‹ L'Ingénieur Social Dans L'EntrepriseChapitre 10 sur 46 · TArBELLz, Opus cit · texte numérisé non relu

TArBELLz, Opus cit

qu'ayant subi une crise d’anémie, elle avait accepté d’aller dans un camp de vacances organisé par la maison qui l’employait. »

On se rend compte combien de tels renseignements peuvent être précieux, car le service médical se tenant toujours en étroites relations avec le service du personnel, ce dernier a le droit, de puiser dans les fiches tous les renseignements qu'il désire. Les notes qu’il y trouve lui sont parfois particulièrement utiles. Ainsi si un ouvrier se plaint d’une infirmité survenue au cours du travail, on se reporte aux notes prises lors de l’embauche et l’on constate parfois que la blessure ou l’infirmité dont il se plaint existait déjà.

L'organisation des services médicaux a eu pour effet, nous l’avons noté, d’augmenter le rendement et de provoquer aussi une augmentation des salaires,

Les résultats qu’obtiennent les services médicaux ne seraient pas aussi brillants si l’organisation matérielle n’était pas très perfectionnée. En particulier les secours d’urgence sont remarquablement organisés. Ainsi on recrute parmi le personnel des équipes de volontaires qui portent secours aux victimes. Quand par hasard on signale un blessé, ces équipes le dirigent sur l’infirmerie où se trouve en permanence une infirmière qui peut ensuite l’aiguiller sur l'hôpital en cas de besoin.

Les services médicaux offrent de nombreux avantages, tant pour les patrons que pour les ouvriers ; en voici encore un : en prenant les ouvriers dès le début de leur maladie, ils les soignent mieux et beaucoup plus rapidement que s’ils continuaient de traîner pendant quelques jours à leur tâche. Aïnsi, en cas d’accident,

tout ouvrier, n’aurait-il qu’une légère égratignure, doit aller trouver le service médical.

D’autres institutions ont été introduites dans l’usine dans le même esprit. Ce sont les restaurants qui existent dans de nombreuses maisons. Leur développement a été très rapide, car ils présentent pour le patron aussi bien que pour l’ouvrier d’énormes avantages. Voici une enquête faite en 1927 par le U. S. Bureau of Labor Statistics qui montre les progrès de cette institution. Cette enquête porte sur 430 maisons employant approximativement 1.977.000 ouvriers. Elle permit de constater que 303 maisons avaient des réfectoires où les ouvriers pouvaient prendre leurs repas. Si l’on compare ces chiffres avec ceux d’une autre statistique faite dix ans auparavant, on se rend compte que les patrons font preuve d’un certain engouement pour cette œuvre. En effet, la statistique de 1927 révèle que 70 0/0 des entreprises ont installé des restaurants, alors que dix ans auparavant il n’y avait à peu près que 50 0 /0.

À vrai dire, il existe plusieurs systèmes de restaurants. Dans certaines maisons on a simplement aménagé des salles pour permettre aux ouvriers de prendre leurs repas ; ces installations souvent très rudimentaires ne comportent que quelques tables autour desquelles sont disposés des réchauds à gaz où les ouvriers peuvent réchauffer les plats qu’ils ont apportés.

Ce système, le plus ancien, a été remplacé par un autre ; une sorte de restaurant que les Américains désignent sous le nom de cafeteria. Voici comment ils sont organisés : Les ouvriers en entrant achètent des tickets et se servent eux-mêmes en passant devant un

grand comptoir sur lequel les plats sont exposés. Arrivés à l'extrémité du comptoir ils paient le prix des plats qu’ils ont choisis au moyen de leurs tickets. Le système du restaurant où les ouvriers sont servis assis existe aussi, mais il est surtout usité pour le service des employés de bureau.

Au point de vue de l’organisation financière plusieurs méthodes sont en usage. On cite des cas où la gestion financière est complètement livrée aux ouvriers. Cependant, d’après l’enquête que nous venons de citer, ce système est assez rare. Pour les cafeterias, on adopte en général le système de la gérance. Parfois la gestion est confiée au service social. Il est curieux de remarquer que dans ce dernier cas la gestion financière est le plus souvent déficitaire. À ce sujet, l'enquête du U. $S. Bureau of Labor Statistics révèle que sur 217 cafeterias ou restaurants gérés par les Compagnies 134 sont en déficit. C’est un symptôme qui semble indiquer que les patrons, en installant des restaurants, ont d'autres buts que de fournir seulement des repas à leurs employés.

Quel peut donc être le motif des patrons d’instituer chez eux des restaurants ? Si nous envisageons les différents avantages que peuvent présenter ces œuvres, nous constaterons qu’elles permettent, non seulement d’éviter des pertes de temps et d'augmenter le rendement, mais aussi d'introduire à l’usine l’esprit de famille. Il est sans doute utile d'expliquer ce terme qui peut paraître surprenant. Cette explication nous semble parfaitement fournie par une phrase d’un ouvrier énumérant les avantages des restaurants : « Et puis, on ne peut pas faire de façon avec celui avec qui on mange ». Ainsi,

la camaraderie' augmente entre les ouvriers grâce au contact qu'ils peuvent avoir au moment des repas.

Les patrons arrivent donc à faire de l’usine le centre d’une vie sociale. Mais cette fusion du personnel est encore plus parfaite quand la direction vient se mêler au personnel. Les restaurants sont, avec les'sports, les deux grands moyens qui développent chez les employés instinct de sociabilité et l’esprit de corps.

Mais d’autres moyens sont encore à la disposition des industriels pour arriver au même but. Ainsi ils chargent l'ingénieur social d’organiser des bals, des réunions théâtrales et de multiples fêtes où tout le personnel se retrouve, fait connaissance et cause. Ce sont les salles de restaurant qui souvent permettent ces réunions, car, en général, elles sont construites de façon à être transformées très rapidement en salle de réunion. Voici une description faite par Mrs Tarbell 1, « Elle (cette salle) a 50 mètres de long et 15 de large, elle est remplie de petites tables servies à la façon des cafeterias. Ses parois sont presque complètement en verre. Par la grande fenêtre, on a vue sur huit arpents de prairie divisés en parties égales par le bâtiment ». C’est dans ces grandes salles débarrassées de leurs tables et garnies, pour l’occasion, de plantes vertes et de fleurs que vont se dérouler les petites fêtes de famille.

Là encore l’esprit de famille tend à se développer parce que les ouvriers se mêlent. Souvent aussi les patrons et les membre; de la direction tiennent à témoigner par leur présence tout l’intérêt qu’ils portent à ces manifestations. Ces petites fêtes ne sont pas seulement

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