'ensemble des maladies inflammatoires, les cellules blanches acquièrent une pareille valeur pathogénique. A tout bien considérer, on reconnaît que d'ordinaire les éléments blancs, n'y occupent ni aussi constamment, ni aussi longtemps, la scène morbide. Sans doute, à un certain moment, plus ou moins tard après le début de la maladie, leur hyperdiapédèse est pour ainsi dire

(') La Suppuration aurait rationnellement sa place ici, mais, en raison de son importance, nous avons cru devoir la traiter en un chapitre spécial, Chapitre IV, p. 134.

de règle au sein des tissus envahis d'une manière aiguë ; leur nombre établit alors assez bien, à première vue au moins, le rôle qui leur est échu. Toutefois il faudrait bien se garder de graduer l'intensité des processus inflammatoires d'après le nombre et la variété des leucocytes exsudés; car, d'une part, l'acuité des maladies infectieuses ne se juge nullement par l'intensité de leurs lésions réactionnelles et, par conséquent, pour ce qui nous intéresse en ce moment, par les degrés de l'hyperdiapédèse ; d'autre part, le rôle même des leucocytes dans les travaux inflammatoires est encore soumis à la discussion (4). Aussi l'on serait presque en droit d'avancer l'argument inverse : les plus virulentes, et aussi les plus toxiques, des maladies infectieuses de l'Homme, (le charbon le choléra, la Rage, la diphthérie, la fièvre paludéenne), toutes celles qui, une fois leur incubation complétée, peuvent tuer en quelques heures, sont précisément celles qui annihilent ou, en tout cas, qui restreignent le plus l'hyperdiapédèse et le pliagocytisme des cellules blanches (2).

Ceci admis, voyons comment on peut expliquer les différentes manières d'être des cellules blanches dans les processus inflammatoires.

Diapédèse et processus inflammatoires

En thèse générale, on peut avancer que la diapédèse accompagne habituellement les processus inflammatoires aigus, à

(!) Consultez à cet égard les travaux récents de Bouchard, Charrin, Gamaleia, Metchnikoff, Massart et Bordet, Bûchner, Nikiforoff, Ziegler.

(2) La tuberculose expérimentale de Yersin : Annales de VInstitut Pasteur, 1888, T. II, p. 245 ; la tuberculose aviaire expérimentalement transmise aux lapins, et aux cobayes, Straus et Gamaleia ; la fièvre récurrente spontanée de l'homme, ou expérimentalement transmise au singe, Soudakewitch : Annales de VInstitut Pasteur, sept. 1891, p. 545 permettent de généraliser cette loi à la grande majorité des maladies infectieuses hématiques.

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un moment quelconque de leur évolution ; soit au début, pendant l'invasion même du mal, soit plus tard, alors que l'effort réactionnel de l'organisme bat son plein, et que les toxines des microbes pathogènes ont été détruites ou éliminées, cédant la place à cet état bactéricide des humeurs très favorable à la diapédèse (').

Quelle que soit d'ailleurs l'époque de l'hyperdiapédèse, il faut distinguer, dans chaque maladie, la forme anatomopathologique des lésions inflammatoires qui l'accompagnent ou la prolongent. A ce point de vue, et sans prétendre établir une division très méthodique, il est bon de classer les processus anatomo-pathologiques, car la diapédèse varie singulièrement d'une forme à l'autre. Considérés dans leur ensemble, les processus inflammatoires aigus sont exsudatifs ou végétants ; les chroniques sont sclérosants ou ulcéreux % chacun d'eux n'étant pas nécessairement isolé, tous pouvant plus ou moins coïncider et créer ainsi les diverses variétés d'inflammations aiguës, subaiguës et chroniques décrites par la pathologie.

Les processus exsudaiifs se divisent en deux groupes distincts, presque antagonistes, les exsudais fibrineux avec leurs diverses variétés (fibrineux, séro-fibrineux, fîbrinohémorrhagiques, séreux) et les exsudais purulents qui se séparent des premiers précisément parce qu'ils ne contiennent pas ou presque pas de fibrine, et qu'ils sont toujours d'origine infectieuse.

Quelle que soit la région occupée par les exsudats

(!) Bouchard. — « Essai d'une théorie de l'infection. Maladie, guérison, immunité. Virus vaccin ». Xe Congrès internat. Berlin, 1890.

