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Société de Médecine de Paris, séance du 26 mai

était le genre de main-d'œuvre le plus apprécié par cet industriel et les raisons pour lesquelles on Pemployait.

Cet auteur ayant exposé d’une façon précise l’extrême mécanisation de l’usine où le travail se réduit souvent à l’accomplissement de quelques gestes toujours les mêmes, indique que chez Ford n'importe qui peut être employé dans les usines et remplacer n'importe quel ouvrier et M. Destouches ajoute : « cette condition est exactement appliquée. Nous avons vu procéder à l’embauchage, ce sont les postulants les plus déchus physiquement et psychiquement qui sont les plus appréciés par la direction de l’usine ». Ils sont fort appréciés car is constituent, paraît-il, une main-d'œuvre très stable : « chez Ford, à peine un pour cent des ouvriers quittent l’usine au cours de l’année ». On le voit, le turnover est infime.

La plupart des ouvriers embauchés sont sérieusement malades si l’on en croit la statistique publiée par la direction sanitaire de l’usine à Higland Park car « sur 44.500 ouvriers 13.184 souffrent d’affections et d’invalidité sérieuses et chroniques. On y tiauve notamment 629 tuberculeux et asthmaiiques, 187 épileptiques et psychopathes divers, 5.000 hernies. 417 cardiaques, 51 aveugles, des ataxiques et même des malades atteints de maladie du sommeil, 800 néphrites et cystites ». Voici aussi une statistique d’efficience fournie par cette usine : « sur ces 44.500 ouvriers il n’y en a que 7.828 qui soient au-dessous de leur tâche, un peu plus de 800 ne parviennent pas à 50 0 /0 d’efficience, 5 sur ce nombre n’atteignent que 10 L /6 ».

Ces statistiques sont des plus intéressantes car elles permettent quelques réflexions fort suggestives. On

nous a dit en effet que le scientific management tuait l’ouvrier. Or, il semblerait logique qu'avant de le tuer il le rende malade. Tous les malades et tous les déchets des autres usines devraient donc se réfugier chez Ford. Cependant chez lui, leur effectif ne s’élève qu’à un peu plus du tiers. Et d’autre part on classe souvent dans la catégorie des malades et spécialement des nerveux, des hommes qui chez nous seraient considérés comme tout à fait normaux. La statistique d’eflicience cependant nous prouve que la majorité de ceux-ci arrive à accomplir le task time puisque 1/5 seulement des ouvriers n’y parvient pas. On peut donc admettre que le scientific management ne tue pas l’ouvrier. Voici du reste comment conclut Mr. Destouches : « C’est en somme la possibilité de gagner leur vie offerte à toutes les faiblesses physiques et mentales, même aux plus grandes, aux plus prononcées ».

C’est une conception inattendue de lefficiency que Taylor n’avait certes pas prévue. Faire la charité grâce à l’organisation scientifique du travail, utiliser les déchets humains qui sont dans les sociétés européennes une charge, cela « part d’un bon naturel ». Mais si Ford a su faire de son usine une « maison de retraite », il lemploie aussi au relèvement moral des déchus. Car un certain pourcentage de son personnel est automatiquement recruté parnu les hbérés des prisons. Il a obtenu des résultats extraordinaires avec ce dernier mode de recrutement. Les libéré; trouvant tout de suite un gain honnête récidivent rarement.

On retrouve ici l'esprit du puritain anglais qui essaye toujours de relever. Mais on prétend aussi que la règle morale que Ford impose à ses ouvriers aboutit à des

exagérations. C’est ainsi qu’à son usine sont attachés des inspecteurs qui visitent les habitations et surveillent étroitement les ouvriers. Par tous ces moyens « le prince de l’efficiency » est arrivé à éliminer de chez lui presque complètement le turnover. Certes, c’est un moyen de lutte mais ce n’est pas celui qui est le plus couramment employé.

Tous les patrons américains cherchent à attacher leur personnel à l’usine. Nous avons vu que les œuvres sociales avaient été créées dans ce but. Cependant grâce à l’adoption des méthodes nouvelles du scientific management on a constaté parfois que ces œuvres étaient insuflisantes. Mais la science de la direction devenant plus précise, les patrons y ont puisé d’autres moyens pour lutter contre le labor turnover. Ce sont ces moyens que nous voudrions étudier maintenant.

