‹ L'Ingénieur Social Dans L'EntrepriseChapitre 16 sur 46 · Samuel Crowrner, Magazine of Business, janvier · texte numérisé non relu

Samuel Crowrner, Magazine of Business, janvier

faciliter le travail grâce à quelques améliorations matérielles, destinées à éliminer autant que possible la fatigue. Cette notion de la fatigue, Taylor l’a toujours négligée et malheureusement elle mettra en échec la valeur scientifique de son système.

Nous avons vu, en effet, que le Taylorisme prétendait déterminer d’une façon scientifique la « tâche » en analysant et calculant chacun de ses éléments. Cependant la fatigue est un ‘élément qui devrait être pris en considération. Mais Taylor n’a pu le calculer, car aucun physiologiste n’y est parvenu ! C’est pourquoi dans l’application on a été obligé de lui faire une part, qui est encore très incertaine. Ainsi dans la fixation de la tâche le contre-maître accorde toujours un certain pourcentage la « fatigue allowance » qui varie du reste selon ses appréciations. Mais le seul fait d’introduire des données subjectives dans la fixation de la quantité de travail, semble s’opposer à l’idée d’une tâche fixée d’une façon purement scientifique comme le voulait Taylor.

Voici un autre exemple où la tâche parait être déterminée d’une façon empirique. Quand dans un atelier toutes les méthodes nouvelles ont été appliquées, on examine sa production et l’on cherche à se rendre compte si les bons ouvriers ont pu accomplir la quantité de :ravail fixée. S'ils n’ont pu y parvenir, on estime que c’est parce que le temps donné était trop court. Cette vérification expérimentale semble bien nier, la valeur scientifique des principes exposés. Mais à notre avis, c’est surtout le fait d'accorder une « fatigue allowance » sur des données purement subjectives qui détruit d’une façon péremptoire l'allure scientifique de l’œuvre de

Taylor. Quand on applique son système, on est obligé de tenir compte de la fatigue, or, répétons-le, la «science » est incapable de la mesurer objectivement. En effet, dans l’industrie la fatigue ne dépend pas de la production ; dans les industries très mécanisées elle tient peu de place ; même dans celles où le travail manuel est important, 1] n’y à pas de relation entre la fatigue et la production. On sait aussi que celle-ci peut provenir d’une dépense nerveuse, qui peut être affectée par des facteurs psychologiques.

En résumé, l’apparence scientifique que Taylor a voulu donner à sa doctrine est détruite par l’impossibilité où l’on est, à l’heure actuelle, de mesurer la fatigue. L'idée, juste en elle-même, de la tâche fixée scientifiquement peut porter à de regrettables déviations. C’est pourquoi certains ont pu prétendre que l’organisation scientifique n’était que l'exploitation scientifique du travailleur.

Parmi ceux qui ont étudié très consciencieusement, si ce n’est toujours d’une façon tout à fait impartiale, lPapplication aux Etats-']n's des méthodes nouvelles, citons Mr Philip, qui nous a donné dans son livre Le Problème ouvrier aux Etats-Unis !, un aperçu général fort intéressant. Il dit notamment : « Au cours de nos enquêtes nous avons rencontré trois usines. appliquant le système Taylor dans son intégrité ; une dizaine d’autres. en ont adopté les principes essentiels tout en introduisant des modifications intéressantes ; plusieurs centaines, par contre, tout en prétendant s’inspirer du scientific management prennent seulement

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