Charrin et Gamaleia. — C. R. de la Soc. de Biol., juillet 1890. Gamaleia. — Arch. Mèd . exp. et Anat. path., 1891, p. 277.

inflammatoires fibrineux, (tissu conjonctif interstitiel, membranes séreuses ou muqueuses, peau) la fibrine s'y montre partout et toujours accompagnée d'une quantité habituellement considérable de leucocytes.

Tout exsudât fibrineux est fibrino-leucocytique, alors même que, comme nous le verrons bientôt, la quantité de fibrine y serait minime et que l'épanchement se rapprocherait de plus en plus de la sérosité œdémateuse.

Ce qui nous occupe le plus pour le moment, c'est de savoir les fonctions et les destinées des leucocytes dans les exsudats non purulents. L'intéressant est moins de les suivre dans leurs pérégrinations à travers les lésions, ceux qui vivent paraissant, au moins au début, continuer en plein exsudât leurs fonctions et leurs travaux physiologiques. Le point vraiment délicat serait d'établir sûrement le rôle des leucocytes dans la formation des blocs fibrineux.

La fibrine épanchée est-elle uniquement formée par la précipitation des substances chimiques du plasma sanguin ou lymphatique (l) génératrices de la fibrine ? Les hématoblastes de Hayem, qui forment à l'intérieur des vaisseaux enflammés comme le centre de cristallisation des caillots thrombosiques, diapédèsent-ils hors des vaisseaux, à l'instar des globules blancs et des globules rouges ? Le fibrinogène contenu dans les noyaux des leucocytes précipite-t-il le plasma sanguin ou lymphatique dans l'intimité des espaces conjonctifs ? enfin, comme le propose, non sans réserves, Weigert (2), la fibrine

(*) Renaut. — Traité d'Histol. pratique, 1889, p. 163, 173, mort du plasma, coagulation. — Hayem. — Le sang, p. 283, 290, 465., etc.

(2) Weigert. — « Entzundung ». Loc. cit. démontre que les exsudats inflammatoires diffèrent des transsudats œdémateux parce qu'ils sont plus riches en leucocytes que le sang lui-même ; pour lui, par conséquent, le nombre des globules blancs diapédésés détermine la teneur en fibrine de l'exsudat inflammatoire.

peut-elle résulter en partie de la nécrose coagulante des leucocytes diapédésés ? Autant de questions dont la solution diffère au gré des observateurs (').

En somme, on peut dire que dans les inflammations fibrineuses, les globules blancs, toujours nombreux, qui séjournent, sont exposés à tous les aléas auxquels leurs propriétés physiologiques les rendent accessibles.

Quant aux exsudais purulents, dont la caractéristique est la destruction progressive d'une quantité variable de tissus et d'éléments, nous étudierons suffisamment, dans les pages suivantes, les diverses attributions des leucocytes exsudés. Un point cependant mérite de nous arrêter ici : c'est le fait que la grande majorité des globules purulents est, au début du moins, avant la période des restaurations élémentaires, un composé de leucocytes polynucléaires ou neutrophiles, c'est-à-dire de cellules blanches munies de plusieurs masses nucléaires, ou d'une masse nucléaire multifractionnée. Cette constatation, acceptée par tous les observateurs, s'explique aussi de différentes manières : les uns veulent y voir la preuve d'une désintégration prochaine de l'élément blanc, frappé par les poisons du pus (2), les autres

(1) Weigert. — « Coagulation's Nécrose », in Realencyclopœdie der Gesammten Heilkunde, Band IV, 1883, p. 342-347, on peut démontrer l'origine nettement leucocytique des masses coagulées dans les cas d'exsudats pseudo-diphtériques du pharynx, dans les thrombus blancs des vaisseaux sanguins, dans certaines formes d'inflammations des membranes séreuses et de l'endocarde, etc. — 11 n'y a pas, en effet, de raison pour que les globules blancs, à l'inverse des autres cellules de l'organisme, échappent à la mortification fibrineuse.

