‹ L'inflammation [electronic resource]Chapitre 9 sur 101 · SI · texte numérisé non relu

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loin de simplifier, devrait, semble-t-il, plutôt aggraver encore l'intensité des symptômes.

Or, chacun sait qu'il n'en est rien. Après l'ablation d'une tumeur sous-cutanée, par exemple, ou après toute autre opération nécessitant une incision de la peau, le chirurgien, au bout d'un laps de temps plus ou moins long, une heure ou deux, par exemple, pourra impunément accoler les lèvres de la plaie. Dans les 48 heures qui suivront, quelque prolongée qu'ait été l'exposition à l'air, le tissu conjonctif sous-cutané ne manifestera aucun phénomène inflammatoire : la réunion immédiate, par première intention, s'effectuera. Bientôt, il ne restera plus qu'une trace, une simple cicatrice linéaire, à la formation de laquelle, comme nous allons voir, les vaisseaux n'auront pris qu'une part modeste, exempte de tout molimen inflammatoire.

Que s'est-il passé au sein du tissu conjonctif ainsi traumatisé ? La juxtaposition des surfaces cruentées s'est établie avec une rapidité tellement extraordinaire qu'aucune exsudation n'a pu se faire entre les lèvres de la plaie (4). Il n'y a, en vérité, à invoquer ici aucun phénomène vasculaire. Weigert lui-même (2), le défenseur le plus autorisé de la doctrine de Cohnheim, accorde que dans la guérison des plaies par première intention, tous les phénomènes vasculaires de l'inflammation peuvent faire défaut.

Mécanisme de la réunion immédiate

Hypertrophie aiguë des cellules connectives ; rôle de la fibrine. — Force est donc de demander aux autres agents

O1) Rindfleisch. — 2 raitê d' 'Histologie pathol. , Trad. Gross et Schmitt. 1888, p. 103. (2) Weigert. — Article « Entzûndung », in Reaîencyclop., 1886, p. 336.

cellulaires composant le tissu conjonctivo-vasculaire le mécanisme de cette restauration pour ainsi dire instantanée. Les récentes expériences de Ranvier (') nous donnent, il me semble, la clef du problème : sans entrer dans le détail des faits qui figureront mieux à leur place à propos des inflammations des membranes séreuses, disons que l'étude attentive de ses expériences a permis à Ranvier d'établir, en principe, que tout élément connectif (cellule conjonctive ou cellule endothéliale, peu importe) sitôt traumatisé, réagit, à condition, bien entendu, de n'être frappé de mort ni immédiate ni prochaine. Dans le cas actuel, l'incision passant à travers le tissu conjonctivo-vasculaire y occasionne une exsudation plus ou moins hémorrhagique. Les filaments fibrineux qui se forment dans cette exsudation se fixent aussitôt aux faisceaux sectionnés du tissu conjonctif et constituent, de cette façon , une première charpente provisoire entre les deux lèvres de la plaie.

Bientôt, c'est-à-dire dès la fin du premier jour, si l'on s'en rapporte du moins aux expériences faites sur l'endothélium du péritoine, les cellules connectives traumatisées grossissent, s'hypertrophient ; leurs prolongements divisés par le choc inflammatoire, s'accroissent et le protoplasma cellulaire en émet même de nouveaux. Bref, les signes d'une vitalité cellulaire intense, suractive, se montrent dans toute l'étendue du protoplasma, alors que le noyau de la cellule ne présente encore aucun indice d'un travail de multiplication karyokinétique.

Puis, les prolongements protoplasmiques des cellules hy-

f1) Ranvier. — Comptes-RtJidus, Académie des Sciences, (20 avril 1891), p. 845

pertrophiées s'accolent aux filaments de la charpente fibrineuse, glissent le long d'eux, les suivent, traversent l'espace traumatisé, et vont, à distance, se souder les uns aux autres, « formant ainsi une seconde charpente plus solide que la pre- « mière, plus vivante et qui va bientôt travailler à l'édifica- « tion définitive de la cicatrice par le développement de fais- « ceaux conjonctifs et de fibres élastiques. »

Inutilité de la diapédèse. — Il n'y a eu besoin, on le voit, pour cette restauration de tissu, d'aucune prolifération cellulaire. Les leucocytes, la fibrine et les hématies tombés hors des vaisseaux n'ont servi qu'à obturer la béance des canaux vasculaires. Peut-être cependant les cellules blanches ontelles fourni, à leurs propres dépens, une part des substances nutritives accordées en excès aux cellules connectives traumatisées. Peut-être aussi, ce que nous chercherons plus tard avec Weigert, les globules blancs ont-ils déterminé ou même créé le dépôt de fibrine dans les espaces lymphatiques devenus béants.

