CHAPITRE II
LES WELFARE WORKERS
Les premiers welfare workers : leurs attributions. — Les welfare superintendants pendant la guerre. — Quelques welfare workers au travail ; chez Cadbury, Chiswick Polish C°, Lamson et Paragon, Bourne et Hollingworth, Peek Frean..
Nous avons vu que les Factory Inspectors étaient chargés de l’application des principes du welfare légal et de la surveillance des conditions du travail. Cependant, l’organisation du welfare telle que nous l’avons défini, faisait surgir une quantité de problèmes que seule la création d’un rouage nouveau pouvait permettre de résoudre ; ce fut la raison de l’institution des welfare workers. Le Home Office s’était rendu compte de cette nécessité puisque dès 1913 il exigeait la nomination d’un « welfare secretary 1 » dans les manufactures de poteries. Le welfare secretary était un employé désigné et payé par le patron qui avait pour mission de s’occuper des conditions du travail. Il devait surveiller l’application des règlements et inscrire sur un registre journalier toutes les infractions qu’il constatait. Mais cette obligation de créer dans les manufactures de poteries un welfare secretary, était la consécration légale des welfare workers créés volontairement dans leurs usines par certains patrons.
1. Welfare secretary est la dénomination légale du welfare worker.
I est diflicile de déterminer exactement quel était en Angleterre le rôle des welfare workers avant la guerre, car à cette époque, on pouvait les considérer comme existant à l’état sporadique. On en trouvait 25 environ dans tout le Royaume Uni. Mais, déjà à ce moment, leurs attributions étaient nombreuses ; ils surveillaient l'hygiène dans l'usine, organisaient des récréations pour les ouvriers, aménageaient des infirmeries, des réfectoires, des vestiaires. Quelques-uns ajoutaient à ces occupations une autre beaucoup plus importante, celle de l’embauche. Les Anglais, de même que les Américains, considèrent l’embauche comme une chose primordiale car, disent-ils, « le patron doit bien choisir ses collaborateurs ». lei aussi, on retrouve l’idée de collaboration. Voici du reste, comment s’exprime sur cette question Miss Kelly : « Si un employeur est porté à considérer ses employés en un certain sens comme des associés, 1l doit les choisir avec soin, car ses relations avec eux seront moralement, sinon légalemert, beaucoup plus durables qu’elles ne l’étaient auparavant ». Ainsi, en choisissant bien ses ouvriers, on aura avec eux des relations plus durables, c’est-à-dire qu’on aura des ouvrier: plus stables. C’est donc pour éviter le labor turnover que l’on sélectionne avec soin, en Angleterre aussi, les travailleurs.
On voit qu’à leur début, les welfare workers ne s’occupaient nullement du travail de l’ouvrier. La frmation professionnelle était en dehors de leur compétence. Cependant, peu avant la guerre, une évolution commence à poindre. Le caractère du welfare worker ‘se modifie. Son importance augmente dans l’usine. Il essaye d’étendre ses attributions, de fournir aux sala-
riés les moyens d’accroître leurs qualités professionnelles et d'augmenter leur bagage scientifique. Cette évolution disparut dans le bouleversement qui suivit la transformation des usines travaillant pour la défense nationale et qui amena de grandes perturbations dans les condit'ons du travail.
À ce moment, le gouvernement ang ais, comprit que les conditions étaient complètement modifiées. Il vit que l'introduction des femmes dans les ateliers et les grosses agglomérations d’ouvriers rendaient la directon des industries particulièrement délicate. C’est pourquoi, il créa en 1915 le « Health of Munition workers’ committee », qui fit des recommandations pour Pamélioration du sort des ouvriers, lesquelles furent rendues obligatoires par des « orders ». Les mesures que l’on précomisait étaient : examen et surveillance médicale des ouvriers, organisation de cantines, de réfectoires, de vestiaires, etc. Le ministère des munitions dont dépendait ce comité créa même un service : le welfare département qui, en collaboration avec le Home Office, devait surveiller l’application de toutes ces dispositions. Il conseilla aux industriels de nommer des employés spécialement chargés de surveiller l’application de ces mesures. Ces agents étaient appelés welfare superintendants. Ils devaient s’efforcer de rendre les ateliers propres et agréables et de voir si le travail convenait aux aptitudes des ouvriers. Ils étaient chargés d'organiser des cantines où les ouvriers pourraient se procurer des aliments à un prix raisonnable. L’organisation de vestiaires et la surveillance en ce qui concerne la bonne tenue dans les ateliers leur imcombaient.
Des welfare superintendants ne furent pas créés dans
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toutes les usines. Cependant beaucoup de patrons en instituèrent car, en 1918, on estimait qu’il en existait environ 600. Dans la période de prospérité qui a suivi la guerre, le nombre des welfare workers a plutôt augmenté. En même temps, la tendance que nous avions déjà signalée s’est révélée à nouveau. Les welfare workers tendent à devenir plus scientifiques et à étudier les aptitudes professionnelles de l’ouvrier ; ils se sont mis à envisager le travailleur dans ses rapports avec son occupation quotidienne. Leur but. a été de mettre l’ouvrier à même de trouver dans son travail le maximum de satisfactions en lui procurant une occupation adaptée à ses aptitudes ou à ses goûts.
La fonction du travailleur social ainsi comprise, ne fut pas admise d’une façon unanime. En effet, on vit à cette époque une scission s’opérer parmi les travailleurs sociaux. A côté de la tendance scientifique dont nous venons d’exposer les caractères, nous voyons des welfare workers imbus des anciens principes défendre vigoureusement leurs idées. Cependant la majorité semblait plutôt portée vers les conceptions nouvelles, issues des principes américains (sans vouloir l’avouer) et cherchait à introduire ses méthodes dans l’industrie anglaise. Pour cela certains travailleurs sociaux allaient même jusqu'à renier leur ancien titre pour adopter celui plus scientifique de psychologue industriel. L'autre tendance groupait ceux qui voulaient rester fidèles aux vieux principes. Ceux-ci, quoique dénués de tout esprit de paternalisme, s’attachaient à l’idée de la famille industrielle et leurs attributions ne s’étaient guère modifiées depuis les temps héroïques des premiers welfare workers. ‘