MESSIEURS
J'ai l'honneur de vous écrire à l'issue du convoi de M. Gilbert. Il est mort hier, à 8 heures du matin, et a été inhumé aujourd'hui dans l’église de Saint-Pierreaux-Bœufs.
J'ai l'honneur d’être, etc...
SALUN. »
« Extrait des registres de sépulture de la Paroisse Saint-Pierre-aux-Bœufs, pour l'année mil sept centquatre-vingt :
L’an mil sept cent quatre-vingt, le dix-sept novembre, a été inhumé dans la grande cave de cette église, le corps de Nicolas-Joseph-Laurent Gilbert, avocat au Parlement, âgé de trente ans environ, natif de Fontenoyle-Château, diocèse de Besançon, décédé la veille, muni des sacrements, rue Neuve-Notre-Dame. Ont assisté à l'enterrement : MM. Jean-Baptiste-Louis Simonet de Maisonneuve, et Nicolas-Charles Salume (?), bourgeois de Paris, dem'* grande rue du Faubourg-S'-Antoine, PAST Marguerite, qui ont signé avec nous.
Collationné à 1 ‘original par nous, soussigné vicaire de cette paroisse et délivré à Paris, ce dix Janvier mil sept cent quatre-vingt-un.
Signé : TURMIRE, Vicaire. »
(Copie trouvée dans les papiers de Mile Françoise Pernot et communiquée par le Sénateur Salmon à M. Schmitt (v. Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraine, 1890, p. 228) et déjà publiée avec des variantes sans importance, en août 1862, dans un article du Journal d'Archéologie Lorraine et du Musée Historique Lorrain, dont l’auteur l’avait eue de même en communication du sénateur Salmon. — La rue Neuve-Notre- Dame était une rue sur laquelle donnait l'Hôtel-Dieu.)
« Je reconnais que feu Jean-Pierre Gilbert, mon père, doit au sieur Desove, procureur de Dôle, la somme de cinquante- cinq livres huit sols, pour restant de ma pension chez lui, pendant six mois et demi, à raison de douze livres par mois, laquelle pension à commencé
le treize janvier mil sept cent soixante-six, et à fini le trente juillet suivant; laquelle somme je m'oblige à lui payer en cette ville dans six mois prochains, sans requérir au cas que les héritiers avec moi de feu mon père ne la lui payent pas dans ledit temps.
Fait à Dôle, le 19 juin 1770, contrôlé à Bains, ce vingtsept juillet 1773, reçu sept livres quatre deniers. »
Cette pièce, communiquée à M. Schmitt par M. Honoré fils, dont la famille, depuis longtemps liée avec celle de Gilbert, la tenait de Mlle Pernot, établit :
1° Que pendant le 1°” semestre de 1766, Gilbert était élève externe au collège de Dôle;
2° Que le 19 juin 1770, il était en Lorraine;
3° Que cette reconnaissance ayant été trouvée dans les papiers du débiteur montre que la dette en question a fini par être payée.
A la fin de juillet 1773, Gilbert était également en Lorraine : cela ressort d’une ordonnance du capitaine Prévost Gruyer, du comté de Fontenov, faisant droit, le 29 juillet 1773, à la requête de François-Ignace de Soye, procureur au bailliage de Dôle, lui demandant de l’autoriser à assigner pour l'audience du jeudi 29 présent mois de 1773 le sieur Nicolas Gilbert fils, attendu sa présence en cette ville, et ses cohéritiers, pour obtenir leur condamnation à lui paver les 55 livres 8 sols mentionnés dans la reconnaissance ci-dessus faite à Dôle, le 19 juin 1770, et qu'ils lui doivent encore. Cela ressort également de l’assignation du sergent Parot, faite le 29 juillet 1773, conformément à l'ordonnance du capitaine Prevost, du même jour.
(Voir dans les Mémoires de la Société d’Archéologie Lorraine de 1890 le résumé de ses pièces, fait par le sénateur Salmon pour M. Schmitt.)
