‹ L'Ingénieur Social Dans L'EntrepriseChapitre 14 sur 46 · Siegfried : opus cit · texte numérisé non relu

Siegfried : opus cit

léguaient de père en fils, et que personne n’osait juger et analyser, Il n’en est plus ainsi. La science est venue étudier et critiquer les anciennes méthodes. Depuis quelques années, en Amérique, on s’est acharné à « disséquer l’anatomie » de l’industrie. On a ainsi découvert une science nouvelle, qui n’est en fait que la conséquence des recherches entreprises par un infatigable observateur bien connu : Taylor.

Ce fut lui, en effet, qui élabora le principe du scientifice management. Nous avons vu que sous l'influence des idées nouvelles cette doctrine elle-même a évolué. L'esprit « humain » l’a pénétrée. Le scientific management devient comme dit R. Bruère : « une science qui s'occupe non seulement des choses inertes mais des hommes ».

Ainsi, répétons-le, le scientific management moderne n’est que du Taylorisme rénové. Nous croyons cependant qu'il serait intéressant de rapporter ici les circonstances dans lesquelles cet obstiné chercheur fut conduit à élaborer sa doctrine.

Rappelons qu’il fut obligé de gravir tous les échelons de la hiérarchie industrielle, et qu’ainsi il a pu réunir les observations sur lesquelles il a fondé sa théorie. Jeune ouvrier il s’était efforcé de trouver les raisons pour lesquelles les travailleurs limitaient voloutairement leur production. Devenu contre-maître, il avait voulu lutter contre cette pratique et s'était attiré de nombreuses animosités. Il comprenait du reste fort bien cette limitation volontaire qui, disait-il provenait d’une méthode vicieuse de paiement des salaires. Il avait constaté que lorsque le contre-maître était chargé d’établir le « tarif », il s’arrangeait pour qu’un bon ouvrier

moyen ait le même salaire en travaillant aux pièces que s’il était payé au temps. Il avait aussi remarqué que, quand il s'agissait d’un travail nouveau, le contremaître le faisait d’abord exécuter à la journée, en surveillant l’ouvrier dans la mesure où ses autres occupations le lui permettaient et qu’il Jugeait ensuite, d’après ce qui avait été fait, du temps nécessaire à son exécution. Le problème pour l’ouvrier intel'igent était donc de travailler le plus lentement possible tout en donnant Pillusion qu'il faisait vite. Cependant si l’ouvrier était consciencieux et donnait son effort maximum il arrivait à doubler son salaire. Mais en ce cas le contremaître s’en apercevait et diminuait le tarif. C’est ce que les Américains ont appelé le rate cutting.

La crainte du rate cutting était la vraie cause de la limitation de production, limitation que les ouvriers s’imposaient les uns aux autres. Taylor pensait donc qu'il fallait tout d’abord garantir l’ouvrier contre toute diminution du tarif de la pièce.

Divers systèmes avaient déjà été imaginés pour éviter ce danger. À vrai dire, tous établissaient d'avance le rate cutting, car ils fixaient une moyenne ; si l’ouvrier la dépassait, il ne recevait qu’une partie seulement de l'augmentation de la production. C’était par exemple le système de’ Halsey ou le système de Rowan. Mais le reproche principal que Taylor leur adressait, c'était de ne pouvoir fixer le tarif de la pièce d’une façon scientifique. Il fallait s’en remettre à l'habitude et à l’appréciation du contre-maître. Taylor s’est acharné à éliminer dans l’appréciation de la tâche l’équation personnelle. Il voulait établir le juste travail et le juste salaire grâce à une enquête scientifique.

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