‹ L'influence de l'Espagne sur le théâtre français des 18e & 19e sieclesChapitre 36 sur 44 · MUSSET ET L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

MUSSET ET L'ESPAGNE

Peut-on parler d'une influence espagnole sur l'œuvre dramatique de Musset ? Au sens que l'on prête communément à la notion d'influence, il faudrait répondre à cette question par la négative. Il est vrai que l'auteur des Contes d'Espagne et d'Italie aime à citer des noms et des lieux espagnols (Madrid, le Prado), à célébrer la beauté de l'Andalouse qu'il place, assez singulièrement, à Barcelone — cela soit dit en passant; — il est également vrai qu'on rencontre fréquemment dans ses poésies la « mule », la « duègne » et le c( manteau » espagnols : mais ce ne sont là que les indices d'une aspiration à cette ce couleur locale » qui avait caractérisé le romantisme français. Car Musset, tout en se

défendant bien d'être romantique, n'en suivait pas moins le courant général qui avait entraîné Victor Hugo et ses adeptes. L'idée qu'il devait se faire de l'Espagne ne reposait que sur cette image flottante qui a hanté tous les cerveaux romantiques quand il s'agissait de peindre les mœurs espagnoles. Mais cette image flottante, bien qu'éloignée de la réalité, n'en constitue pas moins un fonds d'espagnolisme dont les poètes de l'époque de Musset subissaient plus ou moins l'ascendant.

Nous tâcherons de grouper quelques traits qui établissent une certaine affinité entre l'œuvre dramatique de Musset et le théâtre espagnol ; car ce théâtre ne lui paraît pas avoir été tout à fait étranger. Dans la dédicace de La Coupe et les lèvres, Musset distingue deux arts difl*érents également admissibles sur le théâtre ; Calderon et Mérimée appartiennent, à son avis, à la première de ces deux catégories. Sans vouloir discu

ter la théorie dramatique de Musset, nous ne pouvons cependant ne pas nous demander si, trouvant que l'art de Calderon ressemble à celui de Mérimée, il avait une connaissance exacte du drame du poète espagnol: il faut avouer, en effet, que ces deux noms jurent étrangement et qu'on est en droit de s'étonner de les voir accouplés. Peut-être, néanmoins, pouvons-nous conclure que Musset avait lu Calderon et qu'il s'en inspira '.

Dans le premier acte de La Coupe et les lèvres^ il semble que Musset « ait voulu faire la tragédie de l'orgueil, comme Corneille a fait celle de la volonté ^ ». A notre point de vue, il n'est pas sans inté-

1. Le litre de sa comédie : On ne badine pas avec V amour ^ paraît être une traduction littérale de la comedia intitulée No hay hurlas con el amor de Calderon. — Faisons encore remarquer que le titre de Les caprices de Marianne rappelle celui de la comedia Los melindres de Belisa de Lope.

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