(2) Il nous semble utile de bien différencier la multinuclèation des leucocytes de Yétat pulvérulent ou fragmentaire du noyau, aisément reconnaissable dans les foyers inflammatoires. Cette dernière lésion, preuve d'une désorganisation de l'élément cellulaire, jette dans les foyers inflammatoires et particulièrement dans les collections purulentes, ces poussières de matière nucléaire signalées lors de l'étude histologique du pus.

reconnaissent dans les leucocytes à noyaux multiples des microphages par excellence, et mettent sur le compte des difficultés de l'effraction diapédétique à travers les endothéliums vasculaires cette division, cet étirement plus ou moins incomplet de la matière nucléaire ; il s'agirait alors d'une adaptation fonctionnelle du noyau et non d'un signe de morbidité ('). Dans un instant nous les verrons à l'œuvre; pour le moment il nous suffit de rappeler qu'un grand nombre d'entre eux est voué à la mort liquéfiante et que les survivants ne semblent pas avoir grand'chose à faire pour empêcher la fibrine de paraître dans la collection purulente ou pour résorber celle qui s'y serait précipitée antérieurement. Tout le travail des cellules purulentes se concentre sur la destruction des matériaux pyogènes et sur l'élimination du pus hors de l'organisme.

Plus complexes sont les attributions des cellules blanches dans les inflammations végétantes, autrement dit réparatrices. Ici, peu ou pas de leucocytes polynucléaires ; les microphages n'ont plus rien à faire ; ils sont partis, chargés de leur butin ou ont été mangés par les macrophages. La grande majoritédes éléments blancs infiltrant le tissu de granulation est représentée par les gros leucocytes mononucléaires, macrophages, qui travaillent, conjointement avec les endothéliums et les jeunes cellules connectives, aux restaurations du tissu conjonctivo-vasculaire. Or, ce point même est actuellement encore en discussion : il s'agit de savoir si, oui ou non, les leucocytes et spécialement les gros.leucocytes

(*) Metchnikoff. — L'Inflammation, p. 221. Il ne faut pas oublier non plus que la proportion des leucocytes polynucléaires du sang est de 75 °/0 par rapport aux autres cellules blanches.

mononucléaires sont susceptibles de contribuer directement aux élaborations réparatrices du tissu conjonctivo-vasculaire. D'un côté, Ziegler, naguère encore partisan de cette idée, aujourd'hui hostile, avec tous ses élèves et la presque totalité de l'Ecole allemande, condamnent absolument les globules blancs à l'impuissance et ne leur accordent aucune part active dans les néo-formations des tissus ; de l'autre, MetchnikofT avec ses élèves qui, s'adressant aux tissus vivants, on pourrait dire à l'échelle des êtres, voit accourir, partout où se fait la régénération des tissus, et ces lymphocytes, petites cellules blanches naissantes inaptes encore à la phagocytose, et les gros leucocytes mono-nucléaires, leurs descendants immédiats. L'école zoologiste croit démontrer péremptoirement que ces gros phagocytes se transforment in situ en cellules fixes, c'est-à-dire en cellules connectives (fibroblastes de Ziegler) Le désaccord ne saurait guère être plus profond. L'avenir décidera entre les deux opinions.

Pour ce qui est des inflammations chroniques, auxquelles îa sclérogénèse du tissu de cicatrice propre aux inflammations restauratrices subaiguës sert précisément de transition, (toute inflammation subaiguë prolongée étant une inflammation prochainement chronique), la question de la diapédèse y est plus complexe qu'elle ne paraît au premier abord. Dans

(*) Certains arguments, invoqués de part et d'autre, paraissent absolument inattaquables ou radicalement erronés à l'Ecole adverse. C'est ainsi que, refusant la mitose à tout leucocyte extravasé, et d'autre part acceptant le travail de Krafft qui prétend avoir vu la karyokinèse dans les cellules du périoste le lendemain même d'une fracture, Nikiforoff décrit la mitose des cellules fixes dès le second jour des lésions inflammatoires expérimentales et poursuit leurs rejetons mobilisés loin de leur foyer d'origine, jusqu'à l'intérieur des corps étrangers inclus (exp. de Ziegler, de Marchand, de Arnold). C'est précisément à la plupart de ces éléments migrateurs que Metchnikoff, Arnold, Spronck, Gulland, Peremechko, accordent le droit à la karyokinèse et ce sont eux qu'ils considèrent comme des leucocytes mononucléaires.

