Paris, Alcan
dans les enseignements de Taylor ce qui peut leur procurer des avantages immédiats sans exiger de la direction des sacrifices ou changements de méthode. Souvent le Task time est imposé dans les ateliers où nulle réorganisation n’a été effectuée ; presque toujours il est fixé à un chiffre trop élevé et la production exigée est telle qu’elle met en danger la santé des ouvriers ».
Ainsi d’après Mr Philip bien peu de patrons appliquent loyalement et d’une façon humaine le scientific management. Cet auteur est parmi ceux qui prétendent que le scientific management est une mauvaise chose, car 1l fatigue l’ouvrier et finit par le tuer.
On voit donc que certains économistes, tout en reconnaissant le mérite des méthodes nouvelles, admettent que ce système comporte aussi bien des erreurs.
L'erreur principale est de considérer le scientific management comme une science véritable, car le principe de la science est d’éliminer l’équation personnelle et toute appréciation subjective, or, nous l’avons vu, il n’en est point ainsi. N’e.t-1l pas dès lors dangereux de vouloir donner une apparence scientifique à un système qui ne l’est pas. Nous avous indiqué ici quel était Pavis de Mr Philip qui a très consciencieusement étudié cette question. Voici aussi celui de Mr Siegfried sur ce sujet : « Le système américain pratiqué sans merci conduit à la détérioration du matériel humain ; les travailleurs se fatiguent souvent sans même s’en apercevoir, comme ils sont dociles et généralement béats d’admiration devant tout ce qui se fait dans leur pays, ils disparaissent à l’anglaise sans protester ni attirer lPattention ».
Mais à vrai dire, est-ce bien le scientific management
en lui-même que ces auteurs attaquent ou n'est-ce pas plutôt son application défectueuse ? Voici en effet des expressions qui semblent bien montrer que c’est une mise en pratique imparfaite qu’ils combattent. Mr Philip dit : «dans les usines prétendant s'inspirer des principes du scientific management » et Mr Siegfried ajoute «le système américain pratiqué sans merci ». En somme, ious deux paraissent d’accord pour rejeter une applicaton inhumaine et brutale, mais nous l’avons vu, cette façon d’agir tend à disparaître.
Nous croyons pouvoir conclure maintenant que seule une application mauvaise et incomplète des principes du scientific management peut être dangereuse pour ouvrier.
Envisageons à présent quelles peuvent être au point de vue social les conséquences du scientifie management. Celui-ei comporte l’accroissement du rendement individuel et aboutit par conséquent à une augmentation du salaire. Cette hausse des salaires, conséquence de l’augmentation du rendement, est-une chose heureuse car elle peut s’accroître indéfiniment sans compromettre Péquilibre économique. Nous avons déjà vu que les patrons américains considéraient comme un principe de l’industrie de bien payer les ouvriers, car ils ont compris que ceux-ci étaient de précieux consommateurs. Nul n’ignore que les hauts salaires, pratiqués aux Etats- Unis, sont une des causes de la prospérité générale. Les industriels du nouveau monde ont réussi un tour de force en amenant parmi les rangs des consommateurs toute une classe de la société qui jusque là souffrait de
sous-consommation. Dès lors au point de vue social le scientifie management n'est-il pas une bonne chose puisque c’est une cause de prospérité ?
On voit que les Américains ont abouti à une solution heureuse dont ils ont su largement profiter. Leur esprit pratique est parvenu à faire rendre le maximum à deux principes essentiels du scientific management : l’utilisation méthodique du personnel et l’augmentation du rendement. On recherche aussi dans l’industrie moderne à maintenir l’ouvrier « efficient », c’est-à-dire pouvant produire au maximum ; nous avons vu quels moyens pratiques permettaient d’y parvenir. Mais s’il est indispensable aussi que l’ouvrier soit bien formé et maintenu en bon état, :l ne faut pas qu’il risque de se trouver en contact avec des éléments nuisibles et inutiles.
Les patrons essayent de maintenir dans leur usine les bons éléments tant au point de vue « politique » qu'au point de vue professionnel. C’est pourquoi ils cherchent à éliminer les syndicalistes qui peuvent apporter des troubles et fomenter des grèves. Ils veulent aussi des éléments s’adaptant aisément, car l’ouvrier qui ne parvient pas à s’adapter est mécontent et s’en va facilement. C’est donc là encore un facteur de « turnover », qui est un des maux de l’industrie américaine que les patrons cherchent le plus à combattre.
Le « prince » de l’efficiency, Ford a lutté à sa façon contre ce mal. Nous rapporterons ici les moyens qu'il a employés et dont nous empruntons l’exposé à une communication faite par Mr L. Destouches à la Société de Médecine de Paris ? dans laquelle il a montré quel