‹ L'influenza en 1889-90 et l'épidémie actuelleChapitre 6 sur 24 · FORME NERVEUSE · texte numérisé non relu

FORME NERVEUSE

Dans cette forme, le début est habituellement brusque, quelquefois très brusque : tel est lecas.d’un de nos camarades qui, au cours d’une promenade, fut obligé de prendre une voiture pour retourner chez lui, ses jambes lui refusant tout service, et un vertise brusque le forçant à s’allonger sur le bord de la route.

D’autres fois, un léger malaise, une fatigue générale, précèdent l'apparition des autres symptômes ; lemalade n’éprouve rien de bien précis, ou bien c’est un léger rhume auquel il ne fait aucune attention.

La maladie commence par des frissons, suivis d’une fièvre ardente. La température monte rapidement et atteint bientôt, dans quelques cas, 40° et même 4lo, comme dans la fièvre intermittente ou les fièvres éruptives.

Ce qui domine ensuite, ce sont les phénomènes nerveux, qui caractérisent ce premier type de la maladie.

Une céphalalgie des plus violentes occupe le premier rang, tantôt complète, tantôt partielle, se localisant autour de l’orbite ou dans les globes oculaires, dont les mouvements donnent des sensations très pénibles ; d’autres fois, elle est plus forte d’un côté que de l’autre.

En même temps, le malade éprouve un brisement général : il ressent des douleurs un peu partout. Ces douleurs siègent

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dans la région lombaire et leur intensité dépasse souvent la rachialgie de la variole; les genoux sont comme « cassés », les autres articulations sont raides et les masses musculaires endolories.

L’agitation est extrême, l'anxiété grande, l’insomnie habituelle. Les nuits surtout sont mauvaises. Quelquefois le délire apparaît, évoluant rapidement et paraissant en rapport avec le tempérament du sujet ; il ne prouve donc pas que la maladie soit plus grave et il suffit d’être prévenu pour ne pas y attacher une trop grande importance. = À

Du côté de l’appareil respiratoire, le type que nous décrivons ne présente pas de signes physiques à l’auscultation. Les malades se plaignent quelquefois d’un fort mal à la gorge, occasionné par une légère congestion de la muqueuse; en même temps la toux apparaît, quinteuse, déchirante, s'accompagnant souvent d’une douleur rétro-sternale.

On constate parfois un larmoiement qui dure peu. Quant au coryza, on ne l’observe pas toujours dans la forme nerveuse : le catarrhe, au sens anatomique du mot, est rare dans cette forme.

Le tube digestif est fréquemment atteint : les malades ont des nausées, quelquefois des vomissements ; pendant plusieurs jours ils n’ont pas d’appétit. Quelquefois l’anorexie dure plus longtemps et ne cède qu’à une ou plusieurs purgations.

On observe assez souvent des épistaxis dues, soit à l’éréthisme circulatoire de la première période, soit à la violence de la toux.

Des troubles urinaires peuvent exister. Boueuses et uratiques, les urines renferment quelquefois de l’albumine, comme l'ont démontré plusieurs analyses faites au laboratoire de l'hôpital Saint-Mandrier, mais en petite quantité.

Un signe qui n’a presque jamais fait défaut, c’est la congestion de la face, qui est vultueuse, d'un rouge cramoisi.

Tels sont les principaux symptômes de cette forme nerveuse. On croirait assister au début d’une très grave maladie, et pourtant, au bout de quelques jours, dès le lendemain quelquefois, la fièvre diminue et disparaît, laissant après elle une lassitude extrême.

Dans quelques cas, plus complets, la fièvre, qui avait diminué le matin, reparaît le soir avec tous les phénomènes d’excitation, et l’on assiste ainsi à deux ou trois reprises vespérales, suivies de nuits très pénibles.

Les symptômes aigus disparaissent en quelques jours ; mais il est bien rare que la guérison soit immédiate. Outre une faiblesse et une fatigue extrêmes, on voit s'établir et persister la toux quinteuse dont nous avons déjà parlé. C’est là un des caractères de la forme nerveuse : la toux ne se manifeste pas dès le début, mais seulement au moment où les symptômes aigus commencent à s’atténuer. Cette toux ne disparait que petit à petit et entre pour une bonne part dans la longueur de la convalescence.

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