les inflammations subaiguës et chroniques rentrent en effet tous les cas où la stagnation du sang et de la lymphe peut s'accompagner de transsudation d'éléments lymphatiques (thrombose sanguine, infractus, œdème lymphatique, etc.), tous ceux où les élaborations interstitielles donnentnaissance à quelqu'une des variétés de cellules géantes que nous aurons bientôt l'occasion d'étudier. Ces diverses scléroses, qu'elles soient atrophiques ou hypertrophiantes, peuvent, dans certaines conditions souvent mal déterminées, s'infiltrer d'éléments lymphatiques, en amas parfois considérables. Dans ces cas, il est difficile de savoir si l'on a affaire à des cellules blanches ou à des éléments soi-disant embryonnaires, produits abâtardis ou reliquats encore nucléés des cellules épithéliales. Parfois, la constatation de germes pathogènes (streptocoques, bacilles tuberculeux) au sein de pareils foyers embryonnaires vient en révéler la cause et le mécanisme : c'est une poussée subaiguë, développée au milieu de lésions chroniques manifestement éteintes.

Les inflammations sclérosantes des organes et des tissus n'en sont pas moins des affections d'ordre essentiellement toxique, alors même que, comme cela se voit dans le cours de la tuberculose, de la lèpre, de la syphilis, la cause déterminante serait une infection sûrement parasitaire et d'une spécificité déterminée. Nombre d'auteurs modernes poursuivent d'ailleurs, dans l'évolution de ces lésions chroniques, le développement de leurs conceptions théoriques concernant le rôle et les fonctions des globules blancs. Ici, par exemple, les phagocytes mono-nucléaires (*), attaqueraient les éléments vaincus représentés par les épithé-

(*) Metchnikoff. — L'Inflammation, p. 203.

liums glandulaires et non plus par des microbes morts ou moribonds. Des éléments nobles des tissus, épuisés par une nutrition défectueuse et surtout par la série des empoisonnements propres à la maladie causale (alcool, plomb, mercure, arsenic, goutte, diabète), se trouvent réduits à l'état de corps étrangers inertes. Ils peuvent même devenir nuisibles, à cause des poisons cadavériques qui se dégagent, longtemps encore, de leur substance en voie de désorganisation. Nous aurons bientôt à apprécier la théorie phagocytaire appliquée aux inflammations chroniques.

En attendant, il est bon de noter que les leucocytes diapédésés au milieu de travées scléreuses paraissent, d'ordinaire, y vivre à l'aise, souvent accumulés autour des vaisseaux. Il est exceptionnel de les voir écrasés les uns contre les autres, au point de subir quelque lésion atrophique et de mal accepter les colorants histo-chimiques habituels. S'ils sontgraisseux, granulo-graisseux ou pigmentés, ce sont autant de masses dont ils se sont chargés au détriment des cellules nobles : ils pourront même parfois s'en être surchargés jusqu'à en souffrir ou même en succomber (cachexie pigmentaire du diabète sucré, cachexie palustre).

Les inflammations ulcéreuses chroniques ne nous arrêteront pas ('). Au point de vue des leucocytes, il ne s'agit que d'une plaie en butte à des infections multiples qui rendent la cicatrisation difficile.

Molimen hyperdiapédétique. Hémorrhagie blanche

Toutes les fois que l'inflammation apparaît, l'hyperdiapédèse, Y hémorrhagie blanche, tend à se produire et les leuco-

(*) Voy. plus loin : Formes de V inflammation du tissu conjonctif.

cytes entrent en jeu, mettant en œuvre leurs propriétés fonctionnelles, qui seront utiles ou nuisibles suivant les circonstances. En outre, comme toutes les cellules de l'organisme soumises àdes perturbations profondes, les leucocytes souffriront pour leur propre part et auront à subir une série de désordres relevant de la cause phlogogène. D'une façon générale, il n'est donc pas exagéré de dire que dans tout processus inflammatoire s'accompagnant d nyperdiapédèse l'inflammation des tissus composant l'organe atteint se complique nécessairement d'un état pathologique annexé, ressortissant au molimen hyperdiapédétique et aux altérations secondaires des cellules blanches émigrées : Que feront ces leucocytes ?

