‹ L'influenza en 1889-90 et l'épidémie actuelleChapitre 5 sur 24 · TABLEAU CLINIQUE DE L'ÉPIDÉMIE DE · texte numérisé non relu

TABLEAU CLINIQUE DE L'ÉPIDÉMIE DE

Lorsqu'on parcourt les descriptions des différentes épidémies de grippe qui ont traversé l’Europe depuis deux siècles, on est frappé de voir combien la symptomatologie se présente sous des aspects variés. Non seulement les symptômes des épidémies ne sont pas semblables à eux-mêmes, mais encore on trouve des différences très notables suivant les pays, suivant des localités quelquefois très rapprochées, suivant enfin que les observations portent sur la période de début ou de déclin de l'épidémie.

Il résulte de là une difficulté fort grande, pour qui veut synthétiser toutes les descriptions et présenter un tableau clinique de l& grippe.

Dans l'épidémie de 1837, par exemple, les symptômes dominants portent sur les muqueuses des voies respiratoires, et en particulier sur celle des fosses nasales, si bien que, dans la suite, on considère le coryza comme la caractéristique, de la grippe. Aussi lorsque survint, vers la fin de 1889, une épidémie où le rhume de cerveau ne s’observait qu’exceptionnelle ment et dans laquelle les phénomènes nerveux dominaient, les premiers observateurs se refusèrent à reconnaître la grippe. De là les divergences des médecins et les discus-

sp Lon a sions contradictoires des sociétés médicales auxquelles lépidémie de 1889-90 à donné lieu. On sait, en particulier, combien on hésita à différencier la grippe de la dengue.

Cependant, lorsqu'on compare les symptômes de cette épidémie à ceux des épidémies précédentes, on ne tarde pas à reconnaitre entre eux une parenté certaine, et l’autonomie de la grippe, malgré la diversité de ses formes, apparaît avec une personnalité symptomatique nette et indiscutable.

Avant de décrire les diverses formes sous lesquelles s’est présentée l'épidémie de 1889, nous ne saurions mieux faireque de citer une description saisissante empruntée à l’ouvrage de Caizergues et relative à l'épidémie de 1837:

« La grippe débutait ordinairement, aux heures du soir, par des frissons vagues et irréguliers, alternant avec des bouffées de chaleur, et se manifestant ensuite par des lassitudes et des douleurs dans les membres, qui étaient comme brisés ; de la pesanteur de tête, de la rougeur, avec larmoiement des yeux; des éternuements fréquents, avec coryza et écoulement, par le nez, d'un liquide séreux abondant, de l’enrouement, avec douleur à la gorge, de la toux, etc.; le pouls était petit, serré et fréquent.

» Il y avait alors une céphalalgie très forte, un sentiment d'inquiétude et d'angoisse générales, avec une grande prostration des forces, difficulté et même impossibilité de se mou voir ; la face offrait un caractère particulier de souffrance, elle était resserrée et grippée, comme on dit vulgairement; des douleurs vives se faisaient ressentir aux épaules, aux reins, aux cuisses et souvent dans toutes les articulations. Le mal de gorge était violent, il y avait dysphagie avec une excrétion très incommode, par les fauces et la bouche, d'une quaniité excessive de matières, tantôt séreuses, tantôt muqueuses

et épaisses.

» La toux était vive et fréquente, elle avait un son particu-

lier etquelque chose de spasmodique ; elle revenait par quintes et excitait des douleurs vives dans la région épigastrique et dans les hypochondres ; d'abord sèche, elle était suivie, vers la fin de la maladie, d’une expectoration de matières muqueuses plus ou moins épaisses : les crachats n'ont été ni visqueux ni mêlés de sang.

» Les malades éprouvaient un sentiment de constriction douloureuse dans la cavité thoracique, plus sensible dans sa région sternale. La dyspnée était grande ; cependant la percussion de la poitrine donnait un son normal, et l'auscultation ne faisait découvrir aucun signe de lésion des organes qu’elle contient; l’on ne percevait, le plus souvent, qu’un léger râle muqueux.

» Le pouls, qui au début était petit et serré, prenait du développement et de la force, mais rarement de la dureté.

» Le type de la fièvre était continu, rémittent, et ses exacerbations se faisaient le soir et duraient toute la nuit.

» Le sommeil manquait ou il était troublé par des rêves pénibles et une grande agitation.

» La peau était tantôt chaude et sèche, tantôt humide et couverte d’une sueur passagère qui disparaissait au moindre déplacement dans le lit.

» Je n'ai vu qu'une seule fois l'habitude du corps se couvrir d’un exanthème miliaire très abondant. Cette maladie exanthématique fut une complication et n'offrit rien de critique; elle suivit ses périodes ordinaires et se termina par la chute de l’épiderme en plaques très étendues.

» La langue était ordinairement humide, molle et recouverte d’un enduit blanchâtre ou jaune, elle ne fut jamais rouge et sèche ; la bouche était pâteuse, mauvaise et parfois amère; il y avait anorexie et dégoût pour toute espèce d'aliments; la soif n’était pas vive.

» La constipation était le plus souvent opiniâtre.

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» L'urine était rare, rouge et avait un sédiment briqueté ; parfois elle était abondante et claire, et, sur la fin, elle présentait un dépôt de matière blanche et homogène.

» La grippe se terminait le plus souvent par des sueurs copieuses et générales, et quelquefois par des selles de matières plus ou moins liées. Elle laissait toujours après elle une très grande faiblesse et un sentiment de mélancolie et d'abattement moral que l’on ne pouvait s’expliquer.

» L’inappétence allait jusqu'au dégoût pour tous les aliments ; l’'amertume de la bouche et la difficulté des digestions se faisaient observer longtemps encore après la cessation de la maladie, et les organes ne se rétablissaient qu’à la longue «le l’état de langueur et d’atonie dont ils avaient été frappés. »

Si l’on rapproche cette description de ce qui a été observé dans l’épidémie de 1889-90, il est difficile de nier l'identité nosologique de cette dernière avec ce que Caizergues appelle l'épidémie nervoso-catarrhale de 1837. Ce qui différencie les deux épidémies, c’est l’énorme prédominance de l'élément nerveux sur l’élément catarrhal dans celle de 1889, comme l’a montré l'observation.

Notre but n'étant pas de faire la pathologie complète de l'influenza, nous laisserons de côté les complications, pour décrire uniquement les principaux symptômes dela maladie, tels que nous avons pu les observer à Toulon, en nous aidant toutefois, vu notre peu d'expérience, des cliniques faites sur ce sujet par M. le professeur Grasset.

Quelques auteurs ont admis que la grippe était une, brusque dans son début et portant toute son action sur les appareils névro-musculaires ; ils rejettent la forme gastro-intestinale, alléguant sa rareté, et ne voient dans la forme thoracique que des complications survenant après les symptômes typiques de la grippe.

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Les quelques observations que nous avons pu recueillir semblent se rapporter aux types étudiés dans les cliniques de M. le professeur Grasset; c'est pourquoi nous décrirons trois formes principales de la grippe, sur lesquelles peuvent se greffer de nombreuses variétés : 1° une forme nerveuse; 2 une forme catarrhale; 3° une forme gastro-intestinale.

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