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I. — EXCLUSIVISME DE LA DOCTRINE DE COHNHEIM

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, vont nous être d'un grand secours pour l'étude des lésions inflammatoires subies par le tissu conjonctif. Ils simplifieront singugulièrement, comme on verra, la complexité des problèmes que comportent ce chapitre important d'anatomie pathologique générale.

Qu'on envisage d'un coup d'œil d'ensemble la totalité des causes de l'inflammation ou, pour être plus exact, la série

des causes réputées phlogogènes et acceptées encore aujourd'hui comme telles par l'ensemble des auteurs, on reconnaîtra sans difficulté que tout élément anatomique, tout tissu, tout organe soumis à Tune quelconque [|de ces causes subit, par ce fait, une sorte de traumatisme. Toute action nocive de ce genre crée, à proprement parler, un choc inflammatoire, capable de perturber plus ou moins profondément la vitalité des éléments cellulaires.

Il nous est inutile, pour le moment, d'entrer dans le détail de ces causes, si peu semblables les unes aux autres, au moins en apparence. Qu'il nous suffise d'accepter comme démontré que tout processus inflammatoire d'origine quelconque, traumatique, chimique ou infectieuse, débute inévitablement par un premier acte, toujours le même, malgré ses divers aspects : le bouleversement fonctionnel et en particulier la perturbation nutritive des éléments cellulaires.

Jusqu'à présent, il est bon de le remarquer, nous ne prenons parti pour ou contre aucune des deux idées doctrinales modernes qui se disputent la théorie pathogénique de l'inflammation. Notre devoir est, avant tout, d'étudier les faits. Pour cela, commençons par interroger le tissu conjonctivovasculaire,et soumettons-le aux causes phlogogènes les plus simples, les moias discutables.

Critique de l'expérience de Cohnheim

S'il suffisait de reprendre l'expérience de Cohnheim pour résoudre la question, notre travail serait aisé. Nous n'aurions qu'à dire : le tissu conjonctivo-vasculaire qui s'enflamme, dilate ses vaisseaux, y accumule les globules blancs du sang qu'il fait transsuder à travers les parois vasculaires

en même temps qu'une quantité plus ou moins considérable de liquides empruntés au plasma sanguin. Puis, fidèles à la doctrine exclusive de Cohnheim, nous n'aurions plus qu'à proclamer que la diapédèse symbolise l'inflammation.

Or, une fois la belle expérience de Cohnheim réalisée, tout n'est pas dit, il s'en faut. Si tant est que la diapédèse exagérée marque le début réel, le primum movens des phénomènes, nous devons nous demander si le processus inflammatoire, sitôt né, n'engendre pas en outre d'autres désordres élémentaires du plus haut intérêt.

Une expérience unique, si impeccable soit-elle, ne saurait à elle seule, suffire pour expliquer la totalité des signes et des lésions histologiques confondus, en pathologie, sous le terme élastique et compréhensif d'inflammation.

Ce sont précisément de telles erreurs qu'on peut relever chez nombre d'auteurs qui s'efforcent, doctrinaires aveugles, de synthétiser, selon telle ou telle étroite formule expérimentale, l'ensemble des processus inflammatoires.

Tout d'abord, et pour ne nous en tenir qu'à l'expérience de Cohnheim, on ne saurait passer sous silence quelquesunes des nombreuses objections qui lui ont été présentées.

Tous les éléments cellulaires, composant le mésentère, souffrent dans V expérience de Cohnheim. Le fait seul d'exposer à l'air, pendant plusieurs heures, une membrane séreuse, saine, constitue déjà un essai de pathologie expérimentale excessivement complexe. Il n'y a pas, dans ce cas, que les cellules endothéliales vasculaires qui souffrent et subissent, d'après la formule même de Cohnheim, une modification chimique encore indéterminée. Les cellules endothéliales qui recouvrent la séreuse, les cellules connectives qui s'étalent à la surface des travées fibrillaires, les globules

blancs migrateurs qui, avant le choc inflammatoire, sillonnaient les espaces lymphatiques sous-séreux et même la surface endothéliale au moment de l'ouverture du ventre, tous ces éléments vont supporter pour leur part, eux aussi, l'injure de l'air.