Leur rôle complexe et variable, comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, se peut résumer néanmoins en quelques mots :

a) Les leucocytes passent au milieu du foyer inflammatoire, apportant avec eux soit les produits alimentaires accoutumés (glycogène, peptones, graisses, etc.), soit différents matériaux étrangers inertes (solubles ou insolubles), actifs ou organisés (microbes), susceptibles de modifier l'évolution deslésions inflammatoires. Puis, certains d'entre eux, libres, nullement atteints, quittent la région, rentrant dans les espaces lympathiques, comme ils étaient venus. D'autres, déchargés de leurs matériaux se sont livrés à leur fonction phagocytaire. Ces « balayeurs de Lorganisme », selon l'expression imagée courante, emportent, englobés dans leur protoplasma, diverses substances alimentaires, des corps étrangers formés dans le foyer phlogogène (pigments sanguins ou biliaires, masses mélaniques, etc.), des déchets organiques.

Parmi ces déchets, on pourra reconnaître, inclus dans les leucocytes, des fragments de cellules ou des cellules blanches entières (microphages ou macrophages détruits, mangés par les macrophages ('), des microbes pathogènes morts ou encore vivants et ayant conservé plus ou moins intacte leur puissance nocive, des fibres et des grains élastiques(2). Qu'on n'argue pas, à propos de cette phagocytose des globules blancs dans les foyers inflammatoires, on ne sait quelle action mécanique banale : une véritable sélection préside à l'absorption des microbes pathogènes par les globules blancs (8). Cette sélection est-elle une fonction physiologique propre à la matière vivante du globule blanc ? est-ce, au contraire, une apparente sélection qui ne résulte que d'un état chimiotactique positif ou négatif produit à distance ou dans l'atmosphère environnante par les sécrétions des germes pathogènes ? Le point importe peu pour ce qui nous intéresse en ce moment.

b) Les leucocytes demeurent dans le foyer et alors, si la vie y est possible, ils luttent contre les ennemis inclus avec eux dans la région malade, entourent les tissus désorganisés, isolent, autant que possible, les cultures des germes pathogènes causes du mal, et enfin s'associent, à la périphérie des

(!) Les recherches de Rosbach, de Leber, semblent démontrer que les leucocytes possèdent une diastase qui attaque et digère les substances englobées dans leur protoplasma .

(s) Balzer. — « Gommes de la peau ». Revue de Médecine, 1884. — « Xanthélasma » Arch. de Phys. norm. et patJiol., juin 1884, p. 65.

Basset. — « Gommes syphilitiques sous-cutanées », Thèse, Paris, 1884.

Les lymphocytes et les leucocytes éosinophiles sont inaptes à la phagocytose Les polynucléaires (neutrophiles) englobent les streptocoques de l'erysipèle et les gonocoques que les mono-nucléaires refusent. Ces derniers, au contraire, absorbent les bacilles lépreux que les neutrophiles respectent : Metchnikoff. — Arch. de Virchow. T. CVII. 1887. Les leucocytes du cobaye et de la souris refusent la bactéridie charbonneuse, ceux du pigeon et du lapin le bacille du choléra des poules, etc.

lésions, par un mécanisme encore discuté, aux travaux de défense du tissu conjonctivo-vasculaire, se multipliant par cytodierèse, même par karyokinèse (A), élaborant peut-être aussi, à eux seuls ou en commun avec les cellules connectées, des produits cellulaires nouveaux et monstrueux, décrits en bloc sous le nom de cellules géantes. Nous avons vu quelles difficultés entourent l'étude des élaborations réparatrices du tissu conjonctif ; nous savons quelles controverses poursuivent, aujourd'hui encore, le rôle des leucocytes dans la formation des cellules conjonctives ; nous verrons qu'il en est de même pour les cellules géantes.

Quoi qu'il en soit, l'action restauratrice des cellules blanches, si elle existe, peut être directe (métamorphose en cellules épithélioïdes, puis en fibroblastes) ou indirecte ; les globules blancs n'auraient, dans cette seconde hypothèse, qu'à continuer leurs fonctions normales (apport de matériaux pour les élaborations karyokinétiques des cellules connectives) ; ils serviraient même, in toto, d'aliments aux jeunes cellules épithélioïdes jouissant, comme on sait, du pouvoir phagocytaire (Ziegler, Nikiforoft).

