BEAUMARCHAIS ET L'ESPAGNE
Il est impossible de parler de Beaumarchais sans parler de l'Espagne. Ceux-là même parmi les critiques littéraires qui ignorent l'influence du génie castillan sur la comédie française, sont obligés, lorsqu'ils étudient l'œuvre de l'auteur du Barbier de Séville, de citer le pays traditionnel de la guitare et des castagnettes, car c'est là que se déroule l'action des fameuses comédies de cet horloger d'un talent universel qui fut en même temps un dramaturge excellent.
Le plus ancien des écrivains qui s'occupèrent de « l'espagnolisme » de Beaumarchais, fut un Espagnol : Garcia de la Huerta. On ne lança jamais peut-être un ré-
quisitoire plus foudroyant contre les comédies de notre auteur. Garcia était le modèle du « savant » dont la sottise surpasse celle des pédants de Molière ; il trouva que les « mœurs espagnoles » étaient défigurées dans les pièces de Beaumarchais et qu'en général, elles ne pouvaient être « envisagées qu'avec le plus profond mépris » '. Ce docte personnage n'était donc nullement qualifié pour découvrir les empreintes du génie espagnol dans Tceuvre de notre auteur.
Quant aux critiques français, ils n'ont fait qu'effleurer cette question par quelques phrases générales. Ainsi, Philarète Chasles nous dit seulement que le théâtre espagnol, « maître et précurseur de tout le théâtre européen », a fait « Corneille et Beaumarchais les génies les plus opposés qu'on puisse nommer » '. Sainte-Beuve est déjà