‹ L'infortune du Poète GilbertChapitre 15 sur 19 · PEUR · texte numérisé non relu

PEUR

A ac 1Q F à 1 n EL, quelques vers après, il revient encore sur cel orgueil, lant il en était pénétré :

€ Mon âme (quel orgueil grand Dieu l'avait séduite).

Au surplus, il aime la gloire, cette sorte d'orgueil par anti- A 1 pers 17 x:

cipation, ce rêve d'une supériorité pour les plaisirs égoïstes qu'elle procure, pas même d’une supériorité réelle, d'une supériorité prétendue, I ne l'a pas moins répété :

« Savez-vous quel trésor eût satisfait mon cœur? La gloire; mais la gloire est rebelle au malheur. »

Un trésor, la gloire; il l'appelle un {résor. « I n’est qu'un vrai malheur, c'est de vivre ignoré. »

Quelles proportions prend la gloire dans son esprit : celle d'un malheur quand la place est vide,

La vanité, qui n'est pas la conséquence naturelle de l'orgueil, mais seulement la conséquence fréquente, puisque c’est de l’orgueil extériorisé, l'amour du brillant pour attirer Îles yeux, pour se signaler avantageusement, une autre manière d’exaltalion du moi, fut encore un faible de Gilbert si lon en croit l’anecdote suivante, rapportée dans l'Almanach Littéraire où Etrennes d'Apollon de 1782, et que signale Schmitt : «Feu M. Gilbert, poète satyrique et dévot, vint faire visite à M. Mercier avec une veste brodée en or de la plus grande richesse. — Mais, mon cher ami, lui dit l'auteur dramatique, ne serait-ce pas un devant d’autel? » Les veux de Paul Raguel ont bien vu son oncle arriver de Paris en habits magnifiques, portant l'épée; le vieillard, quatre-vingts ans plus tard, en élait encore ébloui; mais c’étaient les Yeux d'un enfant, des veux qui s’émerveillent de tout, et il ne faudrait pas absolument s’en rapporter à eux pour conclure à la vanité de Gilbert. Un caractère beaucoup plus manifeste chez lui, c’est son humeur chagrine. Il ne cesse de se plaindre, de trouver mal ceci ou cela, de parler d'ennemis qu'il aurait. C'est une tendance qui n'épargne personne. Je ne prélends pas que, chaque fois qu'il se plaint de quelque chose, il faut croire qu'il exagère ou même que tout y est faux. Je n'attaque pas les faits signalés. Il est trop évident que, dans bon nombre de cas, il est loin d’avoir lort et que dans ses vers nous

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