LES COMEDIES DE BEAUMARCHAIS
AU POINT DE VUE
DE L'INFLUENCE ESPAGNOLE
Par plusieurs traits, le Barbier de Séville rappelle la comedia. Au début de la pièce, le comte Almaviva se présente en amoureux espagnol, déguisé et guettant le moment où sa belle va ouvrir la fenêtre de la maison qu'elle habite. Figaro, qui apparaît peu après, accompagnant sa chanson de sa guitare, tient lieu du « gracioso » qui unit à la verve spirituelle une humeur joyeuse. Le dialogue qui s'engage entre les deux personnages, ressemble beaucoup à ceux qui ont lieu, en pareille occurrence, entre maîtres et valets
G. HuszAR. — L'influence de FEspagtie. • 14
— io6 —
du théâtre espagnol. Dans la comedia, c'est presque toujours le valet ou le « gracioso » qui est le confident attitré de son maître, c'est lui qui dirige tous ses actes, fait triompher son amour et qui est, en fin de compte, le conducteur principal de l'intrigue : tout comme chez Beaumarchais.
La trame du Barbier de Séville est commune à beaucoup de comedias : c'est au Prado, comme un hidalgo madrilène, que le comte aperçoit sa belle pour la première fois et, comme une « dama » espagnole, c'est par la fenêtre que Rosine reçoit les aveux écrits ou verbaux de son galant. Il y a, en outre, beaucoup de situations, dans la comédie de Beaumarchais, qui reviennent d'une façon caractéristique dans le théâtre espagnol : c'est ainsi, par exemple, que la ruse déployée par Figaro, par le comte et même par Bartholo pour se débarrasser de Bazile, en le déclarant malade (acte III, scène xi) se retrouve dans plus d'une « zarzuela >) ;
— loy —
il en est de même du subterfuge auquel le comte Almaviva a recours pour approcher Rosine : il s'introduit auprès d'elle en qualité de bachelier qui va lui donner des leçons (acte HT, scène ii); les hidalgos amoureux, pour déjouer la vigilance d'un père ou d'un tuteur jaloux, ont souvent pratiqué cette espèce de travestissement'. Les traits lancés contre les médecins "" ne font que mieux ressortir la parenté de cette pièce avec certaines comedias.
Cependant tout ce que nous venons d'attribuer à une influence quelconque du théâtre espagnol, n'a trait, pour ainsi dire, qu'à certains détails extérieurs ; mais il existe encore une analogie plus intime entre le Barbier de SéviîJe et la comedia. QjLielle est, en résumé, la moralité qui se dégage de cette