‹ L'influence du moral sur le physiqueChapitre 11 sur 39 · ÉVOLUTION DES PASSIONS · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DES PASSIONS

Les passions et les mélodies sont des sœurs étroite: ment unies ; elles naissent, marchent et finissent de la mème manière.

Les passions ne se développent pas toujours avec violence et rapidité. Elles ne peuvent se faire en un instant : elles exigent la fixité et Le: temps. Il paraît qu'elles se forment par une action lente. Suivant l'expression des pathologistes, leur début est lent et insidieux.

Les Grecs exprimaient par le mot roomvfetz avant passion, l'état moral dans lequel le désir sollicite doucement l’âme dont il cherche à se rendre maître. C'est le moment où la raison peut et doit examiner attentivement si le désir est louable ou non, et s’il n’y a pas plus d’avantages à le chasser qu’à le satisfaire.

Le développement des passions varie suivant l'individu

Br

et suivant la nature de chaque passion. Par exemple, l'ambition n’évolue pas comme l'amour, ni la colère comme l'avarice, ni le fanatisme politique comme la gourmandise.

Il existe entre la marche des passions et l’évolution des maladies organiques des analogies qui nous frappent. Les passions et les maladies se présentent à l'état aigu ou à l'état chronique. Une maladie aigue ne peut devenir chronique que par des pertes, additions, changements et transformations d'état, elle est très souvent sujette à une remarquable périodicité. La passion se présente soit à l'état aigu, soit à l’état chronique, remonte fréquemment de l’état chronique à l’état aigu ou bien disparaît tout en restant sujette à une sorte de périodicité sur laquelle les médecins ne semblent pas avoir assez arrêté leur attention. L'âge et le sexe, la constitution, le tempérament et le caractère, le climat et la nourriture, l'hérédité et l'atmosphère physique et morale dont nous sommes environnés influent nettement sur la durée et

l'intensité, la fougue de leurs manifestations.

Généralement parlant, la colère est une sorte de délire aigu, tandis que la haine est une véritable affection chronique dont le dénouement, la crise la plus ordinaire. est un acte de vengeance. La jalousie et l'envie, passions des âmes faibles, ont une marche primitivement chrenique, elles consument littéralement leurs victimes. L'amour est une fièvre ardente qui a ses redoublements, ses transports, ses fureurs. L'ambition est une fièvre

tenace dont la marche insidieuse et les paroxysmes irré-

guliers tuent au milieu de l'espérance. L'ivrognerie, enlin, le plus abrutissant de tous les vices humains, ressemble très souvent à ces fièvres nerveuses intermittentes dont les retours périodiques constituent lé principal caractère,

Les passions ont un autre caractère qui les rapproche encore des maladies organiques. « Elles sont solidaires entre elles comme nos organes. Mais la passion dominante est alors une reine despotique qui surexcite les facultés, les sentiments, les instincts favorables à ses désirs et qui impose silence à ceux qui voudraient en entraver la satisfaction. »

Il n'existe pas plus de passions simples que de maledies simples.

Quand un viscère est profondément lésé tout l’erganisme souffre avec lui, quand une passion se développe et s’enracine dans le cœur de l’homme, tout l'être moral et physique est atteint et plus ou moins altéré. Dans ces deux cas l’âme et le corps partagent l’état morbide parce que ces deux substances sont unies de telle sorte que l’homme qui en est composé dépend de leur réaction réciproque et harmonique.

Qu'est-ce que l'ambition, sinon un mélange à doses variables d’égoïsme, d’orgueil, d'opiniâtreté et de folle espérance. Sans parler du besoin des sens, l'amour se compose souvent d'autant de vanité, d'égoïsme et d'imagination que d'affection réelle ; la jalousie et l'envie ne sont qu'un composé de crainte, de haine et de douleur.

Toute passion qui disparaît à certaine époque de la vie

peut être remplacée par une autre ; elle fait done place

Pen, De

à d'autres qui surgissent non moins tyranniquement. Ainsi à l'enfance les passions nutritives et la paresse sont d'ordinaire remplacées à la jeunesse par les transports de l'amour. Quelques années plus tard, à l'âge mür, l'amour lui-même cède son règne aux diverses formes de l’ambition ; l'ambition à son tour disparaît à la vieillesse puis chez les vieillards arrive l’avarice qui ne finit qu'avec fut. Telles sont les terminaisons ou plutôt les transformations, les substitutions, les remplacements successifs que subissent les principales passions observées dans le cercle de la vie humaine.

Les passions abandonnées à elles-mêmes se terminent donc rarement par une véritable guérison.

Plusieurs observations nous montrent que les passions se terminent quelquefois par la folie.

On a remarqué aussi que presque toutes les passions peuvent conduire à la mort. Inutile d’insister sur l'amour. Mais l’ambition, passion de la puissance sous toutes ses formes est à peine inférieure à l'amour. L'histoire nous en fournit des preuves : qu'on se rappelle l'empire romain et surtout byzantin. Sur 109 personnages impérieux, 34 seulement sont morts de la mort naturelle. Les candidats ont-ils jamais manqué ? Les tyrans les plus sanguinaires ont toujours trouvé des ambitieux à leur service (Henri VITE, ses femmes, ses ministres) à peu près certains de périr d’une mort violente. Auiourd’hui

l’ambition cause rarement la mort.

Le grand passionné est saisi tout entier par sa passion.

Ainsi toutes les passions ayant pour essence l’amour du

PR

“isque, du hazard, la recherche d’un inconnu, celles de l’aventurier, de l’exploiteur, doivent se résigner d'avance à la possibilité de finir par la mort.

La même chose pour la haine et la jalousie.

On sait aussi que les avares aiment mieux mourir que de perdre leur trésor.

En général, la passion par la mort est celle des grands passionnés.

La misère, les crimes, les maladies, la folie, une mort prématurée sont la triste perspective des imprudents qui ne s’attachent pas de bonne heure à restreindre leurs besoins et à modérer la violence de leurs désirs. Cet effravant pronostic sur les individus livrés à la fougue de

leurs passions est également applicable aux nations.

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