Enfin les leucocytes emprisonnés dans le foyer inflammatoire succombent souvent. Nous saurons comment meurent les leucocytes dans les foyers de suppuration ; nous verrons que les causes de la mort y sont complexes. Il en est de même pour les autres processus inflammatoires. Dans les exsudats, dans les inflammations végétantes, dans les ulcérations chroniques du tissu conjonctif, les causes de la mort des leucocytes ne sont pas plus simples. L'examen des tissus

(*) Metchnikoff. — Après Koultchitsky, Flemming, Muskatbluth (leucocytes du lapin) a observé la karyokinèse, à plusieurs reprises, sur les cellules migratrices des larves d'axolotl. « L'Inflammation » Loc. cit. p. 154.

donne à penser maintes fois que la nutrition des éléments blancs exsudés n'y était plus facile, ou bien que le trop grand nombre de cellules réunies en un même point les contraignait à dégénérer, Plus souvent encore on peut judicieusement conclure que la cause destructive ayant continué son action, les leucocytes sont morts faute d'une résistance suffisante.

La façon dont ils meurent est également variable : c'est tantôt une dégénérescence graisseuse ou granulo-graisseuse aigiie, tantôt peut-être, comme Weigert le dit, une mort fibrineuse (transformation nécrosique, coagulante): tantôt encore, c'est une mortification sidérante, sous l'action d'un poison particulier : la caséification de toutes les parties constitutives d'une région quelconque quelquefois extraordinairement étendue ; la pneumonie caséeuse lobaire aigiie en est un exemple. Il y a, enfin, la mort par englobement, par phagocytose, les macrophages étant capables d'absorber morts ou vivants les microphages polynucléaires (') et les macrophages désorganisés.

Comme on le voit, les destinées des cellules blanches dans les évolutions leucocytiques inflammatoires sont des plus variables et réglées, d'une manière générale, par la marche des lésions organopathiques.

Déterminisme des évolutions leucocytiques

Ce serait aller au-delà des limites que nous nous sommes imposées dans ces études a n a t o m o-p a t h o 1 o gi q u e s , que de vouloir terminer l'esquisse, déjà longue, des globules blancs

(A) Les globules blancs englobés par les macrophages se creusent souvent une sorte de vacuole en plein protoplasma, indice d'une lutte plus ou moins prolongée entre les deux matières protoplasmiques. Les plus beaux exemples de macrophages physaliphores sont fournis par les cellules lépreuses

dans l'inflammation par l'examen des doctrines pathogéniques expliquant la diapédèse inflammatoire. Ainsi que le dit judicieusement le professeur Bouchard ('), le problème pathogénique de l'inflammation commence à se poser sur sa véritable base depuis que la chimie bactériologique estparvenue à isoler divers produits de sécrétion des microbes pathogènes. La notion nécessaire que les travaux modernes s'efforcent de dégager consiste actuellement à établir le déterminisme de la diapédèse dans les processus inflammatoires. Lorsqu'on saura pourquoi et comment les leucocytes, lors de l'apparition des désordres inflammatoires, sortent de vaisseaux en cohortes innombrables ou au contraire demeurent emprisonnés à l'intérieur de la couche endothéliale des vaisseaux sanguins, la plus grande partie du problème sera résolue : l'histoire de l'inflammation sera à peu près terminée.

D'ici là, on est encore obligé de s'en tenir aux hypothèses et, par conséquent, de demeurer sur une prudente réserve quand il s'agit d'échafauder les doctrines modernes de l'inflammation. Actuellement, plusieurs courants entraînent les théories pathogéniques de l'inflammation ; toutes acceptent, d'ailleurs, l'idée fondamentale de la lutte de l'organisme contre les causes nocives. L'inflammation est, dans son ensemble, une réaction des agrégats cellulaires.

La chaîne phagocytaire de Metchnikoff est basée sur cette idée que la réaction des éléments s'accomplit à l'aide d'un lien vivant (2) entre les cellules connectives, les endothéliums

(!) Bouchard. — « Examen des doctrines de l'inflammation ». Leçon d'ouverture du cours de la Faculté de médecine. Avril 1891 ; et « Les microbes pathogènes », Loc. cit., p. 170.

