‹ L'influence de l'Espagne sur le théâtre français des 18e & 19e sieclesChapitre 26 sur 44 · VICTOR HUGO ET L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO ET L'ESPAGNE

Tandis qu'on s'est à peine ou peu occupé, au point de vue de l'influence espagnole, des auteurs que nous étudions dans cet ouvrage, l'espagnolisme de Victor Hugo a été l'objet d'études de la part de nombreux critiques tant français qu'étrangers. Parmi les Français, quelques-uns se sont efibrcés de démontrer, peut-être par un amour-propre mal placé, que Victor Hugo ne doit rien à l'Espagne, d'autres ont même trouvé que l'espagnolisme du poète n'avait presque rien d'espagnol '.

I. Dans son étude sur Ruy Blas, M. Morel-Fatio (Études sur r Espagne) tâche de mettre en évidence que Victor Hugo était mal informé de l'histoire de l'Espagne et de ses mœurs,

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Par contre, un célèbre critique d'au delà des Pyrénées, Mesonero Romanos, est allé jusqu'à faire dériver tout Victor Hugo de l'Espagne, ce qui est un peu exagérer le rôle qu'a joué le génie espagnol dans l'évolution de l'auteur de Hernani. Cependant ce rôle a été assez précisé par quelques romanistes qui ont soumis à une recherche consciencieuse la question de l'influence castillane sur le poète français et ont fouillé la plupart des oeuvres espagnoles auxquelles il est redevable de quelques traits ou de quelques situations'.

En vertu de l'idée que nous nous faisons

et qu'en général, l'érudition qu'il avait affectée à propos des choses d'Espagne, n'était rien moins que solide. En général, M. Morel-Fatio réduit au minimum la manifestation du génie espagnol dans ses œuvres ,

I . E. Mérimée, L'école roviantique et V Espagne au XIX^ siècle (Toulouse, 1890); E. Le Gentil, V. Hugo et la littérature espagnole (EordQâux-'Psins, 1899); R. Frick, Hernani als litterarischer Typus (Tûbingen, 1903), Hernanis Stammbaumy Zeitschrift fur vergleichende Litteraturgeschichte (Berlin, 1909).

du sens de l'influence, le problème du commerce que Victor Hugo avait pu avoir avec des auteurs espagnols, n'est pas d'une importance capitale: savait-il l'espagnol, connaissait-il parfaitement cette langue, cela non plus n'a pas une portée considérable ni pour ni contre notre thèse. Il paraît avéré que Victor Hugo n'a jamais su que très peu d'espagnol; les nombreuses citations et les fréquentes épigraphes qu'il place dans les notes de ses livres ou dans les lettres adressées à des amis, ne sont pas exemptes de fautes et d'inexactitudes. Mais cela ne prouve rien contre sa connaissance de la littérature espagnole; aussi Joseph Texte, le regretté auteur de beaux travaux de littérature comparée, ne nous paraît-il pas être dans le vrai quand il affirme que Victor Hugo « n'a guère connu la comedia espagnole ». Dans la préface de son Cromwell, Victor Hugo mentionne Lope de Vega, et dans son Han d'Islande, il énumère toute une série de

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comedias de Lope et de Calderon. En a-t-il en effet lu quelques-unes ou ne fait-il qu'un vain étalage de sa connaissance du théâtre castillan, ce qui est sûr, c'est qu'on a pu découvrir tant de points de contact entre certaines parties de son œuvre et quelques pièces espagnoles ', qu'il serait absurde de prétendre qu'il ait ignoré la littérature castillane ; s'il n'en avait lu les productions dans l'original, il pouvait très bien avoir sous les yeux des traductions ou bien même recourir aux lumières de son frère Abel qui savait parfaitement l'espagnol.

Nous qui n'entendons pas trouver l'influence dans l'imitation des textes étrangers, nous n'indiquerons les emprunts qu'avait faits Hugo aux dramaturges transpyrénéens — et qui ont déjà été pour la plupart signa-

I. Charles Habeneck, Chef s-d^ œuvre du théâtre espagnol (Paris, 1862), Rosières, Recherches sur la poésie contemporaine (Paris, 1896), et les ouvrages déjà cités de Mérimée, Frick, Le Gentil.

lés — que pour donner, pour ainsi dire, une assise matérielle à notre thèse principale, qui est de montrer comment se reflète le génie espagnol dans l'œuvre dramatique du poète français. Car Victor Hugo, « ce grand d'Espagne de première classe de la poésie », qui a décoré son blason de cette devise hautaine « Ego, Hugo », de même que les souverains espagnols signent : ce Moi, le Roi », est profondément imprégné d'hispanisme, surtout en ce qui concerne ses drames, puisqu'il ne rentre pas dans le cadre de cette étude de préciser la part de l'Espagne dans l'ensemble de son œuvre. Ce n'est pas seulement — on le disait généralement — « la couleur locale » de ses drames qui donne cette impression; le profond espagnolisme de ses créations dramatiques réside, au contraire, . dans la conception essentielle qu'il se faisait de l'art dramatique ; quelques critiques français et étrangers l'ont même dit, sans toutefois indiquer de plus près en quoi se

manifeste, d'une façon essentielle, l'esprit espagnol dans ses pièces. Ainsi , par exemple, Blaze de Bury s'exprime de cette façon : « C'est avec les types étendus, agrandis, sublimes, de la comédie de cape et d'épée, avec le théâtre mi-partie espagnol et italien que sont faits les drames de Victor Hugo... Victor Hugo relève de Calderon bien autrement que de Shakespeare ' ». Il ne nous appartient pas de rechercher l'influence de l'Italie ou de Shakespeare sur l'œuvre théâtrale du poète français; dans l'assertion qui a trait à l'influence espagnole, il y a beaucoup de vrai; mais pourquoi Blaze de Bury a-t-il cité Calderon plutôt qu'un autre ? Le nom d'un autre dramaturge castillan serait choisi tout aussi arbitrairement, car c'est l'esprit espagnol en général qui a agi sur Victor Hugo; on ne peut trouver, même parmi ses drames les plus fortement impré-

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