‹ L'influence des événements actuels sur la Pathologie: Etude comparative des Affections médicales observées à l'Hôpital de Saint-Denis de juillet 1937 à août 1939, d'une part, et d'août 1940 à juillet 1942, d'autre partChapitre 14 sur 29 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

M. E.…., 32 ans, manœuvre, entre dans le service le 27 rai 1941. SRE

Il a consulté un médecin pour la première fois il y a un mois pour un malaise survenu au cours de son travail.

Depuis deux mois il a mäigri de 8 kilos.

La toux et l’expectoration sont modérées.

La température se maintient entre 38 et 390.

Depuis 15 jours le malade accuse des douleurs abdomi-

nales avec diarrhées.

A son entrée, le malade est très amaigri, la température est à 3995.

L’abdomen est légèrement augmenté de volume, très douloureux. Il existe une ascite modérée.

La radiographie montre une infiltration discrète au sommet gauche.

On décèle des B. K. dans lexpectoration. L'état général va en s’aggravant.

Les lésions pulmonaires s'étendent rapidement et se bilatéralisent. Le malade meurt dans un état cachectique le 6 juillet 1941.

Rose

Ces observations nous semblent particulièrement démonstratives et elles ne sont pas isolées.

Nous avons recherché des faits analogues dans les observations des malades recueillies pendant les an-

nées qui ont précédé la guerre et nous avons trouvé qu'ils étaient exceptionnels.

Il nous reste à envisager les raisons de cette évolution de la tuberculose vers des formes plus rapidement évolutives et vers des formes graves d’emblées.

La raison la plus souvent invoquée et à laquelle on pense en premier lieu est, évidemment, la sous-alimentation. ,

Déjà, lors de la guerre 1914-1918, la question du rapport de la tuberculose et de la sous-alimentation avait été étudiée.

Des auteurs allemands comme BRanke à Munich, Krerrer à Mannheim, observaient une fréquence anormale de tuberculoses pulmonaires d’une grande malignité évoluant rapidement.

Cette augmentation de la morbidité avait commencé

en 1916, pour s’accentuer jusqu’en 1919-20, date à ‘laquelle la population eut moins à souffrir de la sous-alimentation. Il est évident que ces faits se sont produits sous l'influence des mauvaises conditions de vie dont les populations ont plus ou moins souffert pendant la guerre de 1914-1918.

Selon la plupart des auteurs, de toutes ces eondi-

LE] M tions, c’est la sous-alimentation qui est la grande responsable.

Cependant, Repexer et BraEuING ont soutenu l’importance du rôle des conditions favorables à la contagion bacillaire. 1 |

Pour la grande majorité de la population ouvrière de Saint-Denis, la ration alimentaire est actuellement nettement inférieure à la ration normale d'entretien de 2.600 calories.

C'est le cas du plus grand nombre des malades ayant présenté des tuberculoses graves, rapidement évolutives.

Il faut également tenir compte du fait que certains sujets ont été appelés à fournir un travail auquel ils n'étaient pas habitués.

Après 1918, les auteurs allemands avaient déjà insisté sur le facteur travail en montrant que la morbidité était plus élevée chez les femmes et les adolescents. Ce phénomène était, comme l’a montré E. Ar- NOULT (Presse médicale du 14 janvier 1941 « Sousalimentation et tuberculose »), la conséquence de l’appel inusité fait à la main-d'œuvre féminine pendant la guerre.

Cette disproportion entre la morbidité tuberculeuse chez la femme et chez l'homme n’a pas été constatée à Saint-Denis.

Pour A. Ravina et ses collaborateurs, l'insuffisance de l'alimentation paraît constituer le facteur principal. Il n’est certainement pas le seul.

Nous avons déjà vu lesurmenage qui peut être consi-

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