(2) Metchnikoff. -- Biologisches Centralblatt, 1S83. Le savant zoologiste de l'Institut Pasteur tient compte aujourd'hui du chimiotaxisme dans sa doctrine de l'inflammation. Leçons sur V Inflammation. 1891.

et les leucocytes « qui forment une chaîne entière jouant le « rôle principal dans l'inflammation telle qu'elle se produit « chez les vertébrés. » Dans cette hypothèse, les cellules fixes, (l'élément princeps dans la série des êtres munis d'un tissu conjonctif), atteintes les premières, transmettent l'ordre d'action aux endothéliums vasculaires qui, se contractant, laissent passer les globules blancs ou, pour mieux dire, facilitent leur diapédèse. La phagoc)rtose fera le reste. Ainsi comprise, la réaction inflammatoire est la mise en œuvre d'une force inhérente à tout organisme vivant, la puissance curatrice.

Le chimiotaxisme , né peu de temps après les recherches sur la phagocytose, commence à entrer dans le domaine de la pathologie. Les travaux de botanistes éminents, Stahl, Pfeffer, avaient établi l'attraction ou la répulsion possible obtenues des organismes les plus inférieurs (plasmodes, spermatozoïdes des cryptogames) par les milieux ambiants. La pathologie expérimentale s'est efforcée, à leur suite, de cataloguer les impressions sensitives et tactiles exercées par le milieu sur les leucocytes, ces éléments amiboïdes. Une science nouvelle est née, qui, entre les mains de Leber de Lubarsch (2J de Peckelharing (;!), de Massart et Bordet ('), de Gabritchevsky (:;) et d'autres, tend à accorder aux cellules blanches une sensibilité chimique identique à celle des organismes inférieurs. Les substances solubles se divisent dès

(!) Leber. — Foriscliitte der Médecin., T. VI. 1888 et « Die Entstch. d. Entziind » Leipzig, 1891.

(2) Lubarch. — Centralbl. f. Backteriolog., T. VI.

(3) Peckelharing. — Semaine médicale, 1889.

('•) Massart et Bordet. — « Recherches sur l'irritabilité des leucocytes. » Journ. de la Soc. des Se. mèi. et naU de Bruxelles. 1890.

(5) Gabritchevsky. — Annal, de i'Iust. Pasteur, 1890.

lors en attractives, répulsives et indifférentes à l'égard des leucocytes.

Forts de ces données, les expérimentateurs ont étudié l'influence chimiotactique positive ou négative des microbes pathogènes et de leurs produits de sécrétion sur les cellules migratrices. Avec Biichner (*), la chimie physiologique va plus loin encore puisque ce savant croit avoir isolé la substance qui, dans la constitution intime des microbes, attire les leucocytes. La protéine microbienne de Biichner n'agirait, d'après cet auteur et ses partisans (2), Qu'après que les sécrétions des microbes pathogènes auraient produit leurs désordres dans l'organisme. En d'autres termes, la phagocytose, pour ces auteurs, n'interviendrait qu'après la mort des microbes (:!). Les tissus malades, adultérés par la culture intensive des germes, donneraient également, en se désorganisant, liberté à des protéines animales qui appelleraient les leucocytes dans le foyer inflammatoire.

La lutte, car on ne peut la nier, s'effectuerait, au début de la maladie, aux dépens de l'organisme tout entier qui, grâce à ses humeurs devenant bactéricides, épuiserait (') l'action des germes pathogènes et vaccinerait ainsi, pour un temps variable, l'organisme en le rendant réfractaireà de nouvelles

(!) Buchner. — « Irritabil. chimiq. des leucoeyt. (en rapp. avec l'inflamm. et la suppur. ». Berl. Klin. Wochensch., 1890.

(2) Gamaleia. — Arch. de Mcd. expèrim. 1861. p. 282.

Biichner a retiré sa protéine d'un certain nombre de microbes (pneumo-bacille de Friedlander, b. pyocyanique, b. subtilis, b. lactique, b. typhique, strep'. pyog. aureus). Elle semble faire défaut dans le b. prodigiosus. Injectée à l'Homme, elle est phlogogène (inj. s. eut.) ; chez le lapin (inj. intra-veineuse) elle produit une leucocytose intense. Elle n'est pas pyogène pour les animaux.

