SHAKSPEARE
C'était le mardi gras de l’année 17—. Je revenais à Montréal, après cinq ans de séjour dans le nord-ouest. Il tombait une neïge collante et, quoique le temps fût très-calme, je songeai à camper de bonne heure ; j'avais un bois d’une lieue à passer, sans habitation ; et je connaissais trop bien le climat pour m’y engager à l’entrée de la nuit—ce fut donc avec une vraie satisfaction que j’apeiçus une petite maison, à l’entrée de ce bois, où j’entrai demander à couvert—Il n’y avait que trois personnes dans ce logis lorsque j’y entrai : un vieillard d’une soixantaine d’années, sa
femme et une jeune et jolie fille de dix-septà
dix-huit ans qui chaussait un bas de laine bleue dans un coin dla chambre, le dos tourné à
mous, b Moilette.
vuerite, le seuil me vVOYy avec ?
asseoir emme oup, 4 Les tempsponne servait teille e sant de pendu bonhor des pe Das €I1 onsie
a ver£ depuis Pen:
esses,
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hous, bien entendu ; en un mot, elle achevait sa Moilette. Tu ferais mieux de ne pas y aller Marsuerite, avait dit le père comme je franchissais le seuil de la porte. Il s’arrêta tout court, en mé voyant et, me présentent un siège, il me dit, avec politesse—Donnez-vous la peine de vous asseoir, Monsieur, ; vous paraissez fatigué ; notre emme rinceun verre ; Monsieur prendra un oup, ça le délassera.
Les habitans n’étaient pas aussi cossus dans ce temps-là qu’ils le sont aujourd’hui; oh!non. La bonne femme prit un petit verre sans pied, qui
lbs, servait à deux fins, savoir : à boücher la bouteille et ensuite à abreuver le monde ; puis, le pashe. sant deux à trois fois dans le seau à boire sus- ] pendu à un crochet de bois derrière la porte, le * “eT€" Bonhomme me le présenta encore tout brillant Nan dans Res perles de l’ancienne liqueur, que l’eau n’avait ante et, LS entièrement détachée, etme dit : Prenez, 1861 & Monsieur, c’est de la franche Eau-de-vie, et de is d'une Æ, vergeyse ; on n’en boit guère de semblable ARAISSAIS Mepuis que l’anglais a pris le pays. | ntrée de À Pendant que le bonhomme me faisait des poliisfaction Ecsses, la jeune fille ajustait une fontange autour. ée de ce Ke sa coiffe de mousseline en se mirant dans lé : ny avait Même seau qui avait servi à rincer mon verre ; *JY € ar les miroirs n'étaient pas communs alors nées, sa Khez les habitants. Sa mère la regardait, IX-SePiä En-dessous avec complaisance, tandis que ss er e bonhomme paraissait peu.content.—Encore
ne fois, dit-il, en se sud de devant la porte D
. mon vieux, dit la femme, il n’y a pas de mal, €
du poële et en assujettissant sur sa pipe un char —J bon ardent d'érable, avec son couteau plombékavoir tu ferais mieux de ne pas y aller, Charlotte.—Ah Kterrer voilà comme vous êtestoujours, papa; avec vou®) —( on ne pourrait jamais s’amuser.—Mais aussi, moltourn: fouet puis José va venir la chercher, tu ne voudrais pag de pe qu’elle lui fît un tel affront ? ne so
Le nom de José semblaradoucir le bonhommel 1".
—C’est vrai, c’est vrai, dit-il, entre ses dents à (#. mais promets-moi toujours de ne pas danser sul
le Mercredi-dés-cendres: tu sais ce qui est ar Éd rivé à Rose Latulipe . . ne
—Non, non, mon père, ne craignez pas: tene!
voilà José.
Et en effet, on avait entendu une voiture ; un gaillard, assez bien découplé, entra en sautan et en se frappant les deux pieds lun contre l’autre ce qui couvrit l’entrée de la chambre d’une cou che de neïge d’un demi-pouce d’épaisseur. Jos! fit le galant ; et vous auriez bien ri vous autre qui êtes si bien nipés de le voir dans son accou trement des dimanches : d’abord un bonnet gri lui couvrait la tête, un capot d’étoffe noire don la taille lui descendait six pouces plus bas que le reins, avec une ceinture de laine de plusieut couleurs qui lui battait sur les talons, et enfin un( paire de culottes vertes à mitasses bordées et ;natt tavelle rouge complétait cette bizarre toilette. À ban
—Je crois, dit le bonhomme, que nous allons avoir un furieux temps ; vous feriez mieux d’enterrer le Mardi-Gras avec nous.
—Que craignez-vous, père, dit José, en se tournant tout-à-coup, et faisant claquer un beau fouet à manche rouge, et dont la mise était de peau d’anguille, croyez-7ous que ma guevale ne soit pas capable de nous traîner ? Il est vrai qu’elle a déjà sorti trente cordes d’érable, du bois; mais ça n’a fait que la mettre en appétit.