Entre ces deux dates : 19 juin 1770 et 29 juillet 1773, Gilbert a fait un premier séjour à Paris, car en additionnant le temps passé par Gilbert en différents domiciles avant le début de janvier 1777, on trouve plus de
cinq ans. Voici les certificats qui permettent de faire ce calcul :
« Je soussigné certifie que M. Gilbert a demeuré pendant {rois ans au collège de Rheims, dans une maison
dont je suis le principal locataire et que pendant cet espace de temps il s’est conduit avec toute la décence e4 toute la régularité qui annoncent un jeune homme plein de principes et de religion.
Faït à Paris, le 2 janvier 1777.
Signé : LESQUOY. »
« Je soussigné, m°° menuisier, rue des Noyers, atteste que M. Gilbert a demeuré chez moi pendant six mois environ jusqu’au moment où il est parti pour Amiens et que pendant ce temps il s’est conduit avec la plus grande régularité, ne paraissant avoir d’autres passions que celle de l'étude.
Fait à Paris, 4 janvier 1777.
Signé : Roc. »
Du même jour est un certificat de Dubois, propriétaire de l'Hôtel des Quatre Nations (rue des Maçons-Sorbonne), où Gilbert a demeuré un mois.
« Je soussigné m'"* perruquier, rue du Paon, certifie que M. Gilbert a demeuré chez moi environ dix-huit mois et que pendant ce temps je n'ai rien vu qui m'annonçàt l’auteur plein de conduite et de religion.
Fait à Paris, le 2 janvier 1777.
Signé : MiLLIET. »
Ce premier séjour à Paris a dû commencer de bonne heure : au début de janvier 1777, Gilbert avait passé, d'après les certificats ci-dessus, un peu plus de cinq ans à Paris. Le 29 juillet 1773 il était de retour en Lorraine pour à peu près un an, comme on le verra plus loin. Si l’on ajoute cette année aux cinq autres passées à Paris et que l’on considère que Gilbert a peut être encore habité rue des Brodeurs à Paris et fait un voyage à Amiens, il faut admettre qu'il arriva pour la première fois à Paris pendant le deuxième semestre de 1770.
Le 29 juillet 1773, Gilbert était de retour en Lorraine. I1 devait rentrer à Paris dans le cours dé l'été de 1774 : sur le registre des procès-verbaux du concours à l’académie de Nancv on lit en marge de celui de la séance du 27 avril 1774, à propos de l’Abel de Gilbert : « Cet ouvrage a été retiré avant la distribution publique des
prix ». Or, d'après ce registre, à la séance du 14 avril précédent, on s'en occupait encore. N'est-ce pas un indice de la présence de Gilbert à Nancy, entre ces deux dates, On lit dans les mémoires de l’abbé Grégoire : « Gilbert dont je fis connaissance à Nancy. Il était alors très aigri contre l'académie de cette ville, qui avait refusé de l’admettre. H s'en vengea en poète, c’est-à-dire par des épigrammes qu'il avait du plaisir à me communiquer. J'en citerai une qui n’est pas, je crois, dans le recueil de ses œuvres, L’académie avait ajourné sa séance publique du 8 mars, à cause de la maladie de Louis XV. Gilbert fit courir le quatrain suivant :
De plus, dans une lettre à d’'Arnaud, qui commence par ces mots : « J'arrive de Metz. », Gilbert parle de l'interruption des spectacles. Or, celle-ci eut lieu, paraîtil, du 12 mai au 16 juin, pour le deuil du roi Louis XV, mort le 10 mai. Dans la deuxième quinzaine de juin 1774, Gilbert était donc encore en Lorraine. Mais il n'y était plus pour longtemps. En effet, du 19 juin 1770 au début de janvier 1777 cela fait un peu plus de six ans et demi dont Gilbert avait passé cinq ans et un mois à Paris; différence à peine d’un an et demi dont il faut encore retrancher le temps que Gilbert a pu demeurer rue des Brodeurs, à Paris, et celui qu'a pu lui demander son voyage à Amiens. Or, à la fin de juin 1774, il y avait déjà presque un an que Gilbert était de retour en Lorraine.
À partir du 10 décembre 1778, la période de misère de la vie de Gilbert est virtuellement terminée. A cette date, Vergennes, ministre de Louis XVI, adressait deux lettres presque dans les mêmes termes, l’une à l’archevêque de Paris et l’autre à Madame Louise de France, qui lui avaient recommandé Gilbert. Voici celle à Madame Louise de France :