‹ L'Influence e la seconde sophistique sur l'œuvre de Grégoire de NysseChapitre 13 sur 28 · RAPPORTS DE GREGOIRE DE NYSSE AVEC LES SOPHISTES DE SON TEMPS · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE GREGOIRE DE NYSSE AVEC LES SOPHISTES DE SON TEMPS

fesseur de rhétorique, puis qu'il était entré dans les ordres, et, qu'avant de se vouer pour toujours à la vie religieuse, il avait eu comme une défaillance et un retour au passé. Or Grégoire indique ici qu'avant d'être purifié par la parole divine, c'est-à-dire initié à la vie religieuse, il n'a connu Libanios que par les entretiens de Basile. Est-il vraisemblable qu'il ait pu étudier la rhétorique assez longtemps pour être en état de l'enseigner et qu'il ait exercé la profession de rhéteur sans connaître Libanios autrement que par ouï dire? Gela est possible après tout. Il est possible que Grégoire se soit formé à l'école d'un autre sophiste moins illustre que Libanios, et que pendant longtemps il n'ait connu ce dernier que par ce qu'il entendait dire de lui à Basile. Mais pourquoi, écrivant à un sophiste, ne fait-il pas mention de la profession de maître de rhétorique qu'il a exercée? Il a l'air de se donner pour un ignorant. Cette attitude, si étrange qu'elle paraisse, peut s'expliquer pourtant, l'' par une raison de modestie et de politesse. Grégoire s'adresse à une gloire incontestée de la sophistique, au plus grand sophiste de l'orient grec. Il a pour lui une admiration passionnée, qui est assez clairement indiquée plus loin. En rappelant qu'il a exercé la même profession que Libanios, il aurait l'air de tenter un parallèle ridicule. 2« Il ne se soucie pas d'appuyer sur un passé qui lui fait un peu honte. C'est surtout cette raison qui le dirige ici. Grégoire rougirait d'avouer à Libanios qu'avant de se tourner vers la véritable vie, la vie religieuse, il a consacré à un art frivole toutes les facultés de son esprit. Plus loin, il est vrai, il donne libre cours à son admiration, et l'aveu qui lui échappe est à retenir. Mais il a soin d'indiquer que letude de la rhétorique n'a jamais occupé que ses loisirs. Ainsi il n'y a pas de contradiction réelle entre les témoignages cités plus haut et les paroles de Grégoire. Il y a seulement l'indication d'un état d'esprit que nous retrouverons plus d'une fois.

Les autres déclarations de Grégoire s'accordent asse« bien avec ce que nous savions déjà de son entrée dans la vie religieuse et de sa défaillance momentanée. Mais elles manquent de précision chronologique, a Dans la suite (*) y> est bien vague.

(1) eustra (1049 a.)

Que faut-il entendre par là 1 Cette expression désigne-t-elle une période de lexistence de Grégoire qui a pris fin avec son retour à la vie religieuse? La phrase est au passé, et telle semble bien être sa signification. On ne peut admettre du reste que Grégoire, habituellement si net — nous le verrons — dans son mépris pour la rhétorique, se donne à lui-même un démenti grossier en avouant que ce goût i)assionné pour Féloquence profane dure toujours. Il s'agit simplement ici d'un souvenir qu'il évoque devant un maître admiré.

Il indique donc qu'après son ordination il a étudié avec ardeur les discours de Libanios. Sous quelle forme ? Faut-il croire qu'il ait été disciple du sophiste ? Gest peu probable ; on ne peut guère attribuer à evotaTptSovTa le sens de s'attacher à quelqu'un en qualité de disciple, suivre ses cours ('). Ce mot signifie, ici comme ailleurs, passer son temps au milieu de, s'appliquer à. Grégoire ne s'en fût pas servi pour indiquer qu'il avait entendu Libanios. Il dit donc seulement qu'il a lu et relu avec passion les discours de celui que Basile dans ses entretiens lui avait représenté comme un maître de la sophistique. On ne doit pas en conclure que Libanios ait été l'unique initiateur de Grégoire à l'art des sophistes. D'abord, Grégoire n'avait plus besoin d'initiation, ayant déjà exercé la rhétorique. Ensuite, il faut faire la part des exagérations de la politesse. Grégoire présente Libanios comme la source même de l'éloquence. 11 n'est pas étonnant que s'adressant à lui, il résume dans son art les diverses formes d'éloquence qu'il a pu étudier.

En somme, nous pouvons considérer comme à peu près établis, en ce qui concerne les rapports de Grégoire avec la sophistique, les points suivants :

1» Grégoire a été maître de rhétorique avant de se vouer à la vie religieuse, et au moment où il allait être élevé à l'épiscopat, l'attrait du passé était encore assez fort sur lui pour le ramener un instant à l'éloquence profane.

2» Nous ignorons quels maîtres l'ont initié à la rhétorique. Il paraît en tout cas avoir subi sur ce point l'influence de Basile qui avait entendu Libanios et parlait de lui avec admiration.

(1) P. 1049 A : Y.y.-oL a7rov»or,v Tiaaav èvôtaTp(6ovTa.

Page 1