I. Marivaux, Les grands écrivains frcmçais, p
On sait que ce roman célèbre est calqué sur une œuvre espagnole, la Diana enamorada de Montemayor ; il s'agit donc, dans l'espèce, d'un cas intéressant d'influence indirecte. On pourrait objecter que l'Italie eut également une part d'influence dans la formation de la pastorale qui, en général, avait exercé un ascendant sur le génie littéraire de notre poète. Il doit y avoir, certainement, des éléments italiens dans ses comédies ; mais dans la « pastorale italienne »' on ne retrouverait guère ces types idéaux d'amants que Marivaux mettra sur la scène. Les merveilleux élans de tendresse, les nuances les plus variées de la sentimentalité un peu maniérée, enfin tous ces éléments qui donnent un caractère si particulier à cet amour
I. Quoiqu'il en soit, la pastorale doit sa carrière européenne à l'Espagne. J'incline même à croire, avec Weinberg (Das franiôsiscbe Schàfeisptel inder ersten Hàlfte des siehlehnten Jahrhunderts, Francfort 1884), que c'est en Espagne qu'il faut chercher les modèles de l'églogue dramatique italienne.
mêlé de galanterie qui s'étale dans son théâtre, trahissent à n'en point douter l'infiltration du romanesque espagnol qui émane, à travers YAstrée de d'Urfé, de l'œuvre immortelle de Montemayor. En effet, ce sont les bergers et les bergères du poète espagnol qui, transformés et accommodés aux mœurs de l'époque, viennent prendre la parole dans les pièces de Marivaux. Si ses amoureux et ses amoureuses sont plus raisonnables que les types des romans pastoraux, c'est que leur auteur leur a infusé beaucoup de bon sens et surtout beaucoup d'esprit ; mais, bien que « la raison pratique » n'y perde pas ses droits, c'est toujours le cœur qui domine : l'auteur du Jeu de V amour et du hasard est de l'avis de Schiller : « La voix du destin parle par le cœur'. »
Marivaux se rattache donc à l'Espagne par
T. « Der Zug des Herzens ist des Schicksals Stimme », Wallenstein, Ficcolomini, III, viii.
l'influence qu'il a subie de VAstrée, ou plutôt de la Diane de Montemayor. Uinfluence de la pastorale de d'Urfé a été maintes fois signalée par des critiques français ; on a insisté sur la profonde empreinte qu'elle a laissée dans la comédie de Marivaux et même de Racine. M. Marsan a été jusqu'à déclarer que, dans l'épisode de Selvaggia, on peut « voir un prototype lointain des Doubles ou Triples inconstances, des Surprises de T amour, de tous les Jeux de T amour et du hasard de notre répertoire '». Quant à nous, nous n'avons voulu que revendiquer la part de l'Espagne dans XAstrée et relier ainsi Marivaux au courant sentimental et romanesque qui provient de la littérature castillane.