CHAPITRE PREMIER
Le WELFARE
Les conditions du travail. — La réaction législative. — Les Factory inspectors. — Le welfare légal. — Les welfare orders.
En Angleterre, comme ailleurs, l'introduction du machinisme dans l’industrie provoqua un profond bouleversement qui entraîna pour les ouvriers des conditions de vie lamentables. De même, les conditions du travail devinrent très pénibles. En somme, au début du x1x® siècle, la situation se résumait ainsi : les ateliers étaient malsains et dangereux, les logements sordides et insalubres. Pour se rendre compte de ce que pouvait être alors la vie des travailleurs anglais, il faut lire et méditer les peintures qu’en ont fait Disraëli et Dickens.
Pourtant quelques patrons comprirent qu'il fallait réagir contre les excès qui avaient mis la classe ouvrière dans cette situation. Pour réussir, ils usèrent du seul moyen vraiment efficace dans une démocratie, ils émurent l'opinion publique. Ce fut Robert Peel qui. dès 1802, attira l'attention sur la condition des enfants dans lindustrie. Après lui Robert Owen fit tous ses
efforts pour améliorer le bien-être de ses ouvriers. On peut même dire quil réalisa à New Lamark l'idéal humanitaire de son époque. Ensuite vinrent Oastler et Sadler qui entreprirent une ardente campagne pour la journée de dix heures. Ce sont donc des patrons qui, les premiers, ont essayé de meitre en mouvement la machine législative. Ce fait devait avoir une importance capitale aux yeux du peuple anglais. En effet, si ces réformes avaieut été dès le début proposées par des personnes étrangères à la direction des usines, l'esprit conservateur anglais se serait ému. Il aurait craint que les lois proposées n’apportent un troubie profond à la bonne marche des affaires et, en même temps, à l’équilibre économique. Mais, présentées par des chefs d'industrie, ces réformes furent plus facilement adoptées. En effet, dès 1847 le Parlement vota une loi imposant la journée de dix heures. Ce fut le premier symptôme de l’éclosion d’une législation protectrice du travail.
Peu après la promulgation des premières lois protégeant les conditions du travail, on s’aperçut qu’il était très difficile de les faire appliquer. Les Anglais se rendirent compte qu'il fallait instituer un agent nouveau pour surveiller leur application. Ils créèrent alors les Factory inspectors. À côté de ceux-ci, citons les expert inspectors qui eurent un rôle actif dans l’éboration de la législat:on. Ils avaient pour mission de visiter les usines et de prendre note de toutes les modifications qui, estimaient-ils, pouvaient améiiorer les conditions du travail. Quand, au cours de leurs tournées, ils découvraient quelques améliorations vraiment efficaces, ils les indiquaient dans des rapports qu’ils adressaient au
Home Office. Ceux-ci étaient minutieusement examinés et on les utilisait pour établir les lois ou les règlements. On se rend compte ainsi que la législation devait être extrêmement fragmentaire ; cependant, elle était aussi essentiellement pratique.
Ce que l’on peut surtout reprocher aux règlements établis à la suite des rapports des expert inspectors, c’est d’être trop spéciaux et de ne viser qu’une catégorie d'industrie. De même, la législation protectrice du travail en Angleterre manque d’unité. En effet, en dehors du Factory and Workshop Act de 1901, toutes les mesures législatives sont spéciales à certaines industries. Elles envisagent pour la plupart l’hygiène, les conditions du travail, etc., toutes questions désignées du reste par un terme que nous avons déjà rencontré aux Etats-Unis : le welfare. Rappelons, comme nous Pavons dit dans l'introduction qu’il est très difficile de traduire, d’une façon exacte, ce mot. Cependant son sens en Angleterre est à peu de chose près le même que celui en usage aux Etats-Unis. Les définitions que nous avons pu recueillir dans quelques auteurs anglais déterminent ce qu’ils entendent par welfare. Voici comment dans son livre Welfare work, Mrs Dorothea Proud le comprend : « Le Welfare work ! consiste en essais spontanés de la part des employeurs pour améliorer, dans le système industriel existant, les conditions des employés dans leur propre manufacture. « Un document officiel, le rapport de la commission «€ sur l’industrie et le commerce » plus connu sous le nom de Comité Balfour, le définit ainsi: « Dans son sens le plus