Bien d'autres éléments encore, les cellules musculaires des vaisseaux, les éléments nerveux des plexus, pour ne parler que des corps cellulaires, une foule de colonies vivantes prennent également leur part dans les souffrances imposées à La membrane séreuse étalée hors de l'abdomen.

Cette part de souffrance, qui doit être cependant fort appréciable, Cohnheim Ta volontairement négligée. Il omet, dans sa mémorable expérience, la répartition cependant si nécessaire des perturbations fonctionnelles attribuables à tous les éléments cellulaires autres que les endothéliums vasculaires sanguins et que les leucocytes intra-vasculaires (*).

Nous, qui cherchons sans parti pris, nous n'avons pas le droit de suivre de pareils errements et nous devons interroger

(!) La haute intelligence de Cohnheim ne pouvait toutefois méconnaître l'importance de pareilles objections. C'est ainsi qu'il accepte le bien fondé de l'expérience de Wegner qui z pu laisser la cavité abdominale d'un lapin ou d'un chien exposée, 2 heures durant, à l'air atmosphérique pur sans observer de lésions inflammatoires consécutives ; Cohnheim en conclut que ce sont surtout les germes pathogènes qui jouent un rôle important dans les inflammations traumatiques. Cependant, aux expériences de Lewit (exposition du mésentère sous une couche d'huile de ricin) et à celles de Zahn, plus graves dans leur signification, Cohnheim répondra par les expériences contradictoires de Lesser, son élève.

On sait que, sous l'inspiration de Klebs, Zahn maintient 7 et 8 heures, exposé à l'air stérilisé, le mésentère d'une grenouille. 11 empêche ainsi, pendant cette longue épreuve, l'émigration des globules blancs. Or, bien que la diapédèse manque, on assisterait à toutes les modifications circulatoires qui accompagnent l'inflammation; la margination, en particulier, se produit; mais, en l'absence des modifications inflammatoires de la paroi vasculaire et du tissu conjonctif, la sortie diapédétique des leucocytes ne pourrait avoir lieu.

Il est bon de remarquer, entre parenthèses, que cette série d'expériences due à Lewit

en même temps, aux mêmes phases du processus, tous les éléments constitutifs de l'organe enflammé.

Cohnheim accepte, d'ailleurs, que les cellules fixes du tissu conjonctif souffrent profondément au cours de ses expériences ; mais les lésions qu'elles supportent ne sont, à ses yeux, que consécutives aux troubles circulatoires (').

En tous cas, pour lui, les lésions contemporaines du début de l'inflammation ne sont que des lésions nécrosantes causées par l'agent phlogogène, et ces morts cellulaires ne jouent aucun rôle dans l'ordination du processus inflammatoire (margination, diapédèse, exsudats.)

et à Zahn correspond exactement, dans ses résultats, aux expériences tentées journellement par la chirurgie moderne aseptique sur le péritoine de l'homme.

Cohnheim se défend à l'aide des expériences pratiquées par Lesser dans son laboratoire. Contrairement aux auteurs, ce dernier démontre que, même avec les précautions les plus minutieuses, on ne peut empêcher l'inflammation du mésentère, une fois que ce dernier est sorti de la cavité abdominale. Malgré tout, après en avoir conclu que la cause essentielle de L'inflammation réside en ce que les vaisseaux exposés à l'air, vivent dans des conditions absolument anormales, Cohnheim s'empresse d'ajouter (loc. cit. p. qu' « il « est également possible que des processus nécrosants se produisent au niveau de Va coit- « che la plus superficielle du mésentère ». Ce qui est, pour ainsi dire, accepter la simultanéité des lésions endothéliales et vasculaires. Un pareil aveu, même incomplet, venant d'une telle bouche, acquiert une importante signification.

(*) Cohnheim. — Loc. cit., déclare, en effet, que la composition chimique de ces cellules connectives ne peut demeurer intacte alors que le courant sanguin diminue dans les vaisseaux et surtout alors qu'elles baignent au milieu d'un transsudat singulièrement modifié en quantité et en qualité. Dans ses expériences, l'ischémie, la chaleur, les caustiques détruisent, désorganisent ou font dégénérer un grand nombre de cellules connectives ou endothéliales; mais, selon lui, ces perturbations cellulaires n'ont rien à voir dans le développement des manifestations vasculaires, seuls signes positifs de l'inflammation.

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