I. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA SUPPURATION
PHLOGOGÉNIE ET PYOGENIE
La suppuration, quels qu'en soient le siège, l'étendue et la variété, ne consiste pas uniquement en une diapédèse exagérée de leucocytes, pas plus d'ailleurs qu'en une énorme prolifération, souvent mortelle, des cellules fixes ou des cellules lymphatiques de la région.
Pour qu'un foyer purulent puisse se produire, pour qu'il persiste, si minime soit-il, il faut qu'au processus inflammatoire fondamental et classique se surajoutent une série de phénomènes suffisamment distincts (ne disons pas cependant spécifiques), sans lesquels le pus ne saurait se former. Ces phénomènes, toujours identiques à eux-mêmes, se résument ainsi : mort rapide et liquéfiante, au cours de Vhyper -diapédèse, d'une certaine quantité des tissus envahis, avec désintégration granulo-graisseuse des matériaux exsudés.
Donc, diapédèse excessive et précipitée et, simultanément, nécrose hâtive avec désintégration moléculaire plus ou moins complète des tissus et dégénérescence graisseuse des éléments contenus dans le foyer, voilà la caractéristique suffisante et nécessaire de tout processus pyogénique. Il est bon d'ajouter
Fig. I. — Streptocoques pyogènes trouvés dans les caillots fibrineux d'une endocardite végétante consécutive à une lymphangite érysipélateuse du membre inférieur.
a. fibrine ; b, globules ronges ; c, streptocoques.
que, dans l'immense majorité des cas, ce double caractère histo-chimique est dominé par un élément pathogénique important, la présence, à l'intérieur du foyer, de microbes doués d'un pouvoir pyogène. Toutefois, comme nous le verrons bientôt, la pyogénie n'est qu'une qualité accidentelle, une fonction temporaire dévolue à certains germes, à l'occasion d'un degré de virulence plus ou moins nettement déterminé.
Un exemple : le streptocoque pyogène. l'un des éléments les plus fréquents de la suppuration, peut, quand il se cultive dans certains tissus de l'homme, dans le derme en particulier,
y perdre d'emblée son pouvoir pyogénique et ne produire qu'une inflammation diapédétique extrême, non suppurative, que la clinique connaît et décrit sous le nom à'érysipèle. Il s'agit pourtant bien du même germe que celui inoculé par un procédé quelconque au niveau des organes génitaux internes de la femme en couche, et produisant, on ne peut dire indifféremment mais plutôt selon diverses causes obscures, toujours difficiles à préciser (1), ici la péritonite puerpérale suppurée, là l'infection puerpérale septicémique suraiguë, ailleurs l'endophlébite thrombosique (2) qui ne suppure pas souvent ou l'endocardite végétante ulcéreuse qui ne suppure jamais (voy. fig. I et II).
Foyer de suppuration
Tout foyer de suppuration, alors même qu'il s'agit d'un phlegmon diffus dont la marche suraiguë, parfois foudroyante, justifie les interventions les plus audacieuses de la chirurgie moderne, est plus ou moins bien délimité par un territoire, zone d'extension ou zone de défense suivant les cas, qui le sépare encore des tissus sains. En dedans, c'est le terrain envahi par la masse des éléments du pus. On peut affirmer que, quoi qu'il arrive plus tard, les tissus soumis à l'action destructive des éléments pyogéniquesy seront en partie ou en totalité détruits. Les procédés de restauration qui s'y devront produire ultérieurement, s'approcheraient-ils de la perfection réparatrice, y laisseront de toute nécessité des cicatrices indélébiles, atrophiques.
(1) WlDAL.
(") Vaquez.
— « Infection puerpérale, phlegmatia et érysipèle ». Thèse, Paris, 1889.
— « La thrombose cachectique ». Thèse, Paris, 1890.