('<) Bouchard. — « Essai d'une théorie de l'infection. » Congrès de Berlin, 1890. Et ; « Microbes pathogènes », 1892.

cultures ('), immunité acquise, plus ou moins durable suivant les circonstances.

Nous ne pouvons poursuivre ces idées théoriques dans toutes leurs conséquences. Ce que nous venons d'en dire suffit pour montrer les formules actuellement en discussion.

Au fond, si les conceptions doctrinales diffèrent plus ou moins radicalement, les faits observés demeurent immuables. Ils montrent que, pour une lésion locale quelconque, la participation générale de l'organisme est assurée, et que toute maladie aiguë ne peut paraître locale qu'autant que ses lésions les plus grossières restent circonscrites.

Aujourd'hui, les attributions et le rôle des leucoc)rtes commencent à se mieux préciser dans leur ensemble. La médecine part de ce principe que toute maladie aiguë fébrile est toxi-infectieuse et que, comme telle, elle jette dans l'organisme entier une série, encore incalculable, de substances nocives jouant à l'égard des éléments le rôle de poisons.

Ces substances toxiques, que nous avons vues à l'œuvre dans les chapitres précédents, syattaquent volontiers aux cellules blanches de tout l'organisme et aux autres éléments du tissu conjonctif.

Le fait primordial, la première conséquence qui résulte de cette irritation phlogogénique des cellules blanches, (la première par ordre d'importance et sans doute aussi par ordre chronologique) c'est la multiplication exagérée, Yliyperplasie des leucocytes , qui se traduit cliniquement par la leucocytose inflammatoire, et anatomo-pathologiquement par l'exagéra-

(!) Bouchard. — Loc. cit. certains microbes pathogènes sécrètent, en même temps que leurs toxines, les matières vaccinantes qui, répandues dans l'organisme, entraveront bientôt leurs cultures. Par contre, certains autres, tels que le staphylocoque doré; loin de vacciner, augmentent, en se cultivant, la réceptivité de l'organisme.

tion du nombre des figures karyokinétiques dans les nids lymphatiques du tissu réticulé et de la moelle des os (*).

La leucocytose est, en effet, la règle dans une foule de maladies inflammatoires non seulement pyogéniques (2), mais même purement phlogogéniques aiguës, (Pneumonie, Érysipèle, rhumatisme aigu, variole), subaiguës (néphrite, ostéopériostite) ou chroniques (tuberculose pulmonaire, abcès par congestion, maladie de Bright) (3).

La leucocytose établie, la réaction locale commence et l'hyperdiapédèse a lieu, si l'état des humeurs le permet. Les éléments capables de lutter pour l'ensemble de l'organisme exercent leurs efforts (phagocytose, formation des cellules géantes, circonscription des foyers inflammatoires par les fibroblastes, élimination du pus, élaborations restauratrices, etc). Pendant ce temps les épithéliums travaillent à l'excrétion et à la destruction des poisons produits, et le milieu intérieur, la lymphe organique, acquiert un état chimique particulier (immunisation, état bactéricide).

Dans cette coopération synergique de tous les tissus pour la défense commune, les globules blancs ont tenu leur place, affirmant, une fois encore, l'unicité anatomo-physiologique des divers éléments du tissu conjonctivo-vasculaire.

(*) L'expérimentation a démontré qu'il s'agit bien d'une influence hypernutritive exercée par des poisons en voie de circulation dans les humeurs (injections intraveineuses des protéines microbiennes du B. pyocyanique, produisant une proportion de leucocytes dans le sang sept fois plus élevée que normalement. (Buchner et Romer).

(2) Malassez. — Arch. Physiol. norm. et path. 1874, 1875, 1880.

(3) Hayem. — « Le sang », Loc. cit., p. 468. Si la leucocytose manque dans certaines maladies aiguës, comme la fièvre typhoïde, il faut presque nécessairement en inférer que les centres germinatifs du tissu lymphoïde sont profondément lésés ou rendus inaptes à réagir contre le processus phlegmasique en question.

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