Le bonhomme réduit enfin au silence, le galant fit embarquer sa belle dans sa cariole, sans autre chose sur la tête qu’une coiffe de mousseline, par le temps qu’il faisait ; s’enveloppa dans une couverte ; car il n’y avait que les gros qui eussent des robes de peaux dans ce temps-là ; donna un vigoureux coup de fouetà Charmante qui partit au petit galop, et dans un instant ils disparurent gens et bête dans la poudrerie.
—Îl faut espérer qu’il ne leur arrivera rien de fâcheux, ditle vieillard, en chargeant de nouveau sa pipe.
——Mais, dites-moi donc, père, ce que vous avez à craindre pour votre fille ; elle va sans doute le soir chez des gens honnêtes.
—Ha ! monsieur, reprit le vieillard, Yous ne savez pas ; c’est uné vieille histoire, mais qui n’en est pas moins vraie ! tenez : allons bientôt nous mettre à table; et je vous conterai cela en frappant la fiole.
e un char plombé Dtte—Ah avec vou aussi, moi de mal, e pudrais pa:
bonhomme
ses dents # danser sul qui est ar
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—Je tiens cette histoire de mon grand-père, dit le bonhomme ; et je vais vous la conter comme il me la contait lui-même :
Il y avait autrefois un nommé Latulipe quik avait une fille dont il était fou ; en effet c'était une jolie brune que Rose Latulipe : mais elle était un peu scabreuse pour ne pas dire éventée.—h Elle avait un amoureux nommé Gabriel Lepard}k qu’elle aimait comme la prunelle de ses yeux | cependant, quand d’autres l’accostaient, on dit qu’elle lui en faisait passer ; elle aimait beaucoup} les divertissements, si bien qu’un jour de Mardi- Gras, un jour comme aujourd’hui, il y avait plus de cinquante personnes assemblées chez Latu-| lipe ; et Rose, contre son ordinaire, quoique coquette, avait tenu, toute la soirée, fidèlle compagnie à son prétendu: c’était assez naturel ;| ils devaient se marier à Pâques suivant. Il pouvait être onze heures du soir, lorsque tout-à-coup, au milieu d’un cotillon, on entendit une voiture s’arrêter devant la porte. Plusieurs personnes coururent aux fenêtres, et frappant, avec leurs poings sur les chassis, en dégagèrent la neige collée en dehors afin de voir le nouvel arrivé, car il faisait bien mauvais. Certes ! cria quelqu'un, c’est un gros, compte-tu, Jean, quel beau cheval noir; comme les yeux lui flambent ; on dirait, le diable m’emporte, qu’il va grimper sur la maison. Pendant ce discours, le Monsieur était entré et avoit demandé au maître de la maison la
permission de se divertir un peu. (C’est trop
quoique èlle comnaturel ;
Il pou-k
t-à-coup, > voiture ersonnes ec leurs la neige rivé, car elqu’un, ‘au che- ; on dier sur la ur était raison la est trop
and-père, la conter
ulipe quik et c'était mais ellel ventée.—}# Lepard,| es yeux:
it, on dit!
beaucoupl le Mardi-B avait plus 1ez Latu-|
d’honneur nous faire, avait dit Latulipe, dégrayezvous, s'ils vous plait—-nous allons faire dételer votre cheval. L’étranger s’y refusa absolument sous prétexte qr’il ne resterait qu’une demiheure, étant très-pressé. Il ôta cependant un superbe capot de chat sauvage et parut habillé en velour noir et galonné sur tous les sens. Il
| garda ses gants dans ses mains, et demanda per-
mission de garder aussi son casque ; se plaigrant du mal-de-tête. | —Monsieur prendrait bien un coup d’eau-devie, dit Latulipe en lui présentant un verre. L’inconnu fit une grimace infernale ea l’avalant ; car Latulipe, ayant manqué de bouteilles, avait vidé l’eau bénite de celle qu’il tenait à la main, et l’avait remplie de cette liqueur. (C’était bien mal au moins—Il était beau cet étranger, si ce n’est qu'il était très-brun et avait quelque chose de sournois dans les yeux. Il s’avança vers Rose, lui prit les deux mains et lui dit: J’espère ma belle demoiselle, que vous serez à moi ce soir et que nous danserons toujours ensemble. | Certainement, dit Rose, à demi-voix ; et en jetant un.coup-d’œil timide sur le pauvre Lepard, qui se mordit les lèvres à en faire sortir le sang. L’inconnu n’abandonna pas Rose du reste de la soirée, en sorte que le pauvre Gabriel renfrogné dans un coin ne paraissait pas manger son avoine de trop bon appétit.