$ 2. Personnel management

L'origine du personnel management. — Les principes du personnel administration. — L'organisation de l’employment department. — L’embauche..— L'interview. — Comment on dépiste les maladies nerveuses. — Les éléments qui déterminent le choix d’un ouvrier stable. — L'intérêt dans le travail. — La boîte aux suggestions. — Les fonctions de l’Employment Manager. — Les renvois. — Le transfert. — L’avancement. — L'initiation au travail. — L'éducation des contre-maîtres.

— Les tests. — L'idéal industriel nouveau : la stabilité.

Nous avons vu que le scientific management avait entraîné une réorganisation complète des usines, ainsi que la nomination d’une multitude d’agents nouveaux.

Tout cela, forcément, provoquait un accroissement considérable des frais généraux. Aussi, en même temps qu’ils entreprenaient ces dépenses, les industriels cher-

chèrent-ils à établir leurs entreprises sur des bases stables, normales et durables. Ils y parvinrent, rappelons-le, de deux façons différentes. Tout d’abord ils tentèrent de régulariser la production. Nous avons vu comment ils ont essayé de prévoir les phases de prospérité et de dépression. En second lieu ils ont essayé de stabiliser et de régulariser la main-d'œuvre. Ils y sont parvenus en agissant sur les facteurs psychiques de l’ouvrier. Différents moyens ont été à leur disposition pour parvenir à ces buts ; un autre service sera chargé de les appliquer : le personnel management.

En ce qui concerne les facteurs psychiques nous avons vu comment les industriels ont été amenés à s’y intéresser et à agir sur eux. Le personnel management sera dès lors le service qui, en accord avec les principes du scientifie management, va appliquer et généraliser, dans un esprit très moderne, les expériences déjà faites.

Ainsi le personnel management est le complément du scientific management. Et comme l’a dit Mr. Philip : « Le personnel management sous toutes ses formes n’est que la généralisation logique du scientific management ; alors que Taylor ne prenait l’ouvrier qu’à l’ateher, les directeurs modernes du personnel ont reconnu le fait psychologique de l’unité fondamentale de la vie de Phomme, ils cherchent donc à contrôler l’existence entière du travailleur et à créer le milieu matériel psychologique et moral le plus propre à favoriser une haute productivité ». Sans doute est-il un peu exagéré de prétendre que les directeurs modernes cherchent à contrôler l’existence entière du travailleur ; certains

4. Pizre, Le Problème ouvrier aux Etats-Unis. Paris, Alcan, 1927.

peuvent ainsi déformer le but du personnel management, mais la majorité n’agit pas ainsi.

Envisageons maintenant comment les auteurs américains comprennent le personnel management. Voici la définition donnée par des théoriciens de cette science nouvelle que l’on appelle aussi le personnel administration 1

« Personnel administration est, disent MM. Tead et Metcalf ?, la direction et la coordination des relations humaines de toute organisation, en vue d’obtenir la production maximum nécessaire avec le minimum d'effort et de friction et en considérant le bien-être réel des ouvriers ». Cette définition, à elle seule, pourrait entraîner de nombreux commentaires. Mais nous croyons qu'il serait plus intéressant d’examiner brièvement d’après le livre de MM. Tead et Metcalf quel est le champ d’action du personnel administration. D’après ces auteurs, il est chargé d’appliquer les principes de cette science nouvelle qui est la science de la direction, et qui a pour but l’étude « des rapports humains » dans l'industrie. Pour bien connaître ceux-ci, il est essentiel d'étudier auparavant « les valeurs humaines » et « la nature humaine ».

La science de l’industrie devra donc étudier et rechercher quels sont les sentiments primitifs de l’homme que dans l’application on ne doit ni toucher, ni froisser. Ce sont : l’amour de la famille, le désir de posséder, la valeur de la curiosité, le désir d’association, le besoin

1. Personnel administration, personnel management, employment management sont synonymes.

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