‹ L'Ingénieur Social Dans L'EntrepriseChapitre 23 sur 46 · Purzre, Opus cit · texte numérisé non relu

Purzre, Opus cit

introduit parmi le personnel de Pusine en même temps que l’organisation scientifique, semble avoir hérité d’une grande partie des attributions des ingénieurs sociaux. Jusqu'ici nous avons vu l’employment manager embaucher Pouvrier, guider ses premiers pas, lintéresser à son travail et à la marche de l’entreprise pour en faire un véritable collaborateur et enfin le diriger sur l’occupation qui semblait lui être la plus profitable, Mais ce n’était qu'un aspect de ses fonctions. Nous allons maintenant le voir travailler comme un véritable ingénieur social et s’oceuper des œuvres sociales.

Dans les usines extrêmement importantes où l’organisation scientifique et la division du travail sont très poussées, le second aspect des fonctions de lemployment manager est souvent confié à un service spécial : lemployee service department, qui n’est qu’une filiale de l’employment department. Dans la majorité des cas cest l’employment manager lui-même ou un de ses subordonnés qui se charge de diriger les œuvres sociales, de surveille: l'hygiène, la propreté des locaux, l’aération, l’éclairage et de toutes les fonctions de même nature qui, autrefois, étaient dévolues à l’ingénieur social, Il a par conséquent sous son autorité les restaurants, les clubs sociaux ou sportifs, etc. Naturellement toutes ces œuvres sont dénuées de l'esprit de paternalisme devenu si insupportable, nous l’avons vu, aux travailleurs. Sous l’impulsion de l’employment manager les œuvres sociales sont apparues florissantes. Il a compris en effet, qu’il ne fallait pas négliger ce puissant instrument d'entente et de stabilité.

On voit, et nous l’avions déjà noté, que les activités des employment managers sont multiples et qu'il est

difficile de les envisager toutes en détail. Un exemple tiré du livre de Kelly nous semble montrer mieux qu’ «un long discours » ce que peut faire un employment manager. Certes, l'exemple que nous allons donner sera forcément incomplet, car nous le répétons 1l n’y a pas de règle en cette matière, et de nombreuses activités n’y sont pas mentionnées. D’autre part, ce type d’employment manager est quelque peu primitif car d’après Kelly il devrait faire tout lui-même et nous savons qu’à l'heure actuelle les employment managers sont des chefs de service qui délèguent la majeure partie de leurs attributions à des subordonnés.

Voyons comment travaille cet employment manager dans une fabrique de papiers 1 :

10 Son bureau doit être ouvert aux ouvriers pour l’aide morale et les conseils trois demi-heures par jour.

20 Il est responsable de l'embauche en général et par conséquent : a) de la tenue des fiches ; b) de l’interview ; c) du contact avec les ouvriers ; d) de la surveillance des accidents, des avancements, des transferts, etc.

30 Il doit s’occuper d’aider les ouvriers pour leur avancement et d’éviter que des fausses nouvelles se propagent dans l’usine.

40 I] doit obtenir des surveillants et contre-maîtres des rapports sur les employés et durant les inspections il s’entretient avec eux. S’étant ainsi muni de renseignements, il doit établir une liste de ceux qui méritent de l’avancement, puis, d’autres listes aussi où il inscrit

1. Nous reproduisons cet exemple sous sa forme quelque peu schématique.

ceux qui devraient être transférés, ou ceux qui sont inadaptés, etc.

90 Il doit essayer de régler à l'amiable tous les différends et conseiller de porter devant la direction toutes les causes de mécontentement.

60 Il est chargé chaque jour d’inspecter les locaux entre 9 heures et 12 heures.

Lundi et jeudi : les principaux ateliers et ceux du finissage.

Mardi et vendredi : les bâtiments et les toits.

Mercredi et samedi : les ateliers d’empaquetage. Pendant ces inspections 1l doit s’entretenir avec les ouvriers et contre-maîtres et rechercher avec eux toutes les améliorations possibles pour le travail des ouvriers. Pendant ces tournées, il doit s’occuper des salles de repos, des lavabos, des fontaines d’eau potable, étudier le safety, maintenir la discipline et la tenue des ouvriers.