Dans uu petit cabinet qui donnait sur la chambre ds bal était une vieille a sainte femme qui, assise
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sur un coffre, au pied d’un lit, priait avec ferveur —Je d’une main elle tenait un chapelet, et de l’autre sel plus sé frappait fréquemment la poitrine. ÆEiïle s’arrêtal Oui. tout-à-coup, et fit signe à Rose qu’elle voulait lui à lave parler. | —M Ecoute, ma fille, lui dit-elle ; c’est bien mal àB sur le toi d’abandonner le bon Gabriel, ton fiancé, pourk 7j: ce Monsieur—Il y a quelque chose qui ne va pasE ;imez bien;car chaque fois que je prononce les saiitsnomsh 6 de Jésus et de Marie, il jette sur moi des regardsh is + de fureur—Vois comme il vient de nous regarder) .: enjc avec des yeux enflammés de colère. C — Allons, tantante, dit Rose, roulez votre cha- re l pelet, et laissez les gens du monde s’amuser. Blé —Que vous a dit cette vieille radoteuse, dit P’é-W ©° 4 tranger ? Ga —Bah, dit Rose, vous savez que les anciennesk Pauvr prêchent toujours les jeunes. être] Minuit sonna et le maître du logis voulut alors me
faire cesser la danse, observant : qu’il était peuk mer; convenable de danser sur le Mercredi des Cen-h dure dres.
—Encore une petite danse, dit l’étranger—Oh ! oui, mon cher père, dit Rose ; et la danse continua. |
—Vous m’avez promis, belle Rose, dit l’inconnu, d’être à moi toute la veillée: pourquoi ne seriez-vous pas à moi pour toujours ?
—Finissez donc, Monsieur, ce n’est pas bien à | vous de vous moquer d’une pauvre fille d’habitant comme moi, répliqua Rose.
ferveur;
l’autre se s’arrêta roulait lu:
en mal à cé, pour 1e Va pas lits noms sS regards regarder
otre chauser.
Anciennes à
ilut alors était . peu
les Cen- À
er—Oh !
nse con-
l’incon- ;
quoi ne
s bien à | habitant
e, dit lé]
—Je vous jure, dit létranger, que rien n’est plus sérieux que ce que je vous propose ; dites : Oui... seulement, et rien ne pourra nous séparer à l’avenir.
—Mais, Monsieur !...et elle jeta un coup-d’æil sur le malheureux Lepard.
—J’entends, dit l’étranger, d’un air hautain, vous aimez ce Gabriel ? ainsi n’en parlons plus.
—Oh ! oui.... je l’aime ...je l’ai aimé . ... mais tenez, vous autres gros Messieurs, vous êtes
| si enjoleurs de filles que je ne puis m’y fier.
—Quoi ! belle Rose, vous me croiriez capable de vous tromper, s’écria l’inconnu, je vous jure par ce que j’ai de plus sacré ....par....
—Oh ! non, ne jurez pas ; je vous crois, dit la pauvre fille ; mais mon père n’y consentira peutêtre pas ?
—Votre père, dit l'étranger avec un sourire amer; dites que vous êtes à moi et je me charge du reste.
—Eh bien ! Oui, répondit-elle.
—Donnez-moi votre main, dit-il, comme sceau de votre promesse.
L’infsrtunée Rose lui présenta la main qu’elle retira aussitôt en poussant un petit cri de douleur ; car elle s’était senti piquer, elle devint pâle comme une morte et prétendant un mal subitelle abandonna la danse. Deux jeunes maquignons rentraient dans cet instant, d’un air effaré, et prenant Latulipe à part ils lui dirent:
44 ë —Nous venons de dehors examiner le cheval di ce Monsieur ; croiriez-vous que toute la neigt est fondue autour de lui, et que ses pieds por tent sur la terre. ? Latulipe vérifia ce rapport € parut d’autant plus saisi d’épouvante, qu’ayant re} manqué, tout-à-coup, la pâleur de sa fille au pal ravant, il avait obtenu cd’elle un demi aveu de ce
cela qui s'était passé centre elle et linconnu, La con son sa sternation se répandit bien vite dans le bal, on chuchotait et les prières seules de Latulipe em- «hemi pêchaient les convives de se retirer. et,
L’étranger, paraissant indifférent à tout ce qui sel avec passait autour de lui, continuait ses galanteries au-R Ste. près de Rose, et lui disait en riant, ettout en luik présentant un superbe collier en perles et en or :k tirant Otez votre collier de verre, belle Rose, et accep- A parait tez, pour l’amour de moi, ce collier de vraies prom] perles—Or, à ce collier de ver:e, pendait une pe- È son € tite croix et la pauvre {!e refuscit de l’ôter. serral
Cependant une autre scène se passait au pres- pe bitère de la paroisse où !{: vieux curé, agenouillé TC depuis neuf-heures du soir ne cessait d’invoquer | d Dieu : le priant de pardonner les péchés que pi A commettaient ses paroissiens dans cette nuit de LR | E € désordre: le Mardi-gras—Le saint vieillard s’é- SA | tait endormi, en priant avec ferveur, et était ru enseveli, depuis une heure, dans un profond som- | re meil, lorsque s’éveillant tout-à-coup, il courut à # son domestique, en lui criant: Ambroise, mon | cher Ambroise lève-toi, ct attèle vite ma jument— |
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