‹ L'influence de l'Espagne sur le théâtre français des 18e & 19e sieclesChapitre 32 sur 44 · Lope : El principe perfecto, I · texte numérisé non relu

Lope : El principe perfecto, I

2. La GitaniîlaÇNovelas ejempLires). Voir Le Gentil, ouvr. cité, p. 33-45.

à Cen-antes ; bien que V. Hugo ait placé l'action de son libretto dans le vieux Paris, les personnages de caractère excessif et les situations poussées à l'extrême où ils se trouvent, rappellent les antithèses exagérées du théâtre transpirénéen.

Marion de Lorme nous présente plusieurs caractères qui ont, par leur inflexibilité, quelque chose de la rudesse des personnages de comedia, tels Marion et Didier. L'amour de Marion pour Didier, intransigeant et outré; la douleur inconsolable de ce dernier quand il apprend qui est son amante, sont essentiellement romantiques par leur exagération et, dans tout romantisme, il y a quelque chose d'espagnol. Notez bien que le type de la pécheresse réhabilitée avait, dans la littérature espagnole, un modèle très ancien : La tia fingida de Cervantes ; elle précède Manon et Marion. Enfin le cliquetis des épées qui retentit à travers toute la pièce, évoque encore l'atmosphère duelliste du

théâtre castillan ; quant à la scène où il s'agit de l'édit contre le duel, elle rappelle celle de Le dernier duel en Espagne de Calderon, où Charles-Quint s'adresse au pape Paul III pour qu'il signe un mandement portant interdiction du duel.

Torquemada se passe dans un milieu espagnol : le lieu de la scène est en Catalogne et les personnages sont des Espagnols. Mais ce n'est pas cette « couleur locale » qui donne à ce drame sombre un caractère espagnol : c'est plutôt la manière de concevoir l'âme de certains personnages qui dénote une influence du génie de l'Espagne. C'est ainsi, par exemple, que le roi a toute l'allure des souverains de comedia. Comme ces derniers, il se croit omnipotent et à l'abri de tout danger :

j'ai pour loi D'être au-dessus de tout ce que l'homme imagine. Rien ne m'atteint. Je suis le roi.

Bien que les souverains fussent, en France aussi bien qu'en Espagne, de tout-puissants seigneurs, il n'y a qu'en Espagne où ils aient pu apprendre un pareil langage '.Ce qui achève de mettre en relief la mentalité castillane du roi de Torquemada, c'est la passion brûlante qu'il ressent pour Rose. Nous avons déjà fait remarquer, à propos de Le roi saimise, que les monarques espagnols ne reculaient devant aucun moyen quand il s'agissait de satisfaire leur amour ; chez eux, point d'idéal, mais plutôt un sentiment contraire; en général, la conception dévote et mystique de l'amour, particulière à l'Espagne, n'exclut jamais la sensualité poussée parfois jusqu'à la brutalité. Le désir féroce de jouir, qui était au fond du caractère fougueux du hidalgo, ne ménageait pas la femme ; l'esprit chevaleresque pouvait, à vrai dire, refréner souvent cette passion ardente, mais ne pou-

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