Enfin, chaque jour 1il doit surveiller les cours et notamment l'apprentissage, se montrer Cans les clubs et encourager les activités sociales ainsi que les organisations récréalives. |

Le terrain de sport doit être aussi fréquemment inspecté par lui. Quand il a terminé toutes ces inspections, il est obligé d’établir un rapport qu'il transmet au comité directeur.

Dans cet exemple on ne cite pas une des fonctions les plus importantes de l’employment manager: celle de secrétaire des works committees ou conseils d’usine qui sont devenus très nombreux en Amérique surtout depuis la guerre. En 1919 on en comptait 225 et en 1924 ils étaient 814 groupant 1.177.000 ouvriers.

Le secrétaire des conseils est presque toujours un

membre de l’employment department, car leurs atiributions ont souvent rapport au welfare, à l’embauche ou à la discipline. D'autre part, nous avons vu que l’employment manager en tant qu’héritier des attributions du travailleur social est un lien entre la direction et les ouvriers ; c’est pourquoi il s’occupe des comités car 1l y voit un moyen de rapprochement, d’entente et aussi par conséquent, de stabilité.

Nous retrouvons ici cet idéal industriel découvert Outre-Atlantique et qui a pour but de remédier aux maux dont souffrait l’industrie du nouveau continent (précarité de la production et labor turnover).

Maintenant que nous connaissons les moyens employés pour arriver à cette fameuse stabilité, nous croyons qu’il serait intéressant de l’étudier en elle-même

C’est, nou: l’avons vu, un moyen d'établir l’industrie sur des bases durables et solides, et aussi de réglementer et de pacifier le monde du travail. Pour l’ouvrier aussi, la stabilité constitue un idéal, tout relatif il est vrai, mais préférable en tous cas au chômage. Le Labor Turnover est aussi préjudiciable à l’ouvrier qu’au patron. D'autre part, les moyens employés pour le combattre n’ont rien de répréhensible, ils sont même en faveur de l’ouvrier, puisque l’usine est devenue de laveu même des travailleurs : a good place to work.

On a voulu représenter la lutte contre le labor turnover comme un moyen de créer une nouvelle féodalité industrielle, c’est-à-dire comme un moyen d’enchaîner ouvrier à l’usine en faisant de celle-ci le centre de sa vie psychologique. On prétendait qu’offrir aux ouvriers des jeux, des distractions, du confort, cela arrivait à absorber si bien tous leurs loisirs, qu’il ne leur restait

plus un moment pour réfléchir à leur condition et à la perte de leur liberté. Le personnel management apparaissait ainsi comme une mainmise patronale sur l'esprit des travailleurs. Mais s’il est vrai que le patron désire le plus possible s’attacher ’ouvrier, les moyens employés pour arriver à ce but ne sont, répétons-le, nullement répréhensibles. L’industriel n’exerce aucune contrainte, tout au contraire, et cependant il en résulte pour le travailleur un bien être imappréciable.

Or, reconnaissons-le, ce bien-être serait-il exclusivement matériel, doit être considéré comme un progrès ; et tout progrès est un bienfait social. Un ouvrier heureux est un homme dans toute l’acception du terme. Un ouvrier mal payé, travaillant dans de mauvaises conditions et craignant le chômage ne sera jamais qu’un être aigri et un mauvais citoyen.

En somme, l’œuvre tangible du scientific management ou personnel administration apparaît comme ayant abouti à une amélioration des conditions et par conséquent à un progrès social. On ne peut done que féliciter l’employment manager d’avoir été l’artisan principal de cette remarquable évolution.

N'oublions pas que c’est encore lui qui, débarrassé des vieilles notions d’autoritarisme, à su insuffler à Pusine un esprit nouveau : l'esprit de collaboration qui: n’est autre que le désir de la direction de se rapprocher des ouvriers et surtout de ne pas être incompris par eux. Ce désir s’est matérialisé dans l’organisation des comités d'usine ou autrement dit l’organisation démocratique. |

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