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clairement dans un autre passage de ses considérants. Voici ses propres paroles : ‘ Quelle est la “ limite de la loi humaine en général ou dans un cas “ particulier ? Je refuse de discuter ce point. Pour ‘“ nous elle n’en a d’autres que les limites même des ‘expressions qui la rendent. Nous sommes les ‘€ officiers assermentés de la loi. Ce qu'elle dit claire- ‘“ ment nous devons reconnaître qu'elle le dit.’ Un peu plus loin l’hon. Président rend encore plus clairement sa pensée par un exemple. ‘“ Prenez le ‘ cas, dit-il, d'un candidat promettant de présenter ‘une mesure pour le rappel des lois contre le vol et “ le meurtre fondées sur le décalogue. (Certaine- ‘ ment que l’on ne pourrait raisonnablement consi- ‘ dérer comme un acte d'influence indue le fait de “ dire qu'un tel candidat et ceux qui le soutiennent ‘“ mettent en danger leur salut Cependant en rap- “ prochant un tel acte de la lettre du statut, il serait “ peut-être possible d'y voir légalement de l'influence “ indue parce que le droit de voter est un droit po- “ litique protégé par le statut, et considéré simple- “ ment comme un droit politique qui doit être pro- “ tégé dans la personne ; le voteur a le droit de voter ‘“ comme il veut !!”
Selon l’hon. Président, la loi humaine en pratique est donc sans limite possible ; ce qu'elle dit clairement doit être reconnu légal, et les juges qui sont les officiers assermentés de la loi, doivent l’adjuger et le faire exécuter. La loi naturelle, la loi divine,
a raison humaine elle-même n’y peuvent rien, tout doit céder devant l’absolutisme abrutissant de cette omnipotence de la loi humaine, et devant cette léralité aveugle qui en exige l’exécution au nom du serment même, jusqu’au rappel des préceptes du décalogue contre le vol et le meurtre !
On comprend que le cœur honnête et sensible de l’hon. Président se révolte à la vue de pareilles
conséquences, et qu’il désirerait y trouver un remède dans la raison humaine, quand il dit que l’on ne pourrait raisonnablement trouver coupable d'influence indue le curé qui enseignerait que le candidat qui voudrait abolir les commandements de Dieu contre le volet le meurtre, et ceux qui le soutiendraient mettraient leur salut en danger. Mais l'honnêteté et la sensibilité ne peuvent rien contre les lois inexorables de la logique. L'intelligence humaine en admettant un principe faux en admet nécessairement les conséquences. C’est ce que sa belle intelligence démontre quand il dit dans le même endroit : raisonnablement il n’y a pas d'influence indue à s'opposer à l’abolition des préceptes du décalogue, maïs légalement il y en a !!
Heureuse l'intelligence qui vient à s’apercevoir de la fausseté d'un principe qu’elle avait d’abord cru vrai, par l’absurdité des conséquences qui en découlent, et qui révoltent les cœurs honnètes. C’est ce que l’on appelle la démonstration ab absurdo ! Nous remercions l’Honorable Président de nous avoir ainsi démontré l’absurdité de l’omnipotence de la loi humaine qui conduit dans le cas présent à déclarer légalement, coupable d'influence spirituelle indue, le prètre qui s’opposerait par le refus des sacrements à l'élection d’un candidat qui voudrait abolir les préceptes du décalogue contre le vol et le meurtre.
L'histoire est là pour nous redire que c’est sur ce principe absurde du pouvoir {limité de la loi humaine que se sont appuyés tous les despotes pour tyranniser leurs peuples, et que le mal a été sans remède quand les magistrats se sont crus obligés, en vertu de leur serment d'office, et au nom de Dieu d'obéir aveuglement et comme des automates à la légalité de ces lois et statuts iniques, et d'en ordonner l'application quelque révoltante qu’elle fût. C’est
en vertu de ces principes absurdes que Nabuchodonosor et Néron défendaient sous peine de mort, par leurs décrets impies et sacriléges, d’adorer le vrai Dieu et ordonnaient de même de rendre.le culte divin aux idoles. Leurs juges non moins coupables, se croyaient obligés par leur serment d'office, à faire jeter Daniel dans la fosse aux lions, crucifier St Pierre et décapiter St Paul, par respect pour la légalité de ces décrets ! !
Non, la loi humaine n’a pas un pouvoir illimité ! et la première condition pour qu'elle mérite le nom de loi, c’est qu'elle soit juste et conforme à la loi naturelle et à la loi divine, dont elle ne peut être qu'une application déterminée. ‘“ Si la loi humaine “ dit l’auteur des Jnstitutes du droit naturel, pres- “ crit quelque chose de déshonnète, elle est nulle de “ plein droit, par l’autorité supérieure de Dieu qui “ défend de faire ce qu’elle commande. Les païens “ eux-mêmes connaissaient cette vérité, et Cicéron di- “ sait qu'une loi humaine qui ordonnerait quelque “ chose d’opposé à la loi naturelle et divine, ne mé- “ riterait pas plus le nom de loi, que les complots des “ brigands.” Inutile de dire que les théologiens catholiques enseignent unanimement cette vérité que la loi humaine doit être juste et conforme à la loi de Dieu, qu’une loi injuste ne peut obliger ; qu'elle est, par le fait même de son opposition à la loi de Dieu, radicalement nulle, et ne mérite pas le nom de loi. En conséquence le juge n’a pas plus le droit de l’appliquer que le Souverain de la décréter. “ Par moi les Législateurs font les lois justes, et les hommes revêtus du pouvoir administrent la justice.”
(Prov. VIII 15,)