Pour ce qui est. des vaisseaux de la région, la diapédèse, si tant est qu'elle y ait été un peu exagérée, n'a donc eu là rien à faire.

L'ensemble du processus inflammatoire a été réduit à son minimum ; il se résume en :

i° Quelques destructions cellulaires complètes ou partielles ;

2° Une suractivité fonctionnelle du protoplasma des cellules connectives, ayant pour but la restitutio ad integrum des parties traumatisées.

Conséquences de cette expérience

i° Dissociation des activités formatives protoplasmique et nucléaire. — Nous pourrons ultérieurement tirer profit de cette expérience, mais avant de passer outre, nous devons mettre en relief deux points importants.

Voilà, expérimentalement démontrée la dissociation de l'activité formatrice (irritabilité formative de Virchow) propre au protoplasma cellulaire d'une part, et de l'autre à la substance nucléaire. Pendant au moins trois fois vingtquatre heures, la matière protoplasmique vivante a pu travailler et végéter, alors que la substance du noyau (dans lequel semble être concentrée la force prolifique de l'élément) ne présentait encore aucune trace de multiplication directe ou indirecte. La karyokinèse, autrement dit la véritable prolifération de la cellule connective ne commence guère, en effet, qu'au début ou au milieu du troisième jour. Nous rencontrerons bientôt d'autres exemples aussi significatifs que celui-ci qui, tous, nous serviront plus tard quand il nous faudra classer, peut-être même hiérarchiser l'ensemble des processus dus à l'inflammation.

2° Impossibilité de la restauration parfaite du tissu conjonctif enflammé. L'expérience de Ranvier confirme l'impossibilité absolue d'une restauration parfaite pour le tissu conjonctif traumatisé. Si minime qu'elle doive être, une cicatrice résultera toujours, inévitable, du moindre traumatisme, du moment où la cause phlogogène aura matériellement détruit une partie de ce tissu, éléments ou fibrilles ; ajoutons, alors même que cette partie serait presque inappréciable au microscope. Dans le cas actuel, tout s'est borné à une séparation, violente il est vrai, mais de courte durée, des rapports préétablis entre les différentes couches du tissu. Nous ap-

précierons plus tard l'ingéniosité avec laquelle Weigert à su tirer profit, pour sa conception pathogénique de l'inflammation, des perturbations produites par les agents phlogogènes sur ce qu'il appelle les équivalents d'espace attribués, dans l'harmonie contexturale de l'organisme, aux différentes parties constitutives des tissus. Qu'il nous suffise, pour le moment, de remarquer que la cicatrice, inéluctable même après cette légère inflammation qui a pour aboutissant la réunion immédiate des plaies, résulte à n'en pas douter de la coopération de différents agents perturbateurs : parmi eux, doit entrer un des premiers en ligne de compte, l'épanchement fibrino-hématique, véritable corps étranger résorbable, utile à la vérité les premières heures, bientôt dangereux, car il risque de s'opposer à la parfaite coaptation des surfaces cruentées.

Objections au choix de V expérience pratiquée sur les téguments. — Dans cet exemple, choisi à dessein, de la réunion immédiate aseptique d'une plaie, le processus inflammatoire est si minime et la cause, réalisée par le traumatisme, est si grossière que certains esprits prévenus pourraient y trouver matière à objections. Nous avons dû négliger, pour les besoins de la démonstration, des parties constitutives fondamentales (couches épidermiques, glandes, poils), qui font partie intégrante des téguments soumis à l'incision. L'épithélium n'aurait-il pas, par exemple, joué quelque rôle dans l'ensemble des phénomènes précédemment décrits ? et les glandes sébacées, les muscles pilaires, les glandes sudoripares, quelle est la part de ces divers éléments dans le processus réparateur ?

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